AUX CLAIES


AUX CLAIES

L’énigme ouverte

le grain donne du fruit

par l’interstice avancé

Quelques pas se projettent à l’écart du mur

Ces troncs fécondent en corps de quoi cueillir la haute-vague de l’enfilade

et sur la table le miroir te montre à l’image de la toile avenir.

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021

GARE-CENTRALE


GARE-CENTRALE

Du triage l’aiguilleur assemble le départ du voyage

tampons en traverses

boogie-woogie en transes le long des hanches

Pas de marchandises que des wagons-couchettes à couloir de l’amor

Sur le porte-bagage les fesses aux pédales traversent les pas perdus

et frauduleuses consignes

pour redonner aux meuhs le mouvement du passage librement amoureux

pis allées et venues

Sur la locomotive l’oiseau siffle comme un merle perché aux cerises

du wagon-bar on amène le rafraîchissement d’un changement profilé malgré l’abstention marquée

Sur la plage désabusés les lâches du civisme jouent à qui perd gagne la claque méritée sur le pif

Nous debout, le cheval sort le petit corbillard de la condamnation royale

La France ne marchera jamais au pas du con finement en embuscade.

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021

Cancion Para Pablo Neruda – Atahulpa Yupanqui


Cancion Para Pablo Neruda – Atahulpa Yupanqui

Pablo les nôtres qui sont dans ton Chili,
Pablo nuestro que estás en tu Chile,

Vent dans le vent.
Viento en el viento.

Ancienne voix d’escargot cosmique.
Cósmica voz de caracol antiguo.

Nous vous disons,
Nosotros te decimos,

Merci pour la tendresse que vous nous avez apportée.
Gracias por la ternura que nos diste.

Pour les hirondelles qui volent avec tes vers.
Por las golondrinas que vuelan con tus versos.

De bateau en bateau.
De barca a barca.

De branche en branche.
De rama a rama.

De silence en silence.
De silencio a silencio.

L’amour des hommes répète vos poèmes.
El amor de los hombres repite tus poemas.

Dans chaque donjon d’Amérique
En cada calabozo de América

Un garçon se souvient de vos poèmes.
Un muchacho recuerda tus poemas.

Pablo le nôtre que tu es dans ton Chili.
Pablo nuestro que estás en tu Chile.

Le paysage entier garde votre rêve de géant.
Todo el paisaje custodia tu sueño de gigante.

Humidité des plantes et des roches
La humedad de la planta y la roca

Là dans le sud.
Allá en el sur.

Le sable émietté, Vicuña à l’intérieur,
La arena desmenuzada, Vicuña adentro,

Dans le désert.
En el desierto.

Et là-haut, le salpêtre, les mouettes et la mer.
Y allá arriba, el salitre, las gaviotas y el mar.

Pablo le nôtre que tu es dans ton Chili.
Pablo nuestro que estás en tu Chile.

Merci pour la tendresse que vous nous avez apportée.
Gracias, par la ternura que nos diste.

« DEMAINS BLEUS » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/ TOILE 60X60


« DEMAINS BLEUS »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/ TOILE 60X60

LE RÊVEUR

Le rêveur ne vit pas réellement, il déambule

D’une pensée à l’autre, il erre sur cette terre

Remplie de chaos et de champs fleuris, il erre…

Tel un pauvre hère qui de sa songeuse bulle

Pourfend et poursuit sans trêve rêves et malandrins…

Il ne ressemble à personne, ni roi, ni prince ou mandarin…

Il rêve…

D’un amour inaccessible il fait la quête…

Et d’un pas alerte, il poursuit d’une chimère l’enquête…

Il rêve…

Il a vu tant de mondes, tant d’étoiles, tant de temps…

Galaxies éphémères qui ne durent qu’un battement de cœur…

D’un souffle d ‘été… et pourtant…

Il rêve de son âme sœur qui lui a ravit le cœur…

Couverts de Bleus nuits, bleus sur le cœur, bleus azurés…

Regarde-le, Toi, qui l’envie ; Toi, dont je parle… Sois-en assuré…

Il respire à peine, il halète, il suffoque, il se meurt…

De cette semence d’espoir naît un bourgeon duveteux…

Devine-le, respire-le, caresse-le… il n’est plus comme eux…

Il porte création et demain…

Il te fait signe des deux mains…

Rejoins-le, Lui, qui rêve au fond de Toi…

Lui qui ne demande qu’un Toit…

Lui qui fonde Tout sur un rêve

Inachevé, à construire et à imaginer sous peine qu’il ne crève…

Te sens-tu vivre enfin ?

Mords dans cette vie à pleine bouche à pleines mains…

Il est si difficile de dire «  » Je t’aime «  »…

Il est si difficile de vivre «  » Je t’aime «  »…

Il rêve… Fais-en sorte qu’il Rêve…

If Yves !

Yves Wauthier

DES GALOPS QUI RESONNENT


DES GALOPS QUI RESONNENT

L’ouïe restée collée aux chemins que les orages bouent cherche un reste d’herbe au centre du passage des roues. Le reste de branches dans l’arbre est compté pour l’oiseau. Pourtant cette laideur qui pandémie, tout en étouffant, n’arrive pas à se faire élire. Le dos souffre jusqu’aux bas des mollets et les épaules restent dans l’attente de la tête aimée. Quel obscure idée de vouloir dominer la nature

Le sexe pointé du cheval saute la rivière, long comme une envie que l’entêtement frigide n’arrive pas à glisser entre les jambes pour entraver

Un homme et une femme chantent

L’urne s’isole

La garrigue grimpe son thym sans jeter la pierre cathare pour allumer le feu

Niala-Loisobleu – 20 Juin 2021

Les Îles de la Sonde – Gérard Manset


Les Îles de la Sonde – Gérard Manset

tT’as pas vu les îles de la Sonde
Les poissons volants qui retombent
Sur le fond de la barque ronde
T’as pas vu les îles de la SondeT’as pas vu les îles de la Sonde
Les femmes au sourire de Joconde
Comme au premier matin du monde
T’as pas vu les îles de la SondeMais tu peux partir quand même
Y a des poissons qui t’emmènent
Poissons d’argent, poissons volants
Poissons de feu, poissons de glace
Poissons aux ongles qui cassentTu n’as pas vu les îles de la Sonde
Elles t’attendent à l’autre bout du monde
Moitié dans l’eau, moitié dans l’ombre
Moitié dans l’eau, moitié dans l’ombreMais tu peux partir quand même
Y a des poissons qui t’emmènent
Poissons d’argent, poissons volants
Poissons qui plongent, poissons qui nagent
Poissons venus du fond des âgesPoissons aux longues chevelures
Dauphins bleus sur fond d’azur

MATRICE – GERARD MANSET


MATRICE – GERARD MANSET

Les enfants du paradis
Sont les enfants sur terre
Alignés comme radis
Contre leur mèreLes enfants du paradis
Sont les enfants sur terre
Aux paupières arrondies
A l’iris délétère

L’iris délétère

Ils sont venus sur terre
Sans rien demander
Comme une pluie d’hiver
Sur une ville inondée

Est-ce pour nous aider
A supporter la peur du noir
Le tremblement de nos mémoires
Le choc de nos machoires?

Renvoyez-nous d’où on vient
D’où on est né d’où on se souvient
Des perles de tendresse
Sanglots de l’ivresse

Renvoyez-nous d’où on vient
Sans le moindre mal vous le savez bien
Qu’on n’a pas vraiment grandi
Le sang nous frappe les tempes

Matrice tu m’as fait
Dans son lit défait
Matrice tu m’as fait
Mal… le mal est fait

Matrice

Renvoyez-nous d’où on vient
Par le même canal le même chemin
De l’éternelle douleur
De la vallée des pleurs

Renvoyez-nous pour notre bien
On n’en veut pas plus on demande rien
Que nager dans le grand liquide
Comme un tétard aux yeux vides

Matrice tu m’as fait
Dans un moule parfait
Matrice tu m’as fait
Mal… le mal est fait

Matrice

Matrice tout compte fait
Tu sais le monde est tout fait
Plus tu vas vers l’infini
Plus tu sais que c’est fini

Matrice tu m’as fait
Mal… le mal est fait
Plus tu vas vers l’infini
Plus tu sais que c’est fini

Matrice…
Matrice…
Matrice…
Matrice tu m’as…
(Ad libitum)

L’OISEAU-QUETZAL AU TEMPS DES POÈTES PAR RENE DEPESTRE


L’OISEAU-QUETZAL AU TEMPS DES POÈTES PAR RENE DEPESTRE

Parti de son vieux pays maya brisé un oiseau-quetzal est descendu dans mon jeu : je suis pour lui le toit d’une petite maison en bois rustique ; je suis une épaule de nègre
habituée à porter des fardeaux qui pèsent plusieurs siècles de solitude ; je suis le poète qui ne se rend pas au cyclone ni aux lubies de
Castro ; je suis le poète qui n’a pas à rougir du feu libre de ses mots ni des roses et des mimosas de son jardin.

Heberto est pour moi le pote de la nuit

de gel à
La
Havane où nous avons ensemble

mesuré l’avancée que le temps des poètes

a gagnée en savoir et imagination

sur un macho dont les matins étaient comptés.

Nous souffrons sous le sabot du cheval-sorcier* : nous ne cédons pas à sa furie ; enfermés tous les deux dans sa cage à tigre du
Bengale nous semons nos chants de justice bien plantée : les voici sortis vainqueurs du gros mot en -isme qui vola un soir les mots et le temps nôtres pour les ajouter au mauvais
temps de l’Histoire !

René Depestre