BUISSONNIER


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BUISSONNIER

L’envers des panneaux routiers conduisant par obligation, en halant on fait l’itinéraire souhaité pour ne pas rentrer à l’école. Aujourd’hui c’est le corps professoral. Répétition générale, le texte est usé, et vous le bronzage c’est comment, intégral ou avec des marques blanches, demande le nouveau pion qui a des débordements de libido. Quand aux profs de philo, ils se demandent où ils pouvoir trouveront un bac. Apprendre à lire avec la méthode actuelle, c’est pas facile à écrire. Lundi prochain ce sera le tour des mômes, à part ceux de la maternelle qui pleureront comme après Jules Ferry, rien de nouveau du côté genre, ce sera mixte.

Il y a du gazon sauvage dans le manquement à cette obligation

Peut-être le moyen de retrouver une nature sans sécheresse

Si on supprimait l’école obligatoire  pour la rendre libre de toute religion politique ?

Et retrouver le lance-pierre du gué pour faire des ricochets, on saurait peut-être mieux vivre au pays de ses rêves …

Niala-Loisobleu – 30 Août 2019

LE PAYS DE MES RÊVES

Sur les marches qui conduisent aux perspectives du vide, je me tiens debout, les mains appuyées sur une lame d’acier. Mon corps est traversé par un faisceau de lignes invisibles qui
relient chacun des points d’intersection des arêtes de l’édifice avec le centre du soleil. Je me promène sans blessures parmi tous ces fils qui me transpercent et chaque lieu de
l’espace m’insuffle une âme nouvelle. Car mon esprit n’accompagne pas mon corps dans ses révolutions; machine puisant l’énergie motrice dans le fil tendu le long de son parcours,
ma chair s’anime au contact des lignes de perspective qui, au passage, abreuvent ses plus secrètes cellules de l’air du monument, âme fixe de la structure, reflet de la courbure des
voûtes, de l’ordonnance des vasques et des murs qui se coupent à angle droit.

Si je trace autour de moi un cercle avec la pointe de mon épée, les fils qui me nourrissent seront tranchés et je ne pourrai sortir du cachot circulaire, m’étant à
jamais séparé de ma pâture spatiale et confiné dans une petite colonne d’esprit immuable, plus étroite que les citernes du palais.

La pierre et l’acier sont les deux pôles de ma captivité, les vases communicants de l’esclavage; je ne peux fuir l’un qu’en m’enfermant dans l’autre, — jusqu’au jour où ma
lame abattra les murailles, à grands coups d’étincelles.

II

Le repli d’angle dissipé, d’un coup de ciseaux la décision fut en balance. Je me trouvai sur une terre labourée, avec le soleil à ma droite, et à ma gauche le disque
sombre d’un vol de vautours qui filaient parallèlement aux sillons, le bec rivé à la direction des crevasses par le magnétisme du sol.

Des étoiles se révulsaient dans chaque cellule de l’atmosphère. Les serres des oiseaux coupaient l’air comme une vitre et laissaient derrière elles des sillages
incandescents. Mes paumes devenaient douloureuses, percées par ces lances de feu, et parfois l’un des vautours glissait le long d’un rayon, lumière serrée entre ses griffes. Sa
descente rectiligne le conduisait à ma main droite qu’il déchirait du bec, avant de remonter rejoindre la troupe qui s’approchait vertigineusement de l’horizon.

Je m’aperçus bientôt que j’étais immobile, la terre tournant sous mes pieds et les oiseaux donnant de grands coups d’ailes afin de se maintenir à ma hauteur.
J’enfonçais les horizons comme des miroirs successifs, chacun de mes pieds posé dans un sillon qui me servait de rail et le regard fixé au sillage des vautours.

Mais finalement ceux-ci me dépassèrent. Gonflant toutes les cavités de leur être afin de s’alléger, ils se confondirent avec le soleil. La terre s’arrêta
brusquement, et je tombai dans un puits profond rempli d’ossements, un ancien four à chaux hérissé de stalagmites : dissolution rapide et pétrification des rois.

III

Très bas au-dessous de moi, s’étend une plaine entièrement couverte par un immense troupeau de moutons noirs qui se bousculent entre eux. Des chiens escaladent l’horizon et
pressent les flancs du troupeau, lui faisant prendre la forme d’un rectangle de moins en moins oblong. Je suis maintenant au-dessus d’une forêt de bouleaux dont les cimes pommelées
s’entrechoquent, se flétrissent rapidement, tandis que les troncs, se dépouillant eux-mêmes de leur peau blanche, construisent une grande boîte carrée, seul accident
qui demeure dans la plaine dénudée.

Au centre de la boite, comme une médaille dans un écrin, repose la plus mince tranche du dernier tronc et j’aperçois distinctement le cœur, l’écorce et l’aubier.

Ce disque de bois, où les faisceaux médullaires apparaissent en filigrane, n’est qu’un hublot de verre, l’orifice d’un cône qui découpe dans l’épaisse paroi qui
m’enveloppe l’unique fenêtre de ma durée.

IV

Dans l’hémisphère de la nuit, je ne vois que les jambes blanches et solides de l’idole, mais je sais que plus haut, dans la glace éternelle, son buste est un trou noir comme le
néant de la substance nue et sans attributs.

Parmi la foule amassée autour du piédestal, quelqu’un répète inlassablement : « La reliure du sépulcre solaire blanchit les tombes… La reliure du
sépulcre… etc.. »

Entre le sommeil des voix et le règne des statues, une rose enrichit le sang où se baigne le bleu corporel assimilable par fragments. La saveur des couronnes qui descendent au niveau
des bouches closes suggère un calcul plus rapide que celui des gestes instantanés. Les laminaires ont tracé des cercles pour blesser nos fronts. Je pense au guerrier romain qui
veille sur mes rêves; il élève son bouclier à hauteur de mes yeux et me fait lire deux mots :

atoll et sépulcrons.

Si le pari de Pascal peut se figurer par la croix obtenue en développant un dé à jouer, que pourra m’apprendre la décomposition du bouclier?

Depuis longtemps déjà, j’ai arraché fibre à fibre la face du guerrier : j’ai d’abord obtenu le profil d’une médaille, puis une surface herbeuse et un marécage
presque sans limites d’où émergent des fûts brisés. Aujourd’hui, je suis parvenu à mettre un nom sur chaque parcelle de chair. Le blanc des yeux s’appelle courage, le
rose des joues s’écrit adieu et les volutes du casque épousent si exactement la forme des fumées que je ne puis les nommer que somnifères.

Mais le ventre du bouclier représente une gorgone hideuse, dont les cheveux sont des chiffres 3 et 5 entrelacés. Le 8 de la somme se renverse, et j’arrive à l’Infini, serpent du
sexe qui se mord soi-même. C’est alors que la chiourme des lignes se couche sous le fouet de la matière. Il ne me reste qu’à accomplir le meurtre devant une architecture sans
fin. Je briserai les statues et tracerai des croix sur le sol avec mon couteau. Les soupiraux s’élargiront et des astres sortiront silencieusement des caves, — fruits des
sphères et des statues, grappes de globes lumineux montant comme les bulles transparentes d’un fumeur de savon, à travers les pigments de la mort et le bulbe rouge de la lampe de
charbon.

VI

Au cours de ma vie blanche et noire, la marée du sommeil obéit au mouvement des planètes, comme le cycle des menstrues et les migrations périodiques d’oiseaux. Derrière
les cadres, une rame délicieuse va s’élever encore : au monde aéré du jour se substitue la nuit liquide, les plumes se changent en écailles et le poisson doré
monte des abîmes pour prendre la place de l’oiseau, couché dans son nid de feuilles et de membres d’insectes. Des galets couverts de mots — mots eux-mêmes bousculés,
délavés et polis — s’incrustent dans le sable parmi les rameaux et coquilles d’algues, lorsque toute vie terrestre se rétracte et se cache dans son domicile obscur : les
orifices des minéraux.

Zénith, Porphyre, Péage,

sont les trois vocables que je lis le plus souvent.

Ils ne m’apparurent d’abord que partiellement : le Z en zébrure ou zigzag de conflit, fuite oblique vers les incidences puis persévérance dans une voie parallèle, —l’Y
de l’outre-terre (Ailleurs, qu’Y a-t-il? Y serons-nous sibYlles? Qu’Y pourrai-je faire si je n’ai plus mes Yeux?), — l’A écartant de plus en plus son angle rapace sous-tendu par un
horizon fictif, tandis que P Poussait la Porte des Passions.

Puis les trois mots se formèrent et je pus les faire sauter dans mes mains avec d’autres mots que je possédais déjà, lisant au passage la phrase qu’ils composèrent
:

Payes-tu, ô Zénith, le péage du porphyre?

A quoi je répondis, lançant mes cailloux en ricochets :

Le porphyre du Zénith n’est pas notre péage.

Michel Leiris

RODILLAZO


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RODILLAZO

 

Partageant l’horizon de la bête

il confronte la rugosité du sol

avec ses genoux soyeux pétiole double ou racine bifurquée roc ouvert au phantasme d’une rose aussi vite enlisée qu’apparue

A genoux

pour éprouver la résistance de la terre

à genoux

pour accueillir la mortification des cornes

à un

à deux genoux

amant bravache quêtant l’équipollence d’un baiser.

 

Michel Leiris

JE SUIS A TERRE / LIQUIDATION


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JE SUIS A TERRE

 

J’allais triste, mais d’un pas tranquille à la cabane, pour l’ouvrir. Nous n’irions plus le crabe avait décidé

manger la nature en dehors des invasions estivales, lire à côté des pies, du coq de bruyère et des garennes mettant leurs lapereaux au grand air, écrire le tout dans l’accompagnement du rourourou des pigeons nichés dans le gros chêne…fini

mais il faut bien faire comme si pour la faire visiter.

En arrivant j’eus le sentiment d’un désastre, tout le terrain était en morceaux, ça sentait le démolisseur…j’appelais vite la Mairie pour comprendre et…

La ville  ayant vendu le terrain à un promoteur, il va falloir que vous liquidiez…il ne veut pas de cabanes, il va construire…vous allez recevoir un courrier….

Depuis des mois, dans une succession de choses ne marchant qu’à l’envers j’ai résisté. Mais là je crois que quelque part on a décidé de m’avoir. Le pouvoir du fric est majeur…il écrase sans pitié, la nature du Beau…

Je ne sais pas défaire ce que j’ai bâti.

Niala-Loisobleu – 4 Mai 2018

 

LIQUIDATION

Éveillé seul — sans route, bagage, campement, bêtes de selle ou de charge — dans la savane aigre de ma nuit.

Plus de chambre, d’air, de lueur, de temps — et pas de possibilité de fuite lunaire.

Grand mât sans signe ni oriflamme, — mentule fragile (à peine encore vivante), haute colonne à cannelures en rides amères plantées au centre de mon lit (ô
neige! lait cristallin des douleurs…), je gis au pied de ce jet dédaigneux, moi qui tiens dans mes caisses, mes poches, mes mains, ma tête tant de drogues clandestines et
d’artifices défendus, parmi lesquels la science infuse de tuer dans l’œuf tout mien plaisir.

*

Aux portes d’une ville lointaine (étuves, soukhs, casernes, remparts, prisons) rêve à rêve on a soldé le bric-à-brac de mon enfance :

un théâtre miniature, de fer blanc peint en rose (j’ignore quelles actions futiles ou tragiques se perpétraient dans cet infime palais, astre doyen d’une constellation de
jouets);

« La Biche au Bois » surnageant — en plein déluge vocal — dans la corolle du pavillon de phonographe;

le cauchemar cannibale, en forme de loup ou de cheval de fiacre;

l’ours pelucheux et criard, mandragore jaune, en cape d’étoffe rouge à soutaches;

Buffalo Bill — rifle en main, tout satin noir et grande rose sur l’échiné — près de la diligence que des Indiens attaquent;

l’éveil viril (un jour d’été, dans une clairière banlieusarde) au spectacle d’enfants pauvres — filles et garçons — grimpant pieds nus aux arbres;

la courtisane dévêtue pour l’orgie solitaire, quand les draps — marâtres sans entrailles — étouffent entre leurs bras mouillés l’essor déchirant des
semences;

sur la chaise de paille, après la meurtrissure des genoux dans la cage du confessionnal, l’aire nocturne du sabbat où des filles tournent dos à dos, en ronde et les cheveux
défaits;

l’image de Dieu fixée — des minutes ou des siècles

— à vains regards braqués au plafond de l’église, car jamais le simulacre ne s’anime — ni même ses paupières battent — par avènement souterrain
de miracle;

l’hostie livide, trop large pour le gosier, mais qui coule jusqu’au ventre, par grâce du Saint-Esprit, comme les dons de Noël (peu importe leur échelle I quelquefois un navire
tout gréé…) dégringolent

— flamboyants ex-voto — à travers les cheminées.

Et d’autres merveilles moins antiques, produits d’une main plus rusée — si l’on veut, plus savante — : les boissons rares — tonnerres douceâtres — captives du
poing qui lance en dés les éclairs de diamant;

l’amitié équivoque de femmes jamais touchées (brume émoUiente, perfide climat);

les arbres lourds qu’on dit plantés en terre mais qui prennent aussi bien racines dans le ciel;

l’onde intime propagée par chaque geste et chaque parole;

les chaînes orales groupant vocables et concepts en infinies séries dont chaque maillon cristallise un univers autour de lui;

les idées dormant sans nom au ciel de notre esprit;

la vie cimetière d’étoiles;

la herse ardente des paysages;

la grandeur de l’homme qui se tue sur un coup de hasard;

le mystère latent des coquilles d’œufs brisées;

l’opacité des murs, l’éclat du bouton de porte, les pulsations du révolté;

l’obscure transmutation des éléments déliés;

la jonction des corps séparés par le miroir des mots;

les fleuves de travail, les montagnes de machines;

les nuages imitateurs de mer, les papillons plagiaires de fleurs;

la main gantée des équipages somptueux;

la gare des têtes;

l’épaule nue des maisons;

la bouche peinte — dents humides — des chauds hôtels meublés;

l’arc-en-ciel des richesses;

l’âge vaincu par le voyage;

la façon dont les faces et les choses s’interposent entre l’X et les yeux pour voua boucher le vide (vide du cœur);

l’amour qu’on fait comme un chapelet qu’on dit pendant l’orage;

l’amour magique aux baisers anonymes (pure contrainte du monde);

l’amour comète à chevelure fulgurante;

l’amour payé;

l’amour tout simple;

le fantôme tropical en toge blanche de déesse…

O monde! tout est vendu… Les boutiques puantes ont dégorgé une foule homicide sur le port. Les trafiquants ont égrené, de sable en sable, la litanie des caravanes.

Perche à gauler les crânes, poteau totem, arbre généalogique paré du haut en bas d’une lignée de tortures ancestrales, dans la chambre au squelette
dépouillé — murailles, plancher et toit fondus — l’amère colonne du cœur se dresse, mentule sans joie l’enrobant d’oriflammes…

Quelque part, un matin de ce siècle, j’ai lu qu’en Angleterre il y a cent ans on enterrait les suicidés de nuit, à une intersection de routes, le corps couché à
même la fosse — au centre de la chaussée — et couvert de chaux vive.

Michel Leiris

ANDALUCIA 40 ANS DERRIERE – 1


ANDALUCIA 40 ANS DERRIERE – 1

Le clairon coincé dans la gorge de l’arène

aplatit la poussière aux naseaux du toro plus furibard que jamais

les cons qui réclament l’abolition de la mise à mort

trouvent rien que de plus normal de coller le mot Fin à une histoire qu’aucun livre n’aurait eut courage de mettre sur ses pages. Un roman d’amour platonique sans chair à l’étal, autre que celle d’une fratrie ennemie ça ferait bander qui ?

Nous sommes partis main dans la main vers un autre Compostelle que les mots sirupeux qui font passer toux, y compris l’intolérable.. Elle dans ses deux langues moi dans la seule que je timbre. Des rois au bas du pied des stalles, du rouge au travers en bande du drapeau soleil.

L’ombre d’un immense oiseau-noir plane sur sa tête à elle.

J’évente de mes deux bras désarmés, terrifié en voyant que je ne fais pas peur à la bête…

Niala-Loisobleu – 18 Février 2018

 

Andalucia (2013_08_20 09_57_16 UTC)

 

LES GALÉRIENS

Grignotées par les rats

nos chaînes peut-être tomberont en poussière

mais jamais celles de la passion sinistre dont nous

sommes esclaves charpentes vouées aux fers à la tyrannie profonde des mots et des tatouages de

hasard

Figurations emblématiques qui capturez notre destin

et le faites s’emboîter de force dans des schémas

nos poitrines soulèvent en respirant vos lanières gravées

filets moins tendres à la peau que les paroles amoureuses

lorsque pareilles aux cordes enfantines qui font tourner et chanter les toupies

les phrases s’enroulent

et accélèrent les mouvements du cœur

Il était une fois

une rose espagnole sur l’épaule d’un forçat

Un sang rosé coulait à travers la pulpe de la rose une tige mince et courbe reliait son palais de pétales

au sang d’une bouche un peu au-dessous du palais noir d’un peigne planté

dans la chevelure
Cette rose devint aiguë marine sitôt la galère sombrée

Il est des heures

mieux vaudrait être galériens qu’être où nous sommes
Nous roulons nous tanguons pareils aux autres hommes mais un boulet imaginaire de métal rouge nous parcourt des chevilles aux yeux plus consternant que des hoquets d’ivrogne

Toutefois

un jour sera

où les épines déchireront les fouets

Sacher-Masoch et
Sade s’étant donné la main

dessinés sur le dos d’un marin

Les échines nues danseront

puis d’un seul coup les boulets éclateront

astres noirâtres gonflés par le pus d’une blessure trop

ardente caillots d’espace désentravés qui tueront
Dieu et les

siècles à venir

en dépit des chiourmes rationnelles et des syntaxes bariolées

Michel Leiris