LES SIGNES DE FRAYEUR


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LES SIGNES DE FRAYEUR

II suffit d’écarter les ronces : partout traces de la retraite fuyarde vers la ville, de l’abandon implacable des lieux exposés où jadis on bâtissait — proue de la
presqu’île aux joues de vent ; et le chalet bien plus haut que le col, à la frontière des derniers arbres.

Reflues en la place forte, en la ville qui émousse, fragmente, et monotonise l’espace pour parer à toute surprise, à l’abri de l’abrupt et de l’exposé, ils cherchent la plus
profonde sécurité comme si ne cessait de les talonner une première terreur.

En témoignent ces comparaisons articulées encore et toujours, malgré tous les remparts, à un monde auroral que nous n’avons jamais vu mais que nous avons encore en
mémoire ; un monde ruisselant du déluge; comme si nous n’en finissions pas de nous extraire de marécages et de grottes, de nous soustraire aux tentacules et aux terres mouvantes
; monde à la lisière de nos villes où nous allons rôder le dimanche et l’été, à peine « revenus d’une grande frayeur », échappés au
poisson et au serpent, et que nous continuons à traîner dans nos métaphores ; arrière-monde où nous puisons encore nos images pour reconnaître celui-ci.

Michel Deguy

NU


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NU

Ma chair, je voudrais vous écrire de la nudité.
Il faut repartir à nu pour entrer dans la question — qu’est-ce que l’imaginaire.
Qu’est un nu en peinture en sculpture ?
Cette hanche
Vélasquez, mais
Dim à la t.v. ou vous en chère et os, et comment le désir fomente-t-il la représentation…Ce à quoi revient comme au même la femme de chair ou de papier, ce même que ce, qu’est-ce, qui fait que le passant jette un regard furtif dans la gorge du mannequin de plastique à la devanture des
Galeries ou même de la photo de film affichée ?

Il n’y a rien à voir, et pourtant le désirable a paru, cela même, image qui attire et fait paraître belle-Le désir et l’image s’inventent.
Vous êtes, ou fûtes, l’image, et lui le désir; ainsi durent distribués les rôles dans l’amour.
Puis réversibles.
Le désir cherchait l’image pour désirer; l’image cherchait le désir pour paraître.
J’appelle image ce qui fait paraître femme une femme nue, la nudité rassemble le beau et le désir; ce qui ressemble est désirable. (On dit que les interdits au désir qui le privent des symboles où il s’apprit d’abord, forcent le désir aux métamorphoses…)

Corps à corps esquissé dans la rose des langues
La stalactite de ta langue fond comme un goût
Cherchant l’antonyme à macabre pour danse
Nous préparons la rigueur de la sodomie

Au pire moment du monde

Notre regard tombe en même temps

Sur nous de l’infini

Pour qui le sens est en train

De n’avoir jamais eu heu

Odeur de tilleul aux mastoïdes
Paumes roulant la pâtisserie des fesses
Ou main gauche étayant le sein droit
Et le pouce doucement t’excisant

Comme la danse des danseurs dure

En transitions définitives

Vers d’excellentes figures

(Le portement du grand écart)

Éros est celui qui ne néglige rien

L’horizon des cuisses déplie les nymphes mauves
Sans image apparaît le sexe
Et puis comme un visage il est

L’index en toi s’engage vers le col le re rapproche de toi
L’anus et la joue se rehent par ce bras
Mensuration et poème s’éprennent

Omphales coïncident
Iris et pubis s’arriment
Le compas d’apophyses rend
Je te décris en quelque temps

De beauté à laideur oscillent laideur et beauté
Comme instable gestalt à la vue réversible
Pour ressembler à un repas
Le désir se nourrit de ce qu’il ne mange pas
Ut musica ut pictura ut poiesis

Comme qui a soif au milieu torrentiel du fleuve où il

boit
Eux ne peuvent se rassasier de regarder leurs corps à

satiété
Hors d’état de rien arracher des mains aux tendres

portions
De corps errant corps à corps tout entiers sans savoir

où À la fin se mesurant de toutes parts en fleur ils vont

fuir
De leur âge et déjà le corps présage de jouir
Et
Vénus en est à parsemer les sillons de femme ;
Se fichent avidement les corps, se joignent les salives
Des bouches et se respirent s’entrepressant des dents

les bouches
Pour rien puisqu’ils ne peuvent rien arracher ici
Ni pénétrer et passer dans le corps avec tout le corps.
Entre-temps on dirait que c’est ce qu’ils veulent

faire et combattre
Jusque-là : cupides aux jointures de
Vénus ils adhèrent
Et les membres tremblant de volupté se liquéfient


Lucrèce)

tout emporte le présent l’emporte

À telle force d’heure en heure
Que d’heure en heure il n’y a plus
Que la déferlante de l’immense
Léthé

Michel Deguy

 

MASCARET


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MASCARET

A la renverse, toute dressée par l’image la mer monte  à mascaret qui, andromorphe, doit sa forme à lui-même en application de son intime pensée

Tête à l’envers  à force d’avaler son odeur

La fleur en tombe d’éthylisme

L’enfant sort son bilboquet, le tend à son père pour apprendre, si attentif que pas un trait ne déborde quand la boule en décrivant son orbe vient se ficher au piquet

La vallée surmontée des plus proches collines a quelque chose d’un Courbet, un soir de printemps au tombé du couchant dans les pommiers

Avec une intensité à couper le souffle, l’émotion fixe le ressenti dans un silence idoine de beauté qui en rejoignant le ventre se loge  aux tripes.

Niala-Loisobleu – 13/09/19

CE MATIN

Silence de nuit complète à cinq heures
Janacek en quatuor à son dernier amour
Debussy pour
Chouchou fabrique un gollywooks
J’ai le tome de
Martin sur les genoux

De quoi hier ce lendemain était-il fait
Dont ils ne savaient rien nous le savons
Eux qui furent égaux dans cette nescience
Nous fiers comme des rieuses de veillée
Qui savons cela
Tout cela de plus
A la fin au moins cela qui n’est rien d’autre

Le gros caillou remonte
Dans la nuit tombe et en tombant retombe
Ils en sont à la fin d’aujourd’hui
Nous bien sûr au début de ce jour
Et eux là-bas hier encore à
L.A là
La faucheuse qui n’existe pas plus qu’un dieu
Les fauche eux et euses

Ce qui échappe avec le mot qui échappe ce n’est pas seulement un autre mot mais ce que les mots de la phrase comme des doigts tressent en laissant fuir

Une houle rostrale d’espace pousse

Le spacieux mascaret du vide

Rien qu’inventive expansion de nébuleuses en proue

Mais où donc est passé le temps ?

Des monades

sur la terre comme au ciel

implosent en trous noirs

Le centre est le sommet

Ce point le plus exposé au soleil

Il y a une écaille de la terre partout

À chaque seconde qui est plus proche

Du soleil que toutes les autres

Il y tombe à pic — pour un œil

À ce moment qui passe au zénith et que

Le reflet d’un éclair aveugle

Comme à l’orchestre tour à tour

Un spectateur s’allume

Au réverbère en diamant de la star

Qui lui tape maintenant dans l’œil

Pénélope c’était donc ça

La tapisserie d’un jour

Dont la nuit aura feint l’amnésie

Mailles de biens, d’échappée, de renonces

Faux filées de lecture et ratio de lumière

Elle lègue aux familles régnantes

La joie de ses derniers moments

De chacun on pourra dire

Il avait essayé plusieurs fois de se tuer

Veille à te regarder

pour te faire disparaître

La flèche touche une chose dans la nuit

Qui en devient sa cible
Un sens nous sommes

avides de signes

J’ai tout à me reprocher

dit le poème mot-dit

Car vous n’êtes pas irraprochables

— par l’anneau d’un comme visible ou non —

amis ennemis phases et phrases.

D n’y a jamais que groupes de ressemblances

faisceaux de semblants pour la pensée

qui s’approche du comme-un des mortels

cette anthropomorphose qui pourrait échouer

 

Michel Deguy

CON-FUSION ESTIVALE


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CON-FUSION ESTIVALE

 

L’Epoque, mérite de garder la notre à l’abri de l’errance estivale. Egarés qui traînent sur la fausse-route, demandez d’abord votre chemin avant de vous abonner sans raison ni rapport avec mon site. Hier un Maître qui me promettait tout sans que j’ai demandé, aujourd’hui une association sans but (lucratif ça m’étonnerait).

Bonjour ta beauté Ma. Ce que tu prépares, construit et réalise est l’ensemble complétant sans se tromper.

Plus l’erreur et le compliment pour rien de certains commentaires, déforment plus qu’ils n’apportent. Chaque chose à sa place.

Niala-Loisobleu – 18/07/19

 

LES PLAISIRS DU SEUIL

La poésie limitrophe exige un saut
Qui projette en un bord ou ressaut
Dans le plaisir dont nous parlait
Lucrèce
Surplomb et seuil qui fait le don du comme
Comme il est doux de regarder naufrages
Il est plus doux le point d’esprit d’où l’errance se voit
Et les choses se partager en un comparatif de monde (tels qu’un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes
et fortes roses)
Où sommes-nous donc nous étonnant d’y être et que l’étonnement étonne

Michel Deguy

 

 

OUÏ DIRE


OUÏ DIRE

Le poète de profil

Le poète à l’équerre de corps et d’ombre sur les seuils

Le poète
Gulliver qui retrace un roncier d’hiver avec

la pointe de
Hopkins
Ou décroît pour accorder l’herbe au zodiaque avec

compas de
Gongora
Génie des contes perses car il refuse l’indifférence

Il entretient la lymphe bleue dans le réseau des ormes
Veille zêta epsilon delta d’Orion sur la branche basse Œil triple posé de witch witch witch
Qui s’envole constellation subtile de corbeaux

Il est ici pour inventer quelque chose d’aussi beau qu’un mot saxifrage inventé par personne

S’il cherche un trésor il le trouve

(Imagine un poisson cherchant un poisson dans l’obscurité des mers…)

Quand il revient parmi nous dans la transparence

d’hiver où les choses sont des lignes
Quand il rouvre le filon des couleurs à ciel ouvert
Quand il revient sur l’étroite digue hospitalière et

Et quand poussé aux épaules par
Comme un transféré
Il longe la rivière invitée au moulin
Le coq sa crête de lilas son cri à travers


L’aveugle

Il se gante de saule

Il endosse la rivière

Et voici tâtonnant

Sa main prolongée

S’avance dans un monde étrange
Il se hâte vers le désert
Un plateau où la flèche est

gnomon
Le vide est sa force
Le soleil passe comme un anneau

nuptial
Entre les arbres généreux il appartient à la déception Émigré que scalpe un âge il travaille pour une absente

sous ses pieds qui dort quand il se lève
Pour regagner l’absente de son pays qui veille quand

il dort
Le temps est celui qu’il n’a pas de penser à elle

Il émigrait l’hiver dans les branches pieuses

L’hiver d’une seule manière multipliée

— les os les mots l’amplitude les pas les voix l’espace

occupé les voyages la justice —

Épiant le visible où les figures muent

Il émigrait faune serrant un pipeau de veines

Syrinx étouffée les vaisseaux creux ramassés devant soi

Où le sang prolonge sa peine
Le cœur venait contre l’oreille

On veut le faire roi !

La clientèle des vents le serre
Les cris le portent

Toute voix veut à nouveau se faire entendre
L’hiver expose lés litiges
Un groupe de fleurs attend son tour
Il y a ces écrouelles de lisière
II y a ces ruines
Un joug un front de buffle brûlé

Qui t’a fait ruine?

La crase des mains apaise droite et gauche

Une pierre attendit cent mille ans
II exauce le silex

Un jouet d’ébonite sur un sillon quoi d’autre

Car les adunata quittant le rêve atterrissent

Tout le réel est possible

Les fables parlent comme des animaux

Ombre de
Virgile devenue voix de
Virgile

Voix de muse devenue désir et obéissance

Je te suis écoutant la plainte donnant voix à

l’enfer fraternel
Je t’écoute ta voix décapitée

attentif au silence continue sous le treillis pareil au

vengeur qui canne la vengeance

Je reconnais la souffrance grâce aux lieux
L’herbe ici n’a pas crû
La bête est restée
Toi je t’écoute
Que dis-tu de ta saison?
Je descends la vallée partageant

Une feuille
Remonte vers le village

Les stères d os rassemblez-les au feu
Le tort?
Mais l’homme vous donne la place
Les oiseaux ont des chemins
Qu’on relève cette borne
L’eau qu’elle se dessèche en cette place usurpée
Dénouez les andouillers des acacias lutteurs
Retirez doucement le bleu cosmos
Qui s’est pris aux pals d’hiver

Les fleuves la perspective

Les versants le fagot des chemins

Il guide vers un lit de syllabes

Le vent est son fouet

Il favorise la transhumance des terres

Appelle bruit le grondement des sols

Longeant l’arc où le ciel

A centré ses lumières

Cyprès de paroles alors

Se dressent et oscillent

Par ceux qui marchent ici comme dans galerie à ciel ouvert (parois d’ormes piliers de grès sol de terre ciel de ciel) par ceux qui disent

Voici lisière

Le monde avait besoin d’être annoncé

«
Le royaume est semblable au chemin par exemple

Extérieur au mur bas du château grillagé

Le royaume est semblable à ce lieu

Qui a besoin de parabole pour demeure »

Un homme las du génitif et las

De l’histoire du même divisé contre lui-même

— ô femmes répudiées —
Portant les faisceaux du savoir
Mais en forme des faux sur le champ

Apostrophes sur les tempes

Près des bêtes tachées qui mourraient jusqu’au bord

Le vent repasse
Par des chenaux sans métamorphoses
Un géomètre le soleil reprend les verticales

Phares lents d’ombre

Quel est ton héritage?

Entre audience et décret le suspens

Royal comme la dot des
Phéaciens

L’accueil à mots couverts de ressemblance errante

La vengeance son change en manne

Le remembrement des tropes

Le baptême des noms après les noms

O mer limitée!
Ignorance des ronces!
Sous les paupières nous nous rapprochons
Pour parler en secret à son insu à mon insu
Je prends le masque de la terre sous la peau
L’herbe envahit mes os

Barque exaltée en pavois où le corps
Se vêt de l’impatience qui lui ressemble
Et sa pensée alors conduite aux entrailles
Connaît ceci :

Profond mime du départ

L’artère émue le bras

L’os étrave à sillage de sang

Syntaxe comme
Varies

Au laps d’engagement

Lit de justice entre

Ce qui monte et ce qui vient

Psyché double où les entrailles

Font le tain pour les arbres

Et pour le sang le phosphore des

Visage comme il sort des broussailles

Dédoré végétal

Paré de lichens laid de terre

Terrestre un paysage avec jachère

Du chaume ça pousse

Ainsi la peau c’est le sol

Les yeux coulent encaissés
Passage de l’âme en ce défilé
Remontant de la perte à fleur d’être
Fontaines comme à
Vaucluse
Inattendus paisibles
On les voyait passer tout le jour
Presque sans bruit

Des maux secrets comme des hauts-fonds
Nous guérissions sans les connaître
Parfois au verso des paupières
Dans les plis de l’aveuglement
Les veines d’une vierge prévalent

Et comme il y a rivière il y eut corps à genoux
Les cailloux affleuraient le derme rapide Éburnéennes apophyses sondant l’eau tendue
Ou pliée remontent vers la source

gestes des amants
Et rythme de leurs feintes
Portés sur larmes aux longues tiges
Les amants froids tournent la face à leur chaleur
Et comme d’un feu l’hiver ils s’éloignent insuffisant

Ceux que le deuil adoucit
Vieillards devenus poètes au soleil
Confiants dans l’hiéroglyphe ici
Comme d’avoir mâché une herbe
Qui change l’amitié même

Fonte en retour pressée de s’infiltrer
Pareille à la foule des âmes que son grand
Nombre attarde une par une triée vêtue
Mais vers le visible où les morts remontent
Et nous devant la terre dressée attendant
Ainsi notre tour comme si là-bas pouvait
Nous absorber la lumière

Il est divers miroitements

entre le derme incisé des champs Échange et

le visage aux couloirs de vent

Emboîtement les rues s’encombrent comme l’ancien parvis

car les hommes agencent un gigogne

Tout se tolère et se juxtapose nombres et hortensias
Les bleus et verts dans le spectre du jour
Cependant que du balcon parfaitement mobile
Véloce l’homme arthropode se penche à travers
L’âme à facettes sur toutes choses

L’homme héliotrope
L’homme anthropoïde

Voleur mal assuré qui tend sous les arbres son dol
Homme dans l’âge qui penche sous un seuil

L’homme peut-être étant

L’homme peut-être lisant

En chaque ce qui est ce qu’il est

Bêtes son bestiaire feuilles son herbiaire jour son diaire

Jubarte épervier tortue lynx

Et mangouste il résume

Son blason ses armes la terre héraldique

Homme invisible l’homme

Tâte le vert qui s’interpose

Il descend quand le ciel le précède

L’homme demi-sang

Hissé dans le van terrestre

Il blesse l’homme

Il laisse sa momie parler sur son silence

Fatigue
Jachère
Le deuil nous conduit «
Tout » revenait comme un setter
Dans les phrases des enfants

Quand le vent pille le village

Tordant les cris

L’oiseau

S’engouffre dans le soleil

Tout est ruine

Et la ruine

Un contour spirituel

Soufflet de nuit baguée contre la joue
Le haut du haut descendit dans les places

Tout vient nuisible
Et proche heureusement

L’arbre éclaire les tempes du ciel
Le cheval engloutit la source
La couleur prend sur les animaux
Laissant l’homme

Ma vie

Le mystère du comme

Puis l’ombre se fait lumière

Les jours ne sont pas comptés

Sachons former un convoi de déportés qui chantent

Arbres à flancs de prières

Ophélie au flottage du temps

Assonances guidant un sens vers le lit du poème

Comment appellerons-nous ce qui donne le ton?
La poésie comme l’amour risque tout sur des signes

Les pierres mises aux fers

Un s’élève dans la maison
Bruit de femmes déchirant les taies
Et raies dans l’aquarium des peintres
En poulpe les veines sur le divan jusqu’à l’anus
L’eau joviale à côté du sommeil tandis que

Prévenu par l’âme prise

II lègue ses derniers moments

Le cygne dressé
Recommence à parler
Poète qui préfère
Dire comment c’est
Ronde des choses
Par les doigts du génitif
Sorite du poème

Michel Deguy

 

 

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Un moineau dans le poing

les langues du trottoir rasent

l’enfant s’est vêtu de ses ailes

la statue aux seins de pierre est répudiée

elle ne sera jamais sa mer

cette fleur que le vent n’avale

a dépassé ma paume d’Adam

je la sens faire ma tripe en grand-huit

une famille de papier aux murs solides s’écrie en bleudurable

Niala-Loisobleu – 8 Juin 2019

CE MATIN


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CE MATIN

Silence de nuit complète à cinq heures
Janacek en quatuor à son dernier amour
Debussy pour
Chouchou fabrique un gollywooks
J’ai le tome de
Martin sur les genoux

De quoi hier ce lendemain était-il fait
Dont ils ne savaient rien nous le savons
Eux qui furent égaux dans cette nescience
Nous fiers comme des rieuses de veillée
Qui savons cela
Tout cela de plus
A la fin au moins cela qui n’est rien d’autre

Le gros caillou remonte
Dans la nuit tombe et en tombant retombe
Ils en sont à la fin d’aujourd’hui
Nous bien sûr au début de ce jour
Et eux là-bas hier encore à
L.A là
La faucheuse qui n’existe pas plus qu’un dieu
Les fauche eux et euses

Ce qui échappe avec le mot qui échappe ce n’est pas seulement un autre mot mais ce que les mots de la phrase comme des doigts tressent en laissant fuir

Une houle rostrale d’espace pousse

Le spacieux mascaret du vide

Rien qu’inventive expansion de nébuleuses en proue

Mais où donc est passé le temps ?

Des monades

sur la terre comme au ciel

implosent en trous noirs

Le centre est le sommet

Ce point le plus exposé au soleil

Il y a une écaille de la terre partout

À chaque seconde qui est plus proche

Du soleil que toutes les autres

Il y tombe à pic — pour un œil

À ce moment qui passe au zénith et que

Le reflet d’un éclair aveugle

Comme à l’orchestre tour à tour

Un spectateur s’allume

Au réverbère en diamant de la star

Qui lui tape maintenant dans l’œil

Pénélope c’était donc ça

La tapisserie d’un jour

Dont la nuit aura feint l’amnésie

Mailles de biens, d’échappée, de renonces

Faux filées de lecture et ratio de lumière

Elle lègue aux familles régnantes

La joie de ses derniers moments

De chacun on pourra dire

Il avait essayé plusieurs fois de se tuer

Veille à te regarder

pour te faire disparaître

La flèche touche une chose dans la nuit

Qui en devient sa cible
Un sens nous sommes

avides de signes

J’ai tout à me reprocher

dit le poème mot-dit

Car vous n’êtes pas irraprochables

— par l’anneau d’un comme visible ou non —

amis ennemis phases et phrases.

D n’y a jamais que groupes de ressemblances

faisceaux de semblants pour la pensée

qui s’approche du comme-un des mortels

cette anthropomorphose qui pourrait échouer

 

Michel Deguy

 

Ce matin , Ma , plus qu’hier je voterai pour toit

Niala-Loisobleu – 27/05/19

Le dÎner de vénus à port-la-galère – Poéme


 

téléchargement (1)

 

 

Le dÎner de vénus à port-la-galère – Poéme

à
Vénus
Khoury-Ghata

Vénus, aux tard venus

Ton bijou pendait sous les palmes d’août

La systole rouge de
Régulus entre les pieds du
Lion

Donnait le pouls de l’horizon

Véga cloutait le zénith bleu

Tu cherchais la polaire en vain

La chaise cassée de
Cassiopée tu

La rangeas en paix où je te dis sur les terrasses

Et je sortis de ton coffret

Comme l’assistant du prestidigitateur

La
Couronne et
Déneb la triangulaire

Ton cœur de salade fila dans ma bouche
J’ai lu pour toi encore
Arcturus et les
Ourses
Avec des rimes et cette ligne mieux venue
J’aurais pu faire ton sonnet,
Vénus

Tout
Polyphonix échoua down town

aux portes de la veuve de
Max
Ernst

«
The party is over »
Il fallait remonter

Mais à
New
York
Gherassim
Luca perdait l’orie:

Nous prîmes un express tardif et ressortâmes

où il ne fallait pas, e et
Fifth, à peu près

«
On the dark side you are » dit le taxi portoricain

A deux heures un dernier bar open on
Amsterdam

mais rien que du bourbon et des nuts

Et à trois heures
Gherassim ne savait toujours pas

de quel collège de
Columbia il était l’hôte

J’ai un portrait de lui polaroïd contre la grille du

Réservoir un large chapeau noir éclaire son sourire souriant

J’écris avec un crayon rouge de la
Bodleian
Library
Acheté en même temps que la carte postale
Aussitôt envoyée à
Jacques
Derrida

Avec
Jacques
Roubaud rios voyages ne sont pas finis
De
Nashville à
La
Nouvelle-Orléans il a le détail dans son carnet
T.W.
Bundy nous montra des factures de
Baudelaire

La barge à touristes fit

circuler le
Mississippi

A
Cambridge nous avons lu

John
Montague posait sa fiole sur la table

A
Barcelone le sereno d’hôtel

intervertit nos passeports

et nous avons quitté l’Espagne léthargiquement

chacun sous l’identité de l’autre

C’est
Jacques qui s’en est aperçu

Repartant pour
Oslo

il me téléphone

Il en rit volontiers et me dit

L’an prochain

Il faudrait que tu viennes à
Oslo