L’OPTICIEN D’ARGUS


L’OPTICIEN D’ARGUS

Une paire de lunette

pour voir dans l’espace

il en faut une seconde

pour regarder la nuit

la troisième permettra

de traverser les murs

la quatrième de savoir

comment était ce qui est détruit

la cinquième réveillera

ce qui est tombé dans l’oubli

et la sixième entrouvrira

les persiennes du lendemain.

Michel Butor

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TRESSAGE D’ATTENTES


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TRESSAGE D’ATTENTES

C’est un provençal qui rêvait de pluies normandes

A l’ombre de vieux imprudents sublimes

Dans les pérégrinations des solitaires en convoi

Entre la précipitation et le délai

A l’écoute du sensible aux aguets du balbutié

Dans les investigations des laboratoires en détresse

Entre la lenteur et l’explosion

Astronome chroniqueur enlumineur éclairagiste

Dans les révolutions des pays en exil

Entre le paraphe et le commentaire

Calligraphe parodiste portraitiste météorologue

Trouvant le germe où d’autres n’avaient fouillé que des tombes

Entre l’aspersion et la bibliographie

glossateur artisan jardinier constructeur

Trouvant le dialogue où d’autres n’avaient prévu que la joute

C’est un écrivain qui transcrit les peintures pour la rumeur

Patient fouineur aventurier organisateur

Trouvant le passage où d’autres n’avaient bâti que des chicanes

C’est un peintre qui interroge les écrivains sur les peintres

Au fil du foyer au coeur de la marge

Trouvant l’oeil ou d’autres n’avaient cherché que des échos

C’est un parisien se baignant dans des pépites d’Italie

Au soleil de jeunes mémoires imperturbables

Dans les multiplications des imaginations de l’amou

Michel Butor

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TRESSAGE D’ATTENTES


TRESSAGE D’ATTENTES

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C’est un provençal qui rêvait de pluies normandes

A l’ombre de vieux imprudents sublimes

Dans les pérégrinations des solitaires en convoi

Entre la précipitation et le délai

A l’écoute du sensible aux aguets du balbutié

Dans les investigations des laboratoires en détresse

Entre la lenteur et l’explosion

Astronome chroniqueur enlumineur éclairagiste

Dans les révolutions des pays en exil

Entre le paraphe et le commentaire

Calligraphe parodiste portraitiste météorologue

Trouvant le germe où d’autres n’avaient fouillé que des tombes

Entre l’aspersion et la bibliographie

glossateur artisan jardinier constructeur

Trouvant le dialogue où d’autres n’avaient prévu que la joute

C’est un écrivain qui transcrit les peintures pour la rumeur

Patient fouineur aventurier organisateur

Trouvant le passage où d’autres n’avaient bâti que des chicanes

C’est un peintre qui interroge les écrivains sur les peintres

Au fil du foyer au coeur de la marge

Trouvant l’oeil ou d’autres n’avaient cherché que des échos

C’est un parisien se baignant dans des pépites d’Italie

Au soleil de jeunes mémoires imperturbables

Dans les multiplications des imaginations de l’amour.

Michel Butor

L’OPTICIEN D’ARGUS


L’OPTICIEN D’ARGUS

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Une paire de lunettes

pour voir dans l’espace

il en faut une seconde

pour regarder la nuit

la troisième permettra

de traverser les murs

la quatrième de savoir

comment était ce qui est détruit

la cinquième réveillera

ce qui est tombé dans l’oubli

et la sixième entrouvrira

les persiennes du lendemain

Michel Butor

AU-DELÀ DE L’HORIZON


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AU-DELÀ DE L’HORIZON

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Au-delà de l’horizon le rouge est plus rouge, l’œil est
plus vif, l’or est ce que l’on croyait quand on le cherchait,
le passage entre la plage et les vagues se fait en toute
douceur, les fleurs s’épanouissent au fond de la mer et les
algues remuent doucement sur les toits de tuile comme
une chevelure de lierre.

Au-delà de l’horizon il n’y a ni formalités ni tampons,
ni discours électoraux ni fabrication d’armements, les
hélicoptères ne font pas de bruit, les enfants jouent avec
les flammes, et les oiseaux lancent artistement des fientes
de couleurs odorantes sur les bitumes phosphorescents.

Au-delà de l’horizon il y a d’autres horizons où les
vrilles des lendemains font irruption dans les jardins
d’attente, où le temps se retourne pour apaiser les effrayants
appels d’antan et les flammes de morts se raniment dans
leurs orbites pour peupler l’espace en invitant les aventuriers,
où la patience de tant de siècles touche enfin à sa récompense
et l’on peut y secouer les haillons de l’ancienne humanité
presque sans regrets.

Extrait de: 1996, A La Frontière, (La Différence)

 

Michel Butor

LE TRAIN POUR


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LE TRAIN POUR

Passées les fumées du temps la grande verrière en gare tient son prochain voyage en boîte

A l’examen la silhouette du contrôleur est à quai prête à dire

Le mouvement des marées est un acte qui franchit tout ce qui est limité, combien d’estrans me restent-ils, me siffle dans l’oreille mon vieux copain Serge

A chauler les façades, nettoyer les oreilles du vent, remonter la pendule du coq, changer les litières de ses propres volontés, trouver l’abri contre la foudre du con qui met ses doigts dans la prise, se mesure son unité de résistance

Alors la machine met son potentiel humain en service

Les mers je les ai traversé dedans et par-dessus

Oiseau rappelle-toi

Le réseau secondaire version omnibus offre au regard posé à la portière, la différence du touché pour la vue rapprochée

Paul Delvaux est pionnier en matière de locomotion humaine, le Chef du Gare en Chef…

Niala-Loisobleu – 22 Mai 2020

 

PARADIS PERDU


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PARADIS PERDU

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Les branches s’écartaient pour nous

laisser passage en retenant

délicatement nos cheveux

et nous proposaient des cerises

dont le jus coulait sur nos joues

C’était il y a si longtemps

à peine si je me souviens

il a fallu qu’on me raconte

et que je retrouve des traces

dans les peintures et chansons

J’étais un enfant mais j’avais

toutes les forces d’un adulte

et tous ses désirs je passais

de mère en fille et déposais

des bébés poisseux dans leurs bras

Tout cela semble disparu

et pourtant tout cela perdure

entre le miroir et l’image

entre le rêve et le réveil

entre la page et l’impression

Les ronces nous griffaient sans nous

infliger la moindre souffrance

dessinant des fleurs sur nos peaux

que les amoureux effaçaient

en buvant les perles du sang

La main dans la main nous courions

entre les déserts et les sources

choisissant les uns pour les autres

les fruits des arbres du savoir

dont nous comparions les saveurs

J’étais à l’aise dans mon corps

j’en connaissais tous les organes

les maladies étaient amies

je goûtais fièvres ou frissons

dans des lits de boues et de feuilles

Où était-ce ne saurais dire

si loin de tout si près de toi

jouissant du chaud comme du froid

j’ai perdu la clef de la grille

et j’erre comme une âme en peine

 

Michel Butor