« LE BOUQUET DE NIALA » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/CARTON – ENCADRE S/VERRE 40X50


« LE BOUQUET DE NIALA »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/CARTON

ENCADRE 40X50

Ce jour de Pleine-Lune-Bleue

éclot au centre d’un jeu de quilles astral dont je saisis les couleurs pour remplir ma palette

Tenant le vent d’une main et de l’autre la godille pour l’annexe

pour débarquer à taire l’asphyxie des fanes de l’été instable

Cache-cache et saute-mouton à cloche-pied du tant rabattu, on conte jusqu’à sang

L’oiseau refusant tout dérèglement de sa nature

de Grasse tire

le parfum respirable

l’amour est sauvage au point de refuser le synthétique surgonflé de tatouage et le rasage du poil fiction pédophile

Niala garde la fleur à m’aime l’herbe

BOUQUET DE FRISSONS

Une pensée fleurie dans une fissure la langue du lézard devant un tesson

La tache de lumière violette sur les marches du porche à côté de la flaque où le vieux chien vient boire.

Michel Butor

Si la voie parallèle déballaste et les gares du réseau secondaire ramassent leurs gaules

genre manif anti-vaccin

je reste près du troisième rappel décidé à durer sain dans ce lamentable foutoir d’empoigne

La flaque du chien pour bassin et la pâte levée…

Niala-Loisobleu

22 Août 2021

VERS L’ETÉ PAR MICHEL BUTOR


VERS L’ETÉ PAR MICHEL BUTOR

1

Les nuages se séparent
avec regrets

Les plaques de neige se fendillent
pour laisser perler un torrent

Sur les phylactères des montagnes
les anges calligraphient
des runes indéchiffrables

C’est sur leur partition qu’ils improvisent
mais nous n’entendons pas leur cantilène
seulement la soufflerie des orgues

La nuit se fait plus indulgente
il y a des aubes sans gelée blanche

Les étangs polissent leurs miroirs
la roue des paons s’irise
et se bronze

Les arcs-en-ciel proposent
à la haute couture des prairies
des nuanciers de satins
et de gemmes

Les cols se rouvrent
à la circulation

Une à une
dans les stations de ski
les remontées mécaniques
se taisent

Les cascades par contre
font éclater
leurs fanfares

les arbres
que l’on croyait encore
emmitouflés de flocons
nous surprennent
par leurs bouquets

Après les pruniers les cerisiers
après les poiriers les pommiers
une avers de pétales sur le trottoir

Les pissenlits sont si nombreux
qu’on ne voit plus le vert des prés
sous leur brocart

les petites orchidées
hissent leurs oriflammes
les digitales font la haie

Un faon s’est égaré sur la route

Après les jonquilles les iris
après les rhododendrons les hortensias

Les vaches sortent de leurs étables
les chevaux se roulent dans l’herbe

Le virevoltement d’une pie
d’un frêne à l’autre
le cajolement d’un geai
puisque c’est ainsi qu’il faut dire

Les anémones et les violettes
l’œil des renoncules
les petits œufs de la bruyère
les ancolies et les arums

La nef de la hêtraie
les arpèges de la sapinière

Des museaux humides
au ras du sol

Les brouillards matinaux
persistent dans les ravins

Glycines puis clématites
d’énormes gouttes de rosée
sur les parasols des capucines

Le tilleul répand
ses effluves de calme

Au bout du rameau de l’épicéa
de minuscules projets de cônes
rougissant de leur audace

Le cognassier du Japon
ajoute sa touche orange
au jaune serein des cytises

Une vergue de plus
aux mâts de la caravelle
un échelon de plus
à ses haubans

Un vent chaud se lève
qui ramasse dans les paumes de ses mains
toutes les productions pelucheuses
des graminées pour les disséminer
sur le plus hautes pentes
ou au plus profond des crevasses

On fauche le trèfle et la luzerne
une bouffée de parfum
vous cloue sur place

Des aboiements de chiens
de vallée en vallée

Le sentier a décidé
de nous faire une surprise
non seulement l’échappée
sur des cimes encore neigeuses
mais le faufilement d’une couleuvre

2

Les jeunes filles
entrouvent leurs manteaux
les abandonnent sur les bancs
des jardins publics
puis dans les maisons

Nuages de duvets
accrochés aux peupliers

Par leurs robes
et leurs sourires
elles rivalisent
avec les lilas
puis nous invitent
à venir cueillir avec elles
les premières baies
savourer le fruit
de l’arbre de la science
du bleu et du blanc

Une première rose

L’éclusier fait descendre
une péniche d’eau minérale

Voici déjà les groseilles
les cassis et les menues fraises
les myrtilles dans les sous-bois
on astique les bassines de cuivre
pour y transformer notre récolte en confitures

On trace son chemin
dans une jungle d’herbes

Le grand-père ingénieur
installe un petit moulin à aubes
dans une rigole

Piéride du choux paon du jour
tabac d’Espagne petit citron
vanesse amiral Apollon

Une seconde rose

On prépare le bal du 14-juillet
drapeaux et tribunes
haut-parleurs et tréteaux

Les enfants ne sont pas encore bien sûrs
d’être en vacances

Les têtards quittent leur queue
pour se joindre au chœur des grenouilles

Quelques roses

On bourre les malles
on bourre les coffres des voitures
on oublie toujours
quelque chose d’essentiel

A la recherche du maillot séducteur
des lunettes inouïes
de la serviette la plus moelleuse

Couteaux bulots palourdes
bigorneaux praires moules
huîtres crevettes patelles
oursins crabes et langoustes

Des jetées de roses

Les vacanciers sortent leurs transats
et font tinter des glaçons dans leurs verres

3

Le chant de l’alouette
Au-dessus des blés murs

Derrière chez mon père
vole mon cœur vole
derrière chez mon père
y a un pommier doux

Les abeille s ‘empressent
autour de leurs ruches
les guêpes façonnent
leurs palais de papier

Des arceaux de roses

Trois jeunes personnes
vole mon cœur vole
trois jeunes personnes
sont couchées dessous

Un faisan doré
s’envole lourdement

Deux éperviers tournoient
sur la clairière

Se dit la première
vole mon cœur vole
se dit la première
j’ai un ami doux

Scarabées cétoines bourdons
coccinelles mouches moustiques

Dans le sillage des roses

Se dit la seconde
vole mon cœur vole
se dit la seconde
j’attends mes amours

Des enfants se baignent
dans le grand bassin

Des adolescent se construisent
des cabanes ente les branches
des amoureux dorment paisiblement
sous les saules

Se dit la troisième
vole mon cœur vole
se dit la troisième
j’aimerai toujours

Après avoir dîné dehors
on regarde les étoiles
s’allumer l’une après l’autre
puis par paquets
soudain c’est tout l’ensemble
des constellations de la saison
puis la Lune vient les effacer

Des chauves-souris
planent autour des ormes

Et nous verrons bientôt des étoiles filantes.

Michel Butor

L’OPTICIEN D’ARGUS


L’OPTICIEN D’ARGUS

Une paire de lunette

pour voir dans l’espace

il en faut une seconde

pour regarder la nuit

la troisième permettra

de traverser les murs

la quatrième de savoir

comment était ce qui est détruit

la cinquième réveillera

ce qui est tombé dans l’oubli

et la sixième entrouvrira

les persiennes du lendemain.

Michel Butor

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TRESSAGE D’ATTENTES


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TRESSAGE D’ATTENTES

C’est un provençal qui rêvait de pluies normandes

A l’ombre de vieux imprudents sublimes

Dans les pérégrinations des solitaires en convoi

Entre la précipitation et le délai

A l’écoute du sensible aux aguets du balbutié

Dans les investigations des laboratoires en détresse

Entre la lenteur et l’explosion

Astronome chroniqueur enlumineur éclairagiste

Dans les révolutions des pays en exil

Entre le paraphe et le commentaire

Calligraphe parodiste portraitiste météorologue

Trouvant le germe où d’autres n’avaient fouillé que des tombes

Entre l’aspersion et la bibliographie

glossateur artisan jardinier constructeur

Trouvant le dialogue où d’autres n’avaient prévu que la joute

C’est un écrivain qui transcrit les peintures pour la rumeur

Patient fouineur aventurier organisateur

Trouvant le passage où d’autres n’avaient bâti que des chicanes

C’est un peintre qui interroge les écrivains sur les peintres

Au fil du foyer au coeur de la marge

Trouvant l’oeil ou d’autres n’avaient cherché que des échos

C’est un parisien se baignant dans des pépites d’Italie

Au soleil de jeunes mémoires imperturbables

Dans les multiplications des imaginations de l’amou

Michel Butor

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TRESSAGE D’ATTENTES


TRESSAGE D’ATTENTES

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C’est un provençal qui rêvait de pluies normandes

A l’ombre de vieux imprudents sublimes

Dans les pérégrinations des solitaires en convoi

Entre la précipitation et le délai

A l’écoute du sensible aux aguets du balbutié

Dans les investigations des laboratoires en détresse

Entre la lenteur et l’explosion

Astronome chroniqueur enlumineur éclairagiste

Dans les révolutions des pays en exil

Entre le paraphe et le commentaire

Calligraphe parodiste portraitiste météorologue

Trouvant le germe où d’autres n’avaient fouillé que des tombes

Entre l’aspersion et la bibliographie

glossateur artisan jardinier constructeur

Trouvant le dialogue où d’autres n’avaient prévu que la joute

C’est un écrivain qui transcrit les peintures pour la rumeur

Patient fouineur aventurier organisateur

Trouvant le passage où d’autres n’avaient bâti que des chicanes

C’est un peintre qui interroge les écrivains sur les peintres

Au fil du foyer au coeur de la marge

Trouvant l’oeil ou d’autres n’avaient cherché que des échos

C’est un parisien se baignant dans des pépites d’Italie

Au soleil de jeunes mémoires imperturbables

Dans les multiplications des imaginations de l’amour.

Michel Butor

L’OPTICIEN D’ARGUS


L’OPTICIEN D’ARGUS

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Une paire de lunettes

pour voir dans l’espace

il en faut une seconde

pour regarder la nuit

la troisième permettra

de traverser les murs

la quatrième de savoir

comment était ce qui est détruit

la cinquième réveillera

ce qui est tombé dans l’oubli

et la sixième entrouvrira

les persiennes du lendemain

Michel Butor

AU-DELÀ DE L’HORIZON


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AU-DELÀ DE L’HORIZON

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Au-delà de l’horizon le rouge est plus rouge, l’œil est
plus vif, l’or est ce que l’on croyait quand on le cherchait,
le passage entre la plage et les vagues se fait en toute
douceur, les fleurs s’épanouissent au fond de la mer et les
algues remuent doucement sur les toits de tuile comme
une chevelure de lierre.

Au-delà de l’horizon il n’y a ni formalités ni tampons,
ni discours électoraux ni fabrication d’armements, les
hélicoptères ne font pas de bruit, les enfants jouent avec
les flammes, et les oiseaux lancent artistement des fientes
de couleurs odorantes sur les bitumes phosphorescents.

Au-delà de l’horizon il y a d’autres horizons où les
vrilles des lendemains font irruption dans les jardins
d’attente, où le temps se retourne pour apaiser les effrayants
appels d’antan et les flammes de morts se raniment dans
leurs orbites pour peupler l’espace en invitant les aventuriers,
où la patience de tant de siècles touche enfin à sa récompense
et l’on peut y secouer les haillons de l’ancienne humanité
presque sans regrets.

Extrait de: 1996, A La Frontière, (La Différence)

 

Michel Butor