INVITATION AU VOYAGE


ee529004b0dda244c5ca0b57f24d3bc8

INVITATION AU VOYAGE

Mon monde peinture

voyage

l’hirondelle dans les yeux

La pagode à la voile sans pans

torche d’encens la main de Boudha

allongé au pied des rizières

Le rire des femmes clapote contre le bain des hommes

offrandes sur la route

l’effigie au flanc de montagne garde en vie

Au fond du volcan le soufre ampute l’épaule des jambes

pourquoi ce visage de beauté, pétale de lotus devrait céder à la burka

le jardin flottant pousse les plantes du pied du pécheur dans un défilé de bonzes oranges

Théâtre corporatif des quartiers d’HanoÏ

les ficelles des chevaux de marionnettes  tirent Mandalay du repos

Asie vallée des temples, ibis en robes blanches Marguerite aimée à la folie.

Niala-Loisobleu – 25/09/19

Le Mékong de Marguerite Duras

mduras-1

1931. Marguerite Donnadieu, 16 ans, quitte Saigon à bord du paquebot Porthos. Sur le quai des messageries maritimes, sa mère et son frère et, plus loin, assis à l’arrière de sa limousine noire, son amant, qui regarde le paquebot s’éloigner. L’enfant au rouge à lèvres rouge, au chapeau de feutre, à la robe de soie et aux talons hauts lamés or, quitte l’Indochine pour rejoindre Paris, où elle deviendra l’un des plus grands écrivains du siècle.1984. Marguerite Duras, 70 ans, écrit sa rencontre, alors qu’elle était âgée de 15 ans à peine, avec un riche Chinois, sur un bac traversant le Mékong, entre Vinh Long et Sadec. L’Amant, c’est le récit d’une relation scandaleuse entre une très jeune fille, française, dans l’Empire colonial des années 20, avec un asiatique, âgé de 12 ans de plus qu’elle. L’Amant, c’est aussi la chronique d’une Indochine au sein de laquelle la mère de Duras, Marie Donnadieu, institutrice dans une école pour indigènes – au dernier rang de la hiérarchie sociale des colonies – a vécu en marge de la bourgeoisie indochinoise. L’Amant, c’est encore le récit de la relation de Marguerite Duras à cette femme, sa mère – une relation faite de violence et d’amour.

Quand Marguerite Duras publie L’Amant, elle a déjà écrit l’essentiel de son œuvre – et a, depuis longtemps, un cercle de lecteurs fidèles, mais elle est inconnue du grand public. Le livre est édité à 25000 exemplaires, il fait événement : le 5 septembre, deux jours après sa mise en vente, les éditions de Minuit doivent procéder à une réimpression ! 100 000 exemplaires sont vendus en quatre semaines. En quelques mois, le livre est traduit en 25 langues.  En novembre, les jurés Goncourt le couronnent. Il sera vendu à 3 millions d’exemplaires.

En 1950, déjà, dans Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras écrit sur sa relation à sa mère – qui a perdu la raison après que l’administration coloniale corrompue lui a vendu, au bord du golfe de Siam, au sud du Cambodge, des terres stériles, systématiquement brûlées par le sel avant la récolte. Duras y raconte la folle entreprise de sa mère, son impossible combat contre les marées, pour établir un barrage protégeant ses rizières, avec l’espoir de sauver des eaux sa concession, ainsi que les terres des paysans cambodgiens, ses voisins[1].

Marguerite Duras, née en 1914 à Saigon, a quitté l’Indochine une première fois en 1931, une deuxième fois en 1933, pour ne plus y retourner. L’enfance, l’adolescence indochinoises sont la matrice d’une œuvre habitée par des lieux, des thèmes et des figures – la terre natale, la colonie, la mère, le petit frère aimé, l’amant. L’acte d’écrire est, pour Marguerite Duras, indissociable de la vie : ce n’est pas l’œuvre qui est le reflet de l’expérience vécue, mais c’est la vie même qui est modelée par l’écriture. Une écriture qu’elle travaille jusqu’à inventer une langue nouvelle, transposant dans l’écrit le rythme de la parole. L’écriture, un lieu où vivre, pour une femme qui n’est jamais revenue sur les lieux de son enfance.

 


 [1] Les barrages contre le Pacifique ont été édifiés quelque 80 ans après que Marie Donnadieu les ait rêvés : 10 ans d’efforts concertés de la part d’ONG françaises, des pouvoirs publics cambodgiens et de l’Agence Française de Développement – qui a investi 11 millions d’euros – ont été nécessaires pour mettre en place dans le Sud Cambodge, un ensemble de digues et de canaux, qui permet de bloquer l’eau salée lors des hautes marées. 10 000 hectares de polders convertis en rizières, gérés pas les villageois, nourrissent 8000 familles tout en leur assurant un revenu complémentaire : un modèle de développement durable.

SUR LA TABLE 2


d019c9d4eec96cbac60756c017e48e89

SUR LA TABLE 2

 

Il y a les fruits de l’arbre

des rondeurs de tuile

le mouvement du rideau matinal

des fleurs fraîches prises dans le potager

les flacons des odeurs prises au déroulement des heures

et puis le lieu de notre maison lacustre

perché tout en haut d’un arbre flottant

rappelle-toi le lac Inlé

l’idée du plan est venue de lui

comme la blancheur des murs a trouvé dans les ibis du Mékong matière à suivre

Marguerite

J’aime cette virginité poursuivie en matière de concept

nous en arrivons à marcher sur l’eau en étant mécréants

portant le sacré pour tout vêtement

tes mots et ma peinture dépouillés d’emphase un peu comme on apprend avec des bâtons à trouver la clef.

 

Niala-Loisobleu – 5 Septembre 2019

 

ENTRE TIEN EMOI 101


cropped-a5ac5ac76d480f42d4dd0e744a5bf8c81

ENTRE TIEN EMOI 101

 

Prenez votre sinche avant d’aller aux vignes rappela la cagouille, c’est un jour qui mouille.

La rue que seulement les coulures de dalles habitent, a recours a ses néons racoleurs pour se faire du monde. Les caisses du supermarché ne sont pas toutes ouvertes. On circule sans embouteillages dans les allées. Des caniveaux me reviennent les campagnes de pêche de ma jeunesse. A un point qu’en vérité je me sens moins vieux qu’un râtisseur de curiosité qui n’est plus intéressé que par son smarphone. Dans le écoles les élèves reniflent la fin des cours, un bac pour les vacances ferait leur affaire. Je sors et trouve Ernesto assis les deux pieds dans les flaques. Lancé dans un combat naval impitoyable contre  son prof de robinets. Le petit génie est le seul soleil des temps de pluie qui tiennent. Ma parole faut voit la baffe qu’il tient prête pour les parents d’élèves. Avec sa copine Marguerite ils n’ont pas à refaire le monde, ils sont de l’autre. La couleur dont ils se nourrissent leur pétale l’âme arc-en-ciel .

La baie se profile dans son costume de peau

Le grand tilleul, une sorte d’arbre à soi pour les nuits blanches, abrite les derniers oiseaux de la Chaume.

Des mareyeurs au matin sortant d’un endroit que je nommerai pas voyaient clairs malgré leurs cernes sous les yeux. Dans le vide de la criée les premières moules quittaient les bouchots. J’entendis le livre se relire une dernière page, au moment où la bouilloire siffla le départ. L’abri de la remise à outils avait du temps devant lui avant d’ouvrir. Ernesto s’approcha dans une partie des Jeux d’eaux, sa baguette magique croustillante en main. J’entrevis ton oeil qui se baladait au bout des tiges de coquelicots. Comme la table du jardin était sortie je t’ai cueilli pour me faire un bouquet.

J’ai cru longtemps qu’il suffisait de toucher
le bois d’une table pour marcher avec la forêt,

de caresser le galbe d’une statue pour donner
un corps tout neuf à l’amour, de croquer

un fruit vert pour que s’ouvre à nouveau
le jardin de l’enfance et que la mer appareille

qui était blanche comme tout ce qui endure
sans parler le feu des longs désirs,

j’ignorais

que là où l’enfant peut entrer de plain-pied
un mur se dresse que le temps a bâti

avec nos coeurs aveugles, avides, nos belles
promesses, nos serments de papier,

et c’est celui-là même où nos rêves se brisent
que tu défais, poète, pierre après pierre,

avec des mots de rien, des mots de peu
que les pluies ont lavés, les silences taillés

comme un diamant dans la lumière des jours.

Guy Goffette

Je pris la main d’Ernesto, l’emmenai chez-moi, lui promettant que plus jamais il n’irait à l’école.

Niala-Loisobleu – 05/06/19

L’EPOQUE 2019/24: « S’ECRIRE… »S’ECRIE-T-ELLE.


Voici  le vingt-quatrième de cette nouvelle Epoque 2019 avec Barbara Auzou.

C’est un travail à quatre mains , merci d’en tenir compte dans vos commentaires.

P1050856

Niala – 05-05-19

Acrylyque s/toile 100×73

Collection privée.

 

Un jour vous saurez

Ce bonheur venu d’un seul coup

Comme un froissement d’oiseau

Manger à ma blessure

Vous saurez l’amour creusé jusqu’à l’eau

Sur la douceur déçue

Et sur la raison des lèvres

L’érosion de l’injure

Je vous dirai l’enfant dans l’irritation

De poussière partie sur le chemin de l’intention

Accomplir ce meurtre d’elle

Sauvage et simple comme une naissance

Au cœur de la marguerite rebelle

Puisse l’orange douce de vos yeux

Voir un jour l’éclosion

Du rêve imprudent et nécessaire

Comme l’est tout rêve d’enfant

Et le train de l’écrit passé par mon corps de mère

Vers une seule gare demeurer

Votre solaire événement

Barbara Auzou. 

PAS PEINDRE CE QUE…RIEN QUE


P1050759

PAS PEINDRE CE QUE…RIEN QUE

 

Les doigts collés papier-peint à motif

cette longue mèche sur le front qui bouche la vue

debout sans marcher autrement qu’assis dans une forme d’inexistence

 

NON

 

La couleur de la pulpe à la soie du fruit qu’on porte en soi

La teinte de son oeil a  l’écaille de la nageoire qui scintille au battement de l’ouïe

Le poil du ventre a le végétal qui oxygène le scaphandre dans sa marche en plongée

Semelles de vent

Seins tombants de générosité

Je ne peins que ce qui n’existe pas par devoir trouver.

 

Niala-Loisobleu – 05/05/19

 

 

ENTRE TIEN EMOI 85


cropped-a5ac5ac76d480f42d4dd0e744a5bf8c81

ENTRE TIEN EMOI 85

 

Le fleuve coule allongé sous mes yeux, un cygne passe…Prémonition ? Le gris frigide qui traverse les années en arrière sent le mouvement du courant présent. L’escalier vibre, secoué par palier, de haut en bas. Une porte entrouverte sous les Toi. La voix de l’arbre cherche le mot juste. Se clarifiant je l’entends, la reconnais je sais que ça n’est pas Robert, quelque chose de sympathique, non pas assez, je peins le titre arrive, puissant

« S’ECRIRE, S’ECRIE-T-ELLE !

Je vois le chemin de l’atelier à travers l’allée du jardin, les acanthes se touffent, remontent la garde, l’herbe boutonne. Le ton se veut plus grave. Changement de mode, Marguerite est assise sur le banc de pierre, la mente s’étale, la vallée monte vers le ressenti qui n’a pas à se justifier.

J’étais enceinte jusqu’aux dents de tous les mots d’amour et je ne pouvais plus accoucher d’un seul.

Le Marin de Gibraltar – Marguerite Duras

Dans la passion, on devient poreux, ouvert, troué. On ne peut plus rien entendre d’autre.

L’amie de Michèle Manceaux – Marguerite Duras

La passion reste en suspens dans le monde, prête à traverser les gens qui veulent bien se laisser traverser par elle.

L’amie de Michèle Manceaux – Marguerite Duras

Écrire, c’était ça la seule chose qui peuplait ma vie et qui l’enchantait. Je l’ai fait. L’écriture ne m’a jamais quittée.

Écrire – Marguerite Duras

Sur ma langue je sens venir une larme humide, mes yeux saisissent l’instant du mot inventé, couleur d’une vérité sortie de la gangue, Seul de Deux.

Ma a entendu le chien se précipiter, la porte est ouverte. La toile se remplit.

Niala-Loisobleu – 04/05/19

CE MATIN 2


3287521432_1_5_PrFYwli1

CE MATIN 2

 

Une odeur rance de trains partis à la même heure flotte sur la classe

Dans cette France montrée sur la grande carte murale

Ernesto

cherche  Les Lumières d’une ancienne nation

Les cons, dit-il, faut toujours qui fassent sauter les plombs…

Niala-Loisobleu – 04/05/19