EN MATIERE DE SOI DANS L’AUTRE ET INVERSEMENT


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EN MATIERE DE SOI DANS L’AUTRE ET INVERSEMENT

 

Sur la Chaume je vois le tilleul en appeler à la rivière. Bois flotté, nos troncs n’ont rien ôtés de nos jambes. Quelques pierres s’étirent sur les murs, dans leurs yeux sont entrés des fossiles pour mémoire. La première fois qu’un homme a découvert la différence entre les deux genres il a su comment et pourquoi c’était faire. Le savoir de base se passe des écoles, la petite tortue en pointant l’oeil hors de l’oeuf met toute ses forces dans la nage où l’attend la mer. L’absence a été définie à contresens pour laisser aux pauvres d’esprit la réduction au tout paraître. La toile va recevoir la caresse et la fureur de mes mains, seul aux yeux du passant, je ne peux être vraiment plus avec toi dans chacun de mes gestes qui nous écrivent…

Niala-Loisobleu – 7 Avril 2020

 

Marguerite Duras lit « L’AMOUR »


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Marguerite Duras lit « L’AMOUR »

 

Il pleut, te parlant j’embrasse le soleil autre. L’enfant se lève; marche jusqu’au tableau et y entre de front. Il est mon intention plus secrète qu’un acte qui ne se dit pas, qui traverse sans tourner la tête. L’acte accompli, pénétrant.

L’autre bout n’est plus, les rangs de chaises à l’attente sont devenus un seul banc. Cette île au milieu du large, estuaire à combler nos regards.

Niala-Loisobleu – 6 Avril 2020

 

 

D’ANCRE TENUE


 

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D’ANCRE TENUE

 

La taille imposante du Mékong est présente

Marguerite ouverte

un seul delta pour gîte

l’enfant possédera la blancheur de l’oiseau défiant la boue

l’air se veut léger dans la lourdeur climatique

Il manquait de dire sur son genre la double appartenance que nous lui léguons

tiens-le comme il te le rendra

une seule ficelle ventre à ventre cerf-volant

j’actionne vos pouls au rythme des aubes d’où jaillissent d’infinies sécrétions

les fleurs bleues d’un lin tressent la toile

 

Niala-Loisobleu – 1er Avril 2020

 

 

HOMMENIBUS


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HOMMENIBUS

 

Inversement à la suite d’un côté à l’autre

sautillement des yeux

saute-mouton au devant des horizons de fenêtre

je te suis au pied du lit

lirette et tapis-volant

flairant ton chien de fusil personnel

à la trace

aussi bien quand tu fais des nouilles

que discutant en pas rangs d’élèves

Tes seins, le chevalet, ta main qui tape dans ma main

les toiles du Gardeur de troupeaux, des maisons dans l’espace, l’élevage du toro, le chien-assis, le chien debout, le chien courant, le chien aboyant, un coq aussi, des volées de cloches, rappelles-toi Barbara, enfin Brest il pleuvait ce jour-là et pour mémoire des meuhs et des trains à quai dans la gare

Hommenibus je m’arrête à toutes tes stations sans porter la croix

Le cheval fait son tour à vélo, il a toujours ton caillou dans la poche…

 

Niala-Loisobleu – 25 Mars 2020

 

 

 

ROULE COMME IL FAIT CLAIR


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ROULE COMME IL FAIT CLAIR

Dans l’obscure informatique où je navigue

le lien fort m’attrape la chair à la transpirer

toute migraine éradiquée

Déjà que j’aime pas les saints qui se tiennent en gisants droits

qu’on en voit que la fausse pierre

te dépêchant un tatouage avant que tu aies commencé à te recueillir

la pression de ma roue de maison cherche le frôlement de l’herbe

a veut pas de gonflable synthétique

Garde ta fenêtre ouverte

que mon âne vienne épandre

avec Ernesto

le savoir-vivre cancre et sans-culotte

J’ai une brassée de Marguerite dans le delta…

Niala-Loisobleu – 25 Février 2020

INVITATION AU VOYAGE


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INVITATION AU VOYAGE

Mon monde peinture

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l’hirondelle dans les yeux

La pagode à la voile sans pans

torche d’encens la main de Boudha

allongé au pied des rizières

Le rire des femmes clapote contre le bain des hommes

offrandes sur la route

l’effigie au flanc de montagne garde en vie

Au fond du volcan le soufre ampute l’épaule des jambes

pourquoi ce visage de beauté, pétale de lotus devrait céder à la burka

le jardin flottant pousse les plantes du pied du pécheur dans un défilé de bonzes oranges

Théâtre corporatif des quartiers d’HanoÏ

les ficelles des chevaux de marionnettes  tirent Mandalay du repos

Asie vallée des temples, ibis en robes blanches Marguerite aimée à la folie.

Niala-Loisobleu – 25/09/19

Le Mékong de Marguerite Duras

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1931. Marguerite Donnadieu, 16 ans, quitte Saigon à bord du paquebot Porthos. Sur le quai des messageries maritimes, sa mère et son frère et, plus loin, assis à l’arrière de sa limousine noire, son amant, qui regarde le paquebot s’éloigner. L’enfant au rouge à lèvres rouge, au chapeau de feutre, à la robe de soie et aux talons hauts lamés or, quitte l’Indochine pour rejoindre Paris, où elle deviendra l’un des plus grands écrivains du siècle.1984. Marguerite Duras, 70 ans, écrit sa rencontre, alors qu’elle était âgée de 15 ans à peine, avec un riche Chinois, sur un bac traversant le Mékong, entre Vinh Long et Sadec. L’Amant, c’est le récit d’une relation scandaleuse entre une très jeune fille, française, dans l’Empire colonial des années 20, avec un asiatique, âgé de 12 ans de plus qu’elle. L’Amant, c’est aussi la chronique d’une Indochine au sein de laquelle la mère de Duras, Marie Donnadieu, institutrice dans une école pour indigènes – au dernier rang de la hiérarchie sociale des colonies – a vécu en marge de la bourgeoisie indochinoise. L’Amant, c’est encore le récit de la relation de Marguerite Duras à cette femme, sa mère – une relation faite de violence et d’amour.

Quand Marguerite Duras publie L’Amant, elle a déjà écrit l’essentiel de son œuvre – et a, depuis longtemps, un cercle de lecteurs fidèles, mais elle est inconnue du grand public. Le livre est édité à 25000 exemplaires, il fait événement : le 5 septembre, deux jours après sa mise en vente, les éditions de Minuit doivent procéder à une réimpression ! 100 000 exemplaires sont vendus en quatre semaines. En quelques mois, le livre est traduit en 25 langues.  En novembre, les jurés Goncourt le couronnent. Il sera vendu à 3 millions d’exemplaires.

En 1950, déjà, dans Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras écrit sur sa relation à sa mère – qui a perdu la raison après que l’administration coloniale corrompue lui a vendu, au bord du golfe de Siam, au sud du Cambodge, des terres stériles, systématiquement brûlées par le sel avant la récolte. Duras y raconte la folle entreprise de sa mère, son impossible combat contre les marées, pour établir un barrage protégeant ses rizières, avec l’espoir de sauver des eaux sa concession, ainsi que les terres des paysans cambodgiens, ses voisins[1].

Marguerite Duras, née en 1914 à Saigon, a quitté l’Indochine une première fois en 1931, une deuxième fois en 1933, pour ne plus y retourner. L’enfance, l’adolescence indochinoises sont la matrice d’une œuvre habitée par des lieux, des thèmes et des figures – la terre natale, la colonie, la mère, le petit frère aimé, l’amant. L’acte d’écrire est, pour Marguerite Duras, indissociable de la vie : ce n’est pas l’œuvre qui est le reflet de l’expérience vécue, mais c’est la vie même qui est modelée par l’écriture. Une écriture qu’elle travaille jusqu’à inventer une langue nouvelle, transposant dans l’écrit le rythme de la parole. L’écriture, un lieu où vivre, pour une femme qui n’est jamais revenue sur les lieux de son enfance.

 


 [1] Les barrages contre le Pacifique ont été édifiés quelque 80 ans après que Marie Donnadieu les ait rêvés : 10 ans d’efforts concertés de la part d’ONG françaises, des pouvoirs publics cambodgiens et de l’Agence Française de Développement – qui a investi 11 millions d’euros – ont été nécessaires pour mettre en place dans le Sud Cambodge, un ensemble de digues et de canaux, qui permet de bloquer l’eau salée lors des hautes marées. 10 000 hectares de polders convertis en rizières, gérés pas les villageois, nourrissent 8000 familles tout en leur assurant un revenu complémentaire : un modèle de développement durable.

SUR LA TABLE 2


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SUR LA TABLE 2

 

Il y a les fruits de l’arbre

des rondeurs de tuile

le mouvement du rideau matinal

des fleurs fraîches prises dans le potager

les flacons des odeurs prises au déroulement des heures

et puis le lieu de notre maison lacustre

perché tout en haut d’un arbre flottant

rappelle-toi le lac Inlé

l’idée du plan est venue de lui

comme la blancheur des murs a trouvé dans les ibis du Mékong matière à suivre

Marguerite

J’aime cette virginité poursuivie en matière de concept

nous en arrivons à marcher sur l’eau en étant mécréants

portant le sacré pour tout vêtement

tes mots et ma peinture dépouillés d’emphase un peu comme on apprend avec des bâtons à trouver la clef.

 

Niala-Loisobleu – 5 Septembre 2019