DEMEURER BLANC, A CHEVAL


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DEMEURER BLANC, A CHEVAL

Au tout début il avait remarqué qu’en plein jour et où qu’il soit ce gros truc rond dans le ciel, possiblement capable de réduire, était toujours avec lui

Dans la rue, sur le long du quai, jusque sous le pont d’un gros marronnier ou d’un saute-rivière le rond blanc avec son visage dedans , pas de doute, lui clignait de l’oeil. Sorte de complicité qui plut  d’emblée à l’enfant

En montant le courrier que Marthe lui avait dit de répartir dans les étages il la voyait cette face de lune chaque fois qu’au palier intermédiaire il passait devant la fenêtre

Il s’arrêtait pour jouer du pied avec

Ou montait sur une marche d’étoile la rejoindre

C’est comme ça que longtemps après il sort toujours se taire pour bavarder au-dehors, vieux stratagème de pas causeux qui permet de regarder du côté où on dit que c’est pas pour les enfants

Quelle connerie

Cheval ça aide à passer inaperçu

Les hommes n’ont qu’un rapport étranger avec ceux qu’ils exploitent

Quand il allait aux Tuileries, des fois il croisait un détachement de la Garde Républicaine descendu de la Nation débourrer ses canassons jusqu’à l’Arc de Triomphe

il traversait leur crottin mine de rien et venait jouer avec ses copains du manège avant de s’abreuver au grand bassin

Il en a fait fait des voyages à te chercher, Ma

c’est vrai que la jeunesse ça l’a formé puisqu’il  est en corps là

Pour ce Dimanche de fin de pont, il va pouvoir profiter de ce qu’ils rentrent, pour se faire un coin de bocage. Il aimerait de l’églantine, de la planche à voile, des briques à vallées et beaucoup de menthe quand il entendra les aboiements de son copain noir. La Normandie sans les gîtes à parisiens mais avec plein de vaches, des pommiers et du Toi en chaume, ça lui remue l’aqueux

Son père au milieu d’un chant qu’il pousse à tue-tête, palette à la main…

Niala-Loisobleu – 24 Mai 2020

BLEUS UTILES


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BLEUS UTILES

Les pores se lainent de terre blanche, au grès du sel, laisse les casseroles faïencer suivant les chocs

Comme de Grèce, son Olympe s’en fût rejoindre un bleu d’elfe

l’enfant orange aux yeux à jouer aux billes, petit-fils de concierge, souriant comme deux fesses, sans être causeux, une ambition précoce pour le »remonté du caniveau »

Les corbeaux peuvent habiter Paris, les lieux de prière ne manquent pas, deux types de pigeons aussi, celui qui est amoureux et celui qu’on fait cocu. Il arrive qu’on trouve les deux en un seul

Dans les bouquinistes il a feuilleté sous la jupe des belles images, dans les musées commencé à voir que l’humain met ses pièces rares au placard, entendez les choses belles d’humanité

Puis les cinémas des grands boulevards qu’il fréquentait durant les heures de cours, lui en ont appris plus sur la philosophie

Fin des guerres coloniales à la suite de la grande dernière

Ceux à qui on avaient volé leurs vingt-ans purent se purger

Tout ça pour dire à quel point le bleu est utile

Il faut plus d’années pour bâtir que pour démolir, la rue de ce bleu-là en sait quelque chose

La Seine se passe de noyés

Papa peintre, fin d’esprit et bon d’appétit, c’est mieux qu’une concession éternelle, car des années encore après qui l’est parti, on se dit Bon Jour chaque matin comme à vent d’aller retrouver Ma…

 

Niala-Loisobleu – 17 Janvier 2020

EMBARCADERE


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Le port de La Rochelle – 1934 – Louis-Michel Denèfle 

EMBARCADÈRE

Du bout de cette scène  quand volaient les derniers linges, j’ai coupé le son des pleurs d’une femme qu’on battait

La voûte des arbres à la correspondance du Châtelet tiendrait la grande Ourse en état de rouler que ça collerait avec mon imagination d’enfant

Je crois qu’il faut connaître le cri du loup sur une montée pierreuse occitane pour dire qu’on dira ce qu’on veut du Pyla; ça ne changera pas mon sentiment qu’un tas de sable ne possède rien de ce qui fait ce cri là

Comme la poussière des battages qui vient se coller à la transpiration

Elle appelle aux meules pour le guilledou

Devant le Louvre j’ai marché en me tenant rive-gauche, le bon côté de la Seine, l’Institut a choisi la vraie célébrité en partant de Lutèce jusqu’à St-Germain-des-Prés. En mettant leur tête dans l’eau les essences  publiaient le ban pour marier la voile. La femme que j’ai vu faire l’amour sous le Pont-Neuf avait cette odeur fluviale qu’on n’explique pas

L’eau me fascine

Mon père m’a donné cette émotion j’avais 1 an , dans la loge de ma grand-mère il y avait un grand tableau du port de La Rochelle au dessus du buffet, il l’avait peint comme pour mettre le 51 rue de Verneuil en embarcadère. J’en ai le morceau sauvé. Ma belle-soeur cette horreur, l’avait récupéré à sa mort. Il était peint sur du contreplaqué, le trouvant trop grand elle l’a fait scié

Pourtant dès que j’ai commencé à faire les caniveaux, j’ai eu une idée de la femme qui l’élevait à égalité de l’homme

Son creux tellement plein.

Niala-Loisobleu – 03/12/19

DIS 33, L’OISO


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DIS 33, L’OISO

Ne lui parle pas aujourd’hui, regarde-le au-delà ton Père, laisse-le, il est au mur à ton coeur et te vois

cause à la présente origine du 33

33 ça dit tout

de bonne santé

de sérénité

comme ton ventre qui vient de se vider

ELLE est là l’OEUVRE

puissante comme un silence tenu

retirée de bousculades tire-laine du pré-salé

Les arbres-sentinelles sont de quart sur le pont (transbordeur de l’estuaire)

il fallait que ça monte

que ça vigne

le pampre et la grappe croqués l’un dans l’autre

Dionysos phallique dressant son ceps

Tu n’as pas rompu l’Oiso, tu l’as eu

avec la puissance que représente ce 33 pour acter la naissance

Double présence rapprochée

Ma

tenons-nous par la barbichette

le premier qui r’ira retrouvera l’autre

A la notre !!!

Détends-toi et tel l’Oiso signe ton tableau.

Niala-Loisobleu – 13 Juillet 2019

LA BOÎTE A L’ÊTRE 41 – LE JARDINIER


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 41 – LE JARDINIER

 

Les saisons passent entre les sillons creusés par les pinceaux. Palette, vaste domaine, culture proportionnée au jardin de taille humaine.Loin des mécanisations araires, qui coupent plus qu’elles ne font pousser.

Le chevalet est curieusement complice des mutations végétales qui suivent sans dessein, l’évolution de l’Oeuvre de l’artiste. L’Oeuvre étant l’ensemble de ses différentes époques.Farouchement indépendant, ce peintre là, s’est toujours tenu à l’écart des modes et de leurs dommages sur la personnalité intrinsèque.

Tu souviens-tu Alain quand tu as accouché de Niala ? Je suis père et mère, androgyne, si tu savais comme c’est puissant ce sentiment de se remplir d’une autre dimension, de la sentir se développer dans son ventre, et d’en entendre les premiers cris…tu ne me demanderais pas si je m’en souviens encore..Tu n’y comprendras sans doute rien, mais mon père après avoir conçu Alain Denèfle, sans le savoir à inséminé Niala. Jamais cette conception ne fut artificielle.Il m’en parle souvent dans nos conversations journalières. Fier d’avoir eu deux garçons avec le même. De penser que son autre fils est son frère, ça fait silence…non seulement c’est intime et incompréhensible pour les non-membres de la famille, mais surtout, c’est l’accomplissement d’un amour sans fin.

Louis me résonne de tous les bruits qu’il a semé dans mon jardin d’enfant.Debout avant le jour, et couché bien après lui, j’ai de curieuses musiques au coeur. Sa voix haute et prenante, il chantait du matin au soir, d’une voix de stentor, pas un de ces filets mignons de nos stars de la chanson actuelle. Et sans micro, en direct. Le répertoire en désordre, selon le rayon de soleil où la pluie de l’instant, selon le rebondi des fesses du modèle qui parfumait l’atelier de ses remontées dermiques, notre seul moyen de chauffage, ou de rafraîchissement, selon aussi la lutte ouvrière, les troubles de la société, la guerre en trame, la guerre, en uniforme, la guerre en deuils, la guerre en tortures, la guerre en atrocités, la guerre en hémorragie du coeur. La lutte permanente. Comme il me disait, même quand il fait beau il y toujours une grêle en embuscade. D’où ces chansons de corps de garde….on est jamais assez vigilants, m’a-t-il appris.

C’est l’arrosoir de mes sécheresses, il tombe toujours à pluie quand l’à-pic a brutalement fait un cratère dans ma rue. Louis c’est mon chaudronnier, il repousse le métal, le fait chanter en extrayant de sa froideur la chaleur de sa forge intérieure. Ses marteaux rebondissent avec joie sur mes enclumes. Comme ses mains m’ont assoupli les doigts. Le travail les a fait à sa mesure, il les a endurci de l’apparence, sans les dépouiller de leur extrême sensibilité interne. La main plante, la main transplante, la main fait lever, la main fait s’ouvrir, la main projette, elle est le signe permanent du vouloir, le seul outil que l’on doit apprendre à fabriquer soi-même, pour en connaître l’usage. On achète pas une main on la donne.

Mes mains ont traversé tant de paysages. Tant de robes de campagnes, boisées, herbues, tant de chemises et de pantalons de rues, de places et de quais de gare, de mers ou de fleuves, tant de bretelles de chemins, de boulevards, de tunnels, d’aérogares, tant de chapeaux de plages, de rivières, de lacs, qui les ont plongé nues dans leurs pavés, leurs ornières, leurs clairières, leurs bals du 14 Juillet, leurs échancrures de corsages comme de cols montagneux, que les vertiges de l’altitude, ont grisé parfois, sans faire tourner la tête à l’envers. Une tête qui tourne du bon côté c’est une vue qui s’ouvre, n’est-ce pas chère automne ?

Mon jardin est le reflet de mon âme, il y a plus de mauvaises herbes que de fleurs à vase. C’est ma seule concession à ce dieu qui serait paraît-il à son origine, j’aime pas les curés mais j’adore leurs jardins.Tout est pousse dans l’humain, je n’ai pas dit dans l’homme, là c’est un autre plan, qu’un quennal ou plusieurs n’ont toujours pas assaini. Poètes, mes fleurs, mes nourritures, où seriez-vous le mieux sinon dans mon jardin ?

Dans le jardin

Jeanne et Georges sont là. Le noir ciel orageux

Devient rose, et répand l’aurore sur leurs jeux ;

Ô beaux jours ! Le printemps auprès de moi s’empresse ;

Tout verdit ; la forêt est une enchanteresse ;

L’horizon change, ainsi qu’un décor d’opéra ;

Appelez ce doux mois du nom qu’il vous plaira,

C’est mai, c’est floréal ; c’est l’hyménée auguste

De la chose tremblante et de la chose juste,

Du nid et de l’azur, du brin d’herbe et du ciel ;

C’est l’heure où tout se sent vaguement éternel ;

C’est l’éblouissement, c’est l’espoir, c’est l’ivresse ;

La plante est une femme, et mon vers la caresse ;

C’est, grâce aux frais glaïeuls, grâce aux purs liserons,

La vengeance que nous poètes nous tirons

De cet affreux janvier, si laid ; c’est la revanche

Qu’avril contre l’hiver prend avec la pervenche ;

Courage, avril ! Courage, ô mois de mai ! Ciel bleu,

Réchauffe, resplendis, sois beau ! Bravo, bon Dieu !

Ah ! jamais la saison ne nous fait banqueroute.

L’aube passe en semant des roses sur sa route.

Flamme ! ombre ! tout est plein de ténèbres et d’yeux ;

Tout est mystérieux et tout est radieux ;

Qu’est-ce que l’alcyon cherche dans les tempêtes ?

L’amour ; l’antre et le nid ayant les mêmes fêtes,

Je ne vois pas pourquoi l’homme serait honteux

De ce que les lions pensifs ont devant eux,

De l’amour, de l’hymen sacré, de toi, nature !

Tout cachot aboutit à la même ouverture,

La vie ; et toute chaîne, à travers nos douleurs,

Commence par l’airain et finit par les fleurs.

C’est pourquoi nous avons d’abord la haine infâme,

La guerre, les tourments, les fléaux, puis la femme,

La nuit n’ayant pour but que d’amener le jour.

Dieu n’a fait l’univers que pour faire l’amour.

Toujours, comme un poète aime, comme les sages

N’ont pas deux vérités et n’ont pas deux visages,

J’ai laissé la beauté, fier et suprême attrait,

Vaincre, et faire de moi tout ce qu’elle voudrait ;

Je n’ai pas plus caché devant la femme nue

Mes transports, que devant l’étoile sous la nue

Et devant la blancheur du cygne sur les eaux.

Car dans l’azur sans fond les plus profonds oiseaux

Chantent le même chant, et ce chant, c’est la vie.

Sois puissant, je te plains ; sois aimé, je t’envie.

Victor Hugo

Sur la toile, le jour se lève, entre les doigts du jardinier. La composition en L – comme liberté, loge, largesse, lointain -a transporté le présent, hors des ténèbres. La lumière , symbole de verticalité étend son trait horizontalement sur le jardin, semant l’espérance nourricière.

Niala-Loisobleu

5 Décembre 2010

LE JARDINIER - 2010 - NIALA - Acrylique sur toile 46 x 38 003