LES CHEVALETS-CYCLOPES 1


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Magritte : On pourra encore manger des melons cet automne. la récolte a été tardive, ils n’en seront que plus sucrés

LES CHEVALETS-CYCLOPES 1

La campagne somnole, les ovins sont calmes bien gardés par un barde laid. Le son du cor dévoile l’instinct animal, cruel, féroce et bête de l’homme. Surgit la meute de rouge vêtue la chasse accourt à la lie.

Les cadavres-exquis aparaîssent René Magritte et ses chevalets ouverts à la manie veille. Et le monde s’auto-proclame, Ubu essaime battant Narcisse dans la mare des Records. La légende déferle aboyant sur tout ce qui bouge de son phallus brandi.

J’ai la plus grosse disent-ils en choeur sec

Défonce-moi dit un con sommateur

aux nichons-synthétiques tatoués jusqu’à l’entrecuisse – garnie de grelots tintinnabulants qu’une renne traîne – des poissons qui passaient par la mer, on a vu les volants s’en sortir, pour le reste et alentours basta, circulez y a plus rien à voir

Avant ici c’était un endroit où l’amour se promettait d’habiter…

 

Niala-Loisobleu – 4 Mars 2019

 

César Vallejo – Aujourd’hui j’aime beaucoup moins la vie…


César Vallejo – Aujourd’hui j’aime beaucoup moins la vie…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui j’aime beaucoup moins la vie ,
mais toujours j’aime vivre : je l’ai déjà dit.
J’ai presque touché la part de mon tout et je me suis contenu
en me tirant une balle dans la langue derrière ma parole.

Aujourd’hui je me palpe le menton battant en retraite
et je me dis en ces pantalons momentanés :
Tant de vie et jamais !
Tant d’années et toujours mes semaines… !
Mes parents enterrés avec leur pierre
et leur triste rigidité qui n’en finit pas ;
portrait en pied des frères, mes frères,
et, enfin, mon être debout et en gilet.

J’aime la vie énormément
mais, bien sûr,
avec ma mort bien-aimée et mon café
à regarder les marroniers touffus de Paris
et disant :
Voici un oeil, un autre ; un front, un autre… Et je répète :
Tant de vie et je pousse toujours la chanson !
Tant d’années et toujours, toujours, toujours !

J’ai dit gilet, j’ai dit
tout, partie, angoisse, j’ai dit presque, pour ne pas pleurer.
Car il est est vrai que j’ai souffert dans cet hôpital, juste à côté,
et c’est bien et c’est mal d’avoir observé
de bas en haut mon organisme.

J’aimerai toujours vivre, même sur le ventre,
parce que, comme je le disais et comme je le répète,
tant de vie et jamais ! Et tant d’années,
et toujours, beaucoup de toujours, toujours toujours !

 

Hoy me gusta la vida mucho menos,
pero siempre me gusta vivir: ya lo decía.
Casi toqué la parte de mi todo y me contuve
con un tiro en la lengua detrás de mi palabra.

Hoy me palpo el mentón en retirada
y en estos momentáneos pantalones yo me digo:
¡Tánta vida y jamás!
¡Tántos años y siempre mis semanas!…
Mis padres enterrados con su piedra
y su triste estirón que no ha acabado;
de cuerpo entero hermanos, mis hermanos,
y, en fin, mi ser parado y en chaleco.

Me gusta la vida enormemente
pero, desde luego,
con mi muerte querida y mi café
y viendo los castaños frondosos de París
y diciendo:
Es un ojo éste, aquél; una frente ésta, aquélla… Y repitiendo:
¡Tánta vida y jamás me falla la tonada!
¡Tántos años y siempre, siempre, siempre!

Dije chaleco, dije
todo, parte, ansia, dije casi, por no llorar.
Que es verdad que sufrí en aquel hospital que queda al lado
y está bien y está mal haber mirado
de abajo para arriba mi organismo.

Me gustará vivir siempre, así fuese de barriga,
porque, como iba diciendo y lo repito,
¡tánta vida y jamás! ¡Y tántos años,
y siempre, mucho siempre, siempre, siempre!

***

César Vallejo (1892-1938) – Poèmes humains (1939) – Poésie complète 1919-1937 (Flammarion) – Traduit de l’Espagnol (Pérou) par Nicole Réda-Euvremer.

A LIN RESTE BLEU


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A LIN RESTE BLEU

 

Il y a toujours une grosse mer dans le jour, quand ça tangue l’érailleur de fibres que je suis sort le rabot de la passion qui fait la planche aux bordées de l’esquif. L’eau ne monte que par sa proximale humidité, l’herminette taille la mine à tracer la ligne de flottaison. Sur les desseins de mes crayons, l’herbe estompe une ombre de fraîcheur, Quoi que tu huiles un crissement force la place. Les pierres les mieux polies ne peuvent rien contre le langage outre en scié. A choisir je préfère l’esprit à la ouate pour m’éclairer. Il est vrai qu’à mal tolérer on lâche jusqu’à son origine et la profondeur d’un long parcours culturel. Que faire sinon tenir la chaîne par le maillon qui transmet et ignorer son sens érosif s’attaquant au maintien intrinsèque de l’individu. Puisqu’il faut partir, attendons le jour venu sans faire en sorte d’être absent de ce qui vit pendant qu’on est en corps dedans. On laisse si peu de soi, un enfant peut avoir de son sang mais rien de  reconnaissance. Il est également possible qu’il vous en veuille au nom de l’avoir fait autrement que vous sans que c’est à voir avec un handicap, juste une jalousie perverse bête et destructrice capable de calomnie.

Non je ne suis pas noir et j’aime Nougaro comme  je l’ai voulu.

Niala-Loisobleu – 15/02/19

 

JE CHANTE LE SOI MEME

Je chante le soi-même, une simple personne séparée,

Pourtant je prononce le mot démocratique, le mot En Masse,

C’est de la physiologie du haut en bas, que je chante,

La physionomie seule, le cerveau seul, ce n’est pas digne de la Muse;

je dis que l’Ëtre complet en est bien plus digne.

C’est le féminin à l’égal du mâle que je chante,

C’est la vie, incommensurable en passion, ressort et puissance,

Pleine de joie, mise en oeuvre par des lois divines pour la plus libre action,

C’est l’Homme Moderne que je chante.

 

Walt Whitman (Extrait de Feuilles d’herbes)

Avant que s’atteindre long et le large


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Avant que s’atteindre

long et le large

Rien en vue mis à part

les voiles obscurantistes

les étocs d’épaves

bancs de sables

otaries empaillées

boîtes de soupes à la baleine et ailes de requins

emballages d’eaux minées râles et plats jetables

tires-lyres

décor d’une île pour un long métrage Di Cappricio

tite  Annick gonflable

un pique Pucket

des longs manteaux d’exhibitionnistes

capotes érectiles

couches-culottes

tampons périodiques

pompes funèbres portatives usagées

glaires de not’air

algues vertes

………..

 

 

 

Ah

vider l’amer

le premier qui s’y colle aura une salle d’eh ben toute propre…

Niala-Loisobleu – 10/02/19

PARDONNEZ-MOI


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PARDONNEZ-MOI

 

Quand d’une peinture sèche j’ai dit le mauvais ton, pardonnez-moi, c’était un trou dans le pastel de la pensée réelle.

Des fois le métronome à des comportements malvenus sans besoin d’un ulcère

Aigre-doux comme provoque le sirop des rabs de manifestation mal-venue d’une taupe bouleversant l’ordonnance du jardin

J’ai pas le goût du laid dans mes meuhs

Pardonnez-moi …J’aime la savoir DANS L’ATELIER par-dessus tout que j’en collectionne LES CARTES POSTALES comme un bien rare

Niala-Loisobleu – 24/01/19

 

MARIO (Jacques Bertin)


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MARIO (Jacques Bertin)

Mario

C’est le cœur qui a mal, je crois, Mario, c’est le cœur simplement,
Mais d’une si infiniment infime douleur qu’un violon
Ne saurait, même au plus ténu de son registre, l’apaiser
Mario, à peine comme au loin les jours de pluie une fumée,

Comme l’invisible dessin d’un vol d’oiseau dans l’air limpide
Une douleur.Mais tout est calme. Aucun de ces élancements
Du sang. Et point de ces amas au ciel menaçants de nuages,
Non plus le désespoir violent comme un saccage. C’est le cœur

Simplement épinglé, Mario, le cœur cloué comme une image
Sur une vie aux couleurs d’eau, sur un décor aux couleurs mortes
Ou comme une affiche, Mario, séchée sur une porte,
Et dont un lambeau bouge à l’air léger.

Le cœur qui dit d’une manière si timide qu’il ne peut
Aller plus loin dans cette vie destinée pourtant au grand large,
Or l’univers inflexible grince sous la corne et se charge
De nous, tout comme l’œil implacable des gens.

Suis-je si vieux ? Moi qui parlais au temps qu’il fait comme un prophète
À la religion bonne et gaie, toute bataille m’était fête,
Je suis comme si un huissier, portant bien haut le candélabre
En plein jour, dans mon propre cœur, parmi les dunes m’emmenait

Où je m’enfonce à chaque pas, perdant le souffle sous le masque
À moins que ce ne soit mon cœur, mon vieux Mario, là, cette barque
Enfouie dans la marée de sable et par une herbe douce aux pieds
Recouverte et tenue par la ligne sans vie des peupliers

Jacques Bertin

 

LE JEU


Esther Granek

LE JEU

Seize sont blancs. Seize sont noirs.
Alignement d’un face-à-face.
Selon son rang, chacun se place.
En symétrie, de part en part.
Les plus petits sur le devant.
Seize sont noirs. Seize sont blancs.
Huit fois huit cases. Un jeu démarre.

Joutes, et coups bas, et corps à corps,
et durs combats. Ultime effort
pour asséner à ceux d’en face :
« Échec et mat ! le roi est mort ! »

Complimenté est le gagnant.

Déjà tout se remet en place.
Et du combat ne reste trace.
Tout aussitôt le jeu reprend.

Seize sont noirs. Seize sont blancs…

N’ayant soixante-quatre cases
ni trente-deux participants,
mais autres nombres et autres temps,
la vie, pourtant, a mêmes bases.

Esther Granek
Extrait de: Synthèses (2009)
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