AMOUREUSES


AMOUREUSES

Elles ont les épaules hautes

Et l’air malin

Ou bien des mines qui déroutent

La confiance est dans la poitrine

A la hauteur où l’aube de leurs seins se lève

Pour dévêtir la nuit

Des yeux à casser les cailloux

Des sourires sans y penser

Pour chaque rêve

Des rafales de cris de neige

Des lacs de nudité

Et des ombres déracinées.

Il faut les croire sur baiser
Et sur parole et sur regard
Et ne baiser que leurs baisers

Je ne montre que ton visage

Les grands orages de ta gorge

Tout ce que je connais et tout ce que j’ignore

Mon amour ton amour ton amour ton amour

Paul Eluard

DANSE AU JARDIN DE NIALA 6


DANSE AU JARDIN DE NIALA 6

Tenue à son treillis la Barbara tient l’amour secret pour le faire vivre comme ce qui qui ne peut s’accoupler au bavardage

l’encoignure du mur et la défense du volet animent cette présence des poings tapie dans l’atelier au coeur de sa rage qui n’a jamais faillie, des brouillards des grandes manoeuvres trompant pour écarter le non-luisant des vers

Poings qui cognent d’Autan plus du point de départ par les errances de reculades mises en pandémie et que notre unité affirme dans sa danse, n’en déBlaise à tout le monde

Assez forte pour s’en sortir seule

la poussée printanière n’a pas à s’égarer dans un théâtre de jardin tourné du mauvais côté d’un spectacle confiné

Décroché des cintres, au sein du réel point besoin d’un décor en street-art, il n’y a de murs que dans l’illusion du désir feint bloqué trompeur à son propre-piège.

Niala-Loisobleu – 18 Avril 2021

L’AMANDAIE


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L’AMANDAIE

Chronos arrive au bord et sonne à larmes

du fond de la cour sans dédale

la terre cuite ocre l’aqueux taurin en falaises vient

tenir l’Epoque

en vie dans ses mains et pas sous-globe sur la cheminée

Je palpe hit

Oui la rousse automne au geai bleu

Je l’ai dit il y a très longtemps

L’AUTOMNE

fait bien pousser l’peint tant

Moire c’est moire

Jamais ne meurt

au patio le vaste champ de cette fontaine rose hibiscus grimpant par-dessus les murs

L’en faire en dragon consume le parasite du Mont

Seins, miches, ailes

Absolu

mon enfance rendue je n’aurais eu que l’âge d’aimer

Merci la Vie !

PENSER AUX BOURGEONS DE L’AMANDIER !…

Que deviennent les bourgeons de l’amandier ?

l
Poussent-ils encore dans les ruines ?
Si les surgeons de la haine
Les assassinent
Qui pourra
Les remettre sur pied
Sauvera leur scène

Et pourtant on en voit encore s’épanouir
Entre les gravats – la terre
Et la mélasse …
Si ce n’est dans les larmes qui les enlacent
Qui pourra encore leurs racines
Reconstruire ?

Une pluie de flammes – de bombes et de missiles
Ce n’est pas un drame pour les « aveugles »
Qui conspuent ces âmes
Et qui beuglent :
« Bravo ! Bravo ! » Du fond de leur île

Est-il interdit : l’amour pour cette terre ?
Qui dit qu’il faille recommencer ?
Comme si ce n’était pas assez :
Ce destin d’enfer
Qui les enterre !!

Va-t-on épuiser par le feu tout leur sol ?
Malgré le fer et le sang
Puissants ils résistent
Et viendront encore
En fleurs
Ils insistent comme les symboles
De ce qui – jamais – ne meurt …
Si donc ce n’est pas vol
C’est un viol

Or les bourgeons jouent entre eux sous la pierre
Où les édifices détruits nous laissent
Un cri qui blesse :
« Non ! Ils ne doivent payer le prix
D’un pays que l’on veut rayer
Ils sont encore sa lumière ! »

Ils sont dans l’ombre de leur étoile
Ceux qui coupent les arbres
De leur ciel
Ou leur jettent le feu et le fiel
Et ils restent de marbre
Dans leur toile
Qui s’étend
Sans que les temps ne murmurent
Contre les raides murs

Et des bourgeons on entendait souffler des femmes
Au milieu des balles qui sifflaient
Au hasard sanglant qui giflait
De sa mort les corps
Et les emportait
Sans un drame

Et maintenant où sont les mains qui implorent
Du fond de leur « Éden merveilleux »
De ne plus toucher
Aux beaux yeux
Des petits princes – de les laisser éclore ?
« Mais rentrez les armes
Rincez les larmes
Séchez-les
Et faites que les jeunes pousses
Ne se blessent plus
A leurs racines
Assassinées
Laissez ! Oui ! Laissez-les pousser
Dès qu’ils sont nés ! »

Alain Minod

DU JOUR AU LENDEMAIN CE SOLEIL MUTE


DU JOUR AU LENDEMAIN CE SOLEIL MUTE

« Cher Sagittaire, aujourd’hui, en amour, vous avez besoin de ressentir que les personnes que vous aimez et que vous estimez sont présentes pour vous. Désir d’affection, de tendresse, envie d’entendre que l’on vous aime, toutes les formes de preuves d’amour sont les bienvenues. De votre côté, vous exposez vos sentiments de façon XXL »

Je confirme avoir eu ce ressenti au levé….mais à part un véritable soleil météo, le moins qu’on puisse dire c’est que le vent a tourné depuis hier sans que j’y sois pour quelque chose

Alors la vérité étant devenue aménageable …on ne se méfierait jamais assez

Seulement devoir se méfier de tout comme de tous c’est pire qu’une lèpre dévorante

Le choc au ventre j’ai repeint le 8 d’hier sans le noircir, il ne méritait pas cette imposture. En revanche en blanchissant sa partie fausse je lui ai redonné sa vérité haut-la-main

L’oiseau sent toujours le vent qui tourne avant la tempête

Aider les autres ne doit pas conduire à se faire passer pour ce que l’on est pas, que l’on a pas dit, que l’on a pas fait et encore moins voulu

écrire l’amour en rimes à rien, c’est pas joli du tout

je ne veux pas laisser le laid pénétrer, j’ai dit ce que je ne veux pas galvauder du Beau.

Niala-Loisobleu – 29 Mars 2021

DES RIVEES MUSICALES


DES RIVEES MUSICALES

A peine au fait de la lanterne, sur l’appui du sommet , le phare fit jour à l’écume par balaiement circulaire en se tenant le Centre comme racine de rambarde

Comment vous dire la densité du ressenti ?

Le monde marin débordant la fosse mit le chef debout face à l’orchestre

seins phoniques en bal populaire au carrefour d’une révolution lunaire, hanches en bouche des hauts-bois, violons de l’alto de la chanteuse à voix grave aux mandolines vénitiennes profitant d’un arrêt paquebot

pipeaux mis en quarantaine pour un jazz-band sans remontant

peau à peau comme à l’origine de la découverte de la grotte, les tambours sont allés au plus profond quérir

les cuivres en astiquant à la mode de quand on cuisinait à l’ancienne

J’aime le baroque

c’est inspiré

créatif

sacré

imaginatif

possiblement prêt à jouer partout sans se tenir aux fins de semaine tombant à la paye

Ah sous les voûtes d’un roman abandonné en pleine campagne

quand ça gagne la flèche du tympan

ça me retourne pareil que cette Musique que m’a composée Ma, ce Dimanche

Au point qu’à l’atelier où elle m’attendait j’ai peint comme un manuel participant au changement planétaire, lâchant le renouvelable tel un Magicien mettant le 8 au monde.

Niala-Loisobleu – 28 Mars 2021

L’EPOQUE 2021/7 « MUSIQUE »


Voici le N°7 de la nouvelle EPOQUE 2021 en collaboration avec BARBARA AUZOU : « MUSIQUE » Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa

L’EPOQUE 2021/7 « MUSIQUE »

Niala

Acrylique s/toile 55×38

L’EPOQUE 2021/7 « MUSIQUE »

je garderai 

en ton mineur 

ta petite main de pluie

qui gratte l’idée d’un autre monde

et l’espoir de la rose de mai

tes mots qui brûlent à feu doux

douces veilleuses et petit-lait

larme sur le nord des jardins qui fait

l’eau concave et les projets propices

à l’ipomée

dire que tu écris pour réparer l’enfance d’une injustice

serait réducteur

c’est une composition

une totalité

l’atout majeur les seins les sens et le destin

l’animal arrivé tout entier

Barbara Auzou.

Le souffle du train rapproché


Le souffle du train rapproché

Vagissement de lune

Dans la pleine la voix raccordée recolle au réseau ferré

Le jardin se tient au lit du grand fleuve sans besoin des brassières

Apaisé l’horizon découvre en premier la silhouette du cerisier dans le levé du jour

La voie guette l’arrivée du bon jour en tête de convoi

Aiguillage du tunnel en décolleté sur la jetée où la vague se reconnait les yeux fermés

Et dans la musique d’une semaille d’étoiles en flocons les étocs de défense-côtières se font limer les dents.

Niala-Loisobleu – 28 Mars 2021

MUSIQUE DES RENCONTRES


MUSIQUE DES RENCONTRES

Si l’amour à la croisée des chemins
Là où se rencontrent âmes et mains
Qui se joignent – croyant à leur futur
Il pourrait relier ses ouvertures

Et jamais de doux baisers ne se donnent
Sans qu’un tendre bonheur ne s’abandonne
Sur ces lèvres demeurées inconnues
Et sans que toujours on tombe des nues

A la seconde où les regards s’épousent
Tramant la seule étoile qui s’y couse
Celle qui file en battements de cœur
Elle garde une magique lueur

Magnétique musique du partage
Qui aimante toutes les belles pages
Du livre de la vie pour graviter
De bohème en poème puis en beauté

Alain Minod

EXAMEN DE CONSCIENCE


EXAMEN DE CONSCIENCE

A Barbara AUZOU

De lire que je serais au point de m’apercevoir de la beauté de ta poésie aurait pu me mettre à terre, si je ne voyais pas là l’énormité du différent stupide qui a causé un dommage qu’il faut réparer. Jamais je n’aurais pu illustrer Les EPOQUES 18/19/20 ET 21 sans être inspiré par la grandeur qui fait la beauté de ta poésie.

Je ne peux , à moins d’accepter de ne plus vivre comme je l’ai fait durant ma longue existence, laisser cette oeuvre sur le bord de sa route. Elle n’a rien de commun avec nos créations séparées. C’est l’absolu que nous avons voulu atteindre ensemble.

Alors pour lever ce quiproquo, je déclare que ton art poétique est puissant.

Qu’il est d’une beauté totale qui ne peut se révéler qu’en face d’un silence où les mots voyagent à la conquête de cet espoir que le quotidien refuse mais que nous atteignons par symbiose.

Aussi il faut dire cette complétude n’existerait pas sans amour.

C’est amplement significatif.

Niala- Loisobleu – 27 Mars 2021

LA PEAU DU MONDE

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Sur le fil du désir nous marchons vers un dieu. L’Éternité s’invente à chaque galaxie. Il faudra piétiner les banquises du songe, les vallées de l’espace, les
mondes attiédis et les étoiles rouges où l’agonie s’installe, avant de parvenir au cœur d’un tourbillon, originel chaos préparant le cosmos. L’avenir quotidien saura
peser nos âmes.

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Sous l’écorce nous aimions l’arbre et sous l’arbre le vent. Ils voyageaient ensemble et traversaient les fleuves qui offriraient au loin l’élan de leur vigueur. Parfois leur ambition
se perdait dans les sources pour mieux régénérer quelque très vieux désert où s’évaporaient des batailles dont les cris malgré tout étaient encore
humains.

Quelquefois une étoile noire macule nos livres d’images, conférant à la maladresse une saveur d’infini comme ces portulans dont l’imprécision même faisait parfois
surgir tout l’or d’un continent. Lorsque les galions de nos enfances grises auront pillé l’azur et vaincu l’ouragan, nous rentrerons chez nous pour créer des empires au fond de ces
jardins qui nous faisaient si peur.

Bec, ongle, pince et griffe au partage du jour. Un règne lacéré s’installe en nos mémoires où le passé vacille au profit d’un futur à peine immunisé des
à-coups de l’Histoire. Serons-nous les mutants des ruines ou du bruit que font la mort violente et le crime lucide ? Notre goût du bonheur serait-il perverti au point de maquiller
toute vie en suicide?

Cherchant à expliquer comment naît un désert, nous avons commencé par le feu et la pierre, poursuivi par le vent, la silice et le quartz, pour nous perdre en chemin, à
mi-genèse presque, en un autre désert plus vide et plus ancien, bien établi déjà dans son horreur parfaite. Désert civilisé, techniquement au point pour
suicider le rêve et flouer la mémoire.

Mannequins effacés, pâles sorciers du doute, l’alchimie du futur envahit votre nom en diluant la mort dans le sang des vivants. Vous devrez affronter votre substance même où
le poison se mêle à l’élixir du temps. Devien-drez-vous robots, golems ou androïdes assoiffés de revanche en vos corsets de fer ou cellules à venir d’un homme
déjà mûr qui saura, mieux que vous, apprivoiser l’énigme?

Le froid sculpte au hasard des soleils de banquise montés dans le dernier carré d’un ciel vaincu. Un désespoir nous gagne aux fruits mal défendus, certitudes glacées
des vérités acquises. Les planètes balancent en un cosmos qui enfle et nous nous épuisons à le suivre en secret vers les confins d’un dieu surgi de l’improbable,
instant zéro d’un monde ou trop jeune ou trop vieux.

Un cerveau de roi fou boit chaque ciel qui passe au-dessus du chaos mis sur ordinateur. Le progrès bien nourri programme les famines, résiste quelquefois à la greffe du
cœur. Nous autres, courtisans d’un souverain de plume, nous nous habituons aux bonbons de la peur, et quand il nous promet des rasades de lune, notre roi fou se trompe, et de siècle,
et de mœurs.

Nouer le maillon d’eau à son maillon de sable fut longtemps le projet de ces minces pêcheurs qui croyaient au bon vouloir des vagues. Cette harmonie factice et corrodée de sel,
nous l’avons éloignée sur ces bateaux en flammes porteurs de chefs vikings que dissoudrait la nuit. Leur âme calcinée flottait entre deux règnes où se distinguait
mal le présent du futur.

Le temps voyage seul, oubliant les saisons que les grands migrateurs s’échinent à poursuivre en leurs dérives hauturières, poussés par la loi de l’espèce. Le temps
voyage seul, faisant de notre vie une gravitation sans escale. Nous-mêmes deviendrons oies sauvages, cigognes, toujours entre deux nids, entre deux continents, mais notre unique loi sera
la chute libre sur une orbite calculée pour nous maintenir en éveil dans notre rêve de vivants.

Des puits se sont creusés sous nos pas délébiles et nous ont digérés en un silence noir. Depuis, nos voyageons dans les boyaux du monde, sans savoir si le vide ou
l’enfer sont au bout. Cette vie souterraine a collé nos paupières, érodé nos genoux, palmé nos maigres doigts. Nous sommes devenus taupes, racines, larves d’un royaume
inversé où la mort a le temps.

L’oeil d’un dieu est inscrit sur l’iris de nos songes, nous évitant ainsi de mutiler le jour. Statues, temples, autels des religions plausibles continuent de bercer notre fuite en avant.
Nous nous voulions chasseurs et nous sommes la cible d’étranges microscopes aux lentilles de vent. L’examen est clinique et la conclusion vague: on n’apprivoise pas les bacilles du
temps.

La paupière des jours s’est fermée sur la ville, œil cyclopéen soudé au terreau de l’Histoire ou reliefs de festin laissés par les pillards. Nous ne
témoignerons ici que de vestiges arasés par le soc, aplanis par le vent. Si des trésors existent, ils sont noyés d’oxyde et si la vie revient, ce sera en secret. Le
laboureur triomphe en restant immobile de tous les cavaliers jadis maîtres en ces lieux.

Nous tous éparpillés en atomes de glaise croyons à ce noyau qui nous maintient debout, mais tout en ignorant au centre de quel fruit il affermit sa coque et nourrit sa
matière. Certains furent tentés de briser ce noyau afin de déchiffrer le nom et le message. Un éblouissement leur tient lieu de cercueil. Pourtant c’est leur orgueil qui
nous permet de vivre.

L’argile du rempart ne résistera guère au limon de l’Histoire amassé par le Vent. Votre sécurité tombera en poussière, peuples nés de la nuit avec du rouge au
front. Le fleuve coulera sur vos années-lumière, vos enfants, votre blé garniront les tombeaux et l’or de votre foi ne servira, en somme, qu’à creuser un peu plus notre
destin de sourds.

Cette géographie des taches de vieillesse, que nous nous surprenons à lire, quelquefois, sur le dos de nos mains bien à plat sur la table, est semblable, plutôt, à la
cosmographie d’étoiles disparues dont la lumière encore est le paradoxal témoignage de vie. Il faut prendre le temps de mourir en avance pour mieux tendre nos mains aux
tâches du futur.

Un serpent prisonnier du temps devenu pierre savait encore muer, complice des glaciers quand leur fleuve immobile inondait la matière. Il parvint jusqu’à nous ce reptile en dentelles,
mordit notre présent de son venin usé, puis, malgré le sérum que notre ego distille, nous fûmes pétrifiés serpents à notre tour, affublés d’une peau
qui ne convenait guère à cette chair à vif dont nous étions sculptés.

Dans une fête ancienne où l’irréel se danse, sous son masque éborgné d’un regard qui balance, une vérité bouge, une fuite prend corps. S’il fallait peser
l’âme à l’aune de la mort, nous serions, au matin, ou démons ou prophètes. Mais l’âme a soif d’abîme et l’ange mord la bête. Visage tiraillé entre vide
et paroi, nous ne perdrons la vie qu’en sauvant notre tête.

Nous labourions la vie avec plus de rigueur. Il fallait un ordre à nos rêves, une conscience aiguë de nos ahgne-ments. Le temps nous contemplait d’un œil géomètre
quand nos calculs humains, que nous voubons exacts, se voyaient engloutis par des coulées de lave. Une ville sombrait dans un magma mortel, sépulture éblouie de nos consciences
nettes, abbi pour notre rachat.

Un cerveau d’ouragan s’appropria le monde et le remodela selon ses tourbillons pour transformer la mort en sujet de légende. Le prix du sacrifice à la mémoire fut
élevé. Vivre restait le but, avec ce goût du cataclysme que nous portions en nous. Les statues de sel se retournaient sur nos écarts et dans leurs yeux figés un dieu
tremblait encore.

Dépositaires des secrets du ciel, comptables des apocalypses, ils étaient les veilleurs, ces anges du refus. Leur orgueil produisit des géants malhabiles, contraints de plier,
à la fin, sous le poids du monde avant de gagner l’autre versant de l’éclair. Depuis, sur une terre lasse et repue de cadavres, nous tentons de rêver des genèses plausibles
afin de déchiffrer l’écriture du dieu. Nous mitraillons la nuit de déluges en herbe, mais en ignorant tout de ce qui crée la main.

D’une liturgie vague ils célébraient leurs dieux sur

des autels usés par trop de paraboles.

Offrandes-bouquets secs, dons d’aliments moisis

deviendraient le viatique au voyage immobile.

Un néant casanier serait le substitut à leur éternité

enlisée dans le doute.

Respirez fort, ouvrez les yeux,

surveillez l’huile de la lampe,

La nuit des autres nuits envoie ses messagers.

Vous m’aviez indiqué le chemin

avec des portées de musique,

un soleil, une dent de narval.

Je suis venu malgré le poids du monde

et le feu qui nourrit le sang.

J’ai passé avec vous

tant d’années secrètes

que nos rides ont fini

par contraindre la peur à l’exil.

Elle reste avec son secret

tisse autour de sa tristesse

une toile d’aurore légère

que jamais le jour n’atteindra.

Les angles de son visage s’émoussent

dilués dans un désert doux.

Elle aurait voulu être aimée

pour le duvet de ses paupières.

Les vagues de l’espace ont rejeté nos dieux sur ces continents de l’esprit où le temps a changé de signe. Ils vivent en sursis leurs genèses salées, pèsent mal les
apocalypses. L’enfer bout à leurs lèvres et leur œil ne voit plus qu’un univers-volcan dont tous les cerveaux fondent en purs diamants de deuil, noire immortalité. Nous
balayons l’espoir infatigablement sur le seuil délité de nos consciences floues mais, sachons-le: l’enfer aussi a ses lois.

Nul ne voulait encore y croire:

les déserts se peuplaient de traces familières

semblables à des moments de bonheur.

Une eau pure irriguait la mémoire et des plantes

poussaient sur les cailloux du ciel.

C’était notre futur; il aurait l’expérience du passé

embelli par un regard d’enfant.

Repue de ciel, de vent, la mer était silence. Elle baignait ma nuit, l’immobilisait presque au fond d’une mémoire où des trésors durcis resteraient inviolés. Elle avait
fait passer son souffle dans le mien: je glissais doucement vers l’éveil de ma race, redevenais poisson, paramécie, plancton. J’atteignis le grand large où rôdent les
abysses pour y couler enfin dans un rêve éclaté d’où j’allais prendre forme et marcher vers le jour.

Vous aurez de la craie pour dessiner mes fuites sur

l’horizon poudreux qu’enflamme un cavalier

Je vous attends

Vous aurez de la mousse à calfeutrer les vides au creux

de mon cerveau en pleine hibernation

Je vous attends

Vous aurez un nuage où le ciel s’emmitoufle quand il

veut adoucir un soleil d’oeuvre au noir

Je vous attends

En compagnie de mes licornes familières

de mes Pégases quotidiens et pour aller chasser

le dragon ou la puce

Je vous attends

Notre ultime forêt il faudra la chercher parmi les algues bleues qui boivent le soleil au temps durci des grottes. La calcite et l’argile dressent là des colonnes dont le style
appartient au seul hasard des pluies. Des traces de pieds nus y sont parfois visibles, des empreintes de mains: celles de ces chasseurs voulant signer les gouffres d’une terre d’éveil dont
la foudre et l’aurochs se disputaient le poids.

Il y eut un nuage rouge et puis plus rien sur une terre

gaspillée par l’aigu des conquêtes. Les totems, qui

avaient fondu, ressemblaient à des bornes indiquant

l’improbable.

« Légende » était le mot que tous avaient perdu.

Jean Orizet

lI

JARRE D’UN ESTRAN 4


JARRE D’UN ESTRAN 4

A la trémie du désert la pointe de cette pyramide dépasse à peine la caravane d’un balancement des chameaux

On a monté à bord de la jonque funéraire la Beauté partagée des EPOQUES 18/19/20/21 de la traversée temporelle que le fleuve conduira à franchir son éternité

Musique semée au vent dans ses cendres .

Niala-Loisobleu – 19 Mars 2021