RÉCRÉATION PAR LÉO FERRÉ


RÉCRÉATION PAR LÉO FERRÉ

Moi je serai putain et moi marchand d’oiseaux
Moi je vendrai des chapelets d’oraisons doubles
Et moi du chinchilla et moi des haricots
Moi je ferai de la politique en eau trouble

Moi je serai bico à
Asnières comm’ ça
Et moi je serai flic comme le fut mon père
Donne-lui donc à boire à c’ bico-là,
Pourquoi?
Moi je serai le président des pissotières

Moi je serai hôtess’ de l’air moi monte-en-1’air
Moi je serai du chiffre aux
Affair’s indigènes
Moi je mettrai des points sur les « i » moi derrièr’
Les jeunesse(s) en pépées j’irai filer la laine

Moi j’irai à
New
York apprendre à être con
Et reviendrai pour fair’ des cours aux camarades
Moi je serai laveur chez
Renault et toi donc?
Moi je regarde ailleurs une étoile malade…

Léo Ferré

CONTREFORTS DE L’ENFANCE


Chaïm Soutine – Deux enfants

CONTREFORTS DE L’ENFANCE

L’un contre l’autre en renfort de maçonnerie sur la face extérieure des cages thoraciques à contenir les charges de poussées mécaniques du brin de voûte

Maudit Chaïm

Au matin à Vaugirard on vient boire la saignée au point d’Ars avant de monter les mioches au cheval de bois par l’allée des perspectives

Enfant de troupe « Allons Z’Enfants » d’une page non-écrite du couché au levé au lavabo-collectif d’eau glacée que le rêve récupère dans les trois couleurs

Maudit Chaïm

La Ruche quartier de l’Observatoire inspire l’Auguste Boucher, sculpteur créatif plein d’élan. Ah, sortis du visionnaire on serait bon qu’à aller dans le mur ?

Maudit Chaïm on a cru que tu ne serais plus ignoré

Tes gosses quand je les regarde je vois des vitraux à la place des peurs dans leurs yeux. C’est vrai que le hasard n’existe pas, la Reine on lui doit Chagall dans le miel qu’elle a fait là. Il a même fait chanter le plafond. Trop beau. Nous voilà conteur à zéro

Et imagines ce que ça peut me faire mal à la côte

Pas possible d’en arriver à plus se faire comprendre et de se retrouver con sans rire

C’est pas un Soulages qui se supprimerait en chant de blé dans un choeur de corbeaux, il est riche que ça m’en fait gerber outre-noir

Il faudrait pas que que les contreforts d’Auvers-sur-Oise soient du faux gothique Compagnon

Des fois que la foi nous trahirait

A perdre la tête

Léo j’ai besoin de toi pour pas gueuler tout seul

Maudit Chaîm les enfants faut pas que ça finisse Amédéo par défenestrer les Jeanne enceintes.

Niala-Loisobleu – 2 Décembre 2020

MONSIEUR TOUT-BLANC – LEO FERRE


MONSIEUR TOUT-BLANC – LEO FERRE

Monsieur Tout-Blanc
Vous enseignez la charité
Bien ordonnée
Dans vos châteaux en Italie
Monsieur Tout-Blanc
La charité
C’est très gentil
Mais qu’est-ce que c’est ?
Expliquez-moi

Pendant c’ temps-là moi j’ vis à Aubervilliers
C’est un p’tit coin perdu au bout d’ la misère
Où l’on a pas tell’ment d’ questions à s’ poser
Pour briffer faut bosser mon p’tit père

Monsieur Tout-Blanc
L’oiseau blessé que chaque jour
Vous consommez
Était d’une race maudite
Monsieur Tout-Blanc
Entre nous dites
Rappelez-vous
Y’a pas longtemps
Vous vous taisiez

Pendant c’ temps-là
Moi j’ vis à Aubervilliers
Ca n’était pas l’époque à dir’ des rosaires
Y’avait des tas d’ questions qu’il fallait s’ poser
Pour durer faut lutter mon p’tit père

Monsieur Tout-Blanc
Si vous partez un beau matin
Les pieds devant
Pour vos châteaux en paradis
Monsieur Tout-Blanc
Le paradis
C’est p’têt’ joli
Priez pour moi
Moi j’ai pas l’ temps

Car je vivrai toujours à Aubervilliers
Avec deux bras noués autour d’ ma misère
On n’aura plus tell’ment d’ questions à s’ poser
Dans la vie faut s’aimer mon p’tit père

Monsieur Tout-Blanc
Si j’enseignais la charité
Bien ordonnée
Dans mes châteaux d’Aubervilliers
Monsieur Tout-Blanc
Ca n’est pas vous
Qu’ j’irai trouver
Pour m’indiquer
C’ qu’il faut donner

FLB par LEO FERRE


FLB par LEO FERRE

L’eau cette glace non posée
Cet immeuble cette mouvance
Cette procédure mouillée
Nous fait prisonnier sa cadence
Nous dit de rester dans le clan
A mâchonner les reverdures
Sous les neiges de ce printemps
A faire au froid bonne mesure

Cette matière nous parlant
Ce silence troué de formes
Et ces marins nous appelant
Nos pas que le sable déforme
Cette cruelle exhalaison
Qui monte des nuits de l’enfance
Quand on respire à reculons
Une goulée de souvenance

Vers le vertige des suspects
Sous la question qui les hasarde
Vers le monde des muselés
De la bouche et des mains cafardes
Nous prierons Dieu quand Dieu priera
Et nous coucherons sa compagne
Sur nos grabats d’où chantera
La chanterelle de nos pagnes

Mais Dieu ne fait pas le détail
Il ne prête qu’à ses lumières
Au renouvellement du bail
Nous lui parlerons de son père
Du fils de l’homme et du destin
Quand nous descendrons sur la grève
Et que dans la mer de satin
Luiront les lèvres de nos rêves

Nous irons sonner la Raison
A la colle de prétentaine
Réveille-toi pour la saison
C’est la Folie qui se ramène
A bientôt Raison à bientôt
Ici quelquefois tu nous manques
Si tu armais tous nos bateaux
Nous serions ta Folie de planque

On danse ce soir sur le quai
Une rumba pas très cubaine
Ça n’est plus Messieurs les Anglais
Qui tirent leurs coups Capitaine !
On a Jésus dans nos cirés
Son tabernacle sous nos châles
Pour quand s’en viendront se mouiller
Vos torpilleurs sous nos bengales

Et ces maisons gantées de vent
Avec leur fichu de tempête
Quand la vague leur ressemblant
Met du champagne sur nos têtes
Ces toits leurs tuiles et nous et toi
Cette raison de nous survivre
Entends le bruit qui vient d’en bas
C’est la mer qui ferme son livre…

METAMEC – LEO FERRE


METAMEC – LEO FERRE

Ces oiseaux que tu portes en toi depuis septembre
Cette pâleur jalouse où tu mets tes pensées
Ce ventre qui te prend comme un enfant de cendre
Ces souvenirs gâchés qui t’ont pris tes années

Regarde cette église au bout de l’habitude
Regarde ce dessin de Rembrandt dans la nuit
Regarde cette femme en allée vers le Sud
Regarde ce printemps et son sourire appris

Ces parfums qui t’assaillent et qui te désapprennent
Ces routes perforées dans ton programmateur
Ce silence ordonné dans ton coeur qui se traîne
Cette mort de l’oubli comme venue d’ailleurs

Écoute l’horizon dans les bras d’une femme
Écoute la seconde éternelle qui tue
Écoute la lueur qui regarde ton âme
Écoute l’analyse et prends–toi par la rue

Ces chiens partis ailleurs dans ton enfance double
Cet horizon doublé par tes pensées de chien
Ce hasard muselé dans ta télévitrouble
Ce linge larmoyant où sèchent tes chagrins

Goûte cette Raison qui se prend pour ta tête
Goûte dans la Folie ta tête de Raison
Goûte cette chanson qui s’en va dans la fête
Goûte le flot rendu sur la plage des cons

Ce personnage ancien que tu vois dans ta fille
Ce monde incalculé que tu mets dans ton lit
Cette môme impudique au creux de ta bastille
Ce sexe inconsolé qui part de tes habits

Caresse les idées qui mouillent sous l’orage
Caresse l’invendu comme un aspect du mal
Caresse la couleur comme la fleur de l’âge
Caresse l’imagination qui va au bal

Ces femmes comme un goût d’étoiles en allées
Ces hommes comme un ciel immaculé d’étoiles
Cette matière inquiète à des milliards d’années
Cette technologie qui s’en va faire sa malle

Entends le chant blessé qui monte des outrages
Entends le synonyme où se croit la vertu
Entends le vice inquiet quand tu tournes la page
Entends Dieu qui se touche au Paradis Perdu

Ce New York entassé sur ton livre d’histoires
Ces gens qui parlent nègre comme dans un trou noir
Ces quartiers où l’amour en feux rouges se pare
Ces feux qui blancs ou verts interrogent le soir

Prends ta tire et te tire au fronton de l’abîme
Prends le virage au flan et pan dans le destin
Prends l’avion déséquilibré comme ta rime
Prends ta rime et fous–lui tes mecs dans son jardin

Cette valise où meurt l’imaginaire carte
Ces routes que tu mets dans leur ordinateur
Cette odeur de goudron caillé sur la pancarte
Ce sang qui n’a plus rien qu’un oiseau du malheur

Remplis ton terme bref et va–t’en sous la terre
Remplis le verre ami d’un vin plutôt copain
Remplis le ventre indicateur et sa Lumière
Remplis ton seul devoir et prends–moi par la main

Cet enfant comme un arbre insouciant de la bûche
Ce rythme de la vie où percutent des poings
Cet amoncellement de reines dans la ruche
Ce mois de Mai présent comme demain matin

Chante les lendemains comme sur l’Atlantique
Chante la mer en allée au bout de son savoir
Chante le désespoir cet enfant de panique
Chante ta vie perdue où grogne le hasard

Ce crépuscule où meurt une idée de paresse
Ce soleil de l’année au vin de l’assassin
Ce miroir où se perdent ta gueule et ta tendresse
Cet enfer que tu prends au café le matin

Vois les matins perdus au seuil de l’ineffable
Vois les trains excités au bout de mc2
Vois le quartz de ta montre et les dunes de sable
Vois la terre emportée dans l’immobile bleu

Cette ville parée où mouillent tes galères
Cet alcool dans la gueule inquiète qui te maque
Ces univers tassés dans ton corps de misère
Ces luttes intestines où traîne ton zodiaque

Mets ta voile à l’envers sur ce monde qui tombe
Mets la Folie en vergue et la Raison au pot
Mets la tranche du fruit sous l’arbre qui succombe
Mets du sel dans la merde et de l’or sur tes mots

TU POURRAS EN MANGER
TU SAURAS EN PARLER
SOIS HEUREUX!

Variations

Cet oiseau que tu portes en toi depuis septembre
Alors que la forêt d’automne s’ébrouait
S’en va dans la mémoire incrédule des cendres
Et toi tu t’en allais dormir où tu pouvais

Cette pâleur jalouse où tu mets tes pensées
Se casse doucement dans les flaques techniques
De ces feux de la rue dans le vert des idées
Où coule la raison comme de la musique

Ce ventre qui te prend comme un enfant de cendre
Comme une cendre amie saupoudre le tombeau
Où meurt et puis renaît ta maman de septembre
La même que l’oiseau qui te voyait de haut

Ces souvenirs gâchés qui t’ont pris tes années
En fuite dans l’oubli comme un avion de rêve
Qui passe et qui repasse et qui veut s’en aller
Et qui ne part jamais et jamais ne se lève

Regarde cette église au bout de l’habitude
Et qui dresse sa pierre au–delà des passions
Portant vers l’horizon la seule lassitude
Que l’ombre invente alors au creux de ta chanson

Regarde ce dessin de Rembrandt dans la nuit
Ces arbres désolés où fleurit l’incroyable
Dans les mains de l’Artiste un peu comme l’ennui
Qui s’invente à tes yeux comme la dune au sable

Regarde cette femme en allée vers le Sud
Alors que tu la crois dans les chagrins des rues
Alors que traversant ses clous de solitude
Un mec te la chourave et se la fourgue nue

Regarde ce printemps et son sourire appris
Quand les coquelicots font du gringue aux parures
Que la femme secrète accroche dans la nuit
À cette fleur cachée et qui rougit d’allure

Ces parfums qui t’assaillent et qui te désapprennent
Ton odeur que tu vaincs au point de la cueillir
Au bout d’une pochette où tes larmes reviennent
Comme la mer revient chaque soir se sentir

Ces routes perforées dans ton programmateur
Prends–les comme un enfant qui prend ses bateaux blêmes
Et qui sait que jamais n’arrivera d’ailleurs
Un navire incroyable en son bassin de thème

Ce silence ordonné dans ton coeur qui se traîne
Frappe–le quelquefois comme on frappe un marlou
Qui buvant son pernod ne connaît pas Verlaine
Qui frappant son destin n’en connaît pas le bout

Cette mort de l’oubli comme venue d’ailleurs
Oublie–la à son tour comme on oublie la veille
Les matins reconquis sous l’arche du bonheur
Et ferme donc leur gueule aux souvenirs qui veillent

Écoute l’horizon dans les bras d’une femme
Lorsque de son triangle isocèle il te vient
Le goût de l’univers et que fouillant son âme
Une équation de la marée te fait du bien

Écoute la seconde éternelle qui tue
Cette mort qui n’en finit plus de sa merveille
Et pourtant le chagrin au–delà de son cul
Entends le chant gluant dégoulinant de sa treille

Écoute la lueur qui regarde ton âme
Tu l’intéresses à tout propos tu vois des fleurs
Descendre de ce rien qui te tient et t’entame
Alors que l’ange noir là–bas jouit des pleurs

Écoute l’analyse et prends–toi par la rue
Les chiffres des passants s’additionnent incroyables
Et puis tu crois quoi donc? dans ces calculs têtus
Sinon des verbes sots activant les minables

Ces chiens partis ailleurs dans ton enfance double
Ce tambour où battant ton silence éloquent
Tu t’apprenais à faire la paix avec ton double
Toi jouant tes paquets de rêve dans le vent

Cet horizon doublé par tes pensées de chien
Tu grognais lorsque l’os passait dans la vitrine
Et la vitrine te voyant passer n’avait plus rien
Qu’une secrète envie de nous solder ta mine

Ce hasard muselé dans ta télévitrouble
Attend la ligne obscène où le Pouvoir jouit
Le western attitré quand ton bouton le double
Emballe tes chevaux de ce soir à minuit

Ce linge larmoyant où sèchent tes chagrins
Quand tu l’agites au bout du quai des connivences
Depuis ta destinée voit d’électriques mains
Qui lui répondent et c’est le train de la démence

Goûte cette Raison qui se prend pour ta tête
Et vomis ses bienfaits rends–lui son appétit
Prends l’ortie anarchiste et ce sera la fête
Dans les champs germera le pain de la Folie

Goûte dans la Folie ta tête de Raison
Et l’amour encodé traînera dans tes veines
Un peu de son courant branché sur la passion
Que tu prendras quand l’anarchie te met en scène

Goûte cette chanson qui s’en va dans la fête
Et qui retourne enfin à l’heure du jasmin
Qui sort de ce trou noir où tu plongeais ta tête
En avalant toutes les fleurs de Son jardin

Goûte le flot rendu sur la plage des cons
Avant que le jusant ne te montre les traces
De ces amants qui sont passés dans la chanson
Le sable des amants n’est qu’un hôtel de passe

Ce personnage ancien que tu vois dans ta fille
C’est un peu de cet univers embarrassant
Qui ne sait plus attendre et qui refait la ville
Avec les mêmes têtes un peu se ressemblant

Ce monde incalculé que tu mets dans ton lit
C’est un peu de ce carnaval qui recommence
Mets des masques partout petit je te le dis
Partout tu trouveras la pâleur de l’absence

Cette môme impudique au creux de ta bastille
Et qui va dans la cave orale si tu veux
Boire de ce venin qu’en sanglotent les filles
Comme des pleurs rentrés dedans quand ça va mieux

Ce sexe inconsolé qui part de tes habits
Et qui court dans le sang d’une femme infidèle
Que tu ne verras pas que tu prends dans la nuit
Comme si tu prenais un putain pucelle

Caresse les idées qui mouillent sous l’orage
Car elles sont à toi toutes prêtes et va–t’en
T’enfiler leur avènement comme à l’ouvrage
La brodeuse à l’aiguille enfile ses amants

Caresse l’invendu comme un aspect du mal
Il brille dans la nuit dans la rue convertible
En un passage louche et doux comme le pal
Que la vitrine invente à tes yeux accessibles

Caresse la couleur comme la fleur de l’âge
Noire comme l’amour rouge comme l’espoir
Invente–lui des traits à ton feutre sauvage
Pardonne son chagrin quand elle plie le soir

Caresse l’imagination qui va au bal
Donne–lui des enfants pétris dans ton regard
Dis–lui de bien serrer l’imaginaire étal
Où luisent le futur informe et le hasard

Ces femmes comme un goût d’étoiles en allées
Il est temps de les rallumer et de les prendre
Comme on prend la lumière où luisent les années
À des millions de femmes–années pour les surprendre

Ces hommes comme un ciel immaculé d’étoiles
Donne–leur la lumière noire de là–bas
Ils s’en feront des collants doux et puis des voiles
À se prendre pour des marins d’outre–trépas

Cette matière inquiète à des milliards d’années
Prends–lui son agenda toi marchand dans le vide
De cette dérision mathématique allée
Vers Dieu ma foi et qu’elle dise enfin ses rides

Cette technologie qui s’en va faire sa malle
Qu’elle s’en aille enfin sous l’oeil niais de l’azur
Portant haut sa grammaire et ses chiffres où s’étale
Sa haine de plastique à te voir faire le mur

Entends le chant blessé qui monte des outrages
Ça crie comme un discogueulasse et ça va loin
Ces couples dans le sang d’une nuit de passage
Où dégouline un cygne de Lédamachin

Entends le synonyme où se croit la vertu
La pudeur aux bas noirs que retiennent des songes
L’austérité en plein visage qui n’est plus
Qu’un chaste souvenir dans les bras du mensonge

Entends le vice inquiet quand tu tournes la page
Il a peur d’être seul sans toi il n’est plus rien
Il se corrompt de n’être plus sur ton visage
Ton miroir sans le vice est un miroir sans tain

Entends Dieu qui se touche au Paradis Perdu
Et le retrouve enfin au bout de la cadence
Quand il jouit et que la forêt s’évertue
À bien s’enraciner son foutre de jouvence

Ce New York entassé sur ton livre d’histoires
Et ses échasse de béton pour mieux rêver
Il est six heures ici et six heures en dollars
L’heure s’est arrêtée pour mieux te déguster

Ces gens qui parlent nègre comme dans un trou noir
Ces enfants qui ok font l’amour en Presley
Ce rock qui tant et tant me rocke me fait voir
Une statue levant la main du mois de Mai

Ces quartiers où l’amour en feux rouges se pare
Défense d’entrer là mon vieux c’est pas ton job
Cette fille que je prenais devant la gare
Et qui n’en savait rien c’est ça mon côté snob

Ces feux qui blancs ou verts interrogent le soir
Comme chez la voyante et qui sont de quel signe?
Cette odeur tiède qui monte de ton trou noir
Lorsque ma main branchée on se fout de ses lignes

Prends ta tire et te tire au fronton de l’abîme
Avec les chants perdus de l’ancienne pampa
Invente des chevaux qui mangeront tes rimes
La métaphore de l’avoine les vaincra

Prends le virage au flan et pan dans le destin
Sur le goudron de l’autoroute il y a la Perse
Sous les pavés de soixante–huit il n’y a plus rien
Qu’un slogan tout mouillé des larmes que tu verses

Prends l’avion déséquilibré comme ta rime
Mets–lui les réacteurs de ta grammaire aux chiens
Ton JE devient mon os mon avoir c’est la dîme
Que je touche à tes yeux quand tu m’écoutes bien

Prends ta rime et fous–lui tes mecs dans son jardin
Ils pourront te la mettre en prose ou au champagne
Ça dépendra de ton talent ou bien de rien
Ce rien qui fait rêver les filles sous leur pagne

Cette valise où meurt l’imaginaire carte
Toi transi dans l’attente en bas de tes clients
Ouvre–la de tes doigts sur ta machine en carte
Et qui travaille au noir sur tes pages de vent

Ces routes que tu mets dans leur ordinateur
Elles t’ordonnent enfin de montrer ta frimousse
Au style de ce temps qu’on dit de la terreur
Il y a dans ton jardin des grenades qui poussent

Cette odeur de goudron caillé sur la pancarte
Ça t’apprendra à conjuguer au temps précis
Je pars et puis je t’aime et quand la Mort s’écarte
De ta route tu bois son sexe et lui souris

Ce sang qui n’a plus rien qu’un oiseau du malheur
Au bar de l’infortune il y a des rapaces
Dans ce bistrot de mort le kir ça marche aux pleurs
Quant au cassis on s’arrange avec la couleur

Remplis ton terme bref et va–t’en sous la terre
Faire des vers enfin qui mangeront pour toi
Je meurs de cette idée et ne peux rien y faire
Que de te mettre la Vérité sous les doigts

Remplis le verre ami d’un vin plutôt copain
Dans sa gorge apéro plante–lui un orchestre
Et Parsifal au beau milieu avec des reins
À planter en cadeau des comètes terrestres

Remplis le ventre indicateur et sa Lumière
Et ta maman saura te voir de son palais
Où remplissant sa mort aux mieux de tes manières
Elle pourra te dire enfin ce que tu sais

Remplis ton seul devoir et prends–moi par la main
Qui donc es–tu ange gardien de la rescousse?
Ils viendront doucement te compter les jardins
Te couper l’herbe en plus pour ne pas que tu pousses

Cet enfant comme un arbre insouciant de la bûche
Que sait–il de ce crépuscule embarrassé
Qui tend l’épaule et que l’oiseau de nuit trébuche
Alors sur une idée qu’il ne peut dépasser?

Ce rythme de la vie où percutent des poings
Ton coeur à cent quarante où coule l’avant–scène
Et l’heure à la télévicon qui bat des mains
Il est six heures ici Saturne se promène

Cet amoncellement de reines dans la ruche
Où la banlieue tient lieu de pollen samedi
Entre deux escaliers accrochée aux merluches
Qui coulent de l’enfer le cul au paradis

Ce mois de Mai présent comme demain matin
Rentre dedans sa veine et fais–lui le sang blême
Coule–lui ta vertu sous ses pavés de rien
Qui se prennent pour l’Architecture soi–même

Chante les lendemains comme sur l’Atlantique
Dans les creux pour le vent qui sera le signal
De cette fin du monde enfin où la musique
Passera comme l’aspirine sur le mal

Chante la mer en allée au bout de son savoir
Toi le bateau pensant coulant de latitude
Est–ce moi qui t’amuse au point de ne plus voir
Qu’un sextant de misère au bout de mes études?

Chante le désespoir cet enfant de panique
Habillé de gris perle au creux de sa maman
La graine germe aussi dans la terre lubrique
C’est dégueulasse et ça fait du bien aux amants

Chante ta vie perdue où grogne le hasard
Dans un coin comme un chien le hasard est en laisse
Laisse–le donc aller pisser il se fait tard
Un coup de dés jamais ne videra la caisse

Ce crépuscule où meurt une idée de paresse
Il est aveugle invente–lui des phares blonds
Et tu verras jusqu’où peut pousser la vieillesse
Dans cette discothèque où fanent des chansons

Ce soleil de l’année au vin de l’assassin
Marque–le dans ton carnet et vieillis la trique
Tes idées ta passion tu t’en fous ton chagrin
C’est un soleil fameux qui plie jamais boutique

Ce miroir où se perdent ta gueule et ta tendresse
Rentre–lui dans le fond du fond avec tes poings
Ensanglanté tu verras poindre la Sagesse
Au fond de la fontaine qui te rendra tes mains

Cet enfer que tu bois au café le matin
Mélange–le au paradis des artifices
Comme on dit chez les abrutis le style en main
Et l’alcool dans la métaphore du supplice

Vois les matins perdus au seuil de l’ineffable
Invente des chansons aux autobus traqués
À l’arrêt tutélaire orphelinat du diable
Où l’amour à la queue leu leu prend son ticket

Vois les trains excités au bout de mc2
Leurs vertiges d’acier là–bas qui se rejoignent
On dirait que le sexe du temps aime deux
Fois plus fort comme toi dans la nuit qui s’éloigne

Vois le quartz de ta montre et les dunes de sable
Mets la marée à ton poignet tu songeras
À des soleils vaincus à Mercure à ta table
À cette étoile éteinte et qui te tend les bras

Vois la terre emportée dans l’immobile bleu
Paris à ton chevet pleurant des républiques
Danton sous ta chemise à se prendre pour deux
Lui sous le couperet toi sous la fleur publique

Cette ville parée où mouillent tes galères
Coules–y sous ses ponts le foutre de l’horreur
Alors viendra le mauve adoré de naguère
Alors viendra le temps de peindre le malheur

Cet alcool dans la gueule inquiète qui te maque
Remonte–lui le col et qu’il aille pénard
Envahir à nouveau cette viande qui braque
Vers un désir de chienne à peu près sur le tard

Ces univers tassés dans ton corps de misère
Qui sait la dynastie d’où ils tiennent leur loi?
Qui sait l’année–lumière où ils tiendront la guerre
Sur le lit d’hôpital où l’on t’emportera?

Ces luttes intestines où traîne ton zodiaque
Où donc les exiler? devant quel magicien
Les immoler en bavardant et comme on vaque
À des travaux de chic ou de psychomachin?

Mets ta voile à l’envers sur ce monde qui tombe
Et rentre dans ta mère à reculons ou bien
Rentre dans ce futur à forcer l’outre–tombe
Où ton passé dans cent mille ans sera demain

Mets la Folie en vergue et la Raison au pot
Achète l’équation qui cerne l’imbécile
Et résous–la sur ton papier avec tes mots
Même avec le talent dans ton stylo à bille

Mets la tranche du fruit sous l’arbre qui succombe
Viens au–devant de lui pars au–delà de toi
Sois l’Autre et puis tais–toi et même si tu tombes
N’oublie jamais tu peux toujours cracher d’en bas

METS LA FOLIE EN VERGUE ET LA RAISON AU POT
METS DU SEL DANS LA MERDE ET DE L’OR SUR TES MOTS
ET PARS AU–DELÀ DE TOI
PARS AU–DELÀ DU MEC

SOIS HEUREUX MÉTAMEC!
SOIS HEUREUX!

Words… Words… Words… par Léo Ferre


Words… Words… Words… par Léo Ferre

Et qu’ont-ils à rentrer chaque année les artistes?
J’avais sur le futur des mains de cordonnier
Chaussant les astres de mes peaux ensemellées
La conscience dans le spider je mets les voiles
Et quarante millions de mètres de tailleur
Prenaient la taille à la putain de Galilée
La terre a bu le coup et penche du Tropique
Elle reste agrippée à mon temps cellulaire
Je déchargeais des tombereaux de souvenirs
Nous étions une histoire et n’avions rien à dire
Moi je prendrai la quatrième dimension
Pour trisser dans l’azur mes jambes migratrices
Le mur instantané que je dresse à la Chine
Mao c’était le nom de ce Viking flamand

Le tissu d’esquimau vieillit beaucoup plus vite
Des plaies sur des grabats du Chili à Lisbonne
S’exténuaient en équations de cicatrices
Le malade concret et l’interne distrait
Sont allés boire un pot au Café de la Morgue
Des vieillards le chéquier à la main à la banque
Faisaient des virements de testicules abstraits
L’embryon vaginé derviche dans le manque
Un pavot est venu l’asperger cette nuit
Mon berceau féodal et mes couilles gothiques
Des faux-nez des trognons des tissus ajoutés
Fondaient sous les sunlights de l’Opéra Comique
La Standard Oil prend du bidon et du gin fizz
La fièvre est descendue ce soir à Mexico
Ô ce parfum diapré dans la nuit des cigales
Dans une discothèque on a mis des barreaux
Les fenêtres s’en vont de la gorge et du squale

Ça sent la perfection dans ces rues amputées
Saint-Denis c’est un saint au derrière doublé
La fièvre est descendue ce soir dans un bordel
Et fallait voir comment ça soufflait dans la cale
Il y a partout des cons bordés d’oiseaux
Comme des lettres cheminant en parchemin
Nightingale Ô chansons crevées à minuit trente
J’ai le concile dans la main qui se lamente
Devant le mur à faire un peu des oraisons
La Folie m’a tenu la main à sa culotte
On eût dit de la mer s’en allant pour de bon
Viens petit dévêts-toi prends du large et jouis
Je sais des paravents comme un zoom d’espérance
Que font-ils? Qui sont-ils?
Ces gens qu’on tient en laisse
Dans les ports au shopping

Au bordel à la messe?
Et ces mÔmes qu’on pourrait
Se carrer entre deux trains
Histoire de leur montrer
Qu’on a du face-à-main
Ils ont voté Ils ont voté
Comme on prend un barbiturique
Et ils ont mis la République
Au fond d’un vase à reposer
Les experts ont analysé
Ce qu’il y avait au fond du vase

Il n’y avait rien qu’un peu de vase Et qu’ont-ils à rentrer chaque année les Artistes?
J’avais sur le futur des mains de cordonnier
Chaussant les astres de mes peaux ensemellées
La conscience dans le spider je mets les voiles…
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Shakespeare aussi était un terroriste

« words… words… words… » disait-il

Videla ?
En français: budelle tripes
En italien: budella tripes
En argentin?
Allez-y voir!

De quoi dégueuler, vraiment !

A SAMUEL PATY – REQUIEM – LEO FERRE


Marc Chagall

A SAMUEL PATY – REQUIEM – LEO FERRE

Pour ce rythme inférieur dont t’informe la Mort
Pour ce chagrin du temps en six cent vingt-cinq lignes
Pour le bateau tranquille et qui se meurt de Port
Pour ce mouchoir à qui tes larmes font des signes

Pour le cheval enfant qui n’ira pas bien loin
Pour le mouton gracieux le couteau dans le rouge
Pour l’oiseau descendu qui te tient par la main
Pour l’homme désarmé devant l’arme qui bouge

Pour tes jeunes années à mourir chaque jour
Pour tes vieilles années à compter chaque année
Pour les feux de la nuit qui enflamment l’amour
Pour l’orgue de ta voix dans ta voix en allée

Pour la perforation qui fait l’ordinateur
Et pour l’ordinateur qui ordonne ton âme
Pour le percussionniste attentif à ton coeur
Pour son inattention au bout du cardiogramme

Pour l’enfant que tu portes au fond de l’autobus
Pour la nuit adultère où tu mets à la voile
Pour cet amant passeur qui ne passera plus
Pour la passion des araignées au fond des toiles

Pour l’aigle que tu couds sur le dos de ton jeans
Pour le loup qui se croit sur les yeux de quelqu’un
Pour le présent passé à l’imparfait du spleen
Pour le lièvre qui passe à la formule Un

Pour le chic d’une courbe où tu crois t’évader
Pour le chiffre évadé de la calculatrice
Pour le regard du chien qui veut te pardonner
Pour la Légion d’Honneur qui sort de ta matrice

Pour le salaire obscène qu’on ne peut pas montrer
Pour la haine montant du fond de l’habitude
Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé
Pour ces milliards de cons qui font la solitude

Pour tout ça le silence

Album : Au Théâtre des Champs-Élysées

IL N’AURAIT FALLU – LOUIS ARAGON


IL N’AURAIT FALLU – LOUIS ARAGON

qu’un moment de plus pour que l’amour vienne

Mais une main nue alors est venue qui a pris la mienne

Qui donc a rendu leurs couleurs perdues aux jours aux semaines sa réalité à l’immensité des choses humaines

Moi qui frémissais toujours je ne sais de quelle colère deux bras ont suffi pour faire à ma vie un grand collier d’air

Rien qu’un mouvement ce geste en dormant léger qui me frôle un souffle posé moins une rosée contre mon épaule

Un front qui s’appuie à moi dans la nuit deux grands yeux ouverts et tout m’a semblé comme un champ de blé dans cet univers.

Un tendre jardin dans l’herbe où soudain la verveine pousse et mon cœur défunt renaît au parfum qui fait l’ombre douce.

LOUIS ARAGON – LE ROMAN INACHEVÉ

Je Te Donne par Léo Ferré


Je Te Donne par Léo Ferré

Les fleurs à inventer les jouets d’une comète
Les raisons d’être fou la folie dans ta tête
Des avions en allés vers tes désirs perdus
Et moi comme un radar à leurs ailes pendu
Des embruns dans tes yeux et la mer dans ton ventre
Un orgue dans ta voix chaque fois que je rentre
Des chagrins en couleur riant à ton chevet
Les lampes de mes yeux pour mieux les éclairer

Les parfums de la nuit quand ils montent d’Espagne
Les accessoires du dimanche sous ton pagne
Les larmes de la joie quand elle est à genoux
Le rire du soleil quand le soleil s’en fout
Les souvenirs de ceux qui n’ont plus de mémoire
L’avenir en pilules toi et moi pour y croire
Des passeports pour t’en aller t’Einsteiniser
Vers cet univers glauque où meurent nos idées

Des automates te parlant de mes problèmes
Et cette clef à remonter qui dit  » je t’aime « 
Un jardin dans ton cur avec un jardinier
Qui va chez mon fleuriste et t’invite à dîner
Des comptes indécis chez ton marchand de rêves
Un sablier à ton poignet des murs qui lèvent
Des chagrins brodés main pour t’enchaîner à moi
Des armes surréelles pour me tuer cent fois

Cette chose qu’on pense être du feu de Dieu
Cette mer qui remonte au pied de ton vacarme
Ces portes de l’enfer devant quoi tu désarmes
Ces serments de la nuit qui peuplent nos aveux
Et cette joie qui fout le camp de ton collant
Ces silences perdus au bout d’une parole
Et ces ailes cassées chaque fois qu’on s’envole
Ce temps qui ne tient plus qu’à trois… deux… un…
zéro

Je Te Donne TOUT ÇA, MARIE!