TOUJOURS UN PEU AILLEURS


TOUJOURS UN PEU AILLEURS

Détestable l’image, imparfaite voisine
De corps anéantis, de sombres canots dans
Une mer adossée à cette chamoisine
Absorbant de ses plis l’écume de nos dents.

Un tesson de bouteille est mon drap ; Je naufrage
Comme un froid lit de fer sur des plages de lin.
Quelle mère oubliée achèvera l’ouvrage
Au coton de l’azur où mon être orphelin

Va de fil en aiguille… Immaculée lumière,
Les néons sont un cloitre égale à ce fado
Qui m’irise le corps de béantes ornières
Où tombent mes os comme un jeu de mikado.

Une mer de silence et des arêtes vives
Tranchent le cou des mots et des choses aussi
Amères que les dents de cruelles convives
Mordent mes lèvres aux morsures du souci.

L’amertume du soir qui sommeille, tranquille,
Berce le hamac des longues après-midis
Somnambules au bras d’une calme presqu’ile
Tenant à presque rien dans mon être affadi.

Villar Garcia Célédonio

Extrait de:  Les poètes des jonquilles (Edilivre)

ACCROCHE-COEUR


ACCROCHE-COEUR

La Chaume et l’Atelier préparent les valises de l’Expo qui occupe toute la place

Entre le temps alternatif, ses humeurs, fatigues et caprices

ce vent des pauvres qui ne trouvent qu’à se plaindre pour vivre à tous propos

Ma vieillesses se porte tellement bien qu’elle accepte les douleurs d’un corps prêt à vivre

pourquoi ma peinture laisse les commentaires froids te demandes-tu Ma ?

C’est simple parce qu’elle loue l’amour sans concession de vie

L’enfant et le vieux font un seul qui s’émerveille au sein de la plus vaste horreur qui puisse exister

Et ce point de vue est hors de règle parce qu’il n’affleure pas l’existence, il faut creuser pour s’en approcher

L’oiseau lutte pour sauver l’arbre

Le cheval tire pour quitter l’ornière

J’expose ma jouissance d’aimer.

Niala-Loisobleu – 7 Juillet 2021

LA SALAMANDRE – THÉÂTRE PAR YVES BONNEFOY


LA SALAMANDRE – THÉÂTRE PAR YVES BONNEFOY

I

Et maintenant tu es Douve dans la dernière chambre d’été.

Une salamandre fuit sur le mur. Sa douce tête d’homme répand la mort de l’été. « Je veux m’abîmer en toi, vie étroite, crie Douve. Éclair vide, cours sur
mes lèvres, pénètre-moi !

« J’aime m’aveugler, me livrer à la terre. J’aime ne plus savoir quelles dents froides me possèdent. »

II

Toute une nuit je t’ai rêvée ligneuse. Douve, pour mieux t’offrir à la flamme. Et statue verte épousée par l’écorce, pour mieux jouir de ta tête
éclairante.

Éprouvant sous mes doigts le débat du brasier et des lèvres : je te voyais me sourire. Or, ce grand jour en toi des braises m’aveuglait.

III

« Regarde-moi, regarde-moi, j’ai couru ! »

Je suis prés de toi, Douve, je t’éclaire. Il n’y a plus entre nous que cette lampe rocailleuse, ce peu d’ombre apaisé, nos mains que l’ombre attend. Salamandre surprise, tu
demeures immobile.

Ayant vécu l’instant où la chair la plus proche se mue en connaissance.

IV

Ainsi restions-nous éveillés au sommet de la nuit de l’être. Un buisson céda.

Rupture secrète, par quel oiseau de sang circulais-tu dans nos ténèbres ?

Quelle chambre rejoignais-tu, où s’aggravait l’horreur de l’aube sur les vitres

Quand reparut la salamandre, le soleil

Était déjà très bas sur toute terre,

Les dalles se paraient de ce corps rayonnant.

Et déjà il avait rompu cette dernière

Attache qu’est le cœur que l’on touche dans l’ombre

Sa blessure créa, paysage rocheux, Une combe où mourir sous un ciel immobile. Tourné encor à toutes vitres, son visage S’illumina de ces vieux arbres où mourir.

Cassandre, dira-t-il, mains désertes et peintes, Regard puisé plus bas que tout regard épris, Accueille dans tes mains, sauve dans leur étreinte Ma tête déjà
morte où le temps se détruit.

L’Idée me vient que je suis pur et je demeure Dans la haute maison dont je m’étais enfui. Oh pour que tout soit simple aux rives où je meure Resserre entre mes doigts le seul
livre et le prix.

Lisse-moi, farde-moi. Colore mon absence. Désœuvré ce regard qui méconnaît la nuit. Couche sur moi les plis d’un durable silence, Éteins avec la lampe une terre
d’oubli.

Yves Bonnefoy

« HIGELIN SYMPHONIQUE et, IZIA » – BALLADE POUR IZIA


« HIGELIN SYMPHONIQUE et, IZIA » – BALLADE POUR IZIA

Peut-être ce qui m’attire en toi, tire en toi
N’est rien que l’autre versant de moi, sang de moi
Où m’attendait la jouvencelle
Cachée derrière les portes
Les portes du ciel

Rien de tout ce qui m’inspire en toi
Pire en toi
N’est plus doux que le grain
De ta peau, de ta voix
Dont la magie providentielle
M’ensorcelle et m’escorte
Jusqu’aux portes du cieL

lD’où, d’où, d’où viens-tu?


Oh, ma tendre merveille
Mon amour absolu
Bercée par le flot des sortilèges
Et des rêves étoilés
Sous le grand manège enchanté

Peut-être
Ce qui me relie à toi, lie à toi
N’est autre que ce cordon de soie, don de soi
Que tu m’enroules autour du cœur
Pour l’empêcher de courir
Se faire prendre ailleurs

Et si tout ce que j’adore en toi, dort en moi
Je veux que tu le réveilles en moi, veille en toi
Pour que de la terre au soleil
Des pluies de nos caresses
Naisse un bel arc-en-ciel

D’où, d’où, d’où viens-tu
O ma tendre merveille
Mon amour absolu?
Bercée par les sortilèges et les rêves étoilés
Sous le grand manège enchanté

Peut-être ce qui m’attire en toi, tire en toi
N’est autre que le sourire en moi, rire en toi
Du petit esprit malicieux
Qui lance des étincelles
Dans le ciel de tes yeux

Parolier : Jacques Higelin

« LEUR JARDIN » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 60X60


« LEUR JARDIN »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 60X60

LES COMPAGNONS DANS LE JARDIN

L’homme n’est qu’une fleur de l’air tenue par la terre, maudite par les astres, respirée par la mort; le souffle et l’ombre de cette coalition, certaines fou, le
surélèvent.

Notre amitié est le nuage blanc préféré du soleil.

Notre amitié est une écorce libre. Elle ne se détache pas des prouesses de notre cœur.

Où l’esprit ne déracine plus mais replante et soigne, je nais. Où commence l’enfance du peuple, j’aime.

xxe siècle : l’homme fut au plus bas. Les femmes s’éclairaient et se déplaçaient vite, sur un surplomb où seuls nos yeux avaient accès.

À une rose je me lie.

Nous sommes ingouvernables. Le seul maître qui nous soit propice, c’est l’Éclair, qui tantôt nous illumine et tantôt nous pourfend.

Éclair et rose, en nous, dans leur fugacité, pour nous accomplir, s’ajoutent.

Je suis d’herbe dans ta main, ma pyramide adolescente. Je t’aime sur tes mille fleurs refermées.

Prête au bourgeon, en lui laissant l’avenir, tout l’éclat de la fleur profonde. Ton dur second regard le peut. De la sorte, le gel ne le détruira pas.

Ne permettons pas qu’on nous enlève la part de la nature que nous renfermons. N’en perdons pas une éta-mine, n’en cédons pas un gravier d’eau.

Après le départ des moissonneurs, sur les plateaux de l’Ile-de-France, ce menu silex taillé qui sort de terre, à peine dans notre main, fait surgir de notre mémoire un
noyau équivalent, noyau d’une aurore dont nous ne verrons pas, croyons-nous, l’altération ni la fin; seulement la rougeur sublime et le visage levé.

Leur crime : un enragé vouloir de nous apprendre à mépriser les dieux que nous avons en nous.

Ce sont les pessimistes que l’avenir élève. Ils voient de leur vivant l’objet de leur appréhension se réaliser. Pourtant la grappe, qui a suivi la moisson, au-dessus de son
cep, boucle; et les enfants des saisons, qui ne sont pas selon l’ordinaire réunis, au plus vite affermissent le sable au bord de la vague. Cela, les pessimistes le perçoivent
aussi.

Ah! le pouvoir de se lever autrement.

Dites, ce que nous sommes nous fera jaillir en bouquet?

Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver.

Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir? Mourir, c’est devenir, mais nulle part, vivant?

Le réel quelquefois désaltère l’espérance. C’est pourquoi, contre toute attente, l’espérance survit.

Toucher de son ombre un fumier, tant notre flanc renferme de maux et notre cœur de pensées folles, se peut; mais avoir en soi un sacré.

Lorsque je rêve et que j’avance, lorsque je retiens l’ineffable, m’éveillant, je suis à genoux.

L’Histoire n’est que le revers de la tenue des maîtres. Aussi une terre d’effroi où chasse le lycaon et que racle la vipère. La détresse est dans le regard des
sociétés humaines et du Temps, avec des victoires qui montent.

Luire et s’élancer – prompt couteau, lente étoile.

Dans l’éclatement de l’univers que nous éprouvons, prodige! les morceaux qui s’abattent sont vivants.

Ma toute terre, comme un oiseau changé en fruit dans un arbre éternel, je suis à toi.

Ce que vos hivers nous demandent, c’est d’enlever-dans les airs ce qui ne serait sans cela que limaille et souffre-douleur. Ce que vos hivers nous demandent, c’est de préluder pour vous
à la saveur : une saveur égale à celle que chante sous sa rondeur ailée la civilisation du fruit.

Ce qui me console, lorsque je serai mort, c’est que je serai là — disloqué, hideux — pour me voir poème.

Il ne faut pas que ma lyre me devine, que mon vers se trouve ce que j’aurais pu écrire.

Le merveilleux chez cet être : toute source, en lui, donne le jour à un ruisseau. Avec le moindre de ses dons descend une averse de colombes.

Dans nos jardins se préparent des forêts.

Les oiseaux libres ne souffrent pas qu’on les regarde. Demeurons obscurs, renonçons à nous, près d’eux.

O survie encore, toujours meilleure!

René Char

« DEMAINS BLEUS » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/ TOILE 60X60


« DEMAINS BLEUS »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/ TOILE 60X60

LE RÊVEUR

Le rêveur ne vit pas réellement, il déambule

D’une pensée à l’autre, il erre sur cette terre

Remplie de chaos et de champs fleuris, il erre…

Tel un pauvre hère qui de sa songeuse bulle

Pourfend et poursuit sans trêve rêves et malandrins…

Il ne ressemble à personne, ni roi, ni prince ou mandarin…

Il rêve…

D’un amour inaccessible il fait la quête…

Et d’un pas alerte, il poursuit d’une chimère l’enquête…

Il rêve…

Il a vu tant de mondes, tant d’étoiles, tant de temps…

Galaxies éphémères qui ne durent qu’un battement de cœur…

D’un souffle d ‘été… et pourtant…

Il rêve de son âme sœur qui lui a ravit le cœur…

Couverts de Bleus nuits, bleus sur le cœur, bleus azurés…

Regarde-le, Toi, qui l’envie ; Toi, dont je parle… Sois-en assuré…

Il respire à peine, il halète, il suffoque, il se meurt…

De cette semence d’espoir naît un bourgeon duveteux…

Devine-le, respire-le, caresse-le… il n’est plus comme eux…

Il porte création et demain…

Il te fait signe des deux mains…

Rejoins-le, Lui, qui rêve au fond de Toi…

Lui qui ne demande qu’un Toit…

Lui qui fonde Tout sur un rêve

Inachevé, à construire et à imaginer sous peine qu’il ne crève…

Te sens-tu vivre enfin ?

Mords dans cette vie à pleine bouche à pleines mains…

Il est si difficile de dire «  » Je t’aime «  »…

Il est si difficile de vivre «  » Je t’aime «  »…

Il rêve… Fais-en sorte qu’il Rêve…

If Yves !

Yves Wauthier

Le pèlerin sentinelle de Gabrielle Althen



Le pèlerin sentinelle de Gabrielle Althen

la mer se hérisse de plumes

Enfance , un doigt de vent écrit sur terre !

Et tout cela fait deux jeux pour un salut

Au bout du soir

Proche l’abîme

Le tout s’invente entre des ailes

O colombe , tu chuchotes

Ce bel ordre

Et la neuve symétrie

De deux bleus sobres qui s’absentent!

Gabrielle Althen

LE VOYAGE DE PLUME DOIGTS


LE VOYAGE DE PLUME DOIGTS

Des stances transparentes traversent les pas perdus

Propre qui sale l’eau douce d’un frottis sorti d’art-re du coquillage

la coquille étape et gîte le chemin de St-Jacques

On voit plus loin du haut des tours

quand la main d’un signe écrit de ses lèvres le noir regard bleu de ses yeux

sous la voile être

Saxifrace au bec l’oiseau rocaille le rempart..

Niala-Loisobleu – 13 Juin 2021

Jacques Bertin – Un voyage

Un voyage »

J’ai retrouvé dans la coque la vieille fêlure
L’humidité qui suinte comme l’éternel poison
Et j’ai pleuré, assis la tête contre la cloison
De l’autre côté le moteur battait son chant profond
Celui qui vient de l’enfance
Et dont les basses fréquences
Toujours ont raison

Où tu vas poser ton sac
Fais un lit avec tes larmes
Il flottait dans cet endroit une odeur de goudron et d’urine
Gravé dans le travers de la blessure on distinguait un nom
Une illusion ou un message ou une marque de fabrique
Le monde passait contre les hublots lentement comme un monde
Les façades prétentieuses croulaient dans les angles morts
On voyait des visages de femmes glacées et pensives
Marquant la brume comme d’immatures soleils d’hiver
Je ne sais pourquoi je me bats le bateau me conduit dans l’aube
Ah vers la haute mer, bien sûr, comme chaque matin
Je me retrouve faisant mon méchant trafic dans un port incertain
Il faut payer cash, en devises fortes et avec le sourire
Je ne sais pourquoi je me bats. J’ai pleuré dans la chaleur torride
Le monde est beau! Les femmes se donnent avec des airs de s’oublier!
Nos victoires sont devant nous qui nous tendent la main!

Où tu vas poser ton sac
Fais un lit avec tes larmes

MAUVAIS SIGNE ?


MAUVAIS SIGNE ?

Au bord de l’eau, tournant la tête à la rivière

il s’exclut du miroir

L’alouette qui chante met l’accent sur la déconvenue

Cette chaleur écrasante brûle de lave

Un échassier des Landes au-dessus des moutons, traverse du regard l’interdictio de se baigner

Gare à la baïne en embuscade au plus innocent de la plage

Rose comme lune être ne corrige en dioptrie que dans le choix des montures

Il rêve de monter un cheval qui serait de cette couleur pour finir le tour des Tours.

Niala-Loisobleu – 11 Juin 2021

PRESENCE DE LA GRIVE HUPPEE


PRESENCE DE LA GRIVE HUPPEE

De brun tacheté par petits sauts

L’espèce musicienne promène son long bec d’Europe en Asie

Huppe dressée

A la couvée du chardon

Un jardin à la française taille ses buis en labyrinthe

Garde moi au coeur

Le Minotaure en cornée

L’âne que je suis en raffole

Une manière de faire chanter l’essaim

Pour que l’abeille tète de sa pompe

A violacer la grosse fleur au sommet du piquant.

Niala-Loisobleu – 2 Juin 2021