L’OMBRE S’EN RETOURNE


L’OMBRE S’EN RETOURNE

Du coq à l’âne

le jour est tiré de nos rias

Le soleil l’agrafe aux clochers à la volée des cordes

Un jaune pousse un cri d’oiseau

à la maille des tresses de l’osier des greniers

pour cueillir dans l’arbre ce râle aux mains sonores chemin de guitares

qui à pied monte les pierres en assise des villages-blancs dans la mystique lumière

Etape de seins Jacques composte ailes.

Niala-Loisobleu -13 Juillet 2021

Tanikawa Shuntarô, L’Ignare


Tanikawa Shuntarô, L’Ignare

M’appelez « poète », quelle blague ?

Tanikawa nous parle de son monde dans ce qu’il a d’essentiel ( la vie, la mort, la masturbation, les filles…) Il raconte sans emphase, de la manière la plus plate, la plus vraie, des moments de vie qu’il ne considère pas comme des expériences ou même des choses à retenir : Tout ce que j’ai fait  jusqu’à ce jour /tout ce qu’à l’avenir je voudrais faire / on dirait que je l’ai oublié dans un coin, par mégarde,… Ce langage cru et tellement sincère place tous les événements  sur le même plan : les épais crachats comme le vent nocturne. Tout est empreint du déroulement du temps qui passe où présent et passé se mélangent avec des pointes d’humour contenues parce que c’est d’un sérieux à vivre dont nous entretient l’auteur.

C’est une vie neutre, il n’y a ni attente ni espérance, elle va, discrète. Avons-nous quelque chose à apprendre de ce présent ? Les contacts humains ne conduisent-ils pas à une impasse et la manière de les dépasser n’est-ce pas d’en rire comme d’une comédie burlesque? L’auteur ne raconte que des faits quotidiens qui accumulés convergent vers l’inanité de la vie. Derrière la banalité des événements se cache notre condition humaine : âpre, précaire où le déséquilibre nous guette.

L’absurde a dépassé les mots, il est descendu dans la rue et nous dévisage. Familier, la révolte s’est éteinte. Il reste un peu de voix humaine détachée à travers le vieux poste de radio. Seule vérité contre les fictions, l’écoute du monde même au fond du brouhaha relâché. Toutes les choses du monde flottent, l’auteur ne s’attache à rien, cependant qu’il éprouve la vie et qu’il cherche. Quoi ? Le mince, le ténu qui créent un lien fort entre le monde et l’homme. Plus on progresse dans la lecture du recueil, plus les poèmes se densifient sans rien perdre de leur caractère coutumier.

Au milieu de la lecture de Tanikawa, de connivence, je m’arrête un moment pour caresser mes chats Pirou et Mila. Le poète, non il ne veut pas être appelé poète, l’homme alors  nous rappelle sans cesse au monde, plus il s’en distancie et plus nous nous en rapprochons.

Le lecteur ne peut se raccrocher à aucun élément de la langue pour palper le texte : images-rythmes-rejets-mots-métaphores-sonorités. La traduction est toujours une perte par rapport à la langue d’origine, bien qu’ici, Dominique Palmé nous donne un texte très beau, certainement très proche de celui de l’auteur.

L’avion en papier, ce poème, est un art poétique où le poème ne promet rien / Car il laisse seulement entrevoir.
Quelqu’un vient de lancer un avion en papier de la fenêtre du vingt-huitième ou du vingt-neuvième étage de mon immeuble. Le vent a joué avec lui comme avec n’importe quel morceau de papier.
puis il est allé s’écraser de l’autre coté de la rue, dans le parking du commissariat
mais avant cela il s’était essayé à un vol horizontal où il exprimait toute sa dignité

Le poème part d’un fait divers et glisse lentement vers une abstraction, un concept. La vie essentielle est cette part imperceptible qui gravite autour de nous et qui se propage comme un silence. Tout était présent avant l’apparition de l’homme, il ne fait que s’ajouter à ce qui résonne. Avec les mots, on avait cru saisir le monde. Il ne reste rien, le mutisme l’emporte et fait peur. Les mots ne sont que le décalque de la réalité : insignifiants.

Le but de la poésie serait-ce la non-poésie, ce silence son ultime conquête ? Quand le poète ne revendique pas le nom de poète, si la poésie existe alors, elle brille seule. Serait-ce la disparition élocutoire du poète dont parlait Mallarmé ? La richesse de Tanikawa : un entre deux entre la poésie et le poète, point de vue par lequel le monde est visible et vivable. Sans espoir et sans joie. Il est comme le mont Yôkei, il suffit de le regarder de loin. Les mots sont au point zéro, ni haine ni affectation. Ce qui compte c’est l’usage que ll’homme en fait, celui-ci peut déboucher sur un  génocide. L’auteur vit entre la pression des poèmes à écrire et du sentiment de leur inutilité. Il cherche sa juste place de vie privilégiant la solitude, Ignare au monde.

L’auteur a un souci de la vie et de toute vie, même celle des araignées. Je m’éloigne des hommes et devient calme-calme-calme. C’est plus que l’homme que cherche Tanikawa, là où l’homme meurt, la vie, elle, subsiste.

Tanikawa se veut poète qui échappe à la poésie, à bonne distance, nous dit-il. Le poème échappe au mot, le poème permet de s’oublier c’est-à-dire de se dépasser puisque Quand je reviens vers moi, je ne suis qu’un être vivant, un homme incorrigible.

Source: Recours au poème

Le pèlerin sentinelle de Gabrielle Althen



Le pèlerin sentinelle de Gabrielle Althen

la mer se hérisse de plumes

Enfance , un doigt de vent écrit sur terre !

Et tout cela fait deux jeux pour un salut

Au bout du soir

Proche l’abîme

Le tout s’invente entre des ailes

O colombe , tu chuchotes

Ce bel ordre

Et la neuve symétrie

De deux bleus sobres qui s’absentent!

Gabrielle Althen

Du Profane au Camino del indio – Atahulpa Yupanqui & Niala


Du Profane au Camino del indio – Atahulpa Yupanqui & Niala

Se cacher habillé ou s’apparaître nu ?

Déformer ou se reconnaître ?

Le profane initiera le choix d’être ou de ne pas

La montagne est fête de sa glissade ou de son escalade…

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021

CAMINO DEL INDIO

Sentier de Colla
Sendero colla

Semer des pierres
Sembrao de piedras

Caminito del Indio
Caminito del indio

Qui rejoint la vallée avec les étoiles
Que junta el valle con las estrellasPetit chemin qui marchait
Caminito que anduvo

Du sud au nord
De sur a norte

Mon ancienne race
Mi raza vieja

Avant dans la montagne
Antes que en la montaña

La pachamama était obscurcie
La pachamama se ensombrecieraChanter sur la colline
Cantando en el cerro

Pleurer dans la rivière
Llorando en el río

Il s’agrandit dans la nuit
Se agranda en la noche

Le chagrin de l’Indien
La pena del indioLe soleil et la lune
El sol y la luna

Et cette chanson à moi
Y este canto mío

Ils ont embrassé tes pierres
Besaron tus piedras

façon indienne
Camino del indioDans la nuit de la montagne
En la noche serrana

La quena pleure sa profonde nostalgie
Llora la quena su honda nostalgia

Et la petite route sait
Y el caminito sabe

Qui est le chola
Quién es la chola

Que l’indien appelle
Que el indio llamaMonte sur la colline
Se levanta en el cerro

La voix douloureuse du baguala
La voz doliente de la baguala

Et la route regrette
Y el camino lamenta

Être à blâmer
Ser el culpable

De la distance
De la distanciaChanter sur la colline
Cantando en el cerro

Pleurer dans la rivière
Llorando en el río

Il s’agrandit dans la nuit
Se agranda en la noche

Le chagrin de l’Indien
La pena del indioLe soleil et la lune
El sol y la luna

Et cette chanson à moi
Y este canto mío

Ils ont embrassé tes pierres
Besaron tus piedras

façon indienne
Camino del indio

Atahualpa Yupanqui

GLOSE – PROSE


Norge

GLOSE – PROSE

Mon chien s’appelle Sophie et répond au nom de Bisouie. C’est plus gentil ? Et le baiser est moins solennel que la sagesse. Vous me la baille/, belle avec vos querelles de langage. Les
peintres sont voués à la couleur : les poètes se défendraient-ils d’être voués aux mots? Mais sémantique, rhétorique, vous croyez à cela. vous.
Mos-sicu ? P’têt’ ben qu’oui. Calembredaine ? Jardinier, encore un mot de germé. Bonne chance et fouette cocher ! D’accord : ça ne nourrit pas son homme… Qui mange le vent de
sa cornemuse n’a que musique en sa panse. Déjà, ce n’est pas si peu.

La vérité ne se mange pas ? La musique non plus. Mais je dis. moi. que la poésie se mange. Ici. des mots seuls on vous jacte et ce n’est pas encore poèmes : mais enfin, des
poèmes, qui sait où ça commence…

Les mots, disait Monsieur Paulhan. sont des signes, et Mallarmé, lui. que ce sont des cygnes. Ah. beaux outils, les mots sont des outils, rabot, évidoir. herminette. gouge, ciseau.
Ainsi, les formes naissent, portant la marque de l’outil et je retrouve à la statue ce joli coup de burin. Et je retrouve à la pensée ce délicat sillon du verbe. Tudieu.
quelle patine ! Quel héritage, quelle usure, quelles reliques de famille ! Quelle Jouvence et quel arroi. Des taches de sang, des coulées de verjus. Des traces de larmes : et les
sourires n’en laisseraient-ils pas ? En veux-tu de l’humain. en voilà. Ce n’est pas de petite bière (de bière, fi) mais de cuvée haute en cru. Venus de toutes parts au
monde, agiles comme des pollens. Ici. les monts de Thracc et là les rudesses picardes : et là le miel attique et l’Orient avec ses sucs. Des graillons, des flexions, des marées,
puis un petit vent coulis, un soudain carillon de voyelles. Boissy d’An-glas. Quant au tudesque. zoui pour le bouffre mol : lansquenet (toujours hérissés ces tudesques) qui fait la
pige au mot azur. Mais en français, d’expression, pas trop n’en faut. Subtil ! Holà, germain, hors je te boute en ta grimace. D’expression, oui-dà. mais de race. Et de
décence. En tapinois quand il sied, mais en grande clarté si c’est l’heure. J’y reviens, mon frère qui respires, as-tu déjà pensé au spacieux mot : azur?

Ainsi les mots naissent, les mots durent, les mots se fanent et reverdissent. Des moissons, des vendanges, des forêts, des familles, des nids de mésanges et des couvées de
minéraux. Fluide, flot, flamme, fleur, flou, flèche, flûte, flexible, flatteur… vous entendez ces allusions, vous reconnaissez cette lignée. Mais le génie
français est réservé : il caresse l’harmonie imitative. Mais il décrit un chien sans marcher à quatre pattes.

Et tu voudrais que ça ne bouge pas. les mots, alors que tout bouge, on le sait (par un cuisant savoir). Chausse un peu tes besicles, professeur, et dis-moi ? Il répond que le mot est
le serviteur de l’idée. Bon. mais voyez-vous ce maire du palais qui guette le pouvoir?

O français, mon amour, terreau de notre terre, il fait bon le respirer et voir monter tes jeunes pousses. Le sécateur du bon jardinier menace les branches folles et rien pourtant
n’est mystérieux comme un jardin à la française.

Ah. ce jourd’hui si nous quittions la noble allée pour vaguer au bois-joli ? Plonge un peu ton gourdin dans une fourmilière. Quel cafouillis. quelle panique ! Tant pis. l’ordre
viendra plus tard et si nous repassons dans une miette de temps, nous verrons l’insecte acide qui refait des sentiers nouveaux et porte sur l’épaule ces gros sacs de farine. Dis, quel
navire est arrivé ?

De toute cette fièvre, tirons le mot «bélître». Moi. je vois un gros méchant mou du genre soudard, du genre bouffre de bouffre, aurait dit mon Jarry. et
coitlë d’un casque de zinc, une espèce de quintuple pinte renversée. Le beau chapeau bulbeux. Bé… car on convient qu’il est bête (comme Bécassine) et qu’il baye.
A quoi bayerait-on sinon aux corneilles ?

Bien vétilleux ceci. Il faut l’être si l’on veut faire mouche. Truisme. Truisme, entrée de Monsieur de la Palisse. Mort. Monsieur de la Palisse? Bernique. Pantois? Point
davantage. Il est éternel. Et si tu tentes de trucider Monsieur de la Palisse, c’est toi qui restes niquedouille. Bonne Vierge, le printemps, c’est la Palisse lui-même. Et vlan, v’ia
l’printemps ! Allons-nous lui chercher noise ? 11 cache l’été sous ses guimpes. Puis, c’est toujours le grand Temps moissonneur qui passe avec sa justicière. tranchant du baroque
à lame riante comme d’autres feraient ici où les mots sont éclos sous des couvées joyeuses. Ecoutez ces rondes enfantines : le langage s’y fait «petit jeune» comme
les chiots de ma chienne :

Peiit’ Poulotte a v’nu glissou Ses peiiis pieds parmi les mious S os petits pieds se sont mêlous Elle a pris les miens pour les sious. Allons, belle, remettez-vous. Reconnaisse: vos petits
g’noux.

Ou encore :

A dibedi.

Ma crochiribidi

A siripchou

Califtcatchou

A dibedi.

Vous êtes un fou.

Vous plaît-il mieux de puiser à de savantes cornues? Celles de Monsieur Léon-Paul Fargue ont de douces chansons pour les chats :

Il est une bebête,

Ti li petit nenfant

Tir élan

C’est une byronnette

La teste à sa maman

Tire/an

Le petit Tinan faon C’est un ti banc-blanc Un petit potasson ? C’est mon goret C’est mon pourçon Mon petit potasson

Il saut ‘ sur la fenêtre Et groume du museau Pasqu’il voit sur la crête S’amuser les oiseaux

Les savantasses expliqueront pourquoi. Mais le langage enfançon vient de loin. Connaissez-vous le capitaine Las-phrise ? Non ? Messire Marc de Papillon, cadet de Vaubc-rault
«combattant, composant au milieu des alarmes» ? Non ? Un paladin du XVIe siècle et qui. sous Henri III. bouta le Huguenot à travers Touraine. Angoumois. Sain-tonge, Poitou.
Normandie. Dauphiné. Gascogne, grand bonhomme de guerre et grand caresseur de fillettes. Or. le voici, son langage enfançon :

Hé mé, mé, mine-moi, mine-moi, ma pouponne

Cependant que papa s’en est allé aux champs ;

Il ne le soza pas. il a mené ses gens.

Mine-moi donc. Minou. puisqu’il n’y a personne.

Ayant flayé l’œillet de ta lève bessonne. Je me veux regadé en tes beaux yeux luysans. Car ce sont les misoirs des Amouseux en/ans ; Après, je modesay ta gorge, ma
menonne.

Si tu n ‘accode à moi lefolâte gacon.

Guésissant mon bobo, agadé tu es sotte ;

Car l’amour se fait mieux en langage enfançon.

Oui. certes. Les mots-colifichets, et les mots de haute lice, les mots-jabots, mais les mots-éventails, les mots-diamants, les mois-sang, les mots-sève, les mots porteurs de
vérités françaises.

Péguy les connaissait, ces mots bien équarris. ces brebis de pierre blanche et tondus comme il faut de quoi l’on fait de bonne ogive et de robuste contrefort, pourvu que le berger
soit juste :

Et ce n’est pas des bras pleins de dictionnaires

Qui rameront pour nous sur nos derniers trois-mâts.

Et ce n ‘est pas des jeux pleins de fonctionnaires

Qui nous réchaufferont dans ces derniers frimas.

Qu’ai-je encore d’écrit sur mon pense-bete ? « Les mots vont plus loin que la pensée», disait Fargue. Quand le sentiment les suit à pas de loup. Les mots seraient peu
s’ils ne faisaient l’amour. Que l’aède ici besogne. En cite-rai-je ? Mais vous les connaissez, ces mots qui sont de grands amoureux, ces mots séducteurs de mots et qui font de
ravissantes conquêtes. Les souvenirs sont cors de chasse. La fille de Minos et de Parsiphaé. Poissons de la mélancolie. Sur le Noël, morte saison que les loups se vivent de
vent. Le prince d’Aquitaine à la tour abolie.

Et toi. le dur de comprenure. tu sais bien que ma recherche est l’homme. Le voici, traque de mots, charmé de phrases, lourd et séduit de son fardeau de mots, cor.imt ceux-là qui
revenaient de la Terre Promise portant à bâton d’épaules une grappe géante. Le poids de la soif et celui de la beauté. J’en dis trop et j’en dis trop peu. Car tous ces
faiseurs de mots étaient des faiseurs de beautés. Ils faisaient d’abord l’outil. L’outil passe de main en main, se polit, s’arrondit, se patine, s’humanise, se charge de magies.
Sésame, ouvre-toi. De l’or bouillant ! Où sont les poltrons qui n’osent pas plonger leurs bras dans cette cuvée ? De joie. On pensait que j’allais donner un petit cours sur les
insectes, sur la botanique. Non. mon herbier, c’est pour la joie. Et mieux encore, les libellules en plein vent, bien zézayantes, bien dévoreuses.

Mettez un peu d’ordre dans vos idées, insiste un aimable magister. Je veux bien, mais sur quelles mesures ? Et pour habiller qui. ce vêtement d’idées? Des idées, les mots
n’en ont pas tant. Les mots qui ont des idées sont des mots de cuistres. Ou plutôt, les idées, ça leur vient comme au pommier la pomme, comme à la fille le bes-son. Les
aventures du langage. Honneur de l’homme, honneur de l’homme et mille grâces.

Qui les fait ? Oh. pas les escogriffes à la mislenflute qui les mettent à coucher dans des lexiques. Sinon, c’est aussi les herbiers qui feraient la rose ou l’ancolie. la sauge, le
fenouil et la feuille de platane, sève et parfum compris.

Ils sont comme les enfants, les mots : ils ont besoin de jouer quand ils sont jeunes. Villon, beau charmeur de vocables verveux, leur laissait la bride sur le cou. Leur plaisait-il de
jargonner. de parler coquillard ?

Joncheurs, jonchons en joncherie

Rebignez bien où joncherez.

Qu ‘Ostac n ’embroue votre arrerie

Où accolés sont vos aisnez.

Poussez de la quille el brouez

Car si tosl seriez roupieux.

Ferons-nous pas confiance au loyal écolier tout cousu de cicatrices et qui avait le goût des évidences : Je congnois bien mouches en lait, je congnois au pommier la pomme, je
congnois tout fors que moi-même. Sagesse toute veloutée de moelle, fontaine de miel où ferait bien de se pencher la soif de nos squelettes à stylos. Mais de tels vignerons
la race serait éteinte ? Voire. Queneau Raymond est bien de la famille :

les eaux bruns, les eaux noirs, les eaux de merveille les eaux de mer, d’océan, les eaux d’étincelles nui lent le jour, jurent la nuit chants de dimanche à samedi

les yeux vertes, les yeux bleues, les yeux de succelle les yeux de passante au cours de la vie les yeux noires, yeux d’estanchelle silencent les mots, ouatent le bruit

eau de ces yeux penché sur tout miroir

gouttes secrets au bord des veilles

tout miroir, toute veille en ces ziaux bleues ou vertes

les ziaux bruns, les ziaux noirs, les ziaux de merveille.

Pensez-vous que c’est avaler des couleuvres? Pitié, alors : c’est que Polymnie ne vous a point souri.

Mais retournons à nos moutons. Connaissez-vous le répertoire des livres de Saint-Victor dont Pantagruel découvrit la librayrie en Paris dès sa venue :

Le Maschefain des advocats.

Le Clacquedent des maroufles.

La Cahourne des briffaulx.

La Barboltine des niarmiteux.

La Martingalle des fianteurs.

Le Limasson des ri masseurs.

Le Ramoneur d’astrologie.

Et ceci est d’importance, puisque l’inscription sur la grand’Porte de Thélème :

Cy n ‘entrez pas. vous rassotez mastins

Soirs ni matins vieulx chagrins et ialotix…

Cy n ‘entrez pas. hypocrites, higotz.

Vieulx matagotz. marmiteux boursouflez…

Cy n’entrez pas avalleurs defrimars…

Puis, prenant en croupe ceux que le curé de Meudon délecte, ricochons vers Monsieur Epiphane Sidredoulx. Président de l’Académie de Sotteville-lès-Rouen. Correspondant
de toutes les Sociétés savantes et autres, et dont l’honneur fut de dépoussiérer, en l’an 1878. cette précieuse « Friquassée Crotestyllonnée des antiques
modernes chansons, et menu Fretel des petits enfants de Rouen remis en beau désordre par une herchclce des plus mémoriaux et ingénieux cerveaux de nostre année 1552.»
O, ouez :

Mon coutel s’en vient pleurant

Il a seruy ung gros truand

A liau. à liau. à liau

Pinche me lingue

De toc et de lepingue

Ri ri bouillette

Au port morin laisse may dormir

Il est temps de laver nos escuelles.

A la bouille bouille caudière. Dans la danse desfoureux. Il n ‘est d’âme que nous deux.

Piaille, moineau, tu es englué. Et raison, dit Janotus. nous n’en usons point céans (Rabelais). Ah ! toute une géniture de bon sang français et Molière est de
connivence… j’aime mieux ma mie. o gué. Sais-tu maraud que ta bique va braire si tu lui bailles des «céréales» au lieu de picotin.

Vielleux, vielleux, veux-tu du pain ?

Nanny Madam’ je n’ai point faim.

Mais vous avez qui vaut bien mieux

Ma guiante. guienne. guioly dame.

Vielleux, vielleux, veux-ty du lard ‘.’

Nanny, Madame, il est trop char…

Ayons encore sol en sébile et fiferlins aussi. Et qui mieux est : verjus en cave. De bonne coulée, bénéfique aux cœurs.

« Le drame des mots, me confiait un farfelu de mécanique, c’est de n’être pas bons à tout ; on ne sait jamais où il faut mettre cette vermine. Les chiffres, eux,
veulent tojours dire la même chose. Pas de surprise. Tandis qu’avec les mots, il faut s’attendre sans cesse à des miracles. »

Mon petit doigt me l’a dit, ces miracles-là ont l’humeur capricieuse. C’est comme l’esprit qui souffle où il veut. Quand il souffle du côté d’Henri Michaux, ce n’est pas
pour gonfler la vessie d’un rassoté. mais pour dire les choses : les vivaces, les tortueuses, les véridiques. L’Ennemi n’a qu’à bien se tenir :

Il l’emparouille et l’endosque contre terre;

Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle;

Il le pralèle et le libucque et lui bonifie les ouillais

Il le tocarde et le marmine.

Le manage râpe à ri et reipe à. ra.

Enfin il l’écorcobalise.

L’autre hésite, s’espudrine, se délaisse, se torse et se

ruine.

C’en sera bientôt fini de lui.

Laissons ainsi pour mort cet «emparouillé». Que ne t’assommc-je. Mère Ubu. proférait un grand de la terre. La musique des sphères nous joue d’un autre flageolet.
Après riposte et coups fourrés tirés de part et d’autre, où les victimes criaient comme des cabestans, diverses voix se décèlent. Maintes se baignent dans leur
auge. Mais ceci n’est le fait que de haut allemand et le langage françois garde toujours sa fleur de modestie et même en la ripaille.

Qui donc se court sur l’haricot dans cette équipée ? Queneau. Michaux. Rabelais. Merlin Coccaie certes. El Bruscambille et Tabarin. Turlupin. Jarry, Coquillan. Vadé. fameux
boisseau de puces et n’est d’étoile fixe qui ne se gratterait si on le déversait sur son pelage. Foin, je suis fâché d’en avoir si peu dit. Galimatias fut langue de ces
prolifiques, galimatias et charabias. Regardez avec nous ces vocables monocellulaircs qui abordent lentement sur la berge. Espèces de méduses, espèces d’ammonites, espèces
de moignons, espèces de rauques interjections, espèce d’aboi, de cri, de geste, espèce de mot. Le mot oui et le mot non, c’est déjà la conscience. Et Mes-sire,
aujourd’hui en avez-vous tant que vos belles machines volantes ne servent à vous estourbir la figure? La conscience, ça monte et ça descend comme ludions en bouteille. Silence,
l’heure est venue d’être grave ? Dame oui, on sait qu’il y a du malheur dans la famille. Mais qu’entre deux coups du sort il soit permis de rire, n’est-ce pas d’humaine condition
l’honneur? Trêve d’encyclique et revenons au débat.

Du crâne qui crugit lorsque le vent souffle, suinte mélancolicoliquement le croupissant cresson qui sort de ses orbites (Queneau). Qui rechigne ? Qui n’aime pah les Zavanthures du
lent gage? Toi. Gall…

Gall. amant de la reine, alla, tour magnanime,

Gallamment de l’arène à la tour Magne à Nîmes.

Quel heureux siècle, suggérait Bruscambille. qui avait grand besoin de me rencontrer et moi de le trouver. Or, sus. fonçons. Messieurs, il y en a beaucoup en cette compagnie qui
portent une tête sur leurs épaules sans savoir ce qui est dedans. Vous ? Oui-déa. moi ilou. Si vous m’entendez bien, c’est que je parle français et si la lune est rousse, il
faut quérir le teinturier

Un enfant a dit

Je sais des poèmes

Un enfant a dit

Chsais des poésies

Un enfant a dit

Mon cœur est plein d’elles…

Propos tout saupoudrés de poudre d’escampette – et le poète a pris la fuite. Pas tant qu’il y paraît. Mais il donne une chandelle à Dieu, une autre au Diable. Pour
diablificr à l’enfantine, au fou, à l’espiègle, au mystique, au philosophe qui sont choses proches et consanguines. Ai-je assez loué les comptines :

Quand j’eus fi mon moulin

Si fi si fa si fin

A rec ses quatre-z-ailes

J’alli trover la mer

Pour qu’ell’ m’donnil du vent

Ell’ m’en donna d’si grand qu’il mit l’molin par terre. Avec ses quatre-z-ailes.

Corbleu cette mer qui donne ainsi du vent à qui en veut, ça vous a une allure. O vertes verves !

Argot des champs ou de la Roquette, celui de la Guyane avec son odeur de poivre, fleurs de pouille, orchidées d’eau douce, flûteaux de bergers, racines de Racine. Cela vaut bien le
baiser que je vous envoie.

Géo Norge

LA BOÎTE A L’ÊTRE 46


LA BOÎTE A L’ÊTRE 46

Par le rayon de soleil hors catégorie qui l’éclaire, ma boîte bat en corps par l’oiseau niché dans sa main. Le temps a coulé. Ma dernière conversation remonte au 7 Décembre 2018. Epoque que les moins ne peuvent pas connaître, tant ce qu’elle portait d’espoir naturel, qui n’avait pas besoin de vaccin pour perdurer. La suite quand on l’avance au Centre fait monter le filet d’air dans l’enfoui, sans qu’un anachronisme tente de boucler la page

Le chat est maître de la bambouseraie

ces longs étirements font ses griffes à la densité végétale qu’un sentiment de fond poursuit dans l’organique taire d’hier et d’aujourd’hui

Le mystique y développe la force d’une composition chimique dans laquelle les effets de l’âme prédominent assez pou laisser les erreurs de l’humeur du quotidien loin derrière.

Le banal s’enfonce dans l’ignorance qu’il choisit d’adopter

s’habillant de tout ce qui dissimule

A confondre le système de fonctionnement de la Nature avec ses petites habitudes, l’Ëtre se plante à côté

L’automne mûrit en se tapissant dans le pourrissement , elle est la parturiente qui refuse le déni

La pointe rose de l’oeil qui crève à la branche n’est pas profane, elle initie le printemps dans son ensemble absolu.

Niala-Loisobleu – 8 Avril 2021

TROISIEME PROUE – CESAR MORO


TROISIEME PROUE – CESAR MORO

Roi semé s’il aime hué à vie à terreur roulant
Bu à satiété sous le déluge absent Ô clarté

Echelle des yeux aux yeux

Haut bois à même le dallage chaleur de neige noire
Couleur de froid à feux de marée
Graine houleuse à mollusques ces jambes la montagne à souhaits

Plus divine si coupe à néant y crépitent les méandres et les ménades

Eclaire minuit en ruines mainte dentelle sous mer

En éclat nanties tel le globe irisé prêt à fondre

Sur tes narines d’obsidienne

Diamant taillé en rose qui tourne

Rose d’améthyste barrissant

À la nuit en bronze

Forant les puits scolopendre de jeunesse

Ce col offense ? il déjoue le droit d’aînesse

L’heur de pierre feindre le fer à tondre

Les bagues à chevaux évanouis

Les eaux en chevreuil qui broutent le royaume déchu pour quel dialogue rituel

L’oiseau à miroir ardent gageure de haute couronne

Etoile mon château en apanage
Gradué brille à bouillir
Plus que de gaîté non à effacer
Mais à vouloir paraître attirée
Au gouffre fidèle

Éloigne-toi naseau de feu

Enjeu lointain de ma prairie

Tain solaire de telle glace

En tel cuivre bondé d’ivresse

Valet des étuves de la royauté

Halète varlet arpente la digue d’anémones

Carnassier de choix en tête des voyelles

La clairière aboutit à la voie hilare

L’air classé aboie tyran à l’aile

Si pour broyé avons royal ou trône à pied de tonnerre

L’acier décroît tenté aux voiries régulières

Affairé au tri des pièges —
Si la neige était à cheval —
Si le cheval chavirait en jonc
L’été hagard bat la foulée
Tapi au bout de la rencontre
Jetée de pierre sur le vide
Pont aux crustacés que l’agitation
Des vantaux subjugue
Jusqu’à abolir les éphémérides
Aux octrois de successifs mois
En massifs en treille de pavots

Pourquoi ce froid accueil des arches

Ce sommeil des sommets ces mets mielleux de songe

Ce gazon qui vire en nuage fleurissant les pierres

anciennes
Le gué la baie vers la folie ?
O lit ailé au pied marin
Lisse les perles l’écume des crêtes

Ce jour empreint de brise noire moiteur du néant

Rétiaire hanté tueur boiteux

Têtu l’hiver c’était l’été

S’attelait-il

L’embrun la brume doraient l’île

D’ores et déjà en fumée teinte

Aider voulant l’envol de forces velues en palmier

Vouées à la nudité marmoréenne de midi

César Moro

Septembre 1950

INVECTEUR DE CONSCIENCE


INVECTEUR DE CONSCIENCE

Au stade où en est la France le besoin de regonfler la confiance sonne à larmes l’électorale question

Saint-Denis célèbre pour ses gisants pourra-t-il à ce stade tirer le moribond du fond du lit ?

Un poil à Magritte et je René

Ma foi sur et à liste est capable de transe former le laid qui déborde en beau tant elle jouit d’épreuves

Vaccinateur de naissance j’ai jamais manqué de vaccin c’est là toute la différence…

Niala-Loisobleu – 6 Avril 2021

VENT PORTEUR (Apporté de main)


VENT PORTEUR (Apporté de main)

La pinède aiguille la beauté de ce jour bordé d’écume

dans laquelle le cheval au galop est suivi d’un essaim d’abeilles

La pulpe met à l’anse au repli des dunes des lèvres en baie

sous rire à l’enchaînement des vagues assurées

Du relevé d’amer au venimeux mordu au gant

le navire peut hâler la pâquerette épanouie sous la robe fraîchement peinte à la main

Tandis qu’aux vols des mouettes le pin signe

l’oiseau persiste

Rassemblant l’interdit

sans déroger au rite printanier.

Niala-Loisobleu – 5 Avril 2021

JARRE D’UN ESTRAN 1


JARRE D’UN ESTRAN 1

Rentré à la traîne

amer de cornée éjectée en arrière

le chemin s’est guidé aux nageoires à tâtons aux bords du chenal

Autan dire à l’aveugle

L’endroit ayant naguère vu le cheval non-migrateur tirer l’araire en position de semeur

tire d’affaire le temps d’un reste de mémoire

juste avant qu’on en vienne aux hallucinations de la main gauche muette

Dans l’impression qui, à un certain moment, passa

j’ai vu l’enfant innocent franchir l’entrée de cette galerie

puis la couleur résurgente s’éteignit

j’étais de retour de pélerinage

Niala-Loisobleu – 18 Mars 2021