RÉCRÉATION PAR LÉO FERRÉ


RÉCRÉATION PAR LÉO FERRÉ

Moi je serai putain et moi marchand d’oiseaux
Moi je vendrai des chapelets d’oraisons doubles
Et moi du chinchilla et moi des haricots
Moi je ferai de la politique en eau trouble

Moi je serai bico à
Asnières comm’ ça
Et moi je serai flic comme le fut mon père
Donne-lui donc à boire à c’ bico-là,
Pourquoi?
Moi je serai le président des pissotières

Moi je serai hôtess’ de l’air moi monte-en-1’air
Moi je serai du chiffre aux
Affair’s indigènes
Moi je mettrai des points sur les « i » moi derrièr’
Les jeunesse(s) en pépées j’irai filer la laine

Moi j’irai à
New
York apprendre à être con
Et reviendrai pour fair’ des cours aux camarades
Moi je serai laveur chez
Renault et toi donc?
Moi je regarde ailleurs une étoile malade…

Léo Ferré

LE VOYAGE DE PLUME DOIGTS


LE VOYAGE DE PLUME DOIGTS

Des stances transparentes traversent les pas perdus

Propre qui sale l’eau douce d’un frottis sorti d’art-re du coquillage

la coquille étape et gîte le chemin de St-Jacques

On voit plus loin du haut des tours

quand la main d’un signe écrit de ses lèvres le noir regard bleu de ses yeux

sous la voile être

Saxifrace au bec l’oiseau rocaille le rempart..

Niala-Loisobleu – 13 Juin 2021

Jacques Bertin – Un voyage

Un voyage »

J’ai retrouvé dans la coque la vieille fêlure
L’humidité qui suinte comme l’éternel poison
Et j’ai pleuré, assis la tête contre la cloison
De l’autre côté le moteur battait son chant profond
Celui qui vient de l’enfance
Et dont les basses fréquences
Toujours ont raison

Où tu vas poser ton sac
Fais un lit avec tes larmes
Il flottait dans cet endroit une odeur de goudron et d’urine
Gravé dans le travers de la blessure on distinguait un nom
Une illusion ou un message ou une marque de fabrique
Le monde passait contre les hublots lentement comme un monde
Les façades prétentieuses croulaient dans les angles morts
On voyait des visages de femmes glacées et pensives
Marquant la brume comme d’immatures soleils d’hiver
Je ne sais pourquoi je me bats le bateau me conduit dans l’aube
Ah vers la haute mer, bien sûr, comme chaque matin
Je me retrouve faisant mon méchant trafic dans un port incertain
Il faut payer cash, en devises fortes et avec le sourire
Je ne sais pourquoi je me bats. J’ai pleuré dans la chaleur torride
Le monde est beau! Les femmes se donnent avec des airs de s’oublier!
Nos victoires sont devant nous qui nous tendent la main!

Où tu vas poser ton sac
Fais un lit avec tes larmes

« LA GARDIENNE DES ABEILLES » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 65X54


« LA GARDIENNE DES ABEILLES »

NIALA 2021

ACRYLIQUE S/TOILE 65X54

Ces fleurs sans lesquelles le pouls de ma couleur s’éteindrait promènent leur souffle de la Normandie jusqu’aux débords de la terre en absolu

Les trains que le regard des meuhs pose de gare en gare sont de voix universelle

Aux falaises des bordures le bleu dispense sans limites

Parfums charnels en résidence aux vents se déplacent à dos de plume de l’oiseau nidifiant

Sauver l’abeille est le bon soldat

Je t’en fais gardienne toi ma parolière sensible qui déplace l’inutile au sites de consommation de l’artificiel bête et m’aime pas animal

Du silence né l’intelligence est naturelle

Suc de fleur pour la trompe seul à ne pas mentir

Volons de concert.

Niala-Loisobleu – 10 Mai 2021

FEDERICO GARCIA LORCA: EL PASO DE LA SIGUIRIYA – (Jacob Gurevitsch à la guitare)


FEDERICO GARCIA LORCA: EL PASO DE LA SIGUIRIYA – (Jacob Gurevitsch à la guitare)

El paso de la siguiriya

Entre mariposas negras,
va una muchacha morena
junto a una blanca serpiente
de niebla.
Tierra de luz,
cielo de tierra.
Va encadenada al temblor

de un ritmo que nunca llega;
tiene el corazón de plata
y un puñal en la diestra
¿Adónde vas siguiriya,
con un ritmo sin cabeza?
¿Qué luna recogerá
Tu dolor de cal y adelfa?
Tierra de luz
cielo de tierra.

Le pas de la Séguirilla

Parmi les papillons noirs,
va une brunette moresque
à côté d’un blanc serpent
de brume.
Terre de lumière,
Ciel de terre
Elle va enchaînée au tremblement
d’un rythme qui jamais ne s’établit;
elle a un coeur en argent
et un poignard dans la main
Où vas-tu, siguiriya,
de ce rythme décervelé?
Quelle lune soulagera
ta douleur de citron et de bouton de rose?
Terre de lumière
Ciel de terre.

L’ETRANGE DOUCEUR : MARTINE CAPLANNE (René-Guy Cadou)


L’ETRANGE DOUCEUR : MARTINE CAPLANNE (René-Guy Cadou)

Comme un oiseau dans la tête
Le sang s’est mis à chanter
Des fleurs naissent, c’est peut-être
Que mon corps est enchanté

Que je suis lumière et feuilles
Le dormeur des porches bleus
L’églantine que l’on cueille
Les soirs de juin quand il pleut

Dans la chambre un ruisseau coule
Horloge au caillou d’argent
On entend le blé qui roule
Vers les meules du couchant

L’air est plein de pailles fraîches
De houblons et de sommeils
Dans le ciel un enfant pêche
Les ablettes du soleil

C’est le toit qui se soulève
Semant d’astres la maison
Je me penche sur tes lèvres
Premiers fruits de la saison.

(René-Guy CADOU, Hélène ou le règne végétal, Paris, Seghers 1952)

LA BOÎTE A L’ÊTRE 46


LA BOÎTE A L’ÊTRE 46

Par le rayon de soleil hors catégorie qui l’éclaire, ma boîte bat en corps par l’oiseau niché dans sa main. Le temps a coulé. Ma dernière conversation remonte au 7 Décembre 2018. Epoque que les moins ne peuvent pas connaître, tant ce qu’elle portait d’espoir naturel, qui n’avait pas besoin de vaccin pour perdurer. La suite quand on l’avance au Centre fait monter le filet d’air dans l’enfoui, sans qu’un anachronisme tente de boucler la page

Le chat est maître de la bambouseraie

ces longs étirements font ses griffes à la densité végétale qu’un sentiment de fond poursuit dans l’organique taire d’hier et d’aujourd’hui

Le mystique y développe la force d’une composition chimique dans laquelle les effets de l’âme prédominent assez pou laisser les erreurs de l’humeur du quotidien loin derrière.

Le banal s’enfonce dans l’ignorance qu’il choisit d’adopter

s’habillant de tout ce qui dissimule

A confondre le système de fonctionnement de la Nature avec ses petites habitudes, l’Ëtre se plante à côté

L’automne mûrit en se tapissant dans le pourrissement , elle est la parturiente qui refuse le déni

La pointe rose de l’oeil qui crève à la branche n’est pas profane, elle initie le printemps dans son ensemble absolu.

Niala-Loisobleu – 8 Avril 2021

AU DOS DE LA CHAISE


AU DOS DE LA CHAISE

Un peu de jour passe par les volets

éclairant suffisamment d’assise sur la chaise

où rêve en corps le déshabillé du parcours qui mène au matin

toilé de mer

sur le chevalet se balançant à l’embarcadère

L’oiseau perché crie taire

caresse sa plume

en relevant le store du bonjour.

Niala-Loisobleu – 5 Avril 2021

COMME A VAUGIRARD


COMME A VAUGIRARD

Paroles écrites au centre du projecteur

une chanson me traverse à tout à l’heure dans l’enseigne du point d’ars, manège de chevaux de bois

l’absence d’images tourne les notes à l’aveugle de l’histoire passée là sans se retenir. Du faire à cheval l’inconnu laisse sa croix de bois ici où là loin de chez lui

La ballade du passant

Tes dents sont froides comme la neige

Enfoncées dans ma langue blessée

En allant de Marseille en Norvège

Qu’aurai-je fait d’autre que passer?

Je laisse la fenêtre entrouverte

Pour le chat et pour tous tes amis

Il y a du lait dans l’armoire verte

Et quelques tranches de pain de mie

Le bruit des trains est toujours le même

Quand il m’emmenait ici ou là

La bonne était toujours la prochaine

Désert de sel ou champ de lilas

Je te laisse un peu de ma salive

Mes lèvres sur ton ventre tremblant

Et plongé dans un seau de chaux vive

Mon coeur noué dans un mouchoir blanc

Tu sais le monde est partout le même

Certains bronzent quand les autres suent

Les uns mâchent des choux à la crème

Les autres du pain sans rien dessus

Faut-il serrer les poings et se battr

Pour tous ceux qui meurent en mai

Ou regarder les bûches dans l’âtre

Et chanter la tristesse d’aimer

Et tes dents froides comme la neige

Fondent très doucement pas pressées

Notre histoire fut belle mais n’ai-je jamais rien fait d’autre que passer?

Tu finiras la chanson toi-même

Tu sais bien que mon temps est pesé

Voici l’air: il faut dire que je t’aime

Mais que je n’aurai fait que passer

Claude Semal

L’éditeur raconte n’importe quoi, dans sa mémoire il y a pas la présence du sentiment très fort. Seul le brouillon est une absence de maux. Mon vieux Jacques garde ta guitare et la coulure des chandelles d nos soirées à la bougie. On étaient riches de cette pauvreté matérielle tellement on y mettait du coeur sans forcer. On y a cru. Ma foi c’était le moins dur moment à passer. La beauté n’a de grandeur qu’en présence de nudité.

Le tant passe pas sur Jacques Bertin.

Niala-Loisobleu – 14 Mars 2021

VOCALE RAMURE


VOCALE RAMURE

Par la percée des meurtrières l’horizon avale ses mots de sable

laissant l’échange épilé à l’entrée du chemin chauve

En forêt un baliveau plein de sang garde le rythme à l’abri des amazonniers coupeurs de têtes. Sortant la baguette des sources, à la verticale et faire un point d’amer pour localiser son terrier

Quand le roncier épaissit l’approche communique au touché la sensation de proximité

Au creux de la paume, là où la ligne creuse profond, la vibration approche la chair de poule signalant l’entonnoir des racines. Volcan pas éteint

Un tournesol redresse la tête sur le pivot de sa tige

Et le taillis libère sa véritable identité au plus fort du camouflage

Ce long déroulé ne peut qu’être l’onduleuse hanche du tracé de l’amphore

L’évasé du col ne retient pas ses fragrances

Lèvres d’un sacre qui veulent vivre au-delà de toute force de raison et que l’oeil soustrait au masque sans retenir la succession de circonstances défavorables. L’acharnement délétère

Comme la couleur du ventre en s’ouvrant est pigmentaire, l’imitation chimique ne peut abuser de l’oiseau en soustrayant l’arbre à sa nature.

Niala-Loisobleu – 19 Février 2021

ELLE EN APPELLE AU CERISIER


ELLE EN APPELLE AU CERISIER

La partie sombre éclairée sur son sein

migre les canards pour mettre l’embuscade au pilon

Le chien tourne autour de l’arbre et fait le nettoyage pour que l’herbe redresse le courant

Dans ses yeux fermés elle conduit l’oiseau sur sa branche

les rouges roses du grimpant, parfument l’écran en 3 D sous les crayons de couleur de l’enfant préposé à la projection du faisceau au Cinéma Paradiso

On sait déjà qu’elle a relancé le pouls du cerisier par sa concentration décuplée.

Niala-Loisobleu – 4 Février 2021