ECHO DE GESTE EN GESTE


ECHO DE GESTE EN GESTE

Ma main gauche est à peindre cet écho de ma pensée nourri d’un vers de Vicente Huidobroassis à la table au menu du souvenir

passent tirés par l’oiseau

les mouvements de battoir des femmes au lavoir

Elles lavent les préjugés, dépoitraillées jusqu’au plus pur de l’eau saignée de la montagne de Sisyphe

sans peur, déjà dans la Barque Mystique dans laquelle le Nautonnier me traversera

Devant cette table où je suis assis les plats débordent de fruits, l’olive et la figue dans le compotier font la ronde aux viandes rouges des torrils, en donnant la main aux grappes pressées dans leurs flacons

La musique s’élève

au bout de la flèche

Le tableau est en cours au pas doux d’un trop laissant l’aqueux du cheval s’étendre.

Niala-Loisobleu – 22 Janvier 2021

LE RIRE DES SCARES


LE RIRE DES SCARES

D’un noir de j’ai nageant au milieu des coraux

dans les flots tropicaux

le cirque balade son rire derrière l’épais maquillage des lèvres du clown-triste

écoutant la boîte à musique

souvenirs

restés dans la baie hors-piste

de la petite écuyère tombée de cheval .

Nez rouge au milieu d’un autre jour que les enfants sortent de leur innocence en un ballet d’écailles multicolores

Le blues tirant de la guitare le bleu du sauvetage en mer.

Niala-Loisobleu – 22 Janvier 2021

RAISONS DE VIVRE HEUREUX


RAISONS DE VIVRE HEUREUX

L’on devrait pouvoir à tous poèmes donner ce titre : Raisons de vivre heureux. Pour moi du moins, ceux que j’écris sont chacun comme la note que j’essaie de prendre, lorsque
d’une méditation ou d’une contemplation jaillit en mon corps la fusée de quelques mots qui le rafraîchit et le décide à vivre quelques jours encore. Si je pousse plus
loin l’analyse, je trouve qu’il n’y a point d’autre raison de vivre que parce qu’il y a d’abord les dons du souvenir, et la faculté de s’arrêter pour jouir du présent, ce qui
revient à considérer ce présent comme l’on considère la première fois les souvenirs : c est-à-dire, garder la jouissance présomptive d’une raison à
l’état vif ou cru, quand elle vient d’être découverte au milieu des circonstances uniques qui l’entourent à la même seconde. Voilà le mobile qui me fait saisir mon
crayon. (Étant entendu que l’on ne désire sans doute conserver une raison que parce qu’elle est pratique, comme un nouvel outil sur notre établi). Et maintenant il me faut dire
encore que ce que j’appelle une raison pourra sembler à d’autres une simple description ou relation, ou peinture désintéressée et inutile. Voici comment je me justifierai :
Puisque la joie m’est venue par la contemplation, le retour de la joie peut bien m’être donné par la peinture. Ces retours de la joie, ces rafraîchissements à la
mémoire des objets de sensations, voilà exactement ce que j’appelle raisons de vivre.

Si je les nomme raisons c’est que ce sont des retours de l’esprit aux choses. Il n’y a que l’esprit pour rafraîchir les choses. Notons d’ailleurs que ces raisons sont justes ou valables
seulement si l’esprit retourne aux choses d’une manière acceptable par les choses : quand elles ne sont pas lésées, et pour ainsi dire qu’elles sont décrites de leur propre
point de vue.

Mais ceci est un terme, ou une perfection, impossible. Si cela pouvait s’atteindre, chaque poème plairait à tous et à chacun, à tous et à chaque moment comme plaisent
et frappent les objets de sensations eux-mêmes. Mais cela ne se peut pas : Il y a toujours du rapport à l’homme… Ce ne sont pas les choses qui parlent entre elles mais les hommes
entre eux qui parlent des choses et l’on ne peut aucunement sortir de l’homme.

Du moins, par un pétrissage, un primordial irrespect des mots, etc., devra-t-on donner l’impression d’un nouvel idiome qui produira l’effet de surprise et de nouveauté des objets de
sensations eux-mêmes.

C’est ainsi que l’œuvre complète d’un auteur plus tard pourra à son tour être considérée comme une chose. Mais si l’on pensait rigoureusement selon l’idée
précédente, il faudrait non point même une rhétorique par auteur mais une rhétorique par poème. Et à notre époque nous voyons des efforts en ce sens
(dont les auteurs sont Picasso, Stravinsky, moi-même : et dans chaque auteur une manière par an ou par œuvre).

Le sujet, le poème de chacune de ces périodes correspondant évidemment à l’essentiel de l’homme à chacun de ses âges; comme les successives écorces d’un
arbre, se détachant par l’effort naturel de l’arbre à chaque époque.

Francis Ponge

Sur la planche à bascule de notre vie, ce qui rend heureux le matin peut tomber en miettes avant le soir

Drôle d’Epoque

Ce 21/21 tire la réflexion à lui…

Niala-Loisobleu – 21 Janvier 2021

LA PERCEE DES BRANCHES SUR LE NOUVEL HORIZON


LA PERCEE DES BRANCHES SUR LE NOUVEL HORIZON

Lentement et tranquille le troupeau franchit la ligne de démarcation

Laissant sans nostalgie l’an gris du côté consommé

Dans le jour qui prend pied s’ouvre un bleu profond de résolutions

l’amour qui l’accompagne est dans sa forme vitale, je t’embrasse d’ici à là, te caresse de dehors à dedans, te mesure, te soupèse pour franchir ta porte Ma

Les chevaux face à la mer courent sous les mouettes pour entrer à égalité dans la puissance du flux. Ils tirent le bateau de sa rampe de lancement sous la bordée du champagne parrain . Plongeon dans le bleu de la bannière retenue. Sors tes seins, le chevalet trépigne d’envie de paraître et d’envoyer son faire-part de naissance sous le signe double du Bleu-Retour et de l’Equin-Porteur.

Sans présumer du nombre de matins ce jour dit Bonne Année l’Amour. Ecris Barbara.

Niala-Loisobleu – 1er Janvier 2021

CONSTANTE DE GRAVITATION


CONSTANTE DE GRAVITATION

Caisse claire oreille tendue au coffre à jouets

sur le paon coupé

l’arbre en trompe-l’oeil dresse la force fondamentale sans rien détourner

de l’attraction des deux corps

Sur l’étendue plane du trou noir l’intensité ajuste son plan de voies parallèles

on peut toucher le fruit sorti de l’armature du béton banché et en goûter la pulpe aux étages des jardins suspendus qu’une mer de garde tient contre son sein

Les mâts chantent d’élingues métronomes en rase-mottes de mouettes

passé la jetée le chenal dirige à l’archipel

Je garde la chambre dans la senteur symbolique de l’Etoile Flamboyante; gnose éclose

Tu peux voir au pied du lit la présence de la promesse forte et reposée de sa blessure, bistre doux de tes aréoles et queue-de-vache de l’aisselle à la pointe de nuque, au départ du voyage.

Niala-Loisobleu – 29 Novembre 2020

AU TEMPS QUE TU SACHES


AU TEMPS QUE TU SACHES

Sans que j’imagine qu’un point obscur flotte sur le drapeau, je tiens à tenir la lampe du phare dans la bonne direction

Même la mer n’a plus la même transparence, on pêche à l’aspirateur sans tenir compte de ce qu’il faut maintenir en vie

Au centre de la Côte Sauvage – l’automne nous préserve des marées humaines – te voir nue établit un privilège –

pas un voyeur planqué derrière les palisses

Les enfants eux aussi absents, retenus aux écoles pour garderie, je n’ai pas à craindre des erreurs policières quant au sens de mes termes

Tu n’es pas du genre Ripolin ces frères qui se montraient en perspective sur les affiches. Toi t’es unique, dans la mode pandémique, c’est mieux qu’un vaccin qui me fait penser à l’Arlésienne. Toi la trompette elle sonne quand t’entres dans l’arène

Alors te dire comme ce tableau est floral en plein automne

Le fruit loin d’être sec est pulpeux, le figuier du jardin est majestueux

Et comme un matin qui prend la route en quittant la Cayenne, il a au coeur la promesse première de la Mère

Vois comme j’ai désiré peindre la parade des oiseaux.

Niala-Loisobleu – 19 Novembre 2020