FEDERICO GARCIA LORCA: EL PASO DE LA SIGUIRIYA – (Jacob Gurevitsch à la guitare)


FEDERICO GARCIA LORCA: EL PASO DE LA SIGUIRIYA – (Jacob Gurevitsch à la guitare)

El paso de la siguiriya

Entre mariposas negras,
va una muchacha morena
junto a una blanca serpiente
de niebla.
Tierra de luz,
cielo de tierra.
Va encadenada al temblor

de un ritmo que nunca llega;
tiene el corazón de plata
y un puñal en la diestra
¿Adónde vas siguiriya,
con un ritmo sin cabeza?
¿Qué luna recogerá
Tu dolor de cal y adelfa?
Tierra de luz
cielo de tierra.

Le pas de la Séguirilla

Parmi les papillons noirs,
va une brunette moresque
à côté d’un blanc serpent
de brume.
Terre de lumière,
Ciel de terre
Elle va enchaînée au tremblement
d’un rythme qui jamais ne s’établit;
elle a un coeur en argent
et un poignard dans la main
Où vas-tu, siguiriya,
de ce rythme décervelé?
Quelle lune soulagera
ta douleur de citron et de bouton de rose?
Terre de lumière
Ciel de terre.

L’ETRANGE DOUCEUR : MARTINE CAPLANNE (René-Guy Cadou)


L’ETRANGE DOUCEUR : MARTINE CAPLANNE (René-Guy Cadou)

Comme un oiseau dans la tête
Le sang s’est mis à chanter
Des fleurs naissent, c’est peut-être
Que mon corps est enchanté

Que je suis lumière et feuilles
Le dormeur des porches bleus
L’églantine que l’on cueille
Les soirs de juin quand il pleut

Dans la chambre un ruisseau coule
Horloge au caillou d’argent
On entend le blé qui roule
Vers les meules du couchant

L’air est plein de pailles fraîches
De houblons et de sommeils
Dans le ciel un enfant pêche
Les ablettes du soleil

C’est le toit qui se soulève
Semant d’astres la maison
Je me penche sur tes lèvres
Premiers fruits de la saison.

(René-Guy CADOU, Hélène ou le règne végétal, Paris, Seghers 1952)

LA BOÎTE A L’ÊTRE 46


LA BOÎTE A L’ÊTRE 46

Par le rayon de soleil hors catégorie qui l’éclaire, ma boîte bat en corps par l’oiseau niché dans sa main. Le temps a coulé. Ma dernière conversation remonte au 7 Décembre 2018. Epoque que les moins ne peuvent pas connaître, tant ce qu’elle portait d’espoir naturel, qui n’avait pas besoin de vaccin pour perdurer. La suite quand on l’avance au Centre fait monter le filet d’air dans l’enfoui, sans qu’un anachronisme tente de boucler la page

Le chat est maître de la bambouseraie

ces longs étirements font ses griffes à la densité végétale qu’un sentiment de fond poursuit dans l’organique taire d’hier et d’aujourd’hui

Le mystique y développe la force d’une composition chimique dans laquelle les effets de l’âme prédominent assez pou laisser les erreurs de l’humeur du quotidien loin derrière.

Le banal s’enfonce dans l’ignorance qu’il choisit d’adopter

s’habillant de tout ce qui dissimule

A confondre le système de fonctionnement de la Nature avec ses petites habitudes, l’Ëtre se plante à côté

L’automne mûrit en se tapissant dans le pourrissement , elle est la parturiente qui refuse le déni

La pointe rose de l’oeil qui crève à la branche n’est pas profane, elle initie le printemps dans son ensemble absolu.

Niala-Loisobleu – 8 Avril 2021

COMME A VAUGIRARD


COMME A VAUGIRARD

Paroles écrites au centre du projecteur

une chanson me traverse à tout à l’heure dans l’enseigne du point d’ars, manège de chevaux de bois

l’absence d’images tourne les notes à l’aveugle de l’histoire passée là sans se retenir. Du faire à cheval l’inconnu laisse sa croix de bois ici où là loin de chez lui

La ballade du passant

Tes dents sont froides comme la neige

Enfoncées dans ma langue blessée

En allant de Marseille en Norvège

Qu’aurai-je fait d’autre que passer?

Je laisse la fenêtre entrouverte

Pour le chat et pour tous tes amis

Il y a du lait dans l’armoire verte

Et quelques tranches de pain de mie

Le bruit des trains est toujours le même

Quand il m’emmenait ici ou là

La bonne était toujours la prochaine

Désert de sel ou champ de lilas

Je te laisse un peu de ma salive

Mes lèvres sur ton ventre tremblant

Et plongé dans un seau de chaux vive

Mon coeur noué dans un mouchoir blanc

Tu sais le monde est partout le même

Certains bronzent quand les autres suent

Les uns mâchent des choux à la crème

Les autres du pain sans rien dessus

Faut-il serrer les poings et se battr

Pour tous ceux qui meurent en mai

Ou regarder les bûches dans l’âtre

Et chanter la tristesse d’aimer

Et tes dents froides comme la neige

Fondent très doucement pas pressées

Notre histoire fut belle mais n’ai-je jamais rien fait d’autre que passer?

Tu finiras la chanson toi-même

Tu sais bien que mon temps est pesé

Voici l’air: il faut dire que je t’aime

Mais que je n’aurai fait que passer

Claude Semal

L’éditeur raconte n’importe quoi, dans sa mémoire il y a pas la présence du sentiment très fort. Seul le brouillon est une absence de maux. Mon vieux Jacques garde ta guitare et la coulure des chandelles d nos soirées à la bougie. On étaient riches de cette pauvreté matérielle tellement on y mettait du coeur sans forcer. On y a cru. Ma foi c’était le moins dur moment à passer. La beauté n’a de grandeur qu’en présence de nudité.

Le tant passe pas sur Jacques Bertin.

Niala-Loisobleu – 14 Mars 2021

VOCALE RAMURE


VOCALE RAMURE

Par la percée des meurtrières l’horizon avale ses mots de sable

laissant l’échange épilé à l’entrée du chemin chauve

En forêt un baliveau plein de sang garde le rythme à l’abri des amazonniers coupeurs de têtes. Sortant la baguette des sources, à la verticale et faire un point d’amer pour localiser son terrier

Quand le roncier épaissit l’approche communique au touché la sensation de proximité

Au creux de la paume, là où la ligne creuse profond, la vibration approche la chair de poule signalant l’entonnoir des racines. Volcan pas éteint

Un tournesol redresse la tête sur le pivot de sa tige

Et le taillis libère sa véritable identité au plus fort du camouflage

Ce long déroulé ne peut qu’être l’onduleuse hanche du tracé de l’amphore

L’évasé du col ne retient pas ses fragrances

Lèvres d’un sacre qui veulent vivre au-delà de toute force de raison et que l’oeil soustrait au masque sans retenir la succession de circonstances défavorables. L’acharnement délétère

Comme la couleur du ventre en s’ouvrant est pigmentaire, l’imitation chimique ne peut abuser de l’oiseau en soustrayant l’arbre à sa nature.

Niala-Loisobleu – 19 Février 2021

ELLE EN APPELLE AU CERISIER


ELLE EN APPELLE AU CERISIER

La partie sombre éclairée sur son sein

migre les canards pour mettre l’embuscade au pilon

Le chien tourne autour de l’arbre et fait le nettoyage pour que l’herbe redresse le courant

Dans ses yeux fermés elle conduit l’oiseau sur sa branche

les rouges roses du grimpant, parfument l’écran en 3 D sous les crayons de couleur de l’enfant préposé à la projection du faisceau au Cinéma Paradiso

On sait déjà qu’elle a relancé le pouls du cerisier par sa concentration décuplée.

Niala-Loisobleu – 4 Février 2021

ECHO DE GESTE EN GESTE


ECHO DE GESTE EN GESTE

Ma main gauche est à peindre cet écho de ma pensée nourri d’un vers de Vicente Huidobroassis à la table au menu du souvenir

passent tirés par l’oiseau

les mouvements de battoir des femmes au lavoir

Elles lavent les préjugés, dépoitraillées jusqu’au plus pur de l’eau saignée de la montagne de Sisyphe

sans peur, déjà dans la Barque Mystique dans laquelle le Nautonnier me traversera

Devant cette table où je suis assis les plats débordent de fruits, l’olive et la figue dans le compotier font la ronde aux viandes rouges des torrils, en donnant la main aux grappes pressées dans leurs flacons

La musique s’élève

au bout de la flèche

Le tableau est en cours au pas doux d’un trop laissant l’aqueux du cheval s’étendre.

Niala-Loisobleu – 22 Janvier 2021

LE RIRE DES SCARES


LE RIRE DES SCARES

D’un noir de j’ai nageant au milieu des coraux

dans les flots tropicaux

le cirque balade son rire derrière l’épais maquillage des lèvres du clown-triste

écoutant la boîte à musique

souvenirs

restés dans la baie hors-piste

de la petite écuyère tombée de cheval .

Nez rouge au milieu d’un autre jour que les enfants sortent de leur innocence en un ballet d’écailles multicolores

Le blues tirant de la guitare le bleu du sauvetage en mer.

Niala-Loisobleu – 22 Janvier 2021

RAISONS DE VIVRE HEUREUX


RAISONS DE VIVRE HEUREUX

L’on devrait pouvoir à tous poèmes donner ce titre : Raisons de vivre heureux. Pour moi du moins, ceux que j’écris sont chacun comme la note que j’essaie de prendre, lorsque
d’une méditation ou d’une contemplation jaillit en mon corps la fusée de quelques mots qui le rafraîchit et le décide à vivre quelques jours encore. Si je pousse plus
loin l’analyse, je trouve qu’il n’y a point d’autre raison de vivre que parce qu’il y a d’abord les dons du souvenir, et la faculté de s’arrêter pour jouir du présent, ce qui
revient à considérer ce présent comme l’on considère la première fois les souvenirs : c est-à-dire, garder la jouissance présomptive d’une raison à
l’état vif ou cru, quand elle vient d’être découverte au milieu des circonstances uniques qui l’entourent à la même seconde. Voilà le mobile qui me fait saisir mon
crayon. (Étant entendu que l’on ne désire sans doute conserver une raison que parce qu’elle est pratique, comme un nouvel outil sur notre établi). Et maintenant il me faut dire
encore que ce que j’appelle une raison pourra sembler à d’autres une simple description ou relation, ou peinture désintéressée et inutile. Voici comment je me justifierai :
Puisque la joie m’est venue par la contemplation, le retour de la joie peut bien m’être donné par la peinture. Ces retours de la joie, ces rafraîchissements à la
mémoire des objets de sensations, voilà exactement ce que j’appelle raisons de vivre.

Si je les nomme raisons c’est que ce sont des retours de l’esprit aux choses. Il n’y a que l’esprit pour rafraîchir les choses. Notons d’ailleurs que ces raisons sont justes ou valables
seulement si l’esprit retourne aux choses d’une manière acceptable par les choses : quand elles ne sont pas lésées, et pour ainsi dire qu’elles sont décrites de leur propre
point de vue.

Mais ceci est un terme, ou une perfection, impossible. Si cela pouvait s’atteindre, chaque poème plairait à tous et à chacun, à tous et à chaque moment comme plaisent
et frappent les objets de sensations eux-mêmes. Mais cela ne se peut pas : Il y a toujours du rapport à l’homme… Ce ne sont pas les choses qui parlent entre elles mais les hommes
entre eux qui parlent des choses et l’on ne peut aucunement sortir de l’homme.

Du moins, par un pétrissage, un primordial irrespect des mots, etc., devra-t-on donner l’impression d’un nouvel idiome qui produira l’effet de surprise et de nouveauté des objets de
sensations eux-mêmes.

C’est ainsi que l’œuvre complète d’un auteur plus tard pourra à son tour être considérée comme une chose. Mais si l’on pensait rigoureusement selon l’idée
précédente, il faudrait non point même une rhétorique par auteur mais une rhétorique par poème. Et à notre époque nous voyons des efforts en ce sens
(dont les auteurs sont Picasso, Stravinsky, moi-même : et dans chaque auteur une manière par an ou par œuvre).

Le sujet, le poème de chacune de ces périodes correspondant évidemment à l’essentiel de l’homme à chacun de ses âges; comme les successives écorces d’un
arbre, se détachant par l’effort naturel de l’arbre à chaque époque.

Francis Ponge

Sur la planche à bascule de notre vie, ce qui rend heureux le matin peut tomber en miettes avant le soir

Drôle d’Epoque

Ce 21/21 tire la réflexion à lui…

Niala-Loisobleu – 21 Janvier 2021