PEINDRE JUSQU’AU FOND, A TOUCHER L’ÂME


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PEINDRE JUSQU’AU FOND, A TOUCHER L’ÂME

Le blanc trouvé ce matin après pénurie de peinture, toque de bleu à la porte que je tiens ouverte

Je sens l’assise d’une construction qui s’est élancée en affermissant ses fondations

Le monde est au bord d’imposer à l’Homme la responsabilité qu’il fuit depuis que l’idéologie imbécile lui a fait croire qu’il était supérieur à tout. Ce n’est pas lui qui changera, oh non, c’est la nature du monde qui va l’obliger à

Ce blanc qui est ma base du plus sombre, en étant qu’amour me procure la joie de sentir un désir fort de venir plus loin à l’intérieur de cette seule vertu qui reste vierge

J’ai trouvé un peintre contemporain norvégien, il a 54 ans, donc à même de dire ce que je désire toucher de par la nature même de son sentiment personnel. Son dire est grandement simple, au point de m’émouvoir sans réserves

Je finirais par n’avoir plus d’âge à force de ne m’intéresser qu’à l’âme qui n’a que celui de sa naissance jusqu’au bout…

Lars Elling
L’étrange sentiment d’être désiré.
par Jean-Paul Gavard-Perret | Déc 16, 2014

Il existe un « flow » dans la peinture de Lars Elling. Il n’est pas forcément contrôlé: il déborde, se décadre. De ce qu’on nomme désir ou amour rien n’est montré sinon de manière allusive, décalée. Mais la température est à la fièvre même si la peinture reste froide et semble peu propice aux plaisirs vertigineux dans des exhibitions ou le clair-obscur des émotions reste équivoque. La peinture de Lars Elling se fait poreuse, éprise, traversée peau à peau donc déshabillée loin des parures même si demeure quelques étoffes (du silence). Restent la sensation en caresses et une suavité déliée de la tête. La peinture remonte à portée du geste pour faire l’épreuve d’une réalité enfouie par la relève du corps où les Ophélie deviennent plus vivantes aujourd’hui qu’hier et bien moins que demain. Les miroirs d’une telle peinture laissent voir non un au-delà mais un en deça. Les beautés deviennent farcesques et monstrueuses.

La peinture reste une vie complexe, une éternelle quête qui sur la plan musical relierait Steve Reich à Sepultura en passant par des notes de Johann Sebastian Bach. Il y a là aussi des relectures de « L’histoire de l’œil » de Georges Bataille loin des sensibleries qui ouvrent les fontaines de larmes. Dans la soupe des espaces clos surgissent des fêtes souterraines où plus que jamais la phrase de Jacques Lacan se vérifie « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » Que demander de plus à la peinture et ses bacchanales nocturnes? Lars Elling cultive l’audace (sans pose) par exercice d’énergie. Il se réfère souvent à une vision cinématographique afin que sur l’écran de la toile des corps reviennent à la surface. Dès lors la peinture va à la pulpe comme la vache au taureau, le cœur et corps battant dans des batailles de chiens sauvages.

Les flux coulent, montent au sein de narrations construites sur des mouvements plus que des assemblages. Ils se transforment en poésie de l’intarissable consubstantiel à l’éros où le ventre est chaud comme un galet de chanvre. Faisant sourdre des réminiscences intellectuelles de tels récits ne se réduisent pas à ceux de l’imaginaire: Lars Elling propose des délectations délétères et des plaisirs salaces. Il n’y a pas loin de la croupe aux lèvres même s’il ne faut pas vendre la peau de l’ourse avant de l’avoir tannée. D’autant qu’elle se fait complice de ceux qui lui chantent leurs cantates en incartades. C’est tout juste si à travers une telle peinture les femmes laissent entrevoir le trouble pour que se touche (mentalement) son obscure clarté. À chacun d’en faire bon usage. Ou pas. Qu’importe puisque Lars Elling stimule les mauvaises pensées et ramollit les bonnes consciences. Quand la croupe est tendue l’ivresse n’est jamais loin.