A LA RAMASSEE DES PAS


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A LA RAMASSEE DES PAS

Le caniveau que t’as allumé

est devenu une eau à carreaux de tabliers instruite par Maîtresse.

Du coup le vieux cheval au labour a du coeur comme il en ne démordait pas sans l’avoir rencontrer. On dirait du Laforgue. Ces arbres qui font les forêts à force de glander dans le respect du mystère. Et les clairières toutes en table-ronde c’est des receleuses de légendes, comme la magie du triangle qui fait ton genre .Avec la ouate de la chanson

Me souviens

et à présent ça fait assez loin

Il me semble voir la mer monter la garde, j’entends le cri de la brouette au venu de la criée

Les dunes et leurs vignes à piquette pour remplir les dames-jeanne, ça te dit quelque-chose ?

Moi ça me coque en traversées-maritimes, dans des foulards de fumées transatlantiques

T’as gagné

dorénavant je marche sur l’ô en statut-mécréant…

Niala-Loisobleu – 1er Avril 2020


guatewet-main-ongles

LE VIEILLARD ET LES TROIS JEUNES HOMMES

Un octogénaire plantoit. «
Passe encor de bâtir; mais planter à cet âge!
Disoient trois jouvenceaux, enfants du voisinage;

Assurément, il radotoit.

Car, au nom des
Dieux, je vous prie.
Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir?
Autant qu’un patriarche il vous faudroit vieillir.

A quoi bon charger votre vie
Des soins d’un avenir qui n’est pas fait pour vous?
Ne songez désormais qu’à vos erreurs passées;
Quittez le long espoir et les vastes pensées;

Tout cela ne convient qu’à nous.


Il ne convient pas â vous-mêmes.
Repartit le
Vieillard.
Tout établissement
Vient tard, et dure peu.
La main des
Parques blêmes
De vos jours et des miens se joue également.
Nos termes sont pareils par leur courte durée.
Qui de nous des clartés de la voûte azurée
Doit jouir le dernier?
Est-il aucun moment
Qui vous puisse assurer d’un second seulement?
Mes arrière-neveux me devront cet ombrage :

Eh bien! défendez-vous au sage
De se donner des soins pour le plaisir d’autrui?
Cela même est un fruit que je goûte aujourd’hui :
J’en puis jouir demain, et quelques jours encore;

Je puis enfin compter l’aurore

Plus d’une fois sur vos tombeaux. »
Le
Vieillard eut raison : l’un des trois jouvenceaux

Se noya dès le port, allant à l’Amérique;
L’autre, afin de monter aux grandes dignités,
Dans les emplois de
Mars servant la
République,
Par un coup imprévu vit ses jours emportes;
Le troisième tomba d’un arbre
Que lui-même il voulut enter;
Et, pleures du
Vieillard, il grava sur leur marbre
Ce que je viens de raconter.

Jules Laforgue