SOIS TRANQUILLE


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SOIS TRANQUILLE

 

Faire pleurer la mer de soleil malmené chavire mon esquif

Ce que je ne serai pas tiendra au refus de reconnaître ces naufrageurs

Le malheur multiforme est toujours à cligner de l’oeil

Vieille carpette ouste de notre pied je ne m’essuierai pas à ton poil usé

Besoin de rire dru comme pisse l’heureux imbécile

C’est pas de ma faute de vouloir aimer j’en suis totalement responsable

Au nom de Jordi, du mari, père de la fille et du fils de Montserrat défunte que les cordes se délient et vivent la joie

Niala-Loisobleu – 29/07/19

 

VOUS NE SAUREZ JAMAIS


Marguerite Yourcenar

VOUS NE SAUREZ JAMAIS

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;
Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,
N’empêcheront jamais que vous ayez été.
Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.
Vous ne saurez jamais que j’emporte votre âme
Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant ;
Qu’un peu de votre voix a passé dans mon chant.
Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
M’instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

Marguerite Yourcenar

 

Mare Nostrum


 

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Mare Nostrum

D’Elle

ou

De l’échelle de coupée

toutes deux encore dressées

qui tremble le plus

Encore debout

son pas va devoir prendre le roulis

le navire-hôpital

est à quai

Quand retentira la sirène je la conduirai. par la viole hissée…

Niala-Loisobleu – 27 Février 2018

 

ECLOSION


ECLOSION

D’un rêve d’amour

le petit-matin,

laisse aller ses doigts dans la lingerie du mue gai.

Vie sauvage,

le silence garde les murmures de l’ô

hors de la sécheresse des bavardages.

Le bois invite à la danse.

Niala-Loisobleu – 30 Avril 2017

 

Des chemins clairs qui figurent sur le plan, parfois des noms de rues s’effacent, se glissent alors des impasses aux fonds baptismaux induisant une erreur de naissance…


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Des chemins clairs qui figurent sur le plan, parfois des noms de rues s’effacent, se glissent alors des impasses aux fonds baptismaux induisant une erreur de naissance…

Me levant du ban de mon existence, je me souvins que j’avais abandonné mes clefs dans l’appartement avant d’en claquer la porte. La cage d’escalier ne laisse plus passer le moindre bruit de conversation. Lurette qu’aux paliers, DO NOT DISTURB, ça balance comme à pari à la ficelle de chaque poignée de porte. A qui demander « Où par là ça mène-t-il ? »

Nib de Gaston, pas plus qu’un autre pour répondre au téléfon.

Angoisse.

Entrant dans mon jardin secret, derrière le gros cerisier, je trouve le rossignol faisant passe pour tous mes tiroirs

Soudainement un bruit de roues sort du plafond de la cage, le câble des cordes vocales de l’ascenseur, en se tendant, perdait les zoos.

Je me dis, ouf ça va renaître

-Alors qu’est-ce qui t’arrive ? demande Aurore

Passé le frisson d’impression d’au-delà, je reprends conscience. La petite fille de la femme austère est devant moi, elle me tend son sourire. Puis tourne sur les pointes. »Salto tout l’monde »qu’elle dit en riant comme un petit rat dans ses grands égards… Pas Degas n’apparait de derrière les rideaux. Donc pas de vieux salaces dans l’entr’acte. Les lumières me montrent le plafond.

Un émerveillement !

Il est empli de Chagall. Je tremble, pleure, l’émotion me coule des tripes. Plus de fantôme de l’ô qui paiera comme l’injustice l’exige. Il s’est fait avaler par le trou du souffleur. L’instant d’après icelui-ci me dit « Remballe les films d’épouvante, remonte l’heur à la voile, hisse la trinquette et tire un bord, cap au large. On déhale des cons, on s’écarte des lises, des étocs, des naufrageurs, des-on-m’a-dit-que-vous-êtes-au-courant, on casse la mire de la télé-bobards, des émissions qui montrent les richards dépouilleurs d’îles désertes aux SDF, genre la Tessier & Nikos and co, merde à vos bans comme aurait dit Léo !

Aurore me saute au cou, son parfum de gosse me tourneboule. C’te môme à m’sort la barbe de l’attente de la toison d’or.

Le Petit-Prince, son frère Théo au ciel, la p’tite soeur Line agnelle, les roses, les épines, le serpent et le renard, le désert, la serpette et la belette gonflent les binious genre fez noz que ça gigue du talon dans les Monts d’Areu. Me v’là r’venu à Brocéliande. Merlin assis au centre de la ronde clairière me dit :

« Vas ton odyssée jusqu’au bout de la confiance, elle cédera pas, t’es assez un Pi pour muter croyant en ta foi ».

La mer sort de l’épave et remet taire à flots

Du château de sable un don jonc tresse la corbeille de la mariée.

Le matin referme les portes de la nuit

Je la chevauche à cru

J’tiens d’bout

Niala-Loisobleu – 26 Août 2016

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Sur une volute de ton en sang


 

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Sur une volute de ton en sang

Sans aucun désir de compter le nombre de doigts que la main de mon coeur donne à l’intouchable, porté par la force du vent je me fends l’étrave sans plus me poser de question. A force de voir le point de départ s’éloigner, on finit par perdre le détail du visage. Ce qui chérit demeurant dans une image n’ayant plus d’extrémité. On est dans rien, en plein tout. Est-ce pour apprendre ce que l’on doit connaître de la mort, qu’arrive cette période où les doigts n’ont plus qu’un effleurement virtuel ? Les gens qui n’ont rien vécu des guerres ne peuvent pas comprendre. De ceux qui y sont passés restent trois types. Le premier est fait d’une absence définitive  provoquée par un incendie volontaire dès le traité de paix. Le second rassemble les êtres qui jamais plus ne sauront s’ils sont dedans ou dehors de leur existence. Enfin le troisième type qui n’a rien arrêté des combats. Il continue à se peindre le visage de peintures de guerre, marche dans les marécages jusqu’aux épaules, des serpents lui escaladant la pensée, un enfant décapité au bout de la baïonnette montrant le blanc de ses yeux au bord du viol de sa mère. Les explosions sont de tous les silences. Tout autour de n’importe lequel de ces trois vétérans, un élevage en batterie de colombes dans des enclos à musique entre en bourse.

Un avion au-dessus bouscule les nuages, sous mes pieds j’entends craquer la ouate. Il y a des fourmis qui ont rejoints un escargot sur la ligne d’horizon. On va tous quelque part où personne ne nous attend, une conviction venue de je ne sais où nous guidant mieux qu’un GPS. Le mouvement perpétuel déparalyse mes bras quand je suis certain d’avoir ta langue dans le baiser de la mienne. Et ce qui n’est pas classable, tu le sens tout en gardant tout pour toi.

Niala-Loisobleu – 25 Juin 2016