MARE NOSTRUM


MARE NOSTRUM

La chapelle aux parvis du baroque se laisse hâler aux doigtés des vagues

Les gitanes fument au feu de la danse qui les allume à la corde

L’archet d’airain galopant les vertèbres

Notre mer est au cieux du plus vieil instrument

Sur les fesses des dunes glisse le piquant dressé de l’oyat

Accroche-toi aux palisses ça n’écorche pas

Puis garnis mon oeil de l’ondulation de ce sel

Cônes d’un marais que je dresse à la pelle de la musique la plus ancienne

Allongée du profond murmure des grottes

Tambourins de la peau des calanques livrés à la parole de ce silence marin enfoui dans les abysses d’un tant préservé

Roule bord à bord

La lampe sourde écrasée des talons

Au-devant du rostre de bronze de sa proue qui conduit à l’enfant sans en être marri

Et suis la traversée séculaire de cette épopée en renaissant de tes morts.

Niala-Loisobleu – 4 Mai 2021

SOIS TRANQUILLE


58600038325__9296D8D4-9CF9-437B-94A2-23AA02EA8025

SOIS TRANQUILLE

 

Faire pleurer la mer de soleil malmené chavire mon esquif

Ce que je ne serai pas tiendra au refus de reconnaître ces naufrageurs

Le malheur multiforme est toujours à cligner de l’oeil

Vieille carpette ouste de notre pied je ne m’essuierai pas à ton poil usé

Besoin de rire dru comme pisse l’heureux imbécile

C’est pas de ma faute de vouloir aimer j’en suis totalement responsable

Au nom de Jordi, du mari, père de la fille et du fils de Montserrat défunte que les cordes se délient et vivent la joie

Niala-Loisobleu – 29/07/19

 

VOUS NE SAUREZ JAMAIS


Marguerite Yourcenar

VOUS NE SAUREZ JAMAIS

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;
Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,
N’empêcheront jamais que vous ayez été.
Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.
Vous ne saurez jamais que j’emporte votre âme
Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant ;
Qu’un peu de votre voix a passé dans mon chant.
Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
M’instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

Marguerite Yourcenar

 

Des chemins clairs qui figurent sur le plan, parfois des noms de rues s’effacent, se glissent alors des impasses aux fonds baptismaux induisant une erreur de naissance…


52263018

Des chemins clairs qui figurent sur le plan, parfois des noms de rues s’effacent, se glissent alors des impasses aux fonds baptismaux induisant une erreur de naissance…

Me levant du ban de mon existence, je me souvins que j’avais abandonné mes clefs dans l’appartement avant d’en claquer la porte. La cage d’escalier ne laisse plus passer le moindre bruit de conversation. Lurette qu’aux paliers, DO NOT DISTURB, ça balance comme à pari à la ficelle de chaque poignée de porte. A qui demander « Où par là ça mène-t-il ? »

Nib de Gaston, pas plus qu’un autre pour répondre au téléfon.

Angoisse.

Entrant dans mon jardin secret, derrière le gros cerisier, je trouve le rossignol faisant passe pour tous mes tiroirs

Soudainement un bruit de roues sort du plafond de la cage, le câble des cordes vocales de l’ascenseur, en se tendant, perdait les zoos.

Je me dis, ouf ça va renaître

-Alors qu’est-ce qui t’arrive ? demande Aurore

Passé le frisson d’impression d’au-delà, je reprends conscience. La petite fille de la femme austère est devant moi, elle me tend son sourire. Puis tourne sur les pointes. »Salto tout l’monde »qu’elle dit en riant comme un petit rat dans ses grands égards… Pas Degas n’apparait de derrière les rideaux. Donc pas de vieux salaces dans l’entr’acte. Les lumières me montrent le plafond.

Un émerveillement !

Il est empli de Chagall. Je tremble, pleure, l’émotion me coule des tripes. Plus de fantôme de l’ô qui paiera comme l’injustice l’exige. Il s’est fait avaler par le trou du souffleur. L’instant d’après icelui-ci me dit « Remballe les films d’épouvante, remonte l’heur à la voile, hisse la trinquette et tire un bord, cap au large. On déhale des cons, on s’écarte des lises, des étocs, des naufrageurs, des-on-m’a-dit-que-vous-êtes-au-courant, on casse la mire de la télé-bobards, des émissions qui montrent les richards dépouilleurs d’îles désertes aux SDF, genre la Tessier & Nikos and co, merde à vos bans comme aurait dit Léo !

Aurore me saute au cou, son parfum de gosse me tourneboule. C’te môme à m’sort la barbe de l’attente de la toison d’or.

Le Petit-Prince, son frère Théo au ciel, la p’tite soeur Line agnelle, les roses, les épines, le serpent et le renard, le désert, la serpette et la belette gonflent les binious genre fez noz que ça gigue du talon dans les Monts d’Areu. Me v’là r’venu à Brocéliande. Merlin assis au centre de la ronde clairière me dit :

« Vas ton odyssée jusqu’au bout de la confiance, elle cédera pas, t’es assez un Pi pour muter croyant en ta foi ».

La mer sort de l’épave et remet taire à flots

Du château de sable un don jonc tresse la corbeille de la mariée.

Le matin referme les portes de la nuit

Je la chevauche à cru

J’tiens d’bout

Niala-Loisobleu – 26 Août 2016

52263015