AUJOURD’HUI APRES L’ACCIDENT


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AUJOURD’HUI APRES L’ACCIDENT

Par l’obscénité du cadre bouché d’un réseau d’adduction en panne, on est là au ventre sec d’un jour qui s’empêche de donner. Cela tien à un rien, le pied de lampe qui se tord, écroulant le soleil sur le trottoir. Ou bien dans l’ivresse d’un baiser qui agite en corps son mouchoir sur le quai qui s’éloigne on s’assied sur ses lunettes. Crac c’est le noir. A deux pas, en contrebas coule la Seine, rien n’a changé. j’entends le courant circuler sans le voir. Quelque chose tient sans besoin d’expliquer. Pas plus de quelques marches pour monter à ton bord, la barque est là, tu m’attends sans avoir bougé, ô mon amour. emporte-moi. Alors Je pousse l’accident. Plouf il est à l’eau, des curieux, il y en a toujours, accourent; il faut appeler du secours, crient-ils en brandissant leurs appareils photos. Circulez leur criai-je, circulez, laissez-nous au lit de notre après-midi. J’enlève la cravate du quotidien, elle est à fleurs plus bêtes qu’un bouton d’acné, jetez-moi ça,  Je sens ta peau fraîche, me voici presque arrivé. Je me frotte les yeux d’un peu d’eau de cette rivière qui coule de toi. Un endroit que j’appelle mes thermes quand des plans d’aqueduc viennent dessécher la toile.  En haut des marches sous la grande véranda de ses seins la porte du perron est ouverte, je suis à l’abri du vent qui déplace la musique en blacboulant le kiosque et en retournant les poubelles et les parapluies. Le soleil accroché au plafond au-dessus du grand lit me dit :

-Entre, n’aies pas peur auprès d’elle tu verras sans lunettes…

Niala-Loisobleu – 15/03/19

 

SUR LA VOIE


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SUR LA VOIE

Au bout des paroles la chanson continue, le fleuve met au large

tant d’oiseaux blancs le bordent comme on lit à l’enfant pour qu’il s’endorme

la voile avalera les bruits de moteur

Glissent les gares des mariages de la voie secondaire

train de campagne qu’une guerre du rail surveille de son poste d’aiguillage

Les jardins publics au bord du grand-bassin culottés petit-bateau pour la première croisière, le cheval a gagné la queue du Mickey

Trop de valises perdues en consignes de sales attentes

On prend femme ou mari

mais qu’en est-il pas même le reste d’un enfant

juste un mouchoir au bout du quai

Le tant faute

te voici

en vie

qui coules de cette couleur du temps

Les orgues laissées derrière l’église, tu parvis un oui pour mon nom.

 

Niala-Loisobleu – 7 Mars 2019

 

INDIA SONG


INDE DU NORD - Rajasthan - Janvier 2008 136.jpg COPIE

India Song 

Chanson,
Toi qui ne veux rien dire
Toi qui me parles d’elle
Et toi qui me dis tout
Ô, toi,
Que nous dansions ensemble
Toi qui me parlais d’elle
D’elle qui te chantait
Toi qui me parlais d’elle
De son nom oublié
De son corps, de mon corps
De cet amour là
De cet amour mort
Chanson,
De ma terre lointaine
Toi qui parleras d’elle
Maintenant disparue
Toi qui me parles d’elle
De son corps effacé
De ses nuits, de nos nuits
De ce désir là
De ce désir mort
Chanson,
Toi qui ne veux rien dire
Toi qui me parles d’elle
Et toi qui me dit tout
Et toi qui me dit tout
Marguerite Duras

RUMBA DES ÎLES / MARGUERITE DURAS / JEANNE MOREAU


RUMBA DES ÎLES / MARGUERITE DURAS / JEANNE MOREAU

Rumba Des Iles

{Jeanne} Cette lumière ?
{Marguerite} La mousson, dessous : le Bengale
{Jeanne} Cette poussière là-bas ?

{Marguerite} Calcutta Central
{Jeanne} Cette rumeur ?
{Marguerite} Le Gange
{Jeanne} Où est-on ?
{Marguerite} L’Ambassade de France aux Indes
{Jeanne} Il y a comme une odeur de fleurs ?
{Marguerite} La lèpre

{Jeanne} Cette couleur verte, elle grandit

{Marguerite} L’océan Indien
{Jeanne} Ces jonques ?
{Marguerite} Le riz. Elles vont vers le grand Mandel
{Jeanne} Sur les talus, ces taches sombres ?
{Marguerite} Les gens. La densité la plus élevée du monde
{Jeanne} Ces miroirs noirs ?
{Marguerite} La rizière indienne
{Jeanne} Ces lueurs là-bas ? On brûle les morts de la faim ?
{Marguerite} Oui. Le jour vient

{Jeanne} Cet amour ?
{Marguerite} L’amour
{Jeanne} On danse à l’autre bout du hall ?
{Marguerite} Des touristes de Ceylan
{Jeanne} Qu’elle est blanche ! Qu’elles sont blanches les femmes de Calcutta !
{Marguerite} Pendant six mois, elles ne sortent qu’avec le soir, fuient le soleil
{Jeanne} Morte là-bas ?
{Marguerite} Aux îles, trouvée morte, une nuit

{Jeanne} Ce mot ?
{Marguerite} Désir

{Jeanne} Celle qui vient dans cette odeur de fleurs ?
{Marguerite} Une mendiante
{Jeanne} Folle ?
{Marguerite} C’est ça ! Elle vient de Birmanie
{Jeanne} Maigre !
{Marguerite} La faim
{Jeanne} À Calcutta, elles étaient ensemble ?
{Marguerite} Oui, c’était pendant les mêmes années