LA LAMPE OBSCURE


LA LAMPE OBSCURE

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Parmi cet empire de nuits

et d’arbres maudits qu’habite pire que le pire, il n’est pas d’issue au dédale où l’être erre et délire.

Les silex n’y donnent pas de feu.
Les cris n’y ont pas d’échos.
Tout y reste étranger

— pareil à l’échec.

Quel commencement est coupable et quelle fin est pardonnée ?

Se multiplier autour de soi-même n’accomplit rien

sans la soif

de cette inépuisable eau pure

qui sourd du sacre.

Privée d’huile

la lampe du berger s’éteint après la veillée

et l’appel de l’ultime troupeau dans la neige.

Le lieu de la plus haute
Lumière est la
Ténèbre sainte

qui n’a pour preuve que la foudre.

Seules d’inconsolables larmes en ouvrent parfois le sens — l’offrande

à la ville inconnue dont nul n’approche la profondeur.

Apprendre à se nourrir des secrètes sèves de la vie est nécessaire

à toute métamorphose.

Elle mûrit l’amour

comme un sourire — comme une fête

sur chaque visage intérieur

ou la sérénité de la mer

autour des îles.

Fût-elle énigme

la félicité est patiente ainsi qu’une lionne à laquelle suffit la
Terre complice de ses chasses.

Ce qui l’annonce ne demande au sang

al louable à la bénédiction que de ne pas lui résister.

Les fenêtres où le front s’appuie se peupleront de désirs

que la mort, peut-être, épargnera — laissant indemnes les dieux blancs qui les animent.

Mais quand,

aussi forte que soit la parole

de paix et d’union,

elle demeure,

dans la terrible surdité du monde,

une voix vaine ou interdite,

comment opérer les noces

de l’or et du lait ?

Jean-Claude Renard

PSAUME DE PÂQUES


PSAUME DE PÂQUES

Comme de chaque nuit traversée se lève chaque jour le feu:

Et comme à droite de l’avion, sur l’aile, les falaises roses du soleil, et l’arche ouverte dans l’ébène. et les premières tables de la mer — hors des ravins
hantés par les profanations;

Et comme de
Marrakech, à l’aube, les hautes neiges dans le sacre frappant les remparts d’ocre;

Et la prophétie des herbages: et l’avènement de la transhumance ; et la certitude du lait ;

Ah! la mort ôtée à la mort, et les ténèbres descellées, et toute la terre dans le matin de menthe et d’orange:

La pierre rompue, il y a maintenant un
Dieu dans le monde, comme un cèdre blanc, cl avec lui le pouvoir exact je v ivre !

Et il est temps en moi d’user de ce pouvoir;
Et il est temps en nous de sortir du tombeau, avant qu’il soit midi, pour marcher vers les sources;
Car voici que chaque homme est désormais ici convoqué à

la joie ;

Et qu’il faut, sous le sang et sous la solitude, durables jusqu’aux puits, qu’il applique pourtant le poids de la puissance, en lui. qui se tient prête à la paix, à
l’alliance;

Et que tout fatigué, tout crucifié, tout pétrifié qu’il soit :

Aveugle et nu et vide et sourd ;

Et sans espoir et déjà lié à la cendre comme une femme à son enfant mort ;

Il aille encore — avec
Qui habite son absence, et se met à sa taille, et se règle à son pas pour qu’un pas de plus soit possible vers le fleuve offert et fidèle là même où il n’y a
plus rien ;

Et y trouve l’œuvre de sa marche ;

Et en constitue son sel et son exorcisme :

Et de ce qui lui reste de colère contre l’injustice et la haine il bâtisse aussi son combat;

Et par cet acte en lui de
Pâque, que la fable se désenvoûte, ainsi le chavirement des monts au bout de l’empennage:

Et que la métamorphose commence : la coupe sous les pinceaux bleus de
Safi, la laine royale aux teintures;

El qu’il atteigne la transparence;

Et comme sous le fuselage de soie les constellations inverses, les promptes plantations de poulpes, de crustacés, d’insectes élincelants parmi les encres de la
Chine, et la lune même sur les glaciers d’ouest mobile.

Qu’il voie l’incandescence de l’homme dans l’homme;

Et la main et la bouche et l’œil et l’oreille vivants sous

tes calcaires ;

Et la purification prodiguée — le miel des genèses, des planètes, dans la ruche noire de l’espace;

Et toutes choses baptisées dans la résurrection du
Christ qui est l’ouverture de l’être;

Et toutes choses lavées de leurs suints, la face nette, et
Ici plaies propres, et la longue douleur amere mais comme lel asperges sauvages, il en sache aussi la lumière;

El il sache le sens véritable dans les signes déjà qui croi vers l’accomplissement de l’été;

El la chair belle dans la chair el sainte et mûre pour le| fêles comme un pré couvert par l’Espril :

Et la contradiction soumise jusque dans la coniradielion :

El la venue des oiseaux frais, avec les rites du poisson e de l’orge, dans les îles intérieures!

III

Ah ! qu’il soit proclamé que rien, depuis dimanche, n’esi plus jamais dans l’homme ni tout à fait désert ni tout à fait perdu;

El que celui-là même qui n’est avec personne — étranger aux fontaines comme étranger à soi — peut encore accéder à sa propre présence et
entrer en partage avec tout ce qui est s’il se tient libre encore pour l’attentif amour qui incante et qui lie;

El libre pour son nom ;

Et libre dès cetle heure pour répondre — en tuant ce qu’il lui faut tuer — à la vie qui l’invite;

Et comme la surrection du vol, la nuit d’or soudain dans la nuit, il soit maintenani assuré que pcul commencer le bonheur;

Et qu’il ne commence pas seulement conire la mort mais le péché contre l’Espril, et cela d’ombre qui est plus terrible à l’âme que l’équilibre indifférent du seau
sur la poutre des citernes taries;

Et qu’il a pouvoir de germer pour que ce qui est ici s’avance vers ce qui est ailleurs, et que ce qui est ailleurs s’avance vers ce qui est ici, et que l’un par l’autre le fruit se
prépare;

Et l’homme à la mesure de l’Homme, et le monde à celle du
Monde, et l’un et l’autre à la mesure de
Dieu;

Et que la
Création s’ordonne dans la délivrance, comme la main qui ne se détourne pas des pauvres, pour le don de la plénitude!

IV

Car rien au centre que l’Amour, — rien à l’origine et au terme, ni dans l’éclatement du silence, que le mystère de l’Amour;

El rien que sa présence ouverte et rien que
Lui avec ses paumes sur la mort comme la seule parole essentielle pour que l’homme surgisse et vive ;

Et qu’il lui devienne semblable;

Et qu’il nomme à son tour
Celui qui l’a nommé;

Et de
Qui l’a fondé forme aussi ce qu’il fonde ;

Et que puisse déjà, dans le consentement à l’unification, prendre racine l’arbre qu’ils désirent ensemble.

Et naître de leurs noces l’homme fait dans le
Dieu et le
Dieu fait dans l’homme !

Et qu’ainsi l’olivier et l’argile, comme la marqueterie de
Mogador entre les nuages du sud, paraisse d’au milieu des pays brûlés un peuple pourtant qui capte les sèves;

Un peuple arraché au goût du malheur, au goût de l’enfer, au goût du néant ;

Et malgré sur lui le sceau de la mort, qui construit contre elle dans les prés vivants ;

Et malgré les ruines y plante ses blés contre la violence et conire l’horreur;

Et porte le pain véritable et simple contre toute absence, et contre l’exil et conire l’orgueil des fausses moissons et des fausses faims ;

El dans l’homme mêlé jusqu’au bout comme la figue rouge au sol sec sur le figuier de
Barbarie, promeut cependant peu à peu. avec la patience des humbles, l’homme nouveau et vrai !

V

O rivière!
La lerre est verte de toute verdure spirituelle — et la charité la transmue.

Et je dis qu’un corps, dans la
Pentecôte, peut être à présent la force qui l’instaure cl la fertilise ;

Et qu’un corps est là, rassemblant ses os, et qui peut s’accroître pour la sanctifier, s’il cesse de préférer l’hiver;

El qu’une ville de joie attend dans les villes : la semence et l’éclosion de la joie dans la matière même du monde;

El dans l’approche des étoiles et dans le granit et l’acier et dans les grandes années humaines la grandeur possible de la joie !

Une espérance unique, ainsi qu’au repos des roues sur la piste l’événement des choses neuves et leur gage, s’est propo-sée à l’homme pour qu’il n’hésite plus
:

Et qu’il connaisse dans l’amour et qu’il aime dans la connaissance;

Et ne se refuse plus en les refusant ;

Mais qu’il procède vers son âge. dans sa vocation, sans miracle que d’avoir pris sens;

Et s’occupe de devenir l’Homme — pour tout recevoir par surcroît — comme sur les collines encore froides ces bois de mimosas en fleur qui présagent déjà le
printemps !

Jean-Claude Renard

L’Atlas se referme sur lui-même comme tourneboulé par la grossièreté de son erreur sans trouver le souffle qui re-cap le bateau de papier

Combien de temps faudra-t-il pour assimiler ces changements brutaux de rotation des girouettes qu’une complicité nouvelle avec la pandémie met aux vents ?

Avant la crise mon accoutumance à la légèreté n’ayant pu aboutir, il va me falloir réaménager mon énergie pour lui donner le piston propre à la locomotion actuelle. La dernière peinture que la dissection a conduit jusqu’ à la signature au bout d’un épuisement physique intense a mis la joie en fausse-piste au bénéfice d’un plaisir égocentrique qui a fini par démasquer sa véritable identité. Aurai-je eu dans un instant de faiblesse une forme de croyance faisant du mécréant un déserteur ? Voilà de quoi pour ma conscience, ajouter un nouveau cas à traiter

La pile s’agrandit sur l’espace de travail

Plutôt que me gifler de c’est ma faute, ma très grande faute, je crois qu’en laissant les pinceaux se reposer, je gagnerai à ressortir mon maillet avec sa panoplie d’outils

On peut se tromper de sens sur le bon chemin.

Niala-Loisobleu – 11 Avril 2021

EXORCISME DES PIERRES


EXORCISME DES PIERRES

A l’oblique d’un clocher qui fait haut-le-coeur au chant du coq

la glissade devient périlleuse

les premières toux asthmatiques du large approchent des digues

je recours aux pilotis échafaudant la logique libérale de moeurs compatibles entre elles et non contradictoires entre le le mal et sa guérison

la querelle des Anciens et des Modernes sortie du cadre ne rime à rien

oui j’en appelle à l’Exorcisme des Pierres

à force d’attouchements au naturel

Niala-Loisobleu – 5 Novembre 2020

EXORCISME DES PIERRES

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Ce temps-ci est diluvien

qui a la parole des pierres,

le mal de l’eau, le mal du feu

et la mémoire minérale,

ce temps est en migration ;

et moi je suis dans le temps mort,

qui fus comme un pays d’oiseau ;

mon corps secret, mon corps interne

où toute enfance est enterrée

n’a plus le signe de la mer ;

il est descendu dans la chair

et la chair s’est changée en os

et les os mués en la terre,

— ce temps-ci est diluvien.

Brûlent mon sang et mon amour,

brûlent les arbres souterrains !

Mon dernier corps, mon corps obscur

je l’ai retiré des forêts,

mon corps formé comme des feuilles

de ce qui fut en moi la femme

je l’ai créé dedans ma mort,

je l’ai porté dehors l’esprit

dans la grande absence de l’âme ;

femme de lune, femme d’herbe

mes yeux de coqs et de racines

sont entrés dans la nuit du monde

et toute ma bouche en malheur ;

ce temps-ci a l’odeur des pierres.

Mais la pierre est pleine de plantes, pleine d’anges et d’animaux dans la patience des noces, et l’oreille calcaire écoute et la
Terre au-dessus des pluies sent le dieu mûrir dans la roche, le dieu blanc, le dieu musical miraculer mon corps muré, miraculer le corps de l’homme qui touche le feu dans la pierre
pour que la pierre exorcisée prenne son nom entre mes mains, et que son nom soit la naissance du premier arbre sur la
Terre.

Jean-Claude Renard

COMME UNE FORET DANS L’ÉTÉ


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COMME UNE FORET DANS L’ÉTÉ

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Ô signes comme sur la craie les daims de très anciens âges
Du dieu dans ses falaises peint par l’odeur forte et prophé

tique !
Car visible au sang pur l’or sur toute la face de la mer
Et pour l’oreille transparent comme la parole des îles.
Mais dans ses os le peuple appelé à lier et proférer
La
Terre et la conduire au sens comme une forêt dans l’été
La tient de tous ses rocs nocturnes si dure au lait fluvial
Et à l’huile qui lave et qui nourrit la laine interne et tiède.
Ah ! si rompue, si épaisse au langage et passée par la mort
Comme dans le feu les coqs noirs, — que n’y lit plus des eaux

du roi
La natale et profonde écriture sacrée ma ville d’homme!
Terrible est maintenant l’éclat des corps qui brûlent sur

la pierre
Et soudain la
Femme arrachée au mystère vivant des noces
Pareilles au pain mûr.
Toute la sève aiguë et patiente
Attend avec les pluies de faire l’arbre frais comme le cidre
Et le raisin neuf des soleils dans la grande vigne cosmique.
Mais le sang descendu des montagnes de
Dieu n’irrigue plus
Le sable et la lune d’août est mauvaise au milieu des

bœufs rouges.
Sont déjà tant de corps et d’os dans le dessèchement des sources
Vêtus comme d’un
Christ désert où le
Christ des corps glorieux
Ne reconnaîtra même plus la chair du
Christ crucifié,
Que le mouvement avec eux des germinations du monde
Est dans l’argile suspendu comme une mine abandonnée
Sur les collines de l’Afrique et comme un pré de coton mort! Ô jours d’avant les derniers jours dans le tremblement

des
Planètes
Et la prompte approche du dieu, — laissez venir les vents de soie.

Les vents de fenouil et de foudre ensemencer les champs

du sacre.
Car il n’est plus que peu de temps, de profondeur et de silence
Devant la haute éternité qui entre en crue comme le
Nil !
Mais que vive encore un amour qui couvre les pays du sel

Des fêtes vertes du café, du térebinthe et du muscat

Et de l’antique nuit du sang assume encor la solitude.

Et comme paissent les chevaux dans les pâturages princiers

Où l’autre enfance m’exorcise — où fonde et peuple l’âge

d’homme
L’Esprit qui m’a trempé de joie quand ce fut l’été sur

mes fleuves,
Toute la
Terre transmuée recevra encor d’être heureuse.

J

Jean-Claude Renard

FORMULES MAGIQUES


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FORMULES MAGIQUES

Les drapeaux foudroyés des
Reines de
Saba,

les drapeaux aux sangs blancs et les buffles tabous,

les
Mages de la mer, les tambours du tabac

ont envoûté mon corps où brûlent des bambous.

Je suis comme enfermé dans des forêts de bras dont les arbres obscurs balancent des sajous. — mais les zèbres sont morts et mangés de cobras, ma mémoire est en
moi des pays d’acajous.

Ah! dans quels archipels verdis de vérandas ai-je bu les prairies qui coulaient du vesou?
Les soleils transmués ont glacé leurs sodas, mon amour m’a tué comme un coup de grisou.

J’ai pris froid, mon amour, j’ai pris la malaria au sud. au sud ancien — et gorgé de sagous

j’ai soif d’un fleuve pur qui descend vers
Goa sous la terre épaissie et mûre des coqs roux.

Mais les onagres d’or ont quitté mes climats.

mes cauchemars couches sur les os des mammouths.

des oiseaux fascinés calcinent mes comas

et les mauvais sommeils me battent de leurs knouts.

Dormeurs de caoutchoucs, fontaines d’arnica.

ma langue est un glas lourd — la nuit couvre mon cou

d’animaux fabuleux aux toisons de mica

qui tournent sous des eaux dont ma mort est le pouls.

Tous les rameurs violets, toutes les armadas des caps ensevelis montent vers mes genoux, les taureaux que j’aimais sont morts en corridas et l’odeur de leur sang me vêt comme un
burnous.

La guerre aux rires noirs de varechs et d’isbas traverse l’Équinoxe ainsi que des hiboux et les sanglots éteints des enfants de sabbats font résonner l’hiver avec les
caribous.

Dans les stades de cuivre où pleure un opéra soulevé de scorpions, de lunes, de simouns, mon amour, mon amour perdue aux saharas, j’entends les tams-lams bleus, j’entends le cri
des clowns.

Mes légendes, mes rois, mes anges de sagas n’ont plus l’éclat profond des lingots du
Pérou, des tornades de gel incantent les deltas dont j’ouvrais autrefois les transparents verrous.

Je voyais des poissons, des panthères, des mâts sortir d’un océan frais comme un cantaloup, et mon rêve explorait des pays de muscats, des métaux mexicains, des marais
blancs et doux.

Mais les meurtres amers m’ont moulé dans leurs draps, ont planté dans mes mains des pôles en remous, ont desséché les pieds plus beaux que des cédrats, ont tendu
d’incendies les pins et les pilous.

Des escadres noyées dans les pluies des pampas emportent maintenant ma tête au vent-debout, emportent les narvals, aimantent les compas de ma mélancolie où chante un
marabout.

Pour écailler mon cœur aux lents panoramas il ne me reste plus que l’ombre des tatous, il ne me reste plus que d’étranges boas pour nourrir mon amour de cactus et de houx.

Un albatros vermeil hante les gitanas qui me disent le sort en lisant dans le
Bouc, mon zodiaque est lacté de grands harmonicas et les orangs-outangs y couchent leur courroux.

Je m’en irai humer dans l’or des macoubas des plages inconnues et des volcans dissous, je m’en irai chercher les secrets des
Tncas, le sel qui purifie et le feu qui absout.

Hors des
Cordillères, des
Mers, des
Niagaras les soleils crus sautent comme des kangourous et les derniers chacals hurlent dans les sierras où seront enterrées les races de garous.

Quand les bateaux sans nom, sans nom des
Nirvanas crèveront l’Equateur aux torrides radoubs je couperai pour toi le tronc des quinquinas et nos corps brilleront dans les planètes d’août…

Jean-Claude Renard