CE TISON LA DISTANCE par Jacques Dupin et mon Grain de S’Elle


188221

CE TISON LA DISTANCE

par Jacques Dupin

et mon Grain de S’Elle

Et le paysage s’ordonne autour d’un mot lancé à la légère et qui reviendra chargé d’ombre.

Au rebours des laves, notre encre s’aère, s’irise, prend conscience, devient translucide et brûlante, à mesure qu’elle gravit la pente du volcan.

Celui qui simule est agile, est inerte. Le cœur n’a qu une pointe et tourné vers la terre. S’il ressasse son en, il se change en cactus.

L’irruption de la nudité, visible par grand vent, ne supporte que le vide et sa ponctuation meurtrière.

Dévore tes enfants avant qu’ils ne creusent ta fosse, c’est-à-dire sans perdre une nuit.

Des grands oiseaux blessés dans le soir insipide, l’inscription, la douleur s’effacent. Le ciel s’agrandit comme une rumeur, et se laisse franchir.

Hors de la tempête, je dors mal. Ce n’est pas moi, c’est la terre qui dramatise. Un couple se détruit, la lumière est en marche.

Il n’y a qu’une femme qui me suive, et elle ne me suit pas. Pendant que ses habits brûlent, immense est la rosée.

Jacques Dupin

 

L’ordonnance et son obligation de la place des vers et du couvert à poisson fait qu’ambidextre mais de préférence gaucher, faut que je remette toujours l’étable du bon côté des curies

Oui, aux laves notre encre luit autrement qu’un cul sale dans un dessous neuf

Grand vent ou pas, la nudité reste plus franche que les mots dits d’une tenue arrangée, bien d’accord cher Jacques, la simulation est inerte

Saturne le grand ogre, m’a montré son menu un jour que Goya m’avait invité à allumer le feu chez lui. Mes enfants me sont restés dans les dents de l’amer

Ô la blessure des grands oiseaux, nulle plaie d’arme blanche ne s’assainit mieux que dans leur jabot, mais sur leur carlingue les croix des cicatrices s’alignent pires qu’en cimetière militaire

Quant à la femme qui me suit, elle n’a pas resté-ni-parti la réponse définitive. La distance n’est rien de kilométrique, je crois qu’il n’y a pas pire que le co-locataire en éloignement…

Niala-Loisobleu – 7 Février 2018

LE CŒUR PAR DÉFAUT


3e4e6d1fe05e96a67ffa14b939719be0

 

LE CŒUR PAR DÉFAUT

Une fleur de givre entre deux rafales
Ne l’arrête pas.

Ô cendre éprise sous la langue,
Brèche dans l’horizon!

Entre ce roc bondé d’étoiles et son sosie le gouffre,
L’édifice du souffle est une seconde prison.

A la place du cœur

Tu ne heurteras, mon amour, que le luisant d’un soc

Et la nuit grandissante.

Jacques Dupin

Proximité du Murmure


IMG_2063

Proximité du Murmure

 

Je pose mes diversions dans la fumée d’un rire éteint, une année est à la porte, mais la griserie « Champs-Elysées » ne me l’ouvre pas. En vérité, elle me laisse le gosier sec. J’ai fait bonne figure à la cantonade. Il suffit. L’avion d’Ô… z’a qu’à… continuer de taire les pantalonnades grossières et foutre serpentins et mirlitons dans la catégorie Trompe-l’Oeil. Dans l’an prochain, il n’y aura que ce que nous aurons réussi à mettre, pour le reste les bâtards continueront à se faire passer pour le Messie. Je vous souhaite le joyeux simple et la santé forte, qui regonflent sans ignorer le risque des clous jonchant la chaussée. Le bonheur n’est pas un droit, c’est un devoir. Je me battrais pour en avoir, afin de pouvoir en donner. Dans le droit fil de ce que la Poésie m’offre sans me faire mentir.

N-L  30/12/17

 

Proximite du Murmure

Comme il est appelé au soir en un lieu tel que les portes battant sans fin facilitent ou dénouent le tête-à-tête

hors de la crypte forestière il la traîne au grand jour, ou plutôt il lui parle

il la dénude parmi les rafales de vent

ou plutôt il commence à se taire

avec une telle fureur dans les rayons

ae la lumière verticale

une lelle émission de silence comme un jet de sang

qu’elle se montre nue dans sa parole même et c’est un corps de femme qui se fend

Par une allée d’iris et de boue écarlate descendant à la fontaine la tarir…

mais toute l’humidité antérieure

revêtait la roche comme si

nos lèvres s’étaient connues

jadis

sans le feu de la rosée qui monte,

sa dot, l’innombrable et l’évanouie..

transparence têtue elle flambe

elle environne de ses tresses

un pays qui reprend souffle et feu

N’être plus avec toi dès que tu balbuties

la sécheresse nous déborde

le cercle de tes bras ne s’entrouvre que pour mieux

ne rien dire

selon l’heure et le parfum

et quel parfum se déchire

vers le nord, l’issue dérobée…

peut-être ton visage contre le mien,

quand bien même tu me mènerais,

encapuchonné, sur ton poing,

comme aux premières chasses de l’enfer

Au-delà du crissement d’une sandale dans l’allée

soustraite au silence elle a glissé elle aussi à cet oubli de soi qui culmine

et s’inverse en un massif de roses calcinées

aveuglante énumération de ses haltes et de ses périls

réciprocité de dentelles entre son visage et la nuit

j’extrais demain

l’oubli persistant d’une rose

de la muraille éboulée et du cœur sans gisement

Plus lourde d’être nue

ses vocalises meurtrières son rire au fond de mes os

notre buisson quotidien les balafres de la lumière

A se tendre à se détendre sur les traces secourues

omis se dégager femme tout à fait du bestiaire indistinct qui la presse

parmi tant de pieux incantatoires fichés dans le matin roule et grossit le soliloque

de la noue

fade usurpatrice elle dort et me hait j’ai négligé son dénuement elle se tient un peu plus haut

ombre démesurée d’une roue de charrette sur le mur lourdement vivant

Nulle écorce pour fixer le tremblement

de la lumière

dont la nudité nous blesse, nous affame, imminente

et toujours différée, selon la ligne

presque droite d’un labour,

l’humide éclat de la terre ouverte…

étouffant dans ses serres l’angoisse du survol le vieux busard le renégat incrimine la transparence vire

et s’écrase à tes pieds

et la svelte fumée d’un feu de pêcheurs brise un horizon absolu

Sinon l’enveloppe déjà déchirée avec son précieux chargement

le heurt sous un angle stérile de la hanche qui luit

comme si l’étrave en était lisse sous la ligne de flottaison

mais
Je mouvement de la barque rendit

plus assurés l’écriture l’amour

tels un signe tracé par les oscillations du mât

au lieu des étoiles qui sombrent entre le rideau bruyant

et l’odeur de ses mains sur la mer

Sous le couvert la nuit venue mon territoire ta pâleur

de grands arbres se mouvant comme-un feu plus noir

et le dernier serpent qui veille en travers du dernier chemin

fraîcheur pourtant de la parole et de l’herbe comme un souille la vie durant

Ce qu’une autre m’écrivait

comme avec une herbe longue et suppliciante

toi, toute, en mon absence, là, dans le pur égarement d’un geste hostile au gerbier du sang, tu t’en délivres

tel un amour qui vire sur son ancre, chargé

de l’ombre nécessaire,

ici, mais plus bas, et criant

d’allégresse comme au premier jour

et toute la douleur de la terre

se contracte et se voûte

et surgit en une chaîne imprévisible

crêtée de foudre

et ruisselante de vigueur

Musique éclatée ciel sifflant dans un verre fraîcheur du soleil sous la brûlure de la peau

le même sifflement mais modulé jusqu’au silence qui sourd de tes plissements de granit, scintillante écriture le même sifflement

lance le tablier du pont sur ses piles de feu

où tombera-t-il noir le fruit méridien si je franchis le bras de mer

une pierre l’étreint et s’efface

le livre ouvert sur tes reins se consume avant d’être lu

Agrafes de l’idylle déjà exténuée pour que ce qui fut immergé respire à sa place, dans l’herbe, à nouveau,

et de la terre, toute, presque anéantie

ou comblée bord à bord

par l’enracinement de la foudre

sauf la respiration de cette pierre nocturne, le théâtre tel que je me vois, l’anticipation d’un brasier

sans son cadavre retourné

un autre traversera la passe

dans la mémoire de grandes étendues de neige

brillent

entre chaque massacre

Sorbes de la nuit d’été

étoiles enfantines

syllabes muettes du futur amour

quand les flammes progressent de poutre en poutre sous nos toits

exiguë

la définition du ciel

Nous dégageant, nous, de l’ancienne terreur

ou de cet enrouement par quoi les racines mêmes

s’expriment,- s’allégeant…

que ce soit le silence ce qui était présent, là, trop exposé depuis l’aube, sur le sol fraîchement retourné, l’ingratitude ou la légèreté des
hommes, avec le vent,

je me dresse dans l’étendue, seul, contre cette lumière qui décline, le bâillon rejeté

… que ce soit le silence lentement déployé qui règne déjà nécessaire, déjà opprimant

Par la déclivité du soir le secret mal gardé

je la blesse au défaut de sa lecture le vent répare les accrocs

enclume ou catafalque d’étincelles

avec ce qui naît et meurt au bord

de sa lèvre acide

ciel pourpre et montagne nue

elle se penche et je vois au-delà de la ligne de son épaule

mon enfance troglodyte

dans la paroi violette où le soleil couchant se brise comme un pain.

elle se penche je vois…

Jacques Dupin

Lichens


bee44ee4688950c5f63abd8417742078

Lichens

 Même si la montagne se consume, même si les survivants s’entre-tuent…
Dors, berger.
N’importe où.
Je te trouverai.
Mon sommeil est l’égal du tien.
Sur le versant clair paissent nos troupeaux.
Sur le versant abrupt paissent nos troupeaux.

Ce que je vois et que je tais m’épouvante.
Ce dont je parle, et que j’ignore, me délivre.
Ne me délivre pas.
Toutes mes nuits sufliront-elles à décomposer cet éclair? Ô visage aperçu, inexorable et martelé par l’air aveugle et blanc!

Les gerbes refusent mes liens.
Dans cette infinie dissonance unanime, chaque épi, chaque goutte de sang parle sa langue et va son chemin.
La torche, qui éclaire et ferme le gouffre, est elle-même un gouffre.

Ivre, ayant renversé ta charrue, tu as pris le soc pour un astre, et la terre t’a donné raison.

L’herbe est si haute à présent que je ne sais plus si je marche, que je ne sais plus si je suis vivant.

La lampe éteinte est-elle plus légère?

Les champs de pierre s’étendent à perte de vue, comme ce bonheur insupportable qui nous lie, et qui ne nous ressemble pas.
Je t’appartiens.
Tu me comprends.
La chaleur nous aveugle…

La nuit qui nous attend et qui nous comble, il faut encore décevoir son attente pour qu’elle soit la nuit.

Quand marcher devient impossible, c’est le pied qui éclate, non le chemin.
On vous a trompés.
La lumière est simple.
Et les collines proches.
Si par mégarde cette nuit je heurte votre porte, n’ouvrez pas.
N’ouvrez pas encore.
Votre absence de visage est ma seule obscurité.

Te gravir et, t’ayant gravie — quand la lumière ne prend plus appui sur les mots, et croule et dévale, — te gravir encore.
Autre cime, autre gisement.

Depuis que ma peur est adulte, la montagne a besoin de moi.
De mes abîmes, de mes liens, de mon pas.

Vigiles sur le promontoire.
Ne pas descendre.
Ne plus se taire.
Ni possession, ni passion.
Allées et venues à la vue de tous, dans l’espace étroit, et qui suffit.
Vigiles sur le promontoire où je n’ai pas accès.
Mais d’où, depuis toujours, mes regards plongent.
Et tirent.
Bonheur.
Indestructible bonheur.

 Jacques Dupin

Le Palimpseste


3f173650204df76c1cd00118599b8c13

Le Palimpseste

Les crapauds sont des étals d’âme, ils n’existent pas. Seuls des étangs, des mélopées… L’enfant instruit de l’amertume des bourgeons, l’enfant privé du lait
obscur, casse comme le verre. Une neige irréprochable récolle les sanglots, les éclats d’une telle assomption lunaire. Et la machinerie hilare du printemps s’affole,
s’expatrie…

Accoutré des lambeaux d’un crime perpétré par des mains étrangères sur un corps engourdi, tu progresses, tu déranges les clartés et les signes, tu trembles
dans l’éloge, tu meurs de sécheresse aux abords de la pyramide. Dedans, ta pesanteur, ton exégèse embaument. Le bonheur gronde, il l’ait nuit.

Il faut grandir avec douceur et démesure. Rajeunir les gouffres, parquer les rois, s’enorgueillir. Les fenêtres sauvages et les amours prostrées donnent sur un parfum

 Jacques Dupin
La rue aux magasins en quête de loueurs, à force de mener dans les zones commerciales, fait payer le stationnement bien plus cher. Les parkings sentent l’ennui des rapports paumés. On y voit passer des nostalgies de rencontres portant sur elles la différence de la foire à la corde, aux outils aratoires, au bétail dans le bleu cordial des blouses et du tope-là qui finissait à la taverne autour d’un verre de blanc. J’ai trouvé une mouette ayant siège au bout de la jetée. Dire son âge ne sert à rien, elle n’en a plus, elle est née le même jour que l’océan. Elle a vu les hordes vikings emboucher les estuaires à contresens. Son plus mauvais souvenir parle espagnol. Une pyramide inca cascadant du sang humain dans des coupes, en sacrifice au soleil. Ainsi quelque soit le bout par lequel on le prend, le manuscrit commença par être le recueil d’un aveu criminel. Mais on le recouvrit immédiatement d’une histoire évolutive où tous les hommes bouche bée se roulaient des pelles pour casser les cailloux du chemin. Ce qui transpire à insupporter est ce qui garde l’originel de l’histoire écrite de l’Homme.
Niala-Loisobleu – 2 Novembre 2017

A carreaux tiens-toi, t’auras du Coeur


7a381195b4bc6e967dc2df044e1cccb2

A carreaux tiens-toi, t’auras du Coeur

A me battre le clou, je la carène de la plante à l’épi. Les jours sans, quand tu vois à ne plus entendre la cloche de brume. Les autres aussi, mais si c’est le blues, faut régler le tempo comme on recale l’aqueux du chas pour aider le fil à repasser dedans. Rien ne saurait prêter à remarque quand du foie ça bile à te faire la langue vert de gris. La connerie ne limitant pas la vitesse de la bêtise, elle croît – c’est un comble pour de l’obscur – à la vitesse-lumière. J’lui disais des essences de bois à cabane. De l’exotique pour le santal qui dégage les bronches, au séquoia pour les boules. Vînt alors le vieux chêne, blasé de la justice à rendre genre dégobille. On lui pèle le gland avec la différence sociale entre l’yeuse qui garde ses feuilles vertes et le liège qui les perd mais reste fluctua nec mergitur. Alors  hésite pas à prendre du être. C’est le meilleur.Ma parole on doit savoir que l’injustice c’est ce qui nourrit l’homme. Tiens il te suffit juste l’écouter cinq minutes. Il va accuser les autres en ignorant totalement qu’il en fait partie. Une salope pire qu’une pute accro de la lime au trottoir des sous en mise tarifée selon le choix, sur place, dans la voiture, sur le ban contre l’arbre. Il en voit des terribles ce pauvre, écorcé au couteau pour un coeur initialé pour la vie qui va pas passer l’année. Ma parole si je mens…

La Parole

Ton vœu qui répugne à l’aisance d’une trame

appauvrie,
Balance entre deux morts.

Les marges se resserrent autour de ton lingot aride
Et déjà, le dernier refuge, le feuillage, flambe,

O ma parole en perte pure,

Ma parole semblable à la rétraction d’une aile extrême sur la mer !

Jacques Dupin

Sois belle et tais-toi. Non, dis tout et ne change rien à ton visage, la beauté c’est l’âme pas le corps tiré au canon. Les compliments de menteurs c’est pire que l’affligeant, c’est une injure. Quand le public se lève pour applaudir casse le prompteur. Artiste c’est pas se faire chanteur, écrivain, plasticien, jongleur, etc.. Artiste c’est savoir l’art de pratiquer avec maîtrise la connaissance approfondie que l’on a acquise en tant qu’humain en tout premier lieu et ensuite dans la profession que l’on a choisi. L’idéal de l’ensemble vivant, la voilà la Beauté où elle se trouve.

Niala-Loisobleu – 29 Octobre 2017

 

Au Coeur de l’Âtre


IMG_1926

Au Coeur de l’Âtre

Dans la chambre des enfants tout est simple, et poignant. La fenêtre est ouverte. Elle bat, elle respire. L’eau de la pluie ruisselle sur les marches. Il faudrait d’autres paroles pour éponger une eau-mère si amère. D’autres musiques pour danser. Devant la fenêtre ouverte, transportée.
Jacques Dupin (Ecart)
Nous avons fatigué l’orée des bois au point de tarir le brin de sève,
les cheminées refoulent de ragots et la suie nitre le devant-soi d’efflorescences sépia
Le fruit percé sanguine entre les dents du râteau
pourtant il reste dans les reins des vertèbres qui s’opposent à l’abandon.
L’amour n’apparaît que dans de multiples contrefaçons, coeur étouffé au sein de la prothèse mammaire.
J’ai cru et bien que ne croissant plus à mon âge, je rêve toujours du m’aime bleu apparent. Stupide au milieu des petits-hommes, vaillant chevalier au chemin de la croisade enfantine. Le sac de billes au moyeu du vélo, la craie au bâton de marche, des moulins à la sortie du remous des castors. La vague humaine phosphoriphore en gilets obligatoires sur ses routes pour s’inventer un reste de présence. Pauvreté en tous domaines, le drame du bulbe pour lequel le bio n’a plus de recours.
l’imbécillité avance à grand pas vers un néo-no-bel.
Hourra les réseaux sociaux essaiment la solitude en grand-format.
Mes amours pochés  saignent sous les arcades. Le frisson se cherche au long des rues vides d’un centre-ville désaffecté. Vitrines à vendre, parcomètres volubiles et silence coupe-gorge.Refusant de mourir con, je tiens à le rester de tout mon vivant. Ainsi la bile qui ronge l’estomac ne viendra pas pisser dans mon encre. Le monde est décadent. Pas une raison pour sauter du train dans le précipice
Que la flamme vive !
Niala-Loisobleu – 6 Octobre 2017