RUBRIQUE


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RUBRIQUE

Ta faucille lasse le ciel.

Pour que lève le pain de chaque nuit

Tu veilles au désordre.

Tu titubes dans l’équivalence des règnes.

Du volcan à la mer

D’autres dénombreront les degrés.

Hâte-toi de reconduire le fer
Ivre de son battement,

D’extraire d’un bol de boue ton territoire
Mais en surplomb au-dessus de l’affluence
Des gisants et des nombres

Comme la pythie sur son gril.

 

Jacques Dupin


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PAR DES BARREAUX NOUVEAU-NÉS

Une femme en amour devant une fenêtre vide. Des yeux bleu ardent, bleu lanière. Un corps arqué sur le désespoir de son nom. Dehors le grand tumulte harassé des
étoiles contre le ciel semble ne plus s’ouvrir, ne plus suspendre l’issue de leur perfection qu’à cette véhémence brouillée de larmes puériles, qu’à ce
gémissement, qu’à ce silence.

Jacques Dupin

LA DÉESSE PAR EXCELLENCE


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Ce n’est pas le vent de la mer ni mes imprécations qui gonflent ses cheveux, qui l’ont jaillir hors de ses voiles un corps d’une beauté inavouable et qui se donne à tous, tous
les jours, et ne se reprend pas.

Si tu l’affrontes, elle s’enlise. Si tu rampes à ses pieds, sa corolle se fend. Le venin gicle. La contrebande de dentelles s’achève en somnolences entre les lignes.

Les grands nuages, ses vassaux, s’appuient sur mon épaule qui éclate. Je n’ai plus la voix sèche des adolescents qui guettent les détonations.

 

Jacques Dupin

L’URNE


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L’URNE

Sans fin regarder poindre une seconde nuit

A travers cet inerte bûcher lucide

Que ne tempère aucune production de cendres.

Mais la bouche à la fin, la bouche pleine de terre

Et de fureur,

Se souvient que c’est elle qui brûle

Et guide les berceaux sur le fleuve.

Jacques Dupin

LA LUMIÈRE N’EST PAS CONÇUE


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LA LUMIÈRE N’EST PAS CONÇUE

 
Rien que pour toi, racine, pour toi, cyclone fourvoyé dans cette strate du langage, le poète a favorisé I’épaississement limoneux du sommeil où tu té ramifies. Le
livre dont il est l’otage et le garant, le livre incompulsé, le livre intermittent, tourne sans hâte sur ses gonds dans la terre, et chaque page à ton attouchement prend feu, et
sa substance se confond avec, le surcroît de ta sève, avec le progrès de son sang.

Perfectibilité du vide, racine de l’amour. Cette équation, je l’ai vaincue avec un océan de terre ameublie par mon souffle.

 

Jacques Dupin

LA REMONTRANCE


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LA REMONTRANCE

L’apparence de la vie, mon masque ayant glissé, me manque. Devenue, à force de délicatesse, la stricte épure de ma race finie, je viens de là où va le vent, je

casse ta caresse… Ton bras ne tremble plus, mes incartades sont imperceptibles.

Dans cet exode où tant de regards ont douté, où tant de poings ne heurtent que l’enclos de jardins fuyants, je suis à tes côtés. Je te donne la force d’entrer dans
ta ville et l’orgueil de n’y point régner. C’est dans ma lumière que tu marches, c’est mon aile qui accroît le vent. Ma transparence est celle des monstres bénéfiques,
mon parfum celui de la rose d’après le déluge.

Dupin

L’ISSUE DÉROBÉE


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L’ISSUE DÉROBÉE

Marmonnement

profonde route ravinée du soleil

l’un de nous s’appauvrit et nous devance une immense aversion pendulaire le tirant

plus jamais la terre nue, seule à seul, affrontant le langage désert

de son propre puits paludéen le tirant

l’un de nous

que chaque mot torride a saisi

(ne forêt nous précède et nous tient lieu de corps

et modifie les figures et’ dresse

la grille

d’un supplice spacieux

où l’on se regarde mourir avec des forces inépuisables

mourir revenir

à la pensée de son reflux compact

comme s’écrit l’effraction, le soleil toujours au cœur et à l’orée de grands arbres transparents

Nous courûmes

des trombes de soleil

mirent en pièces

jusqu’au fond de nous la barque

la terre un unanime roulement de saveurs s’éloignait

dans la lumière des portes arrachées, trombes

comme si je naissais, éclairs

pour fêter un roi

et toutes les étoiles s’enfonçaient dans la mer

pour dissiper l’illusion

élémentaire, et favoriser le ressac

Sous la frayeur du récit inarticulé

le soleil

la signification de l’octroi

aphasique moyeu

ton règne

depuis que la roue me broie

je le nie

quelle que soit l’odeur putride des quartiers neufs et les instruments de déclin étalés à nos pieds

nous dévorons le mâchefer ce qui s’écrit sans nous en contrebas

l’éraflure et la saveur contiguës et désaccordées

ce qui s’écrit obliquement sournoisement établissant le calme

comme une pyramide sur sa pointe

Sans le soleil, en contrebas

ce qui s’écrit c’est un corps dont le soubresaut, dont le souffle dont les crocs incestueux…

un corps où se creuse la route

de quelle plume trempée

dans les menstrues de quelle monstre

à travers quelle grille

caniculaire

un corps qui s’éboule, éclate et s’agrège autour de sa crampe

à nouveau, et se dresse

faille du ciel effervescent

Ni conscience, ni lieu, ce qui suit,

la fin de quelqu’un, son corps

et dans ce glissement de collines la source

se dérobe. — ne se résout pas

un corps lu avec enjouement sous les vagues le tison, la contre-prophétie cpinglée sur le mur de chaux

ou dans le tiroir un libelle attendant son heure

Mettant à profit ce laps comme en pleine face une pierre franchirons-nous l’intervalle égarant

la césure d’un meurtre

qu’il nous incombe de réitérer sans retard

nous sommes de retour, la nuit tombe, la mer…

bètes descendues du soleil

comment tenir fermée la cage où leurs ombres s’entre-dévorent

Une branche bat devant le mur blanc

neuve antériorité surgissante parmi les embus de son cri

un grand corps machinal bouge fleuve aux membres séparés à la musculature jaune prisonnière comme des nœuds vieux dans le bois

un enchevêtrement de lettres en filigrane dans ses eaux

Détaché de la nudité balistique

dehors, dedans se rétracte neutre inondé

rasant les murs

de son ombre violente

écriture d’arpenteur pour rejoindre la horde

besogne de bornage et d’illusion autour des foyers qu’elle résorbe

indice, la lèpre du mur avancé, du mur volatil dont nous sommes solidaires

jusqu’au bout, jusqu’aux commissures du brouillard…

retour au signe, à la pierre éqiiidistante

  • et le mètre étalon pour un arpent de félicité

Le soleil le dos tourné

une ligne nous absout

ta mort donne le signal : l’évulsion la trajectoire derrière une vitre sanglante et la grande retombée planeuse des éclats emblématiques

débris de soleil sur le remblai

Toi. cru mort, seulement dévoyé vers une cible inverse un chemin de ronde avec la salive sèche du renégat

scrute ta comptabilité stellaire elle atteint l’obscénité

De ce qui hors du temps s’accumule osselets plutôt qu’ossements l’inscription

se retire erre dans la forêt comme une-bête une borne qu’on déplace

restreinte puis scindée

par la banalité d’un mort

sans griefs

et replongée dans son identité violente

pour en resurgir

non moins ruineuse que le texte dilacéré du soleil

Qui ravaude l’aigre tranchée manteau fendu dans sa longueur contre l’accolade

la boue enfante un oiseau

et
Ja conspiration de l’air maternel bien que réprouvé, bien qu’éblouissant

dur horizon rapproché

d’un cristal intelligible il résume le voyage

la piqûre du serpent

a déposé sur nos langues un immense oiseau entravé

Nos mains broyées

par les outils insaisissables

et la lumière s’éloigne de la plaie

nos mains énigmatiques

à force de froisser le plan du temple de
I.ouqsor

qui bifurque et bourgeonne à chaque dynastie jusqu’à nous

le soleil

au-delà l’insoutenable

entre chaque vertèbre explosant

vivants irréductibles

— et la lumière s’éloigne de la plaie

 

Jacques Dupin

PAR DES BARREAUX NOUVEAU-NÉS


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PAR DES BARREAUX NOUVEAU-NÉS

Une femme en amour devant une fenêtre vide. Des yeux bleu ardent, bleu lanière. Un corps arqué sur le désespoir de son nom. Dehors le grand tumulte harassé des
étoiles contre le ciel semble ne plus s’ouvrir, ne plus suspendre l’issue de leur perfection qu’à cette véhémence brouillée de larmes puériles, qu’à ce
gémissement, qu’à ce silence.

Jacques Dupin

Au moment où les kiosques à musique lâchent les opérettes en même temps que l’escarpolette, une femme de choeur rassemble ses voies et se met en marche. L’escalier s’est fait mécanique comme dans une histoire de retraite. Du court, déhale un jeune homme aux yeux vers. sorti  d’une pochette surprise. Il les a toutes bleues rien qu’à se dire c’est une française des je comme je veux. Vous avez dit Grenelle ? Non nous parlions de véhémence brouillée, mais c’est pareil. La fenêtre n’est plus vide. La femme vient de la remplir de son corps projeté en exemple. A la saint Décembre il est manifeste qu’Edouard préférera les bleus hardeurs aux gilets jaunes.

« Je suis allé au marché aux esclaves et je ne t’ai pas trouvé mon Amour »

 

Niala-Loisobleu – 27 Novembre 2019

L’ITINERAIRE


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L’ITINERAIRE

 

au coeur

je pense te savoir au plus près

les fils qui tiennent

calent d’erre

en excellent mobile

L’immonde se nourrit de sa malveillance, terrible addiction qui le conduit à désirer poser son fiel en tous sites tout en ne pouvant pas savoir à quoi le beau ressemble, c’est un langage dont il ignore jusqu’au début du sens.

Tout à l’heure quand t’as vu la chaîne couper la cabane éventrée du monde, ça t’a piqué comme le poignard qui se plante entres les omoplates. Tellement c’est fourbe qu’il faut passer chemin, la gangrène on ne la soigne qu’en amputant.

L’ITINERAIRE

De la torpeur qui te sangle, du purin que tu fends, chimère du rocher, le sifflement, le maléfice me poursuivent. Un accroc dans la trame, une lacune de la partition me rendent aux
ombres mal tuées dont les yeux tournent dans l’écume.

La géante. La gangrène des marteaux s’écarte de son flanc. Elle est l’àme du bronze englouti, le glas marin.

La bouffonne. Tumultueuse aux confins. Volubile dans le feuillage. Insondable sur le bûcher.

La servante. Flaireuse de tisons sous les décombres du laboratoire. Mangeuse de gravais. Une fleur l’épouvante, un baiser la disloque.

L’ingénue. Se chérit par procuration. Roucoule au commandement. Voyage encore, sans s’appauvrir, dans le volume de mon pied.

Un rayon dans l’eau m’offrait le ciel changé en serpent. Le cœur en eut raison. Le cœur, depuis le soir que tu m’es apparue. Depuis le soir que la chimère à jeun
s’ouvrit les veines dans la grâce.

Jacques Dupin

En sentant la chair de tes pores me tendre l’anneau j’accostais au matin d’une traversée qui connut des vagues scélérates. pour vivre l’abri sûr.

Ce qu’il y a d’amour dans l’autrement ridiculise les gestes automatiques d’une pulsion. On arrive à se sentir l’un dans l’Autre à tous propos. Comme un tee-shirt liberty fleurit ta poitrine je n’arrache aucun brin au tapis…

Niala-Loisobleu – 06/10/18