LA NUIT ON NE PEUT


« Au jardin fruitier » – Niala 2014

 La Nuit On Ne Peut

Ta poésie Jacques, collée aux semelles, tu me chantes chaque brin d’herbe battant le chant de ma vie. Voici un autre printemps à l’aurore approchée du couché. Soleil à saute-mouton au levé blessant d’un étoc en embuscade. Qu’attendre du silence assiégeant qui force derrière le rapt des fruits de son coeur?

Ils étaient trois les garçons, deux les filles. Ajoute à ça leurs multiples ça gonfle le sac à faire corps-mort et couler au fond à étouffer les vents-porteurs.

Sans échanges l’Art dans toute sa signification n’est plus l’Art

La couleur pourra-t-elle prendre sur le jour en négatif ?

La main à quai ne sait que tremper le pinceau, lui laisser que le mouchoir, quel mauvais tableau ça fée

Imagine un amour sans rien en savoir, quel bluff impossible pour le symbole de l’oiseau

Voilà j’ai eu le ressortir d’images décollées qui m’a pris quand le coq à chanté, c’est mains tenant à toi Bertin d’en chanter la résurgence pour que le cerisier meurt pas de stérilé.

Niala- Loisobleu – 21 Mars 2021

La Nuit On Ne Peut – Jacques Bertin

La nuit on ne peut vraiment plus échapper

On rentre dans une grange à la charpente
Inquiétante comme l’éternité

Les amis d’enfance dorment dans le foin,

Quelquefois l’un d’eux s’éveille
Et me regarde, et se rendort

Il y a de très jeunes filles, dont je suis éperdument
Amoureux
Un peu de leur neige sur mon épaule est restée
Il y a si longtemps et la neige est restée
La nuit on ne peut vraiment plus échapper …

Je sors en douce de ma vie par la porte du fond
Ou êtes vous, ou êtes vous, la nuit vous découvre et vous couvre ou êtes vous
Est ce que vous me cherchez aussi, dites si nous allions,
Comme autrefois dormir dans des décors de hasard avec de bons feux d’odeurs
Est ce qu’on nous permettrait d’y mourir
Enfant perdu, enfant puni, est ce que vous rodez autour du parc interdit
Où le jour et la nuit Dieu vous accueille juste pour vous donner l’avant goût du retour

Jacques Bertin – Cette fille


Jacques Bertin – Cette fille

Cette fille qui m’a jeté un regard à Saint-Germain, je l’ai suivie pendant longtemps
Une nuit j’ai rêvé que je pénétrais dans les seins d’une blonde sous le maillot de velours
Elle avait ton visage mais j’étais sûr que ce n’était pas toi
Une autre fois je revoyais ses yeux posés sur moi dans une cave
Tu me trouvais silencieux mais elle, l’autre, elle m’appelait
Tu me demandais « M’aimes-tu ? » Mais la question était ailleurs

Ce mouvement du ventre contre moi d’une femme qui demande l’amour
Puis sur la grève il reste des objets et des regards éparpillés
Et chacune m’est nécessaire comme dans la plaine les lumières, les fumées
Elles ne demandent qu’une chose : qu’on les accompagne un peu de temps
Dans leur roman page à page offert, leur épaule sur mon épaule
Et moi qui chaque fois me recule sans me donner

Je sortais de chez une fille. Dans la rue la pluie m’accueillait
Tu as senti, mon amour, que de très loin je revenais vers toi
Un jour je te prendrai de ma puissance et je saurai la ferveur du don
Ce sera ce soir et je rentre d’un voyage
Tu m’ouvres la porte, tu es en larmes, tu me dis
« Je t’attendais hier au soir mais il y a quatre ans que je t’attends »

DURE A PASSER – JACQUES BERTIN


DURE A PASSER – JACQUES BERTIN

Tu as traîné toute la nuit dans les bistrots du centre
Tu rentres chez toi, tu prends un papier, un crayon
Mais rien ne vient parce qu’il n’y a rien à dire au fond
Tu prends un bain puis tu prépares ton suicide

Quelquefois la nuit est bien plus courte qu’on imagine
La mort vient vite et c’est trop tard, le jour est là
Dans l’arbre, toujours le même, voilà déjà le rossignol
Le jour qui vient t’a poignardé, tu es livide

Je sens, je sens tous ceux qui cette nuit sont seuls
Qui vont passer la nuit tenant la main courante
À regarder le gouffre, à y sombrer
Je sens la mort qui jaillit du miroir éclaté

Il faut descendre dans la rue, il faut peupler la nuit
Il faut prendre la mort au licol et la mener boire
Ensemble dans une aurore lumineuse des gouttes de rosée
Que seront les mots innombrables par nous au sol déposés

Ô mon Anne quand je serai sur l’autre versant de la nuit
Je serai dans le sel de tes larmes à toi seule
Ce soir la mort pose son mufle chaud sur mon épaule
Comme une bonne compagne pas trop dérangeante pour le moment

L’OR PUR – JACQUES BERTIN


L’OR PUR – JACQUES BERTIN

Pardonnez-moi d’avoir parlé de moi encore hier j’étais si malheureux
Il y avait c’est vrai le vin les sourires les yeux

Mon bras coupé me faisait mal
Mon cœur plié dans le journal
Saignait beaucoup
Et on voyait mon espoir par le trou
Un tunnel conduisait à travers la chair vive
A une femme debout sur la rive

Pardonnez-moi pour l’espérance folle
Qui fait déborder par moments ce trop-plein de paroles
Pardonnez-moi d’être l’enfant
Qu’on a perdu dans le square, le temps
Est à la pluie, loin il y a les nuages
Comme un ourlet très douloureux dans le cœur sage

Ah vieille carte qu’on lit mal!
Les avenirs débordent de la malle
La jeune fille enfermée court en plein jour vers un bal
Au devant du convoi quelqu’un lève un fanal
Arrêtez-moi dans ma course vers l’innocence
Reprochez-moi d’être embourbé dans l’espérance

C’est par l’or pur que je vaincrai
On est sans nouvelles du steamer du printemps
Et la noyée du jour de l’an?
Il fait froid il fait mauvais temps
La femme que j’attends toujours me tance
Et j’ai ma douleur qui me lance

COMME A VAUGIRARD


COMME A VAUGIRARD

Paroles écrites au centre du projecteur

une chanson me traverse à tout à l’heure dans l’enseigne du point d’ars, manège de chevaux de bois

l’absence d’images tourne les notes à l’aveugle de l’histoire passée là sans se retenir. Du faire à cheval l’inconnu laisse sa croix de bois ici où là loin de chez lui

La ballade du passant

Tes dents sont froides comme la neige

Enfoncées dans ma langue blessée

En allant de Marseille en Norvège

Qu’aurai-je fait d’autre que passer?

Je laisse la fenêtre entrouverte

Pour le chat et pour tous tes amis

Il y a du lait dans l’armoire verte

Et quelques tranches de pain de mie

Le bruit des trains est toujours le même

Quand il m’emmenait ici ou là

La bonne était toujours la prochaine

Désert de sel ou champ de lilas

Je te laisse un peu de ma salive

Mes lèvres sur ton ventre tremblant

Et plongé dans un seau de chaux vive

Mon coeur noué dans un mouchoir blanc

Tu sais le monde est partout le même

Certains bronzent quand les autres suent

Les uns mâchent des choux à la crème

Les autres du pain sans rien dessus

Faut-il serrer les poings et se battr

Pour tous ceux qui meurent en mai

Ou regarder les bûches dans l’âtre

Et chanter la tristesse d’aimer

Et tes dents froides comme la neige

Fondent très doucement pas pressées

Notre histoire fut belle mais n’ai-je jamais rien fait d’autre que passer?

Tu finiras la chanson toi-même

Tu sais bien que mon temps est pesé

Voici l’air: il faut dire que je t’aime

Mais que je n’aurai fait que passer

Claude Semal

L’éditeur raconte n’importe quoi, dans sa mémoire il y a pas la présence du sentiment très fort. Seul le brouillon est une absence de maux. Mon vieux Jacques garde ta guitare et la coulure des chandelles d nos soirées à la bougie. On étaient riches de cette pauvreté matérielle tellement on y mettait du coeur sans forcer. On y a cru. Ma foi c’était le moins dur moment à passer. La beauté n’a de grandeur qu’en présence de nudité.

Le tant passe pas sur Jacques Bertin.

Niala-Loisobleu – 14 Mars 2021

LE RÊVEUR – JACQUES BERTIN


LE RÊVEUR – JACQUES BERTIN

J’étais l’enfant qui courait moins vite
J’étais l’enfant qui se croyait moins beau
Je vivais déjà dans les pages vides
Où je cherchais des sources d’eaux

J’étais celui à l’épaule d’une ombre
Qui s’appuyait, qu’on retrouvait dormant
Je connaissais les voix qui, dans les Dombes
Nidifient sous les mille étangs

Je fus plus tard l’adolescent qu’on moque
Au regard vain dans la ville égaré
L’homme qui campe à l’écart de l’époque
Tisonnant ses doutes pour s’y chauffer

Je suis monté au lac des solitudes
Dans l’écrin gris des charmes sans raison
Où des airs vieux palpitaient sous la lune
J’aurai laissé des chairs aux ronces, des chansons

La note basse des monts, les absences
Les émeraudes du val interdit
Toutes les belles ruines du silence
Tout ce qui ne sera pas dit!

Si jamais tu t’accroches à ma légende
Il faut que tu t’en remettes à mon mal
Ne trahis pas, vois la plaie où s’épanche
Tout un monde animal

L’enfant muet s’est réfugié dans l’homme
Il écoute la pluie sur les toits bleus
Les cœurs sont effondrés, le clocher sonne
Que faire sans toi quand il pleut?

Ma vie ne fut que cet échec du rêve
Je ne brûle plus, non, ce sont mes liens
Les sabots des armées m’ont piétiné sans trêve

Ma vie ne fut que cet échec du rêve
Je ne brûle plus, non, ce sont mes liens
Les sabots des armées m’ont piétiné sans trêve

J’écris dans le ciel vide et vous n’y lirez rien

Les Anglais bombardaient les ponts – Jacques Bertin


Les Anglais bombardaient les ponts – Jacques Bertin

Les Anglais bombardaient les ponts
C’était les noces de mon père
Le bal les cris les vendanges c’était la guerre
La nuit de noces à pieds fourbu très tard chez une tante de curé

Mon père qui n’allait jamais
verser les filles dans les vignes
Qui regarde ma mère et tout ce temps passé
Ta paille qui s’en va dans le courant de Loire Jusqu’aux ponts de Cé

Mon père prépare les plans
Ma mère prétends qu’il est fou
d’une maison encore plus près du soleil
Ta mère y sera bien sur son tricot dans un jardin très beau, très doux.

Mais je n’aime pas le tricot.
Ma mère parle des enfants
Elle dit des mots sur l’amour et sur le temps
Comme un verre fêlé et qui sourit et vivre ça dure longtemps

Vieux père tu penses à ton fils
avec qui tu parles des femmes
Ta soeur elle ferait bien de prendre un amant
Dieu lui pardonnera la fleur dans l’oeil. Il ne faut rien dire à maman

Allez l’église du bon dieu est trop petite maintenant
trop de silence dans les cartons de maman
Deux nuits de veille on fera en deux fois le prochain déménagement

Ce sera un matin d’automne
et de la pluie sur les jardins
Je serai quelque part vers Bordeaux dans un train
Avec des inconnus je parle et je ne serai pas chez nous demain

Tu es dans ton auto tu songes,
ton père est seul au rendez-vous
La lumière du jour est blême tout d’un coup
de ta vie tu as honte, un coup de téléphone et ce n’est pas beaucoup

Ton père est très loin de sa voie,
il marche seul et on lui parle
Il pense à des photos où son fils était là
Mon fils il dit qu’il ne croit pas en Dieu mais le visage de maman

Et le père dit donc au bon dieu,
pour une fois je veux bien
et si c’est de ta part s’il vient je ne dis rien
Qu’il me donne discrètement quelques nouvelles fraiches de maman

C’est une nuit d’hiver très tard
il pleut dehors l’hotel est vide
le veilleur de nuit à un sourire très doux
Il dit ma mère lui prête son châle et quelle chambre voulez vous?

Jacques Bertin

Madame à minuit (NOËL) chanté par Jacques Bertin


Madame à Minuit (NOËL) chanté par Jacques Bertin

Poème de Luc Bérimont
Musique de Léo Ferré

Madame à minuit, croyez vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez -vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté,
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le coeur.
Et ton souvenir m’arrache le coeur.

Madame à minuit, croyez-vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.