CETTE FILLE – JACQUES BERTIN


f8b3544e53d25c3592d3fc33bb47bb84

Cette fille

Cette fille qui m’a jeté un regard à Saint-Germain, je l’ai suivie pendant longtemps
Une nuit j’ai rêvé que je pénétrais dans les seins d’une blonde sous le maillot de velours
Elle avait ton visage mais j’étais sûr que ce n’était pas toi
Une autre fois je revoyais ses yeux posés sur moi dans une cave
Tu me trouvais silencieux mais elle, l’autre, elle m’appelait
Tu me demandais « M’aimes-tu ? » Mais la question était ailleurs

Ce mouvement du ventre contre moi d’une femme qui demande l’amour
Puis sur la grève il reste des objets et des regards éparpillés
Et chacune m’est nécessaire comme dans la plaine les lumières, les fumées
Elles ne demandent qu’une chose : qu’on les accompagne un peu de temps
Dans leur roman page à page offert, leur épaule sur mon épaule
Et moi qui chaque fois me recule sans me donner

Je sortais de chez une fille. Dans la rue la pluie m’accueillait
Tu as senti, mon amour, que de très loin je revenais vers toi
Un jour je te prendrai de ma puissance et je saurai la ferveur du don
Ce sera ce soir et je rentre d’un voyage
Tu m’ouvres la porte, tu es en larmes, tu me dis
« Je t’attendais hier au soir mais il y a quatre ans que je t’attends »

 

JE ME BALLADE EN S’AIMANT SEMAL ET BERTIN


JE ME BALLADE EN S’AIMANT SEMAL ET BERTIN

Les rues blanches par nuit noire montrent ce qui est avoir

Au sens pris par la barque dans la pleine-lune mise à bas

l’émoi et les autres sont ego

dans le chahut existentiel

Je tiens l’écoute de la baume et gouverne loft pour loft afin de passer la traversée au cap le plus près de mon choix

Hisse et ô…

 

Niala-Loisobleu -23 Avril 2020

 

La ballade du passant

 

Tes dents sont froides comme la neige
Enfoncées dans ma langue blessée
En allant de Marseille en Norvège
Qu’aurai-je fait d’autre que passer?
Je laisse la fenêtre entrouverte
Pour le chat et pour tous tes amis
Il y a du lait dans l’armoire verte
Et quelques tranches de pain de mie

Le bruit des trains est toujours le même
Quand il m’emmenait ici ou là
La bonne était toujours la prochaine
Désert de sel ou champ de lilas
Je te laisse un peu de ma salive
Mes lèvres sur ton ventre tremblant
Et plongé dans un seau de chaux vive
Mon coeur noué dans un mouchoir blanc

Tu sais le monde est partout le même
Certains bronzent quand les autres suent
Les uns mâchent des choux à la crème
Les autres du pain sans rien dessus
Faut-il serrer les poings et se battre
Pour tous ceux qui meurent en mai
Ou regarder les bûches dans l’âtre
Et chanter la tristesse d’aimer

Et tes dents froides comme la neige
Fondent très doucement pas pressées
Notre histoire fut belle mais n’ai-je
jamais rien fait d’autre que passer?
Tu finiras la chanson toi-même
Tu sais bien que mon temps est pesé
Voici l’air: il faut dire que je t’aime
Mais que je n’aurai fait que passer

Claude Semal

 

MARQUE-ETAGE


The Ugly Princess (c. 1902). Eleanor Fortescue Brickdale (English, 1871-1945).    Inspired by a poem by Charles Kingsley

MARQUE-ETAGE

 

 

Les toits frissonnent

Des fumées qui restent la chair a gardé le saur

Par où tu montes l’oiseau mesure l’altitude

Les pierres ont sucé le fer de lance des assauts

Par un soir de soleil couchant remplissant le compotier

J’ai vu l’arbre fruitier assembler le bois de lit de notre chambre

Au chevet sur la page ouverte vivent les branches de nos lunettes

Dans la carafe j’aime entendre le bruit du seau descendant au puits

Pendant que le livre d’images ramasse les fruit tombés

Niala-Loisobleu – 29 Mars 2020

 

SE NAÎTRE


Mel McCuddin, Man in a Hole oil on canvas

SE NAÎTRE

 

Sortir de sa fosse

de vrai

et se faire un jour devenu musique

Laisser les glaces au palais pour se reconnaître

chaque masque envoyé au vide grrr nié

Cette Colombine de Bollywood désamarrée du moulin à prière

Katmandou oublie-ça

le pont des rivières couacs-aïe siffle pareil que ce serpent en planque sous la pierre tombale. On t’a coupé le cordon pour que tu grandisses et apprennes à tisser tout seul, les avants-bras au bord du trou

Grimpes bordel

la vie est un golfe à plus de scie-trou, faut nager autrement que Manche-petit-baigneur, en plus étant du genre à avoir toucher un safran au départ, si tu gîtes à quoi sert c’te foutue quille sous ta coque

Le confinement c’est label occase à revoir sa programmation de fondement

Niala-Loisobleu – 27 Mars 2020

Je parle pour celui qui a manqué le train
Et qui reste tout seul sur le quai. Il s’en moque
Toulouse-Éternité : soixante années de train
Qu’est-ce que c’est que ce ticket qu’on m’a mis dans la main ?

Je parle pour celui qui a manqué le train
Il s’en voudrait de s’embarquer dans ce voyage
Et de vivre il s’en fout. Sa vie de lui s’éloigne
Dans le wagon de joie de vivre des premières et il s’en fout

Ce train sent la sueur, les femmes qui rigolent
Les cris d’enfants, la gueule rasée des officiers
Le regard suffisant des femmes engrossées
Les causes et les drapeaux, le bon marché, la révolte

C’est un matin très gris, très beau d’une province
Tu vas dans le silence des étals et des balcons
Tu marches dans la rue, tu t’en fous, tu te moques
De toi, de tout, de rien, de ta vie qui s’en va

Ce serait chouette de partir tout seul pour un voyage
La vie rêvée, la mort qui tremble de parfums
Et dans le paradis sans bruit, comme une enfance
Où s’en vont les linges de femmes, parait-il

Jacques Bertin

 

 

 

 

 

LES MINES AUX TORTS A RAISON 2


ea55f320c67760397579dce95d43843e

LES MINES AUX TORTS A RAISON 2

 

Déjà décidé à rétablir la vérité, j’entrais à l’Ecole convaincre l’Académie que le bleu c’était pas une couleur froide. Toi tu démontrais ta parfaite connaissance de Marguerite. Ce qui montra immédiatement combien notre communauté solaire n’était pas une de ces idées qu’on se glisse dans la tête. D’ailleurs la tête, mis à part tes passages toro, ça a  jamais été notre lieu de prédilection

Pendant que tu montais le podium, je traînais S’-Germain-des-Prés comme une seconde nature, une même femme en tête de liste dans nos agendas, Barbara qu’à s’appelle toujours, j’y suis passé le premier par son Ecluse. Une vraie forge de Vulcain qui m’a amené à fréquenter des gens très recommandables, Ferré, Brassens, Brel, Reggiani, Bertin et des quantités d’autres, l’Epoque là était pas radine en beauté. Sans compter que le Tabou comme fournisseur c’était haut de gamme. Boris était une sacrée sphère à lui tout seul. Juju avant de se faire refaire le nez avait mis sur la place son né fabuleux, un tablier de sapeur qui lui valut le titre de Miss Vice. Imagines, le vice d’alors comparé à celui d’aujourd’hui

On aimait bien la Rose Rouge aussi. C’était un lieu d’acteurs cinéma et théâtre le fréquentait

Puis clou du spectacle, Char, Camus, Eluard, Breton, le Surréalisme, Sartre, Le Castor, Aragon, Prévert, Cocteau, Picasso, et d’autres comme nourriture difficile de faire mieux

Nos nuit à la Rhumerie et au Babylone ont des oreillers neufs, ont dormait pas

La Ruche, en plein Giacometti, Chagall…

Rien que de voir passer ce tant là, je comprends ta rage à vouloir pas en être écartée. L’amour est fondé en ces lieux

C’est mon Paname au complet réunissant le passé au présent, Montmartre et Montparnasse avant la grande débacle

Et vinrent les années de guerre…

Niala-Loisobleu – 25 Mars 2020

Jacques Bertin/Des mains


Jacques Bertin/Des mains

Des mains
Pour partir au long cours
Comme des cheveux
Ou comme la vie
De belles mains
Sur la page ou la peau
De belles mains
Des mains de noblesse

Des mains
Comme sont toutes les mains

Des mains
Comme des veilleuses
Dans l’ombre naissant
Allant et venant
Des mains de lingères
Des mains
Comme veillant, les mains de mère

Des mains
Qui creusent des sillons
Dans la vie sans ombre
Des mains aveuglément
Qui suivent une passion
Des mains pour bâtir la maison
Comme mon père

Des mains
Comme des foules de mains
Qui viennent donner la main
Des mains
Comme des foules de mains
Appelant l’espoir et l’eau vive
Des mains
Comme des troupeaux de mains
Longeant la rive
Et t’accueillant dans ton lendemain
Sans limite

Des mains
Traçant les signes du pardon
Et puis se cherchant
Comme des paroles d’abandon
Des mains
Comme des voiles pour partir loin

Des mains
Comme des voiles pour partir loin, loin
Avec des yeux d’enfant dans l’horizon loin, loin
Des mains
Pour mon amour loin
Des mains pour ramener l’amour à la raison
Et le vagabond à la maison

 

 

Ma vie, mon œuvre – Jacques Bertin


Ma vie, mon œuvreJacques Bertin

Je n’ai pas su partir au loin
Convoquant les ports et les îles
Brisant les lignes du destin
Comme un joueur d’osselets malin
Bousculant la donne et les villesJe n’ai pas été l’homme-oiseau
Régnant sur la côte dalmate
Ni protecteur des pays Baltes
Avec son sceptre de roseau
Il étend son bras jusqu’à Malte

Au Vidame des ponts, à Pise
Avant de le tuer comme un chien
Il a racheté sept putains
Qui viennent manger dans sa main
Et l’aiment et qui le lui disent

Ses pirogues sont sur l’Ogooué
Chargées de son camphre et son miel
Le roi du Soudan amadoué
Lui paye des plants d’arbre à sel
Avec deux cents chevaux de selle

Il conquiert les Pays du Livre
Avec quatre cents cavaliers
– Mon manteau pourpre les rend ivres :
Livre ton âme et ta monnaie
Remercie Dieu qui te délivre !

J’ai menti plus qu’on ne peut dire
J’ai vendu des années durant
De faux ciboires en fer blanc
Disant la messe en allemand
Pour de faux moines durs à cuire

Piroguiers descendant l’Ogooué
Qui donc gémit dans ces barils ?
– Des âmes d’enfants étouffés
Des pierres bleues du dieu Avril
Des larmes gemmes pour les îles

J’ai sauvé les couvents de Bâle
Cernés par les Teutons haineux
Ils voulaient la peau des moniales
Ces démons se battaient mieux qu’eux
– La supérieure fut triviale

J’ai parcouru l’ancienne Épire
Fuyant l’Europe et ma moitié
Suivi d’un mamelück d’empire
Et deux femmes qui me battaient
– Battez-moi, mon ancienne est pire…

D’un ministre l’épouse en fuite
Blanche et grasse et toujours très nue
Serait-ce cela qui m’excite :
Des ministresses la vertu ?
Iconoclastie tu m’habites !

Puis la négresse belle et fine
Cadeau de son père à Sidney
– Je l’avais sauvé de la ruine
M’offrant sa fille il en pleurait :
« Prends ma fille et rends-moi ma mine »

Ils m’ont tendu une embuscade
Le Turc m’ayant brûlé les pieds
Je dus égorger mes beautés
Selon un rituel omeyade
Y pensant, j’en reste malade

La grosse reine de Bohême
Me fit fouetter par ses minets
Avant de me s’offrir soi-même
Mâle ou femelle, je ne sais
M’empalaient parmi les blasphèmes

Ô la nostalgie de l’Ogooué
Les chants des rameurs sur le Nil
L’enchantement du fleuve Avril
Les canons tirant de la baie
Et les peuples grouillant qui filent

J’ai lutté pour rien au Mexique
J’ai vaincu à Tenochtitlan
Bousculant une armée d’enfants
Faméliques, chacun douze ans
Ils chantaient des chants pathétiques

Puis tombaient parmi les blés maigres
Ce tableau naïf est vendu
– Le commodore fut pendu
J’en garde un souvenir ému
Et des fusils à Port-Alègre

On fait des festins sur l’Ogooué
Vous n’imaginez pas lesquels
Le fiel coule de la cervelle
D’un jeune singe ébouillanté
Pour Pâques, bouffez de la pucelle

Oui, le Négus trichait aux cartes
Oui, un beau jour j’ai abordé
Salomé, Sarah, Jacobé
Gouinant sur leur petit voilier
Qui voulaient plus que je reparte

Une autre fois, rôdant dans l’Indre
J’ai vu la mission Lavilliers
Cherchant le Pérou sur l’Allier
Croisant l’expédition Hallier
Qui faisait semblant d’être aux Indes

Beaux mensonges, beaux mariniers
Emportez-moi vers d’autres rades
Faux palais, faux marbres, faux jades
Auprès de vous des Templiers
Le secret me paraît bien fade

Mais l’aventure la plus folle
C’est la fille que j’ai aimée
À vingt ans qui dans la corolle
De ses bras m’a emprisonné
Et qui veut plus que j’en décolle

La moue de tes lèvres cruelles
Me fouaille plus que coups de fouet
Toiles claquant des caravelles
Tes vrais yeux sont des faux billets
Chaque nuit j’en oublie la belle

Ta sainte alcôve pour moi compte
Plus que les bouges de Tanger
Tu me parles à l’oreille et honte
Me vient, l’orage au ciel chargé
Je te soudoie et on se monte

Certaines fois le vent se lève
Pour la migration des regards
« Maîtresse, rentrons, il est tard »
– J’aime ce léger désespoir
Qui donne son parfum aux rêves

Certaines fois je crois en l’Homme
Tu me convaincs et tu m’absous
Par le rire et l’amour. En somme
La foi y est cachée dessous
Je crois au monde ou c’est tout comme

Et tu es toute ma frontière
On y passe en fraude un baiser
Un de plus et la vie entière
J’affrête pour appareiller
Ma pirogue sur l’oreiller

 

LE PASSE DE MA RUE


 

ad60f72f2f91b0fb37052b9d8deef626

LE PASSE DE MA RUE

Les chapiteaux démontés du roman

la table des matières se vide

Je retourne dans mes culottes courtes, dessous le tablier, nez aux carreaux, ce qu’il me reste du passé est si riche qu’à l’à venir j’aurais plus pour te dire pourquoi tu es ma rue, mon enfilade à trottoirs, mon tir à l’arche, mes ponts , mon quai, mon jardin public, ma porte-cochère, le cinquième de la chambre de bonne par l’escalier de service, mon vasistas et l’eau au bout du couloir, la cour où le rebond des balles m’attire quand tu te penches au dérobé des bretelles

Mes quat’saisons dans la charrette en jardin potager, puis sur deux roues voisines tant de fleurs que le cheval du bougnat veut plus charrier les sacs de boulets pour rester à sentir

T’ai dit les repasseuses et leur gouaille à culotte fendue, les formes de la boulangère lâchant ses vapeurs par le soupirail devant la meule du rémouleur et le cri d’ouverture du vitrier qui nie l’adultère de sa liberté

Le papier à musique des chanteurs de rue, violons d’un couloir de métro, accordéon aveugle au regard planté dans l’espoir que la lutte sociale arrête la fantasmagorie du pouvoir

J’ai grandi dans tout ça pour voir la frime prendre corps et s’installer au pouvoir, ainsi font trois p’tits tours et puis s’en vont, à moins que ben non

Ainsi te revoilu ma rue, plus poilue qu’à la tranchée de vers d’un

Laisse moi t’atteler en équipage, le rossignol chante à minuit, il est pas trop tard pour sauver ce qui reste de dignité, je tire les papillons des épingles des empailleurs pour rappeler que la soupe populaire à plus élevé le social que le cinéma d’allocs d’une assistance qui endette…

Niala-Loisobleu – 7 Janvier 2020

Jacques Bertin/Faut-il être fou ?


Jacques Bertin/Faut-il être fou ?

Faut-il être fou pour avoir aimé les rides d’un vieil Espagnol ?
Être fou pour avoir frémi aux pleurs d’une gitane aveugle ?
Être fou pour avoir bondi aux poings brandis d’un vieux Quichotte ?
Ici quinze cents sacrés cœurs mauresques et le drapeau de Charles Quint
Montent pour me clouer les yeux au mur d’un couvent andalou

Chez moi il y a des fontaines lourdes et des pommes d’après saison
Quinze gamins en mal de rêve y viennent sourdre des chansons
Chez moi de jambes folles vont les filles au long des matins de chardon
Prier Sainte Anne en ses chapelles en sa rose et bouquets d’ajoncs
Chez moi toutes les filles s’appellent Anne et elles ont toutes seins blancs
Cuisses lourdes et hanches vastes, j’y menais rêver mes troupeaux
Chez moi j’ai quatre amis, quatre poètes : Pierre, Jacques, Yves et Joël
Pierre, Jacques, Yves et Joël, oh, ne m’ayez pas oublié
N’ayez pas oublié nos filles, nos fredaines et nos chansons

Ici, derrière un vieux muret de pierres, j’attends la mort dans un sommeil
Peuplé du lait de femmes blanches au froid d’un marbre horizontal
La nuit, la nuit sur mon fusil de pierre je mords des chevaux andalous
Je blesse au vagin des gitanes, j’embrasse des épagneuls roux
Et de tendres gazelles blanches, et je brûle des orangers

Ici il y a un gamin timide avec des tulles de princesses
Qui brûle mes Républicains
Dernier matin de ma jeunesse
Déchirée de viol et de sang
La mort s’en vient, matin blafard
Dix-huit nuits m’ont amené là
Dix-huit rêves pour y venir
Dix-huit rêves pour y mourir

Je pense à toutes mes années
Je pense à toutes mes gazelles
Mes gazelles abandonnées
Pierre, Jacque, Yves et Joël
Nous nous sommes bien oubliés
Voici la Garce qui s’en vient et j’ai l’éternité pour moi
Pour une chanson dans le sol où l’amour est enfin réel

 

 

LE CHEVAL – LUC BERIMONT/JACQUES BERTIN


image-oeuvre-les_chevaux_du_printemps-1000-1000-78704

LE CHEVAL – LUC BERIMONT/JACQUES BERTIN

le cheval a le temps de mesurer la terre

il tire au râtelier la paille du soleil

sur son ventre un tracé de rivières amères

où déferle le sang innocent des sueurs

cheval

cheval cloué vivant sur l’arbre de la faim

ton œil veilleur et doux sur nos mains pardonnées

cheval

jusqu’au poitrail dans la houle du pain

éclaboussé de vent et frotté de fumée

cheval

cheval mal dégagé des brumes du matin

somnambule avancé sur le bord du ciel vide

une voix te hasarde une voix retient

usé par le vin fort et l’amour et l’eau des larmes

Luc Bérimont