POUVOIR D’EMPAN


 

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POUVOIR D’EMPAN

 

Du brouillard en effiloches

clef glissée dans l’outil

Rien à peindre de particulier

juste toiletter le visage de ma palette

je pousse la porte et recentre son axe

L’espace de noir est si court que j’ai déjà la main au volet

terrifiant ce qu’un rien de compliqué peut avoir de pouvoir de confusion

j’aurai pu me laisser convaincre que j’avais tort

mais un arbre bleu oser vouloir le faire gris noir c’est insensé

 

Niala-Loisobleu – 13 Novembre 2019

 

Des mains – Jacques Bertin


Des mains – Jacques Bertin

 

Des mains
Pour partir au long cours
Comme des cheveux
Ou comme la vie
De belles mains
Sur la page ou la peau
De belles mains
Des mains de noblesse

Des mains
Comme sont toutes les mains

Des mains
Comme des veilleuses
Dans l’ombre naissant
Allant et venant
Des mains de lingères
Des mains
Comme veillant, les mains de mère

Des mains
Qui creusent des sillons
Dans la vie sans ombre
Des mains aveuglément
Qui suivent une passion
Des mains pour bâtir la maison
Comme mon père

Des mains
Comme des foules de mains
Qui viennent donner la main
Des mains
Comme des foules de mains
Appelant l’espoir et l’eau vive
Des mains
Comme des troupeaux de mains
Longeant la rive
Et t’accueillant dans ton lendemain
Sans limite

Des mains
Traçant les signes du pardon
Et puis se cherchant
Comme des paroles d’abandon
Des mains
Comme des voiles pour partir loin

Des mains
Comme des voiles pour partir loin, loin
Avec des yeux d’enfant dans l’horizon loin, loin
Des mains
Pour mon amour loin
Des mains pour ramener l’amour à la raison
Et le vagabond à la maison

Jacques Bertin

 

ENTRE TIEN EMOI 116


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ENTRE TIEN EMOI 116

La banalité de l’époque voudrait paraître qu’elle ne se montrerait pas mieux. D’où la poussée d’un essentiel se passant d’efforts. Ne rien chercher. Laisser venir pour garder l’âme des choses. Et sortir des états creux de situations vides. Les propositions se faisant admiratives ne sont destinées qu’à faire reluire le donateur. Cesser aussi de faire paraître ce qui a vu jour dans un désir d’enfant à deux. Le voyeurisme entaché par son dédain de l’intime. Depuis NOUS en début d’année plus de 60 témoins ont succédé à la barre. Le jardin est riche d’un état d’absolu qui l’appelle au secret afin de n’être pas gaspillé

Tu écris à l’imprimé du tableau, je peux te voir par le déboutonné de la veste

Ta chaise remue, bat des pieds, chauffe du coussin

De mon côté dans ce no man’s land qui précède l’expo le pinceau a la tête à l’envers et le chevalet reste attaché à l’anneau

Pourtant sous l’averse la mer chantonne, on voit les gabiers à quai et les filets qui sont en tas avec les bouées de marquage. La file des curieux fait le tour du phare, on n’y voit rien en plein jour

Je flotte dans la pensée d’un autre voyage, tu t’approches d’un temps d’arrêt attendu. De la musique en cours nous avons éteint Vianney comme une contre-référence

Où est la Bande à Bertin, compagnons de ma jeunesse

Laetitia, l’horreur, fait chaque jour la couverture, l’idole s’est pris entièrement le terrain

A  part tes seins, ce qui tombe rien ne relève la flamme chaude de l’arbre en automne

La pierre pompe de l’eau de quoi tenir les vessies hors des lanternes, ma poète quand au bout des bras j’accrocherais les Eaux-Neuves de cette Epoque, la douleur aux reins me fera sourire comme quand tu me dis de venir à toi

Les labours appellent en corps des boeufs à l’attelage

le cheval auprès de la porte dessine des fleurs pour couper le barreau des cages

J’ai la langue à la mangeoire comme un itinéraire en trace

Un tel désir de vivre nos couleurs.

Niala-Loisobleu – 16 Octobre 2019

 

NOTRE CLOSERIE


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NOTRE CLOSERIE

 

La discipline de notre vannerie aidant, la clôture est de tresse morale. Ma, toi tu sais au naturel qu’habiter ensemble  pour raison d’amour ne s’exhibe sous aucun prétexte. Les murs peuvent être la grande toile de tes seins en vol, la végétation luxuriante de ton amazonie fertile, la chute de tes reins sur deux rochers en sable blanc d’un inviolable bord de mer transparent, eaux limpides en caresses d’une innocence permissive dévoilant le cru des laves. Tout comme dans les plongées sous-marines mon périscope monte  à ta vue. L’arbre est soie, la menthe à large feuille , les tomates à chien et le gibbon une des parades de l’aube. Entendez les effusions volatiles  comme le souffle clair d’une respiration sans encombres asthmatiques. La Closerie n’est pas un club échangiste qui ferait vitrine pour sa promotion.

L’âme du poète couvre tout, autour de ses chemins surréalistes sortant des terres incultes, à l’écart des déserts médiocres. Les Citées Enfouies sont à l’inverse des Titanic des lieux vivants et non des épaves à musique et table du commandant vacante.. Il faut aborder la Légende pour sa Traversée. Ses joies comme ses souffrances, puisque l’un dépend complètement de l’autre.

Le Beau ne peut être caché

Cela n’entend pas qu’on puisse le piétiner à loisir avec ses sabots boueux.

 

Où te chercherai-je

Si je n’ai la clef

Des mille serrures ?

Sous la mer qui bat

Comme un cœur dément

Ou bien dans l’écume amère des nuits ?

Comme une racine

Qui surgit des vagues

J’aurai cru parfois

Pouvoir te saisir

Mais le souvenir

De nouveau s’efface

Sous l’eau la plus vide.

Il me restera

De croire au matin

Contre tout espoir

D’être cet enfant

Qui apprend à vivre

Et qui tient sa lampe

Comme une fleur triste

Battue dans le vent.

Hélène Cadou

 

Est-il un matin que l’on a bordé la veille, qui malgré nous, ne peux se tordre le pied en se levant , Non. Chaque existence trouve thérapie dans l’échange. Donner ne doit pas pour autant devenir synonyme de prendre.

Niala-Loisobleu – 16/10/19

 

Celle qui avait les cheveux dans les reins » – Jacques Bertin


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Celle qui avait les cheveux dans les reins » – Jacques Bertin

 

Celle qui avait les cheveux dans les reins
Est-ce qu’elle est toujours à genoux sur ma tête ?
Est-ce que la nuit quand je dors, je rentre en son jardin
Sans m’éveiller je descends à nouveau chez elle ?Je reconnais les objets familiers un à un
Les degrés de pierre, l’étang, la resserre
Les soieries que j’aime et dont elle se vêt
La page où elle est striée de noir de dentelles

Adolescente, ô corps que j’aimais
Je pense à toi, je prépare, je rêve
La nuit revient perdue, ta main
Reste dans mon épaule aux tourterelles

Jacques Bertin

JE SONNE CHEZ VOUS – Jacques Bertin


 

JE SONNE CHEZ VOUS – Jacques Bertin

 

Je sonne chez vous, les mains vides
Je ne donne rien que mon chant
Je n’en sais pas les premiers mots ni la musique
Mais entendez
Cette respiration qui est la mienne
Roulée en boule et sur elle retient son chant
Je ne donne que l’amitié dans le bol cassé de la tête
Comme ce chien dans le regard des hommes qui vivait

Heureux celui qui me reçoit dans sa maison
Et de sa main il caresse sa femme
Et les draps sont pliés dans l’armoire à la place des draps
Et l’heure à la place de l’heure
Mais le rire de ton enfant il ressemble à la craie
Et toute chose a l’élan mort des pierres
Je ne donne rien que mon chant mort et qui s’étonne des morts

Jacques Bertin – Rappelle-toi le temps qu’il fait …


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Jacques Bertin – Rappelle-toi le temps qu’il fait …

Rappelle-toi le temps qu’il fait dans ta jeunesse
Rappelle-toi l’odeur de la maison
Mon fils était le plus beau, où est-il ?
Rappelle-toi le temps qu’il fait dans ta jeunesse
Dans ta jeunesse tu es belle, les hommes te regardent
Tu vas à l’usine, tu cours, tu n’as pas le temps
Oh, je voulais partir vers des îles
Avec des amoureux qui me couvraient de fleurs
Voici le port ce soir, voici l’île, voici la rade, le silence, voici l’exil
Vieille femme déchue du règne des vivants, écarte-toi
Oublie tout, oublie ta jeunesse, oublie le travail et la peine
Va coucher hors la ville dans les ordures
Ai-je trop travaillé comme le bœuf attelé et sans jamais tourner la tête
Animal condamné qui attend immobile dans les stalles
Bête passive abandonnée des maîtres après usage
Chanson sortie du répertoire
Prostituée poussée dans le ruisseau après la fête

Jacques Bertin