ENTRE LES PIEDS AU LONG DES CUISSES


ENTRE LES PIEDS AU LONG DES CUISSES

Au jardin

tu es venue pêcher du soleil dans les mouvements du chien

l »après-midi s’écoule en d’occitanes pensées

pour que la chaleur des pierres garde son esprit cathare au travers de la garrigue

des vignes de Corbières et des guitares du soir

quand l’accent porte les pas d’une danse ancestrale

Dans les virages des seins qui se font plus lourds

le ventre en colline

laisse le vent prendre son odeur et la dépose aux peaux des tambours

Les pieds décroisent

le chat est mouillé

le martin-pêcheur s’apprête à plonger

le chemin n’a pas perdu ses graviers, la main ne peut s’égarer

La dérive recrache la cabane

avec les pommiers et les vaches au bord du train qui remonte de loin

Niala-Loisobleu – 19 Juillet 2021

Chanson du retour

Jacques Bertin

Quand tu voudras, bien lentement
Par la côte, par cabotage
Par l’ancien chemin des douaniers
Par l’amplitude des marées
Par les degrés de solitude
Par la force acquise de l’âge

Reviens, sonne ici, sonne bien
Quand tu voudras, lentement, bien
Comme j’ai moi-même sonné
À ta porte un jour en novembre
Sonne, ô ma morte, un soir de cendre
À l’avenir et j’ouvrirai

Meurs ta beauté, belle éphémère
Et avec toi ton diable aussi
Violent, intense et sans merci
Et qui tuait l’amour aussi
Meurs donc où tu es sur la Terre
Puis viens te mettre à ma merci

Moi, je vieillis, furieux de tout
Comme collé à sa soupière
Un graillon de vieille colère
Mon instinct du jeu sans atout
M’aura fait te chercher partout
Retourner la vie, pierre à pierre

Toi, tu dérives dans ton âme
Les soleils morts des galaxies
Brûlent des souvenirs rassis
D’anciens enthousiasmes de femmes
Je les vois ces signaux de flammes
Les nuits les portent vers ic

Ainsi, nous voilà très égaux
Rapprochant nos mondes rivaux
Comme deux bateaux si fantasques
Deux passés coulés dans deux vasques
Ou bien deux avenirs floués
Et la porte que j’ai clouée
Peut s’ouvrir sur une bourrasque

Rappelle-Toi Le Temps Qu’Il Fait par Jacques Bertin


Jacques Bertin

Rappelle-Toi Le Temps Qu’Il Fait par Jacques Bertin

on À Besançon (1974)

Rappelle-toi le temps qu’il fait dans ta jeunesse
Rappelle-toi l’odeur de la maison
Mon fils était le plus beau, où est-il ?
Rappelle-toi le temps qu’il fait dans ta jeunesse
Dans ta jeunesse tu es belle, les hommes te regardent
Tu vas à l’usine, tu cours, tu n’as pas le temps
Oh, je voulais partir vers des îles
Avec des amoureux qui me couvraient de fleurs
Voici le port ce soir, voici l’île, voici la rade, le silence, voici l’exil
Vieille femme déchue du règne des vivants, écarte-toi
Oublie tout, oublie ta jeunesse, oublie le travail et la peine
Va coucher hors la ville dans les ordures
Ai-je trop travaillé comme le bœuf attelé et sans jamais tourner la tête
Animal condamné qui attend immobile dans les stalles
Bête passive abandonnée des maîtres après usage
Chanson sortie du répertoire
Prostituée poussée dans le ruisseau après la fête

Jacques Bertin

Marvaud et par plaines

Rappelle-toi l’odeur du remuement de cette vague venue sans personne

Notre jeunesse en corps

Je n’étais que l’autre des deux qui voulais partir pour les îles

Nos enfants beaux venus chez toi s’amarrer au m’aime anneau

Celui que les fleurs fruitent en paumes pour les cerises

Voici le franco de port ce soir qui, pôle et vierge, unit les paroles et la chanson dans l’accordéon

Rêve tenu…

Niala-Loisobleu

15 Juillet 2021

DOMAINE DE JOIE / JACQUES BERTIN


DOMAINE DE JOIE / JACQUES BERTIN

Parmi les choses de la terre comme dans le fond d’une journée
Tiennent quelque part, loin, derrière les collines assomées de l’été,
On est soi même la pomme et le blé, l’odeur du foin coupé
On est dans une ride du sourire de la Terre
On est sur le palier de l’éternité, on va frapper.

Ceci est votre domaine de joie
Ceci est votre domaine où chante l’oiseau

Ceux qui sont morts pour rien, pour la justice ou pour rien
Les pierres sont lisses sur leur tombe, elles servent à marquer les prés,
A marquer le grand pré du monde à ces quatre points cardinaux
Et vous voilà, écartelé, ouvrant les bras, une chanson plantée dans les épaules

Entendez vous ce que j’entends dans les feuilles d’herbes, dans le vent immense
Entendez vous ce que j’entends,
Cette parole impitoyable qui mène mes oreilles et qui dit :
Camarade à cause de notre commune solitude
Ceci est votre domaine de joie

Réveillez vous,
Il y a des terres en friches,
Votre visage à irriguer,
C’est aujourd’hui que tout commence, il faut apprendre à aimer,
Réveillez vous,
Du silence effrayant, l’amour est né.
Il faut descendre dans la rue,
Il faut chanter,
La révolte a vaincu le silence
L’amour est né
Ecoute les feuilles des arbres dans ta tête
Ceci est ton domaine de joie
Tu ne fais qu’un avec ta vie, tu t’assieds
Et dans une ride du sourire de la Terre
Tu les a même … l’éternité.

J’AI VU SES YEUX – JACQUES BERTIN


 J’AI VU SES YEUX – JACQUES BERTIN


J’ai vu ses yeux
Un bel étang de femme-saule perdue dans un espace étrange
Le songe lointain des contrées et ses lèvres d’oiseau mouillées
Si bien que du bout de mes doigts j’aurais voulu les essuyer

Comme au matin, une fontaine, son sourire d’enfant comblé
Plus clair que l’infante Isabelle et plus vif qu’un jet d’hirondelles
Que l’oriflamme du matin et le miroir d’une sirène
Le page blond du printemps et l’alauda des mutinés

Est-il permis d’être aussi blonde à en rendre jaloux les blés
De Beauce et de Brie rassemblés au bord du chemin de sa course ?
Et je les entends murmurer que Dieu les a abandonnés
Et moi, Dieu je lui en sais gré pour la beauté qu’il m’a donnée

Vivace comme un fil de anche si le vent lui a ordonné
Ou si le vent l’a ordonné à la tendresse abandonnée
Comme un bouquet d’herbes de rives, humide et tiède sans parler
Humide qui me rend humide, les yeux entre rire et pleurer

Et sa joie à pleines dents blanches c’est Chartres au matin ressuscitée
Naïve et farouche Gavroche, ma farouche avec le menton
Ma naïve avec ses fredaines, ma fleur de neige et d’eau
Mon clown-enfant, ma barbouillée, ma korrigane libérée
Ma blonde enfant, ma tant aimée

Je vais apprendre à me taire, je vais apprendre à écouter
Passer le vent entre ses lèvres et je vais devenir léger
Je vais devenir léger
Et puis de laiteuses tendresses, je vais apprendre à calmer ces craintes d’enfant effrayé
Qui a peur du noir et appelle. Et je vais devenir berger

Jacques Bertin : Les Biefs


Jacques Bertin : Les Biefs

Le soir
Quand vous basculez dans le ciel
Vers votre aventure nocturne
Je voudrais retenir qui j’aime
Il est trop tard
Les biefs sont fermés
Serai-je aussi seul avec le chant des peupliers
Quand il n’y aura plus personne sur la terre ?

Le soir
Quand vous basculez dans le ciel
– Espoir ourlé de ses chagrins –
Je vous dessine de la main
Les biefs du cœur
Ne sont qu’assoupis
Le chant des arbres, c’est la vie qui nous tient réunis
Je suis partout, veillant sur vous, sur cette terre

Le soir
Quand vous basculez dans le ciel
Le front brûlé au lendemain
Je suis l’air et le vent dormant
Les biefs du cœur
Tremblent jusqu’au matin
Il me suffit que vous me sachiez attentif dans l’ombre
Je ne suis jamais seul. Vous ne m’oubliez pas

LE VOYAGE DE PLUME DOIGTS


LE VOYAGE DE PLUME DOIGTS

Des stances transparentes traversent les pas perdus

Propre qui sale l’eau douce d’un frottis sorti d’art-re du coquillage

la coquille étape et gîte le chemin de St-Jacques

On voit plus loin du haut des tours

quand la main d’un signe écrit de ses lèvres le noir regard bleu de ses yeux

sous la voile être

Saxifrace au bec l’oiseau rocaille le rempart..

Niala-Loisobleu – 13 Juin 2021

Jacques Bertin – Un voyage

Un voyage »

J’ai retrouvé dans la coque la vieille fêlure
L’humidité qui suinte comme l’éternel poison
Et j’ai pleuré, assis la tête contre la cloison
De l’autre côté le moteur battait son chant profond
Celui qui vient de l’enfance
Et dont les basses fréquences
Toujours ont raison

Où tu vas poser ton sac
Fais un lit avec tes larmes
Il flottait dans cet endroit une odeur de goudron et d’urine
Gravé dans le travers de la blessure on distinguait un nom
Une illusion ou un message ou une marque de fabrique
Le monde passait contre les hublots lentement comme un monde
Les façades prétentieuses croulaient dans les angles morts
On voyait des visages de femmes glacées et pensives
Marquant la brume comme d’immatures soleils d’hiver
Je ne sais pourquoi je me bats le bateau me conduit dans l’aube
Ah vers la haute mer, bien sûr, comme chaque matin
Je me retrouve faisant mon méchant trafic dans un port incertain
Il faut payer cash, en devises fortes et avec le sourire
Je ne sais pourquoi je me bats. J’ai pleuré dans la chaleur torride
Le monde est beau! Les femmes se donnent avec des airs de s’oublier!
Nos victoires sont devant nous qui nous tendent la main!

Où tu vas poser ton sac
Fais un lit avec tes larmes

JACQUES BERTIN – AMBASSADE DU CHILI


JACQUES BERTIN – AMBASSADE DU CHILI

L’Ambassade est une bouche fermée désormais pour longtemps
On y a mis pour faire respecter les lois de l’hospitalité des gendarmes français
Toujours les mêmes pour faire circuler le cœur des gens
Cela sera un peu plus dur de vivre avec
Le souvenir de ce crime au coin de la rue et tout ce sang
Il y a eu un crime, on a tué un peuple, on fait circuler les passants
Je circule donc. La vie me pousse sans ménagements
Je m’en vais me construire avec le mortier des reculs, des renoncements
Une maison où je place chacun à sa place, mon enfant
Mes amis et cent mille générations de pauvres gens
Sur la toiture je mettrai cet arbuste fait de grands mots
La dignité ou la justice – Tout ça fait un peu théâtral.
Dessinateur prudent, je bâtis une maison pour dix mille ans
Dix mille ans de lutte contre dix mille ans de mensonges, je suis patient
Je me bats quelquefois le dos au mur avec le bonheur fou que je protège sous ma veste
Comme un message ou une bombe destinés à quelques clandestins
A cause de ce bonheur-là je dis que je suis invincible
A cause du fil qui dans les siècles se tend je ne faiblis jamais
A cause de ce bonheur je suis partout chez moi et je ne suis jamais
Déraisonnable. Tous ceux que je méprise sont nus. Je les soupèse. Je les dévisage
Craignez le regard qui écrit votre vrai nom sur vos visages
Comme une gifle cinglante ou comme une balafre. L’insolence
Est à la jeunesse du monde, à la passion
Je suis partout dans ma maison

Je n’oublie rien, jamais. Je ne faiblis jamais
J’écris, j’écris sur des papiers pour les saboteurs
Courez la nuit le long des voies, j’écris sur le bonheur
Et sur la joie. J’écris pour le Chili, pour le temps qui va
Qui ne donne sa force qu’à ceux qui ont un monde à gagner
J’écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu’il faut nier
J’écris à cause de
Tant d’amour et tant de douleur

UN VOYAGE – JACQUES BERTIN


UN VOYAGE – JACQUES BERTIN

J’ai retrouvé dans la coque la vieille fêlure
L’humidité qui suinte comme l’éternel poison
Et j’ai pleuré, assis la tête contre la cloison
De l’autre côté le moteur battait son chant profond
Celui qui vient de l’enfance
Et dont les basses fréquences
Toujours ont raison

Où tu vas poser ton sac
Fais un lit avec tes larmes
Il flottait dans cet endroit une odeur de goudron et
d’urine
Gravé dans le travers de la blessure on distinguait un nom
Une illusion ou un message ou une marque de fabrique
Le monde passait contre les hublots lentement comme un
monde
Les façades prétentieuses croulaient dans les angles
morts
On voyait des visages de femmes glacées et pensives
Marquant la brume comme d’immatures soleils d’hiver
Je ne sais pourquoi je me bats le bateau me conduit dans
l’aube
Ah vers la haute mer, bien sûr, comme chaque matin
Je me retrouve faisant mon méchant trafic dans un port
incertain
Il faut payer cash, en devises fortes et avec le sourire
Je ne sais pourquoi je me bats. J’ai pleuré dans la chaleur
torride
Le monde est beau ! Les femmes se donnent avec des airs de
s’oublier !
Nos victoires sont devant nous qui nous tendent la main !

Où tu vas poser ton sac
Fais un lit avec tes larmes

J’allais vers toi comme dans l’eau la paille – Jacques Bertin


J’allais vers toi comme dans l’eau la paille – Jacques Bertin

J’allais vers toi comme dans l’eau la paille
Ah, que j’aimais les reins de ce courant!
Cette eau forte et lourde et vive! Où que j’aille
Quel soleil m’appelait absolument!
Un astre unique et sa cour de reflets
Et je croyais en l’avenir, je renaissais
Les jours ne m’étaient plus comptés, j’avais le temps
Il faisait doux nager dans le fleuve d’argent
N’oublie pas d’où je viens, traqué par les chiens jaunes
Et je me suis jeté dans le delta, vers Salins, dans le Rhône

Jacques Bertin