Madame à minuit (NOËL) chanté par Jacques Bertin


Madame à Minuit (NOËL) chanté par Jacques Bertin

Poème de Luc Bérimont
Musique de Léo Ferré

Madame à minuit, croyez vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez -vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté,
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le coeur.
Et ton souvenir m’arrache le coeur.

Madame à minuit, croyez-vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Jacques Bertin:Portrait D’Aude 


Jacques Bertin:Portrait D’Aude

 

Elle rentrait tôt chez elle pour s’installer dans son rêve
Elle voyait peu de monde, elle avait tant de choses à rêver
Elle sortait rarement avec une ou deux amies d’enfance
Après cinq ans elle ne savait pas s’orienter dans Paris

Le temps passa, elle allait maintenant sur la trentaine
Elle avait épuisé le chant merveilleux du rêve
Elle rêvait moins, elle voyait peu de monde
Elle sortait rarement, elle faisait de longues journées

En s’endormant elle dessina un sourire
J’ai quitté doucement son corps dans ma chaleur collé
C’était du côté de la place d’Italie, des ruines, du vent, des chantiers
De loin on voyait dans la nuit sa fenêtre éclairée
La la la…

 

 

 

CETTE FILLE – JACQUES BERTIN


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Cette fille

Cette fille qui m’a jeté un regard à Saint-Germain, je l’ai suivie pendant longtemps
Une nuit j’ai rêvé que je pénétrais dans les seins d’une blonde sous le maillot de velours
Elle avait ton visage mais j’étais sûr que ce n’était pas toi
Une autre fois je revoyais ses yeux posés sur moi dans une cave
Tu me trouvais silencieux mais elle, l’autre, elle m’appelait
Tu me demandais « M’aimes-tu ? » Mais la question était ailleurs

Ce mouvement du ventre contre moi d’une femme qui demande l’amour
Puis sur la grève il reste des objets et des regards éparpillés
Et chacune m’est nécessaire comme dans la plaine les lumières, les fumées
Elles ne demandent qu’une chose : qu’on les accompagne un peu de temps
Dans leur roman page à page offert, leur épaule sur mon épaule
Et moi qui chaque fois me recule sans me donner

Je sortais de chez une fille. Dans la rue la pluie m’accueillait
Tu as senti, mon amour, que de très loin je revenais vers toi
Un jour je te prendrai de ma puissance et je saurai la ferveur du don
Ce sera ce soir et je rentre d’un voyage
Tu m’ouvres la porte, tu es en larmes, tu me dis
« Je t’attendais hier au soir mais il y a quatre ans que je t’attends »

 

JE ME BALLADE EN S’AIMANT SEMAL ET BERTIN


JE ME BALLADE EN S’AIMANT SEMAL ET BERTIN

Les rues blanches par nuit noire montrent ce qui est avoir

Au sens pris par la barque dans la pleine-lune mise à bas

l’émoi et les autres sont ego

dans le chahut existentiel

Je tiens l’écoute de la baume et gouverne loft pour loft afin de passer la traversée au cap le plus près de mon choix

Hisse et ô…

 

Niala-Loisobleu -23 Avril 2020

 

La ballade du passant

 

Tes dents sont froides comme la neige
Enfoncées dans ma langue blessée
En allant de Marseille en Norvège
Qu’aurai-je fait d’autre que passer?
Je laisse la fenêtre entrouverte
Pour le chat et pour tous tes amis
Il y a du lait dans l’armoire verte
Et quelques tranches de pain de mie

Le bruit des trains est toujours le même
Quand il m’emmenait ici ou là
La bonne était toujours la prochaine
Désert de sel ou champ de lilas
Je te laisse un peu de ma salive
Mes lèvres sur ton ventre tremblant
Et plongé dans un seau de chaux vive
Mon coeur noué dans un mouchoir blanc

Tu sais le monde est partout le même
Certains bronzent quand les autres suent
Les uns mâchent des choux à la crème
Les autres du pain sans rien dessus
Faut-il serrer les poings et se battre
Pour tous ceux qui meurent en mai
Ou regarder les bûches dans l’âtre
Et chanter la tristesse d’aimer

Et tes dents froides comme la neige
Fondent très doucement pas pressées
Notre histoire fut belle mais n’ai-je
jamais rien fait d’autre que passer?
Tu finiras la chanson toi-même
Tu sais bien que mon temps est pesé
Voici l’air: il faut dire que je t’aime
Mais que je n’aurai fait que passer

Claude Semal

 

MARQUE-ETAGE


The Ugly Princess (c. 1902). Eleanor Fortescue Brickdale (English, 1871-1945).    Inspired by a poem by Charles Kingsley

MARQUE-ETAGE

 

 

Les toits frissonnent

Des fumées qui restent la chair a gardé le saur

Par où tu montes l’oiseau mesure l’altitude

Les pierres ont sucé le fer de lance des assauts

Par un soir de soleil couchant remplissant le compotier

J’ai vu l’arbre fruitier assembler le bois de lit de notre chambre

Au chevet sur la page ouverte vivent les branches de nos lunettes

Dans la carafe j’aime entendre le bruit du seau descendant au puits

Pendant que le livre d’images ramasse les fruit tombés

Niala-Loisobleu – 29 Mars 2020

 

SE NAÎTRE


Mel McCuddin, Man in a Hole oil on canvas

SE NAÎTRE

 

Sortir de sa fosse

de vrai

et se faire un jour devenu musique

Laisser les glaces au palais pour se reconnaître

chaque masque envoyé au vide grrr nié

Cette Colombine de Bollywood désamarrée du moulin à prière

Katmandou oublie-ça

le pont des rivières couacs-aïe siffle pareil que ce serpent en planque sous la pierre tombale. On t’a coupé le cordon pour que tu grandisses et apprennes à tisser tout seul, les avants-bras au bord du trou

Grimpes bordel

la vie est un golfe à plus de scie-trou, faut nager autrement que Manche-petit-baigneur, en plus étant du genre à avoir toucher un safran au départ, si tu gîtes à quoi sert c’te foutue quille sous ta coque

Le confinement c’est label occase à revoir sa programmation de fondement

Niala-Loisobleu – 27 Mars 2020

Je parle pour celui qui a manqué le train
Et qui reste tout seul sur le quai. Il s’en moque
Toulouse-Éternité : soixante années de train
Qu’est-ce que c’est que ce ticket qu’on m’a mis dans la main ?

Je parle pour celui qui a manqué le train
Il s’en voudrait de s’embarquer dans ce voyage
Et de vivre il s’en fout. Sa vie de lui s’éloigne
Dans le wagon de joie de vivre des premières et il s’en fout

Ce train sent la sueur, les femmes qui rigolent
Les cris d’enfants, la gueule rasée des officiers
Le regard suffisant des femmes engrossées
Les causes et les drapeaux, le bon marché, la révolte

C’est un matin très gris, très beau d’une province
Tu vas dans le silence des étals et des balcons
Tu marches dans la rue, tu t’en fous, tu te moques
De toi, de tout, de rien, de ta vie qui s’en va

Ce serait chouette de partir tout seul pour un voyage
La vie rêvée, la mort qui tremble de parfums
Et dans le paradis sans bruit, comme une enfance
Où s’en vont les linges de femmes, parait-il

Jacques Bertin

 

 

 

 

 

LES MINES AUX TORTS A RAISON 2


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LES MINES AUX TORTS A RAISON 2

 

Déjà décidé à rétablir la vérité, j’entrais à l’Ecole convaincre l’Académie que le bleu c’était pas une couleur froide. Toi tu démontrais ta parfaite connaissance de Marguerite. Ce qui montra immédiatement combien notre communauté solaire n’était pas une de ces idées qu’on se glisse dans la tête. D’ailleurs la tête, mis à part tes passages toro, ça a  jamais été notre lieu de prédilection

Pendant que tu montais le podium, je traînais S’-Germain-des-Prés comme une seconde nature, une même femme en tête de liste dans nos agendas, Barbara qu’à s’appelle toujours, j’y suis passé le premier par son Ecluse. Une vraie forge de Vulcain qui m’a amené à fréquenter des gens très recommandables, Ferré, Brassens, Brel, Reggiani, Bertin et des quantités d’autres, l’Epoque là était pas radine en beauté. Sans compter que le Tabou comme fournisseur c’était haut de gamme. Boris était une sacrée sphère à lui tout seul. Juju avant de se faire refaire le nez avait mis sur la place son né fabuleux, un tablier de sapeur qui lui valut le titre de Miss Vice. Imagines, le vice d’alors comparé à celui d’aujourd’hui

On aimait bien la Rose Rouge aussi. C’était un lieu d’acteurs cinéma et théâtre le fréquentait

Puis clou du spectacle, Char, Camus, Eluard, Breton, le Surréalisme, Sartre, Le Castor, Aragon, Prévert, Cocteau, Picasso, et d’autres comme nourriture difficile de faire mieux

Nos nuit à la Rhumerie et au Babylone ont des oreillers neufs, ont dormait pas

La Ruche, en plein Giacometti, Chagall…

Rien que de voir passer ce tant là, je comprends ta rage à vouloir pas en être écartée. L’amour est fondé en ces lieux

C’est mon Paname au complet réunissant le passé au présent, Montmartre et Montparnasse avant la grande débacle

Et vinrent les années de guerre…

Niala-Loisobleu – 25 Mars 2020

Jacques Bertin/Des mains


Jacques Bertin/Des mains

Des mains
Pour partir au long cours
Comme des cheveux
Ou comme la vie
De belles mains
Sur la page ou la peau
De belles mains
Des mains de noblesse

Des mains
Comme sont toutes les mains

Des mains
Comme des veilleuses
Dans l’ombre naissant
Allant et venant
Des mains de lingères
Des mains
Comme veillant, les mains de mère

Des mains
Qui creusent des sillons
Dans la vie sans ombre
Des mains aveuglément
Qui suivent une passion
Des mains pour bâtir la maison
Comme mon père

Des mains
Comme des foules de mains
Qui viennent donner la main
Des mains
Comme des foules de mains
Appelant l’espoir et l’eau vive
Des mains
Comme des troupeaux de mains
Longeant la rive
Et t’accueillant dans ton lendemain
Sans limite

Des mains
Traçant les signes du pardon
Et puis se cherchant
Comme des paroles d’abandon
Des mains
Comme des voiles pour partir loin

Des mains
Comme des voiles pour partir loin, loin
Avec des yeux d’enfant dans l’horizon loin, loin
Des mains
Pour mon amour loin
Des mains pour ramener l’amour à la raison
Et le vagabond à la maison