LE PASSE DE MA RUE


 

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LE PASSE DE MA RUE

Les chapiteaux démontés du roman

la table des matières se vide

Je retourne dans mes culottes courtes, dessous le tablier, nez aux carreaux, ce qu’il me reste du passé est si riche qu’à l’à venir j’aurais plus pour te dire pourquoi tu es ma rue, mon enfilade à trottoirs, mon tir à l’arche, mes ponts , mon quai, mon jardin public, ma porte-cochère, le cinquième de la chambre de bonne par l’escalier de service, mon vasistas et l’eau au bout du couloir, la cour où le rebond des balles m’attire quand tu te penches au dérobé des bretelles

Mes quat’saisons dans la charrette en jardin potager, puis sur deux roues voisines tant de fleurs que le cheval du bougnat veut plus charrier les sacs de boulets pour rester à sentir

T’ai dit les repasseuses et leur gouaille à culotte fendue, les formes de la boulangère lâchant ses vapeurs par le soupirail devant la meule du rémouleur et le cri d’ouverture du vitrier qui nie l’adultère de sa liberté

Le papier à musique des chanteurs de rue, violons d’un couloir de métro, accordéon aveugle au regard planté dans l’espoir que la lutte sociale arrête la fantasmagorie du pouvoir

J’ai grandi dans tout ça pour voir la frime prendre corps et s’installer au pouvoir, ainsi font trois p’tits tours et puis s’en vont, à moins que ben non

Ainsi te revoilu ma rue, plus poilue qu’à la tranchée de vers d’un

Laisse moi t’atteler en équipage, le rossignol chante à minuit, il est pas trop tard pour sauver ce qui reste de dignité, je tire les papillons des épingles des empailleurs pour rappeler que la soupe populaire à plus élevé le social que le cinéma d’allocs d’une assistance qui endette…

Niala-Loisobleu – 7 Janvier 2020

Jacques Bertin/Faut-il être fou ?


Jacques Bertin/Faut-il être fou ?

Faut-il être fou pour avoir aimé les rides d’un vieil Espagnol ?
Être fou pour avoir frémi aux pleurs d’une gitane aveugle ?
Être fou pour avoir bondi aux poings brandis d’un vieux Quichotte ?
Ici quinze cents sacrés cœurs mauresques et le drapeau de Charles Quint
Montent pour me clouer les yeux au mur d’un couvent andalou

Chez moi il y a des fontaines lourdes et des pommes d’après saison
Quinze gamins en mal de rêve y viennent sourdre des chansons
Chez moi de jambes folles vont les filles au long des matins de chardon
Prier Sainte Anne en ses chapelles en sa rose et bouquets d’ajoncs
Chez moi toutes les filles s’appellent Anne et elles ont toutes seins blancs
Cuisses lourdes et hanches vastes, j’y menais rêver mes troupeaux
Chez moi j’ai quatre amis, quatre poètes : Pierre, Jacques, Yves et Joël
Pierre, Jacques, Yves et Joël, oh, ne m’ayez pas oublié
N’ayez pas oublié nos filles, nos fredaines et nos chansons

Ici, derrière un vieux muret de pierres, j’attends la mort dans un sommeil
Peuplé du lait de femmes blanches au froid d’un marbre horizontal
La nuit, la nuit sur mon fusil de pierre je mords des chevaux andalous
Je blesse au vagin des gitanes, j’embrasse des épagneuls roux
Et de tendres gazelles blanches, et je brûle des orangers

Ici il y a un gamin timide avec des tulles de princesses
Qui brûle mes Républicains
Dernier matin de ma jeunesse
Déchirée de viol et de sang
La mort s’en vient, matin blafard
Dix-huit nuits m’ont amené là
Dix-huit rêves pour y venir
Dix-huit rêves pour y mourir

Je pense à toutes mes années
Je pense à toutes mes gazelles
Mes gazelles abandonnées
Pierre, Jacque, Yves et Joël
Nous nous sommes bien oubliés
Voici la Garce qui s’en vient et j’ai l’éternité pour moi
Pour une chanson dans le sol où l’amour est enfin réel

 

 

LE CHEVAL – LUC BERIMONT/JACQUES BERTIN


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LE CHEVAL – LUC BERIMONT/JACQUES BERTIN

le cheval a le temps de mesurer la terre

il tire au râtelier la paille du soleil

sur son ventre un tracé de rivières amères

où déferle le sang innocent des sueurs

cheval

cheval cloué vivant sur l’arbre de la faim

ton œil veilleur et doux sur nos mains pardonnées

cheval

jusqu’au poitrail dans la houle du pain

éclaboussé de vent et frotté de fumée

cheval

cheval mal dégagé des brumes du matin

somnambule avancé sur le bord du ciel vide

une voix te hasarde une voix retient

usé par le vin fort et l’amour et l’eau des larmes

Luc Bérimont

FESSE-MATHIEU


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FESSE-MATHIEU

Pas convaincu que les étoiles qui clignotent dans la fenêtre d’en face soient réelles et pas celles d’un foutu arbre de Noël, il faut se mettre en phase

c’est la Nouvelle-Lune

Ah alors le soleil devrait se débarbouiller les yeux

ça mettrait de l’ordre dans le cauchemar de cette dernière nuit où la famille n’a été bonne qu’à régler de fallacieux comptes

J’ai mon voilier à prendre comme une priorité

les histoires de fesses de ma fille coincée dans son usure de sentiments sont plus une impasse qu’un embarcadère

la générosité est l’élément naturel du devoir filial, cette à varices est un grave problème de circulation du sans

Niala-Loisobleu – 26 Décembre 2019

A CAUSE DES PLANCHES


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A CAUSE DES PLANCHES

 

Marchepied des quais comme un tremblement d’os

d’une mémoire disjointe reste toujours la marche à l’amour

peut-être trop de carreaux qui ont reçu des pierres

que la porte en fut clouée

la pluie a tant passé au travers

que la rivière en débordant y tira la mer

En plein labour que de chevaux tués

qu’un pouls lin remis à l’étrier

Sol secs et arides des journaux guettant avec espoir

le retour d’enfants prodigalement peu enclins

laissant la gueule cassée d’une sale guerre

 

Une grange

Peut-être, à travers les chansons
Comme à travers les trous du toit
De la vieille grange effondrée
Appelant la fraîcheur des doigts
De l’orage ou l’amour, on voit
Peut-être ma vie qui appelle
Ô vous savez qu’elle était belle
Anciens compagnons de ma joie
Puisque c’est vrai, tout est image
Nous sommes l’image de nous
Et dans les paumes du message
Vous voyez la trace des clous
Ô les feux allumés de l’âge!
Ne va pas prendre mal, surtout
Et reviens, sèche-toi, sois sage
Il tombe de la mort partout
Chevaux tués, ombres des désastres
Avenirs aux jambes brisées
Éternités tombées des astres
Aux formes de lampions brûlés
Ô les bombes sur l’abbatiale!
Ô l’incendie dans le verger!
La terre est ce tablier sale
Et les couleurs se sont vengées
Puisque c’est vrai, tout est
Puisque c’est vrai que l’iceberg cache la plus grande partie
tu plonges pour y voir
ô le Capitaine est sur ce bord là à garder la part en commun
ça rassure sur la fiabilité du sentiment
l’éternité du pouvoir de l’amour confirmée
devant la beauté de ton tablier
tendu à recevoir les fruits lourds de ton plus bel arbre à toi
Puisque c’est qu’à cause des planches la cabane est sacrée
les buissons églantinent à foison…
Niala-Loisobleu – 12/12/19

JACQUES BERTIN – LA CHANSON DE TESSA


JACQUES BERTIN – LA CHANSON DE TESSA

Reste ici bas mon cœur fidèle,
Si tu t’en vas la vie est ma peine éternelle
Si tu meurs, les oiseaux se tairont pour toujours.
Si tu es froide, aucun soleil ne brûlera.
Au matin la joie de l’aurore
Ne lavera plus mes yeux.
Tout autour de la tombe
Les rosiers épanouis
Laisseront pendre et flétrir leurs fleurs.
La beauté mourra avec toi
Mon seul amour.
Si je meurs, les oiseaux ne se tairont qu’un jour,
Si je meurs, pour une autre un jour tu m’oublieras.
De nouveau la joie de vivre
Alors lavera tes yeux
Au matin tu verras
La montagne illuminée
Sur ma tombe t’offrir mille fleurs.
La beauté revivra sans moi
Mon seul amour!

 

POUVOIR D’EMPAN


 

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POUVOIR D’EMPAN

 

Du brouillard en effiloches

clef glissée dans l’outil

Rien à peindre de particulier

juste toiletter le visage de ma palette

je pousse la porte et recentre son axe

L’espace de noir est si court que j’ai déjà la main au volet

terrifiant ce qu’un rien de compliqué peut avoir de pouvoir de confusion

j’aurai pu me laisser convaincre que j’avais tort

mais un arbre bleu oser vouloir le faire gris noir c’est insensé

 

Niala-Loisobleu – 13 Novembre 2019