INTER RIEUR


INTER RIEUR

L’haie des châtaigniers

marron chaud

coeur de péri gaure

Entre les falaises et la colonisation anglaise la Dordogne file s’adouber à la Garonne

Nouvel à qui t’aime

où l’occis tant ne peut se confondre avec l’ô tant qui lui bat dans les pampres

oeil fermé le Priape de vigne décalotte en vent d’ange

sans mettre la quantité en avant

mais les sens intrinsèques de l’érection

Niala-Loisobleu – 26 Août 2021

L’ANIMAL REGARD


L’ANIMAL REGARD

Rues qui filent

façades arrosées de la patte qui lève

l’animal regard

quais du livre grand ouvert

déhanchés d’accordéon d’un métro polisson

Les lumières tressaillent

brut de ferraille

parqué SDF long de trottoir

dans l’angle de la porte cochère du caniveau-miroir

où coule le visage allongé en rigole

statuaire sur son piédestal où les pigeons coïtent en plein vol…

Niala-Loisobleu – 25 Août 2021

JAMBES DE FORCE


JAMBES DE FORCE

L’estran en recul découvre le haut de la cuisse

l’anémone respire bien prise dans la fourche estuaire

Debout sur son ber la coque flotte dans son air

au fond du ventre cette goualante de survivance du bébé-nageur

Des seins tendus en surface fuse le choix de la manière de vivre écartée de tout ce qui en pute

un cor de femme trace la ligne de flottaison dans mon androgynie

Niala-Loisobleu – 25 Août 2021

L’ANNEAU SE DOIGT


L’ANNEAU SE DOIGT

Mouvement des vagues

le chenal ouvert hisse le drapeau vers

la première crevette écarte la mèche pour sourire à la vie

la main claque aux fesses du soleil endormi

Aujourd’hui sein crisse toff retrouve les clefs du trousse ô

pour l’assaut à la corde comme il se doigts

l’oiseau sur chaque rive de ton canal, debout sur l’écluse.

Niala-Loisobleu – 5 Août 2021

L’INCONNU DERRIERE LA PORTE


L’INCONNU DERRIERE LA PORTE

Sur la branche se frottant la vue rien ne laisse entrevoir ce que seront les prochaines heures

la foi restée a perdu d’intensité

les jours présents s’étant détachés des côtes

leurs conformités aujourd’hui sont sorties des cartes

l’éloignement du climat a mis l’été de l’autre côté de sa ligne saisonnière

je me souviens des routes de campagne de mon enfance que des troupeaux traversaient en conscience de vivre le tant de la récolte

et à présent je me pose la question de savoir où se situent les files humaines qui cheminent sans trouver de caillou

il fait froid sur le seuil

qu’en sera-t-il de l’autre côté ?

Niala-Loisobleu – 2 Août 2021

Loreena Mckennitt – The Mask and Mirror 1994 (remastered 2004)



Loreena Mckennitt – The Mask and Mirror 1994 (remastered 2004) 

Un rêve assombri par une nuit terrestre

S’accroche au croissant de lune
Une chanson sans voix dans une lumière sans âge
Chante à l’aube qui vient

Des oiseaux en vol appellent

Là où le cœur déplace les pierres
C’est là que mon cœur se languit
Tout pour l’amour de toi

A la peinture est accrochée à un mur de lierre
Niché dans la mousse émeraude
Les yeux déclarent une trêve de confiance
Puis il m’entraîne au loin
Où au fond du crépuscule du désert

Le sable fond dans les flaques du ciel L’
obscurité pose son manteau cramoisi
Tes lampes m’appelleront à la maison

Et ainsi c’est là que mon hommage est dû,
serré par le calme de la nuit
maintenant je te sens bouger
Et chaque souffle est plein
Alors c’est là que mon hommage est dû
Serré par le silence de la nuit
Même la distance semble si proche
Tout pour l’amour de toi

Un rêve obscurci sur une nuit terrestre
Accroché au croissant de lune
Une chanson sans voix dans une lumière sans âge
Chante à l’aube qui vient

Des oiseaux en vol appellent

Là où le cœur déplace les pierres
C’est là que mon cœur aspire
Tout pour l’amour de toi

Un fermier là-bas vivait dans le pays du nord
a hey ho bonny o
Et il a eu des filles un, deux, trois
Les cygnes nagent si bonny o
Ces filles ils ont marché au bord de la rivière
a hey ho bonny o
L’aîné a poussé le plus jeune dans
Les cygnes nagent si bon o

Oh soeur, oh soeur, priez, prêtez-moi votre main
avec un hey ho a bonny o
Et je vais vous donner une maison et atterrir
les cygnes nagent si bon o
Je ne vous donnerai ni l’un ni l’autre main ni gant
avec un hey ho a bonny o A
moins que tu ne me donnes ton propre véritable amour
les cygnes nagent si bonny o

Parfois elle coulait, parfois elle nageait
avec un hey ho et un bonny o
Jusqu’à ce qu’elle arrive à un barrage de meunier
les cygnes nagent ainsi bonny o

La fille du meunier, vêtue de rouge
avec un hey ho et un bonny o
Elle est allée chercher de l’eau pour faire du pain
les cygnes nagent si bonny o

Oh père, oh papa, ici nage un cygne
avec un hey ho et un bonny o
C’est très comme une femme douce
les cygnes nagent si bonny o
Ils l’ont placée sur la rive pour sécher
avec un hey ho et un bonny o
Il est venu un harpiste en passant par
les cygnes nagent si beau o

Il a fait des épingles de harpe de ses doigts juste
avec un hey ho et un bonny o
Il a fait des cordes de harpe de ses cheveux d’or
les cygnes nagent si beau o
Il a fait une harpe de son sternum
avec un hey ho et un bonny o
Et tout de suite, il a commencé à jouer seul
les cygnes nagent si bonny o

Il l’a apporté à la salle de son père
avec un hey ho et un bonny o
Et il y avait la cour, réunis tous
les cygnes nagent si bien o
Il a posé la harpe sur une pierre
avec un hey ho et un bonny o
Et tout de suite il a commencé à jouer seul
les cygnes nagent si beau o

Et là est assis mon père le roi
avec un hey ho et un bonny o
Et là-bas est assise ma mère la reine
les cygnes nagent si bien o
Et là est assis mon frère Hugh
avec un hé ho et un bonny o
Et par lui William, doux et vrai
les cygnes nagent si bien o
Et là est assis ma fausse sœur, Anne
avec un hey ho et un bonny o
Qui m’a noyé pour le bien d’un homme
les cygnes nagent si bonny o Par

une nuit sombre
la flamme de l’amour brûlait dans ma poitrine
Et par une lanterne brillante,
j’ai fui ma maison tandis que tout reposait tranquillement

Enveloppé par la nuit
et par l’escalier secret, je me suis rapidement enfui
Le voile cachait mes yeux
tandis que tout à l’intérieur restait silencieux comme les morts

Oh nuit tu étais mon guide
oh nuit plus aimante que le soleil levant
Oh nuit qui a joint l’amant
à l’être aimé
transformant chacun d’eux en l’autre

Sur cette nuit brumeuse
dans le secret, au-delà d’une vue si mortelle
Sans guide ni lumière
que celle qui brûlait si profondément dans mon cœur

Ce feu t’était m’a conduit
et a brillé plus fort que le soleil de midi
là où il attendait toujours
c’était un endroit où personne d’autre ne pouvait venir

Dans mon cœur battant
qui se réservait entièrement pour lui
Il s’endormit
sous les cèdres tout mon amour que j’ai donné
Et par les murs de la forteresse
le vent effleurait ses cheveux contre son front
Et avec ses doux main
caressait tous mes sens , il permettrait ,

je me suis perdu à lui
et posai mon visage sur mes amants du sein
et les soins et la douleur se troublèrent
comme le matin brouillard est devenu la lumière
Là , ils estompés parmi les lis juste
Là , ils grisés parmi les lis juste
Là, ils s’estompent parmi la foire aux lys

Ils sont rassemblés en cercles
les lampes éclairent leurs visages
Le croissant de lune se balance dans le ciel
Les poètes du tambour
maintiennent les battements de cœur suspendus
La fumée tourbillonne puis meurt

Veux-tu mon masque ?
veux-tu mon miroir ?
s’écrie l’homme au capuchon d’ombre
Tu peux te regarder
tu peux te regarder
ou tu peux regarder le visage, le visage de ton dieu

Les histoires se tissent
et les fortunes se racontent
La vérité se mesure au poids de ton or
Le des mensonges magiques éparpillés
sur des tapis au sol La
foi est évoquée dans le son du marché nocturne

Veux-tu mon masque ?
veux-tu mon miroir ?
crie l’homme au capuchon d’ombre
Tu peux te regarder
tu peux te regarder
ou tu peux regarder le visage, le visage de ton dieu

Les leçons sont écrites
sur des parchemins de papier
Elles sont portées à cheval depuis le Nil
dit la voix ténébreuse
Dans la lumière du feu, le cobra
jette la flamme d’un sourire séduisant

Voudriez-vous mon masque ?
veux-tu mon miroir ?
s’écrie l’homme au capuchon de l’ombre
Tu peux te regarder
tu peux te regarder
ou tu peux regarder le visage, le visage de ton dieu Les

étoiles tombaient profondément dans l’obscurité
tandis que les prières montaient doucement, pétales à l’aube
Et pendant que j’écoutais , ta voix semblait si claire
si calmement tu appelais ton dieu

Quelque part le soleil s’est levé, sur les dunes dans le désert
tel était le calme, je n’ai jamais ressenti avant
Était-ce la wuestion, tirant, tirant, tirant
dans ton cœur, dans ton âme, est-ce que tu y trouves la paix ?

Ailleurs une chute de neige, la première de l’hiver
couvrait le sol tandis que les cloches remplissaient l’air
Vous dans vos robes avez chanté, l’appelant, l’appelant, l’appelant
dans votre cœur, dans votre âme, avez-vous trouvé la paix là-bas ?
dans ton cœur, dans ton âme, y as-tu trouvé la paix ?

Bien-aimé, regarde dans ton propre cœur,
L’arbre saint y pousse;
De joie partent les branches sacrées,
Et toutes les fleurs tremblantes qu’elles portent.
Les couleurs changeantes de ses fruits
ont embelli les étoiles d’une joyeuse lumière ;
Le garant de sa racine cachée
A planté tranquillement dans la nuit ;
Le tremblement de sa tête feuillue
A donné aux vagues leur mélodie,
Et a fait épouser mes lèvres et ma musique,
Murmurant pour toi une chanson de sorcier.

Là, les Amours vont en cercle,
Le cercle enflammé de nos jours,
Gyring, spirant de long
en large Dans ces grands chemins feuillus ignorants ;
Se souvenant de tous ces cheveux secoués
Et comment les sandales ailées dardent,
Tes yeux se remplissent de tendresse ;
Bien-aimé, regarde dans ton propre cœur.

Ne regarde plus dans le verre amer
Les démons, avec leur subtile ruse,
Levez-vous devant nous quand ils passent,
Ou ne regardez qu’un peu ;
Car là grandit une image fatale
Que la nuit orageuse reçoit,
Racines à demi cachées sous les neiges,
Branches brisées et feuilles noircies.
Car toutes choses se transforment en stérilité
Dans le verre sombre que tiennent les démons,
Le verre de la lassitude extérieure,
Fait quand Dieu dormait dans les temps anciens.
Là, à travers les branches brisées, vont
Les corbeaux de la pensée agitée;
Volant, pleurant, allant et venant,
Griffe cruelle et gorge affamée,
Ou bien ils se dressent et raidissent le vent,
Et secouent leurs ailes déchiquetées : hélas !
Tes yeux tendres deviennent tout méchants :
Ne regarde plus dans le verre amer.

Bien-aimé, regarde dans ton propre cœur
L’arbre saint y pousse;
De joie partent les branches sacrées,
Et toutes les fleurs tremblantes qu’elles portent.
Se souvenant de tous ces cheveux secoués
Et de la façon dont les sandales ailées s’élancent,
Tes yeux s’emplissent de tendresse :
Bien-aimé, regarde dans ton propre cœur.

Maintenant mes charmes sont tous jetés,
Et quelle force j’ai est la mienne ;
Quel est le plus faible ; maintenant c’est vrai,
je dois ici être confiné par vous,

Ou envoyé à Naples. Ne me laisse pas,
puisque j’ai mon duché obtenu
et pardonné au trompeur, habiter
dans cette île bar par ton charme ;

Mais libère-moi de mes bandes
Avec l’aide de tes bonnes mains.
Doux souffle de la vôtre mes voiles
doivent se remplir, ou bien mon projet échoue,

Ce qui devait plaire. Maintenant je veux que les
Esprits imposent, l’art enchante ;
Et ma fin est le désespoir,
À moins que je ne sois soulagé par la prière,

Qui transperce pour qu’elle s’attaque à la
Miséricorde elle-même et libère toutes les fautes.
Comme vous seriez pardonné de vos crimes,
Que votre indulgence me libère.

LE LIVRE DE CAÏN PAR PIERRE EMMANUEL


LE LIVRE DE CAÏN PAR PIERRE EMMANUEL

Sortir, forcer!
L’endormissement de la terre

Le suffoque depuis l’enfance chaque soir.

Si bas, le seuil velu des tentes !
Il y rentre

A l’aveugle, comme rampe vers le téton

Le nouveau-né du bas du ventre de la mère.

Une muqueuse de vent flasque sur ses reins

Alourdit la touffeur d’intimités femelles

Grasses et moites dans les plis.
Pas d’autre issue

Que ces cuisses pour l’homme envasé dans la femme

Et qui s’endort sans sortir d’elle, avant qu’il ait

Joui parfois!
L’argile ainsi baise l’argile

Pétrie de suint qui s’épaissit peau contre peau.

Nuit et sommeil alors également immenses

De nouveau régnent sur l’Informe.
Horreur sacrée

Du sexe de la terre à ciel ouvert, lunaire

Qui bée d’angoisse d’avorter du premier
Jour.

2

Forcer la mère pour s’ouvrir l’accès du
Vide,
Pour se frayer vers soi un chemin sans retour!
Que lui,
Caïn, et tout partant de lui, commence !
Que le temps soit!
Qu’il ait l’Ailleurs pour horizon
Et non, centré autour du nombril de la terre,
Tracé par cœur d’un œil absent, ce même rond !

Pourquoi la mère chaque nuit se refait-elle
Grosse de ces jumeaux nés d’elle le matin?
C’est que l’autre, qui tout le jour rêva du ventre
Y retourne le soir ne l’ayant pas quitté…
Caïn,
Caïn ! si peu ménager de ta peine
Que ton cœur est le fer labourant le sillon,
Quand tu lèves les yeux vers l’étoile, à quoi bon
Aux couleurs du couchant joncher l’autel de gerbes
Si chaque soir la seule offrande est agréée
Qu’enfante la brebis avec l’aube naissante
Comme la mère chaque jour enfante
Abel ?
Pourquoi ce même effort de ravaler ton fiel
Et de rejoindre à contrecœur les mêmes tentes
Où l’autre dort déjà dans les plis maternels?
Mais ce soir tu pressens déjà contre tes tempes
L’énorme battement du
Vide ! jamais plus
Tu ne respireras le poil tiède des tentes
Ni
Abel ce relent de sang, ce flanc béant.
Jamais plus ?
Mais la
Mère entre eux reste ce ventre
Ce gouffre avide de s’emplir du même enfant.

Le rite veut que tout s’anéantisse en elle
Qu’Abel y soit conçu chaque jour du néant.
Lui,
Abel, est l’agneau de son culte, le prêtre
Qui s’immole au néant dans l’agneau sur l’autel.
Voici que pour l’ultime fois brille la lame
Du sacrifice entre ses doigts :
Caïn, à toi !
Il n’a pas retiré le couteau de la bête
Que ton poing l’a saisi en elle, retourné
Vers ton frère et fiché en son cœur, et encore
Une fois dans l’agneau dont bouillonne le sang…
Plus qu’aucun des agneaux qu’il a offerts, ton frère
N’est-il pas agréable à
Dieu ?
Son sang sur toi
Te lave enfin des eaux maternelles, t’ondoie
Né deux fois ! car le sein d’Abel est ta vraie mère.

Tuant
Abel il a tué la
Mère

Ainsi hors de la morte il s’est forcé

Il a poussé en avant de la tête

Aveugle qui le guide vers
Tailleurs

Les cuisses d’Eve au couchant sont des collines

Entre elles vers l’horizon il a jailli

Soudainement il s’est trouvé en face

De
Cela qui désormais n’est que par lui

Face à la gueule dont les mâchoires inlassables

Ciel et terre broient autophage toute vie

La
Vie toute avalant sans cesse ce qui vit

Jusqu’à finir par se dévorer tout entière

Caln avide de
Caïn commence donc

A se manger à peine s’est-il mis au monde

Il naît pour assouvir cette gueule la mort

A moins d’oser — comment? — défoncer passer outre

Forer son trou sans fond l’appétit du néant

Et d’avance y briser les dents cariées du temps

L’intérieur est scellé c’est le lieu de la mort

L’accès de la matrice maternelle

Est interdit au fils.
Dorénavant

La loi stipule : après l’enfantement on recoudra

Le sexe encore meurtri des femmes.
Car tout homme

Qui voudrait y rentrer comme l’enfant qu’il fut

Passerait sans retour en deçà de ce monde

Dans son inverse point par point qu’est la folie.

Qui, étant né, retourne à la femme, il s’avance

A la rencontre de la mort dont tout ce corps

Ces bras, ce ventre, ce regard lui sont la porte

Au seuil de quoi l’atteint la foudre !
C’est pourquoi

Caïn, premier législateur, fixe la loi

De séparation des femmes.
Chose bonne

Pense-t-il.
Désormais tout l’espace sera

Le vrai
Dedans et la matrice universelle

Et le vrai mâle l’univers l’enfantera.

5

La plaine à l’aube est une femelle qui se peigne
Sa chevelure fait onduler les blés
Le vent a des reflets d’argent dans la prairie
Caïn. l’homme! jouit de cette nudité
Car la terre plus que la femme est son épouse
Il ne distingue pas entre leurs seins
Si la femme en juillet se dore c’est que l’heure
Est proche à perte de vue de la moisson
Il a semé et retourné ses fils sont blonds comme les gerbes
Si vaste que soit sa terre elle est toute autour du nombril
Sa forme est d’un ventre bombé son flanc est parallèle aux collines
Que faut-il à
Cain de plus que l’étendue femelle et nue

Perdre pied une bonne fois pour éprouver la transparence

Pour que la verticale en lui se mesure à la profondeur

N’être plus soi passer outre son âme

Cesser d’avoir les paumes plus calleuses chaque soir

Car l’hiver vient la terre et la femme sont vieilles

Rien donc ne fait obstacle entre l’espace et lui

Il a toujours désiré cette fuite

C’est lui-même chassé qui se jette en avant

La malédiction le lance à la conquête

D’un monde qui ne soit que l’expansion de sa pensée

Jusqu’aux limites de laquelle l’horreur d’être maudit le pousse

Et qui invente ses confins pour les contraindre à lui céder

Caïn comme autant de bornes a écarté

Les femmes.
C’est avec la terre qu’il copule

Cambrant le torse à la verticale des nuits

Pour voir jaillir là-haut sa semence d’étoiles.

D’avance sortent de son front comme d’une arche triomphale

Les générations se bousculant vers le néant

Les peuples convergeant jusqu’à s’entre-détruire

Dans leur hâte de l’enfermer dans une
Idée :

Ainsi la
Quête sans merci et sans espoir a commencé

Dans l’âme de
Caïn qui fuit sans cesse devant elle

Et ne cesse de se creuser en tout homme de son sang

Pour qu’au-delà de toute
Idée la
Quête soit l’ordre des mondes

De ce qui le maudit
Caïn a fait sa force :
Qu’il aille!
Il ne se veut fondé en rien.
Ni terre
Ni femme.
Ni cet homme en lui nommé
Caïn.
Il lui suffit que le dévore sa distance
L’avide ubiquité sans feu ni lieu que lui
Ce
Vide, n’être nulle part! c’est tout son être.

Ignorant de son propre nom comme de ceux derrière lui

Dont grossit sans mesure le nombre

Se piétinant s’escaladant s’entassant se précipitant

Montagne d’où l’homme se voit en abîme

Amas de morts matériau de
Babel sur le corps d’Abel


Caïn tour centrale s’érige

O bâtisseur, te voici l’axe de la foudre !

Quand tu la vis dédaigner ton oblation

Pour les prémisses de ton frère, tu compris

Que c’est le feu qu’il faut voler l’assaut de
Fempyrée tenter

En l’embrasant aux plus hautes flammes des villes

Ruées d’hommes qu’une hâte ardente a cimentées.

L’humanité bouillant comme au creuset la fonte

Tu la travailles par le feu et la pensée

Son alliage avec les métaux de la terre

Tu peux en faire toute chose absolument

Tout inventer à partir d’elle temps histoire

Idée de l’homme dont marquer tout homme au fer.

Où est la femme dans ce règne ?
Inaudible.
Soumise.
Rusée.

Augmentant l’entropie du monde sa division sa cruauté.

Bonne seulement à reproduire des mâles.

Si l’homme s’attardait à la femme l’histoire ne serait pas

Ni rien de ce qui fait l’ordre des choses.

Les polices les tribunaux les armées le béton les prisons

Tout cela bien trop mâle pour que femelle s’en mêle

Bien trop roide pour les rondeurs de son corps.

La nature elle aussi est ronde et plus encore que la femme

Altérée par l’intellect et le fer

Vouée à n’être rien par le genre humain pour lui faire place

Au prix de génocides sans fin

L’essentiel est que nul n’échappe à l’abstraite nomenclature

Des mécanismes où chacun est emboîté bien qu’isolé

Pièce qui s’use ou se disjoint qui se remplace ou se rajuste

L’homme ingénieux forgeant de soi des machines pour s’inventer

Car ni lui tel qu’il fut créé ni le monde ne lui suffisent

Plus de modèle! il fut détruit par
Caîn poignardant
Abel.

L’homme et le monde désormais iront de prothèse en prothèse

Nulle limite à leur expansion!

La limite tranchée au couteau la liberté n’est plus personne

C’est l’énorme machinerie en avant

Caïn, l’Histoire.
Et le progrès de la
Raison

Intriquant aux siècles des siècles l’engrenage de ses raisons.

Ce même homme qui ne saura jamais rien de soi

Parfois s’étonne de fabriquer de l’homme à sa guise

Et qu’une substance lui échappe des mains

Qui soit lui bien qu’infiniment distante de lui

Or de tant d’artisans qui façonnent l’humain

Lequel irait jusqu’à se prendre pour matière?

Telle est bien cependant ta logique,
Caïn

Que celui qui conçoit le robot dans sa tête

De lui-même robot accouche le premier.

Certes : mais l’herbe force partout les joints de l’homme

Le sang d’Abel engraisse le sol non les moteurs

L’ultime pièce du robot, son cœur!
Quelqu’un y veille

Et le forme comme il en fut au premier jour

D’un peu de vent originel pétri de terre

Le même cœur qui bat dans tous les fils d’Adam.

6

Désormais dit
Caïn

Désormais les hommes ne se régleront plus au soleil
Désormais ils ne ramperont plus la nuit venue sous les tentes utérines
Ils ne sentiront plus la paille et le suint mais l’odeur uniforme du cuir
Et les troupeaux qu’ils pousseront devant eux ne seront plus de moutons mais d’esclaves
Et moi je marcherai seul à leur tête pour choisir où détruire et fonder
Quand j’aurai fixé le lieu où bâtir chacun mille fois devra son poids

de pierre
S’il ne veut que son corps soit cimenté dans les murs

Pour tracer des cercles et des carrés moi j’irai patiemment un pied contre l’autre

Et ferai creuser sous mes empreintes le sol

La terre est sensible plus que l’homme peut-être et autant que lui souffre d’être blessée

Mais la plaie que j’y ouvre est la fondation de la ville et la cicatrice en sera la cité

Bourrelet géant mesurant les jours à son ombre

Désormais les jours ne seront plus un seui jour sempiternellement identique à soi-même

J’apprendrai à l’homme à les computer selon les marées et les lunaisons

Et tout vieillira s’en ira vers la mort et d’abord moi-même si pressé de construire

Moi qui chaque matin me mire au fil de l’eau pour m’y voir dissembler davantage d’hier

Et y supputer le délai qui me reste

Je ne mourrai pas que je n’aie fait l’homme tout autre que
Dieu l’avait cru modeler de ses mains

Que je n’en aie fait un seul
Etre innombrable une masse unique immunisant tout destin

Contre son cancer toujours latent la personne

Je guérirai l’homme de sa liberté virus par lequel
Dieu en eux s’insinue

j’exorciserai cet
Esprit en eux qui se nomme
Saint et les pousse en quête

D’une
Vérité qui ne serait pas ce que moi je veux que leur esprit soit

Je les guérirai si entièrement que fût-ce une fois dans les siècles des siècles

Dieu pour naître homme ne trouvera point de sein parmi eux

Qui suis-je pourtant moi qui leur impose ce joug que je prends pour

ma volonté
L’ingénieur athée d’un anti-Dieu mécanique dont chaque élément ait

pour joint la terreur
Ou l’écho viscéral d’un instinct sans mémoire apparentant l’homme

au rat migrateur
Si je fonde ou détruis le sais-je moi-même
Je vais en avant je ruine des peuples j’établis des villes et j’étends

des réseaux
Les masses d’hommes j’y noue ensemble des êtres
Tel est dans le monde mon système nerveux qui déjà supplante celui

de chacun
Et depuis longtemps a supplanté le mien propre
Me livrant sans frein à la démence logique de l’homme fait par moi

qui me fait en retour
Sous l’orbite là-haut dont l’Œil arraché laisse le ciel affreusement vide

7

Un langage qui désintègre la
Parole
Un esprit qui tel un virus pourrit l’Esprit
Un dieu qui chasse
Dieu jusque de son absence
Telle est la trinité à laquelle obéit
Dès ce qui se nommait jadis son âge tendre
Tout homme en ce qu’on voit entend pressent de lui.
Il en apprend le code à l’école, grammaire
D’un mensonge dont la logique se convainc
Car il le faut.
La moindre faille ou moins encore
Le soupçon que le moindre trait pourrait bouger
Sur le visage du menteur que tous ils guettent
Avec l’acuité de leur mensonge à eux
Le perdrait et eux tous avec lui si d’avance
Ses amis ne le dénonçaient ne le vouaient
Au bourreau qu’ils avaient subi ou subiraient.
Où règne la terreur il n’est d’autre pensée
Que d’échapper à la torture, étant certain
D’être marqué un jour de cette loi d’airain.
Vidé de l’âme l’homme ainsi n’est que viscères
Sa vie longe le mur d’une prison derrière
Lequel le précèdent sans fin ses propres cris.

8

L’arrachement du moi secret est cet accouchement inverse
Où le bourreau tient lieu de mère et le supplicié d’enfant
Chacun sait ce que l’autre sait leurs rôles sont interchangeables
Sans que leur zèle en diminue de torturer et de souffrir
C’est même là ce qui les fait solidaires de cette masse
Que sans que rien leur soit commun tous forment en coexistant
Masse qui pèse en chacun d’eux et les recuit dans l’odeur rance
D’une haine dont leur contact fait une froide intimité
Haine ouverte bien contrôlée mais dont la feinte est un langage
Où tous perçoivent leur sentence immédiate ou différée
La masse entière n’est qu’un être un agrégat de haine pure
Dont je ne sais qui me transmet le don de la communiquer
Je ne puis concevoir le nom de la force qui me possède
Sinon le mien mais du tréfonds d’un abîme où je perds mon nom
Ce gouffre est ce qui reste en moi de ce qui fut naguère un homme
Dont je me fis avorter seul par la blessure au flanc d’Abel
De même suis-je devant
Dieu le
Seul et contre
Lui le maître
D’un
Jeu cosmique point par point contraire et destructeur du sien
Satan n’est donc autre que moi me haïssant jusqu’au martyre
En tout homme que la terreur force d’être son propre mur
Déformant ses cris dont il rit comme s’ils lui venaient d’un autre

9

Dieu est
Silence.
Il faut que le bruit insensé
Envahisse donc l’âme en écho de la foule
Sans laisser intervalle aucun à la pensée
Même s’il mime sur les lèvres des paroles.
Non seulement s’interroger d’où vient le
Nom (Fût-ce l’esprit vacant qu’il piégerait en rêve)
Sera passible de la
Loi : mais rester seul
Et se taire un peu trop longtemps devant ces choses
Réputées belles autrefois quand tout aimait.
Les amoureux de la lumière vespérale
Louange de l’automne au ciel immense et pur
Seront flairés de loin par les chiens de police
Comme autant d’évadés du vacarme intégral.
Ramenée par leurs crocs au devoir d’être aphone
Leur âme s’interdira d’être désormais
Oubliant jusqu’au premier mot de la prière
Jusqu’au regard levé vers la nuit bleue du sens.
Mais moi
Caïn foule hurlante les yeux vides
Je veux qu’ils n’aient de sens que de hurler avec
L’homme sans bords masse aveuglante assourdissante
Qui pour moi et pour eux sera l’unique dieu.

10

Naître n’est rien.
Mourir n’est rien.
Double décharge.
Quand on met un enfant au monde, on le condamne
A mourir à revivre à re-mourir sans cesse
Un nombre illimité de fois qui n’en font pas
A elles toutes une seule, un être unique : Être un, c’est transgresser absolument ma
Loi.
Mon anti-monde où l’Un et l’univers s’inversent
Je l’ai conçu pour que l’homme s’annule en soi,
Qu’il s’y égare en un dédale sans substance
D’images dont l’incohérence est le vrai lien Éveillant un vague besoin dans sa cervelle
D’objets pour lui inaccessibles, néant bleu.
Qu’il vive protégé par cet écran de songes
De l’intime douleur d’être homme qui pourrait
L’instruire sur ce que j’ordonne qu’il ignore :
Une origine, un sens, une fin — ce dessein
Qui du moindre d’entre eux peut faire une personne.
Mais s’il accède ainsi à l’être, s’il devient
Libre ! je n’aurai pas de rigueurs assez noires
Pour le punir de refuser de n’être rien
Quand moi j’extirpe pour son bien l’homme de l’homme.

11

Toute cause de pollution spirituelle

Sera détruite avant qu’elle ait eu le moindre effet

Décelée jusqu’au tréfonds de l’âme sous le masque

Uniforme qu’elle s’imagine la cacher

Dans l’océan brassant son écume de visages

Où mon œil distingue d’en haut chaque goutte d’eau.

Je leur ai voilé le soleil pour qu’elles ne brillent

J’aplatis l’âme sous la brume rase des mots

Si épais qu’ils en ont étouffé le bruit des vagues

Issu de lèvres cousues par moi, rumeur sans voix.

Bien au-dessus de la masse humaine qui vers moi

Regarde, non vers le ciel obtus front bas unique

De la foule dont il efface en lui tous les fronts,

Sur une immense estrade à distance se tiendront

Autour de moi sinistrement vêtus en symbole

De la solennité carcérale du jour gris

Ceux que je jugerai les plus aptes à réduire

Tout ce qui pense au pas de l’oie de mes liturgies

A moi,
Pontife de mon omnipotence en armes !

Sacrilège seront réputés même l’idée

D’une prière, même un élan, un simple geste

Qui ne monteraient pas vers l’Étoile ensanglantée.

12

Hurlant de joie comme la
Loi le leur prescrit
Pour que le cœur en soit abîmé de détresse
Ils profanent pillent détruisent incendient
Jusqu’à ce qu’il ne reste plus pierre sur pierre
De lieux naguère vénérés.
Que rien ainsi
Pas même l’ombre sur le sol d’une brûlure
Ne rappelle qu’ici fléchirent le genou
Ces mêmes hommes qui vertigineux osèrent
Lancer la flèche de leur âme vers le ciel.
Je les ai étêtés, ces hommes !
Sur leurs crânes Écrasés par les roues de mes chars j’ai fondé
Des temples à mon nom où s’engouffrent les foules
Comme au moulin le grain pour y être broyé.
Ou même laissant subsister les anciens temples
J’en ai fait des musées de ma gloire où parfois
Feignant de ne pas voir là-haut l’Étoile rouge
Des vieilles viennent adorer le dieu chassé,
Tas de loques, dont l’ordre est qu’on les brûle.
J’ai
Rendu enfin si dérisoire la prière
Que je n’ai plus besoin de la croix ni du pal
Mais le savoir suffit qui fait honte de croire.

13

Empaler de grands vergers d’hommes dans les plaines
Porte les fruits que j’attendais de la terreur.
J’aime humer l’odeur sucrée des pestilences
A la saison où les cadavres sont en fleur,
Dit
Caîn.
J’ai cerné des nations entières
Après leur avoir pris le bétail et le grain
Pour que devenant fous de faim hommes et femmes
S’entre-déchirent et dévorent leurs enfants :
Puis j’ai fait des bûchers plus hauts que des volcans
Où brûler ces charniers de peuples dont la cendre
Me sert d’engrais pour mes moissons de morts vivants.
Parfois j’ordonne de cruelles transhumances
Troupeaux humains auxquels n’est laissée que la peau
Vers des terres glacées où s’ils veulent survivre
Ils devront dégeler de leur piètre chaleur
Un sol presque aussi dur que ma toute-puissance
Depuis que j’ai ravi la sienne à
Dieu sur eux.
Cependant les enfants chantent dans les écoles
En vue de défilés joyeux le poing levé
Et les plus gais dans cette joie sous surveillance
Sont ceux dont les parents furent exécutés.

14

Les enfants de ceux que je fis exterminer

Je crée pour les rééduquer des camps modèles

Ce seront de vrais fils et filles de
Caïn

Les plus obtus les plus zélés de mes fidèles.

Ils apprendront de moi comment fouler aux pieds

Sous leurs bottes cloutées la face de leur père

Ils traqueront l’aïeul et l’aïeule, la sœur

Et le frère, que leur sang même crie coupables

De cette haute trahison : porter leur nom.

Cette pédagogie que j’invente est la seule

Qui puisse muer l’homme en cela que je veux :

Un bourreau qui enseigne à son tour ma méthode

En s’aidant de travaux pratiques pour lesquels

Ne lui feront défaut les sujets d’expérience

Ce matériau inexhaustible de tourment

Où l’élève choisit sa victime, étudie

Comment varient ses cris qu’il devra savamment

Doser pour être un jour son rival en martyre…

Qu’oubliée, renfoncée dans sa gorge à jamais

Sa souffrance il l’entende enfin qui sans mesure

Fasse de lui la chose humaine qu’il torture.

15

Ceux dont les yeux restent fixés sur le
Dedans
Qui sans que bouge un cil de l’âme font silence
Leur tourment ce sera le vacarme aveuglant
Gesticulation du
Dehors qui les cerne
Les incarcère les oblige à la mimer
Cadencés par les multitudes les machines.
Rien ne m’inspire un tel courroux que leur regard
Intime et vaste ainsi que ces beaux soirs d’automne
Où le monde est en oraison, où des oiseaux
Tracent vers la hauteur une pensée qui semble
Issue du plus profond de moi qui ne veux pas !
Cest mon refus qui fait le crime de l’esclave
Dont la prière suit le vol de ces oiseaux
Même alors que mon joug cogne son front à terre :
Car (je le sens) il prie pour moi, osant m’offrir
A ce que j’ai le plus en haine, la divine
Pitié dont le dégoût comme une âme m’emplit…
D’où ce besoin pour chasser l’âme et guérir d’elle
De lui substituer jusqu’à la frénésie
La foule en moi qui m’applaudit d’être son
Ombre
Sur son vide où ma voix va s’enflant avec lui.

16

D’autres substituant leurs rêves au réel
Prétendent exprimer cette chose visqueuse
Que l’on sent viscérale en soi comme une humeur
Et qui bien qu’elle soit insaisissable colle
A l’esprit s’il n’est plus tout acte et qu’il s’épie.
Que cela soit peinture ou musique ou poème
C’est la sécrétion de l’Être inexistant
La maladie honteuse, l’âme !
Elle déforme
La vue en visions la limpide
Raison
En un halo de brume rose où l’on devine
Où l’on croit deviner des spectres la peuplant…
Tel est le crime : nos cinq sens nous donnant prise
Sur les choses, il les corrompt pour altérer
La norme en nous qui nous fait voir, toucher, entendre
Et qui dicte à l’entendement ce qu’elles sont.
Ce qui n’est pas copie conforme de la norme
Est symptôme où flairer une atteinte à la
Loi
Atteinte dont ne peut guérir que la
Loi seule
Brûlant les anormaux qui le sont sans espoir
Soignant les autres pour que jamais aucun rêve
Ne trouble plus ce qu’il leur reste de mémoire.

17

Pour qu’ils subsistent ils devront substituer
Le rêve de
Caïn façonnant dieu dans l’homme
Aux doigts divins par qui l’homme fut modelé.
Cet homme que je rêve est ma toute-puissance
Dont mes plus humbles instruments sont revêtus
Leur uniforme vert n’en est que l’apparence
Mais leur habit de gloire est la peur qu’il produit.
Il n’a qu’un écusson pour symbole visible
Où fait relief en lettres d’or l’unique
MOI Écho sans nombre dont l’horizon est ma voix.
Que l’art peigne en un
Seul toute la masse amorphe
Qu’il me donne à chacun pour centre et pour confins
Qu’il me rende immortel d’éterniser sa crainte
Du philtre qui requiert tout son sang pour le mien.
Je veux me voir en effigie au fond des âmes
Comme l’icône devant qui brûlait jadis
La veilleuse de la présence universelle :
De même l’art sera la flamme s’élevant
Face à l’Omniprésent que je suis en tout homme
Et que l’emphase obligatoire de ses chants Établit à jamais sur mon trône d’étoiles.

18

Oter toute autre idée que de ma force aux hommes
Et pour en venir là m’ôter toute autre idée
Telle est l’absence à la racine de laquelle
J’assieds mon absolu pouvoir pétrifié.
Bannir l’esprit!
Ne tolérer que crainte vile
Invitant par avance à la justifier
A trahir l’autre, à jouir de se renier.
Se renier mais oublier qu’on se renie
Trahir autrui mais effacer de sa mémoire
Tout souvenir qu’ait existé qui l’on trahit.
L’énucléation de l’âme inconsciente
Comme on enlève du cerveau une tumeur
Laisse ce vide impénétrable, sombre masse
Dont nul pas même moi ne peut se dégager.
Son inertie est mon empire et ma contrainte
Plus je suis dur plus ma puissance m’asservit
Ma dureté n’est que la digue de la haine
Qu’elle accumule et qui par elle m’envahit.
Toute muraille que j’élève m’incarcère
Quand c’est le bleu que j’y voudrais emprisonner
Qui réduit en poussière à la longue les pierres.

19

Caïn, désormais, fait ce qu’il veut de l’homme. «L’homme sans moi ne saurait ce qu’il est».
Dit-il.
Par lui, l’homme le sait moins encore
Objet que travaille la
Raison en folie.
Elle intime : «Sois autre!
Encore autre!
Autre encore!»
A la boue que triture sans trêve
Caïn.
Une boue molle, multiforme, coupable
D’être soi-même et tant d’autres en soi
Chacun ne sachant qu’il en loge tant d’autres
Le tout, paraît-il, dans une âme et un corps…
La boue prendrait-elle aurait-elle nom d’homme
Si quelque système inflexible et sans bords
Ne la forçait d’être identique à la somme
Des poussières sans nombre en elle pétries?
Caïn sait trop bien que la terreur ne suffit
Pour faire des hommes en tout conformes, dociles
A l’homme nouveau dont cette boue est l’ancien. Il y faut un moule où l’homme adhère à soi-même
Où chacun pour autrui tienne lieu du système
Chacun pris dans leur masse et leur masse en chacun.
La masse tient ensemble, rassure, surveille
La masse encadre elle met au pas marche droit
Sa voix s’élève d’une gorge unanime
Et s’enfle parallèlement à son pas.
Pour qui la voit de tout contre et très loin
Elle est une
Tour aux cent mille fenêtres
Aux cent mille regards sur celui de
Caïn
Dont le seul reflet leur donne un semblant d’être

Lui l’Anti-Soleil éclipsant le soleil

Et vers qui au zénith des têtes s’étagent

Des hymnes, des cris, des drapeaux sanglants, des slogans.

En quel moule te prendre toute, ô multitude!

Caïn y a songé longtemps, s’est buté

A ta vision impénétrable, anguleuse

Démesure ! à perte de vue et de murs.

Face à la foule à reculons il marchait

Les bras écartés pour se remplir d’elle

Jusqu’à la sentir battre dans son cœur.

Il levait le poing à l’aplomb du
Ciel vide

Pour ne faire de tous ces poings levés qu’un défi.

Ainsi donnait-il à l’espace trois axes

Lui aussi soumis à leur géométrie.

Toute courbe il la proscrivait, même d’un fleuve

Toute colline, fût-ce le moindre mamelon

Et tout ventre de femme grosse, et toute enceinte :

Ce qu’il rêvait c’était le plat le vertical

La droite vue de part en part, cet emboîtage

Géant! et concevait, ainsi rêvant

Des trois dimensions que se traçait son geste

Le
Cube le bornant sans fin, l’incarcérant.

L’essentiel : qu’il n’y eût que terre nue et nulle

Autre vie que de l’homme seul.
Ni un jardin

Ni un arbre, pas même une herbe.
L’horizontale

Sans horizon sous la chaîne de l’arpenteur.

De bêtes, point.
Et point d’oiseaux dans le ciel blême.

La surface bien cimentée de la
Raison.

Et la
Chose fondée dessus, issue en rêve

De l’utérus géométrique dont l’horreur

L’aurait glacé s’il avait su que c’était celle

De sa mortelle intelligence, ventre froid…

La
Chose resserrée sur soi et qui s’étale

De partout hors de soi sans borne ! n’accordant

Qu’avec parcimonie accès à la lumière

Dans ses canyons vertigineux au bas desquels

Cette pollution qu’est l’homme se respire

A chaque souffle épaississant un reste d’air

Qui, jusqu’à quand, suspend l’imminente asphyxie

De l’espace étranglé par les abrupts de verre.

Telle enfin que
Caîn la construit, la compacte

Chose humaine en béton vibré, regards murés!

Chose criarde qui balaie de son mutisme

Néon aveugle les étoiles hors du ciel :

Prison-usine où l’homme-outil se suractive

Dans l’inlassable effort athée de s’oublier.

Ici prier est criminel et même en songe

Les chiens sauraient flairer ce qu’ignorent les cœurs

Même son rêve accuse d’être le rêveur

C’est enfreindre la
Loi que d’être sauf ensemble

L’être étant le gravier et la
Loi le mortier.

Cette unanimité
Caïn narguant le
Vide

Croit que de sa louange elle lui crée un ciel

Qui n’est que son néant assourdissant, sa bouche

Clamant ses ordres et pourtant d’où rien ne sort.

L’homme au-dessus de soi ne voit que cette bouche
Béante : il n’est que lui pour ouïr ce néant
Dont le souffle saturant tout même les pierres
Tout ce qui n’est pas lui en meurt ou devient lui
L’homme, l’espace, les murailles de la
Ville.
Caïn peut être fier de l’œuvre de ses mains Œuvre qui l’est aussi de son souffle : il profère
L’homme qui se cimente et monte, mur vivant.
Face au
Verbe de
Dieu la
Ville! c’est le verbe
De
Caîn et son fils face au
Fils éternel
Son fils qu’il a semé au ventre de sa femme

Avec le premier-né de chair : frères jumeaux

Ou bien le même en deux personnes,
Ville et homme?

Le
Livre là-dessus se tait.
Rien n’y est dit

Qu’en énigme :
Comme il bâtissait une ville

Il lui donna le nom de son aîné,
Hénoch.

20

Malgré
Caïn
Dieu travaille le cœur des hommes
Comme à l’approche de l’hiver le laboureur.
Ou bien dans leur esprit trace des signes! comme
S’enfuit puis s’en revient un oiseau migrateur.
Même ceux à qui l’on désapprend de se lire
L’enfant qu’ils sont toujours sait épeler son nom.
Même ceux dont la peur a voilé la pupille
L’invisible parfois leur caresse les cils.
Ces regards se sont-ils mêlés, imperceptibles?
Ces deux forçats portant ensemble un même bois
Voient-ils leur ombre au sol ne former qu’une croix ?

Tu t’étonnes parfois d’avoir une âme, d’être
Seul, de loger cet hôte encombrant qui est
Toi…
Pour dérober ce clandestin à la police
Tu as tenté d’abord de te le dérober
Mais peux-tu bien longtemps te cacher à toi-même
Quand ce
Quelqu’un se met une fois à parler
Et qu’il décline au plus secret de ton silence
Votre commune inavouable
Identité?

Il t’a fallu croupir au noir du mal, connaître
Férocité et lâcheté nouant leur nœud
En
Cela que tu croyais être, dans le maître
Que pour te posséder tu t’étais imposé
En l’inventant de cette
Nuit originelle


Caïn et
Abel en toi furent semés.

Là, comme l’ordonnait
Caïn, tu choisis d’être

Celui-ci et d’assassiner
Abel en toi.

Tu savais que tout homme a pour
Caïn tout autre

Et que nul n’est assez
Caïn pour écarter

La meute dont il est et qui déjà le flaire

A l’instant où lui-même il égorge son frère

En attendant sur lui son tour d’être égorgé.

Et près de succomber sous les coups de ta haine

D’être défiguré par ton dégoût de toi

Piétiné par tes propres bottes innombrables

Détruit par la terreur cimentant tes amis

De devenir un jour cette chose innommable

Qui les rend enragés et honteux d’être unis,

Voici : de ton néant qui t’a presque ôté l’âme

S’élève un tel amour qu’il te rend infini

Toi le zek digne enfin d’être n’importe qui

D’être le
Dieu roué que l’homme cloue sur l’homme

Et qui pleure de voir
Caïn crucifié.

Un amour qui est la substance de ton être
Qui est
Toi si intime et lointain que jamais
Tu ne pourras évaluer quelle distance
T’en sépare ou quelle absolue proximité :
Cet enfer que tu vis est vers lui ta louange
Ce
Caïn que tu fus tu lui as pardonné
Et en lui à tous les bourreaux, à
Caïn même…
Tes yeux ne quittent pas les yeux du meurtrier
Pour qu’il sache de toi avec quelle tendresse
Abel mourant ne cesse de le contempler.

21

Mais ce regard
Caïn ne peut le supporter
Il le redoute plus que l’œil béant du
Vide
Abîme viscéral qui bâille et pèse en lui.
Lui faudra-t-il tuer sans fin, sans cesse éteindre
Ces yeux qui s’il osait se faire face en eux
Dessilleraient les siens sur l’être qu’il ignore
Et lui restitueraient sa pure identité?
Qu’il vienne, ce seul
Jour entre les jours du monde

Quelqu’un qui est lui l’attend depuis toujours
Couvert de tout le sang dont il se rend coupable
Et cependant immaculé comme l’Esprit !
Qu’Abel le premier-né des charniers de l’Histoire
Ressuscite son
Caïn mort qui lui survit
Qu’il voie les yeux enfin innocents de son frère
Se rouvrir sur son cœur par la plaie qu’il lui fit…

Pierre Emmanuel

Wonderful Life par Katie Melua


Wonderful Life par Katie Melua

Ici je sors pour revoir
Here I go out to see again

Le soleil remplit mes cheveux et les rêves flottent dans l’air
The sunshine fills my hair and dreams hang in the air

Des mouettes dans le ciel et dans mes yeux bleus
Gulls in the sky and in my blue eyes

Tu sais que c’est injuste, il y a de la magie partout
You know it feels unfair, there’s magic everywhereRegarde-moi encore debout ici tout seul, droit au soleil
Look at me standing here on my own again, up straight in the sunshine

Pas besoin de courir et de se cacher, c’est une vie merveilleuse, merveilleuse
No need to run and hide, it’s a wonderful, wonderful life

Pas besoin de rire ou de pleurer, c’est une vie merveilleuse, merveilleuse
No need to laugh or cry, it’s a wonderful, wonderful lifeLe soleil est dans tes yeux, la chaleur est dans tes cheveux
The sun’s in your eyes, the heat is in your hair

Ils semblent te détester parce que tu es là
They seem to hate you because you’re there

Et j’ai besoin d’un ami, oh, j’ai besoin d’un ami
And I need a friend, oh, I need a friend

Pour me rendre heureux, ne pas rester là tout seul
To make me happy, not stand there on my ownRegarde-moi encore debout ici tout seul, droit au soleil
Look at me standing here on my own again, up straight in the sunshine

Pas besoin de courir et de se cacher, c’est une vie merveilleuse, merveilleuse
No need to run and hide, it’s a wonderful, wonderful life

Pas besoin de rire ou de pleurer, c’est une vie merveilleuse, merveilleuse
No need to laugh or cry, it’s a wonderful, wonderful lifeMmm, mmh, mmh, mmh, mmh
Mmm, mmh, mmh, mmh, mmh

J’ai besoin d’un ami, oh, j’ai besoin d’un ami
I need a friend, oh, I need a friend

Pour me faire plaisir, pas si seul
To make me happy, not so aloneRegarde-moi ici, ici encore tout seul, droit au soleil
Look at me here, here on my own again, up straight in the sunshine

Pas besoin de courir et de se cacher, c’est une vie merveilleuse, merveilleuse
No need to run and hide, it’s a wonderful, wonderful life

Pas besoin de rire ou de pleurer, c’est une vie merveilleuse, merveilleuse
No need to laugh or cry, it’s a wonderful, wonderful life

C’est une vie merveilleuse, c’est une vie merveilleuse, c’est une vie merveilleuse
It’s a wonderful life, it’s a wonderful life, it’s a wonderful life