VIE SAXIFRAGE de GABRIELLE ALTHEN (Extrait)


VIE SAXIFRAGE de GABRIELLE ALTHEN (Extrait)

VIE SAXIFRAGE de GABRIELLE ALTHEN (Extrait)

Le premier devoir était d’accéder aux vestiges d’années fortes, carrures géantes sous le ciel cru. Puis quand déclinerait l’ardeur insinuée entre la roche et le cri trop léger de l’été, de renouer cette gloire dans son propre baluchon, pour le porter à demain et rentrer dans la ville.

Toi que je cerne déjà d’espace, ne me dis pas que j’ai touché au vide !

J’aimais notre matière de corps, de roc, de tête et de lumière, et notre matière d’âme faite pour garder les mains pleines.

Qui n’est pas nu entre la vie et la mort conjuguée dans cette obsédante pureté que le vent laisse en partant ?

Gabrielle Althen

La cavalière indemne de Gabrielle Althen


La cavalière indemne de Gabrielle Althen


L’ISOLE

Le ciel sans offre jette son mur de maison nue devant ton front. En contrebas s’agitent des nœuds d’oiseaux labiles et la charité des hommes qui glisse sur leurs mains d’échange. Le paysage que tu as tant aimé s’est déversé ailleurs où s’achève le pain et les paroles à saisir au vol sur la sinuosité vive des lèvres.

Et toi, pauvre de toi, qui te sens si souvent fils d’une maison vide, et qui t’es tu, jusqu’à ce que l’absence de messages d’un ciel lavé de ses figures ne délimite plus le temps, tu ne sais si tu pourras longtemps habiter plus haut parce que ton âme, que tu voulais retenir, à demeurer trop silencieuse s’est gonflée de son bruit naturel et de tonnerre, et que nous nous plaignons de supporter très mal ce rapt d’ententes et d’horizons.

Gabrielle Althen

Archives du mot-clé – Gabrielle Althen



Archives du mot-clé – Gabrielle Althen

« Je voudrais le mot blanc d’un ciel absent qui laissât trace de demeure. Un mot qui fût le lit du jour et parvînt à la fête unanime du vent. Croisement de chances et de campagne, bourdonnement des boucles de ta tête, rosaces, rosaces en partance et applaudissement sous le pic impavide du gris de l’horizon, des mains battraient dans l’herbe parmi les arbres et la faux des grands jours, et la vertu émancipée roulerait jusques aux franges du moment. Foules prolixes et ciselées, royaume retourné, jeunesse sous l’or gris et pivot d’une aisance somptueuse, — aucun diamant n’est autre que la possession nue de l’esprit sur
le langage. »

Gabrielle Althen,

 Hiérarchies, Rougerie, 1988, p. 37.

JE ME LÈVE AUJOURD’HUI – GABRIELLE ALTHEN


Daria Petrilli http://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com

JE ME LÈVE AUJOURD’HUI

GABRIELLE ALTHEN

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Trois cyprès sont vigiles

Où le pardon fera la porte

Les plantes simples qui s’étreignent

Habitent

On ouvrira bientôt le cran de nos désirs

Ce paysage est admirable mais que lui ôte sa beauté ?

Parfois je me demande où l’on y bêche encore

Le terreau de la faute

D’introuvables pans de ciel baignent la terre

La mort aura juste un peu traversé le plancher

Pour offrir à chacun sa grappe de baies noires

J’entends toujours le bourdon de l’orgueil

Et je ne sais si je rattraperai mon nom

Mon pauvre nom de tête rebâtie sur le cœur

Le recours se prononce et la vigile insiste

Moi je me tiens où le roseau se penche

Attention donc le ciel commence ici

Les choses sont pourtant bien étroites sous l’aplomb

Je fixe avec effort le sol entre la vigne et la maison

Mais le ciel trop léger commence à s’en aller

Est-ce que l’histoire en a parlé ?

Il a déjà quitté nos pieds

Sans doute le pardon est-il comme le ciel

Route et couronne partout avec portes ouvertes

Qui donnent à manger leur fruit manquant et vert

La chose est à la fois absente et colossale —

Tu pleures, je pense, ô mon désir…

La sentinelle heureuse près du bord qui chavire

Ne touche rien

N’a rien à nous ôter

J’ai pris sur l’arbre une amicale baie

La route est brève je me suis levée

Gabrielle Althen