DES NEFLES ET DES REINS


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DES NEFLES ET DES REINS

La voix du fossile en vibrant dans la pierre porte en mur son éternité

le laurier-rose en lèche le front de sa couronne

 l’arbre à nèfles qui porte ses fruits au blette de ses hivers
Le timbre de pierre lui, continue de donner à boire au cheval-jardin
inséparable de sa folie d’amour
comme pour montrer son absence d’entité….
Niala-Loisobleu – 26 Avril 2020

GAUGT…

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Caûgt avait deux jolis coqs dans son panier.

Il a quatre-vingts ans.
Il vit près des sentiers de
Saint-Boès qui sont désolés et sauvages.
Les bécassines y font luire leur plumage.
Caùgt m’a dit : salut!
Et dans le champ sauvage ma chienne essoufflée ramassait la bécassine tuée.
Caùgt m’a dit : j’ai connu vos parents qui sont morts.
J’ai quatre-vingts ans.
Mon fils avait pareille une chienne de chasse.
Et le coteau était noir, roux comme les bécasses.
Caùgt m’a dit : salut 1
Et vers le bois terrible je suis allé.
Caùgt me regardait partir.

J’étais dans les touyas avec ma chienne douce,

et nous allions au bois d’argent, d’ombre et de mousse.

Et j’ai pensé à toi qui as la peau douce

comme un grain de raisin et une nèfle rousse.

Les éperviers aigus volaient sans avoir l’air de bouger.

La tête lourde des corbeaux comme un clou épais.

Les piverts volent comme des vagues, en courbées

et, droits, ils griffent l’écorce, cachant leurs plumes vertes.

Les ruisseaux après la pluie sont un peu jaunes

et, au printemps, au bord, il y a des anémones.

Le coteau est comme en sang noir et, du haut,

les montagnes nagent au ciel doux, simple et beau.

De l’autre côté des coteaux sont les villages

doux qui dorment au soleil comme des haches.

Là, il y a des tonnelles tristes au vieux jardin

où les poules grattent près des buis, des ricins.

La tonnelle en lauriers luisants est verte et noire.

Il y a un banc, au fond, en bois couleur de soir,

et qui est un peu humide, à cause de l’ombre,

même l’été quand le soleil est en bleu plomb.

Viens-y!
L’après-midi sera luisant.
Ta bouche

sur ma bouche nous nous tairons, et les cigales

cliqueront sur les roses en eau rose du
Bengale.

Nous nous aimerons tant que nous ne respirerons plus,

en nous pressant sur le banc noir et vermoulu,

aux pieds en bûches.
Puis nous reviendrons, le soir.

Les génisses douces tendront le cou vers toi, à l’abreuvoir.

Puis nous irons voir
Caùgt dont le nom me plaît

comme une flûte et comme des violettes,

Caûgt qui dit : salut! qui a quatre-vingts ans,

des joues rouges ridées, maigres, des yeux luisants,

qui regarde, méfiant, par les haies d’églantiers,

et qui porte de jolis coqs dans son panier.

Francis Jammes

TU SERAS NUE…


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TU SERAS NUE…

Tu seras nue dans le salon aux vieilles choses, fine comme un fuseau de roseau de lumière, et, les jambes croisées, auprès du feu rose, tu écouteras l’hiver.

A tes pieds, je prendrai dans mes bras tes genoux.
Tu souriras, plus gracieuse qu’une branche d’osier, et, posant mes cheveux à ta hanche douce, je pleurerai que tu sois si douce.

Nos regards orgueilleux se feront bons pour nous, et, quand je baiserai ta gorge, tu baisseras les yeux en souriant vers moi et laisseras fléchir ta nuque douce.

Puis, quand viendra la vieille servante malade et fidèle frapper à la porte en nous disant : le dîner est servi, tu auras un sursaut rougissant, et ta main frêle
préparera ta robe grise.

Et tandis que le vent passera sous la porte, que la pendule usée sonnera mal, tu mettras tes jambes au parfum d’ivoire dans leurs petits étuis noirs.

 

Francis Jammes

DANS LA GRANGE…


old abandoned barn. Abandoned cart next to ruins. Old cart near stone wall. District with old buildings, old building made of stones collapsing. The uninhabited house almost destroyed

DANS LA GRANGE…

Dans la grange, sur le sol dur, bossue, battu, le char dormait avec des rameaux de chêne cassés dans les joints de son bois boueux et fendu.
La batteuse au ronflement qui s’enfle avait cessé de tourner au milieu des bœufs patients, et des tas de débris minces jonchaient la terre.

Les poules du
Bon
Dieu qui sont les hirondelles, et qui avaient leur nid sur la poutre, tombèrent.

Alors deux métayers, lents et adroits, sautèrent

sur d’autres et, avec des clous, fixèrent

au plafond un morceau de fer blanc retroussé.

Ils l’emplirent de paille et y mirent les petits tombés.

Alors on vit la mère des petits oiseaux glisser craintivement dans l’azur, en réseaux allongés.

Peu à peu, elle arriva au nid.
Je m’étais assis près des herses et du soc qui luit, et j’avais dans le cœur une tristesse tendre comme si j’avais eu dans le fond de mon âme un rayon de soleil où vole
un peu de cendre.

Vinrent huit petits cochons extrêmement si jolis

qu’on eût pu les offrir à de petites filles.

Ils n’avaient pas plus de trois semaines,

ils luttaient entre eux, arc-boutés comme des chèvres,

et leurs très petits pas étaient précipités.

La truie aux mamelles flasques et ridées, aux soies rudes, groinait vers le sol, embouée.

La vie pauvre, par ce beau jour d’été, m’a paru revêtir toute sa dignité.

Et lorsque sont passés, près de mon escabeau, les paysans tristes, silencieux et beaux, faisant rouler les roues dans l’ombre noire et fraîche, je ne leur ai rien dit et j’ai
baissé la tête.

Francis Jammes