LA MAIN, EN ÉCRIVANT PAR DOMINIQUE SAMPIERO


LA MAIN, EN ÉCRIVANT PAR DOMINIQUE SAMPIERO

La main est le berger de l’ombre.
L’ombre des mots.
L’ombre de rien.
Elle rassemble.
Une île entre le visible et l’invisible.
C’est par là qu’elle touche les morts, qu’elle les caresse et leur parle.
Ils posent leur front glacé entre nos doigts.
C’est la mémoire des outils, des courbatures.
Des gestes vers la terre.
Et l’on se surprend à tracer dans l’air des arabesques de semailles, à abattre des arbres de verre.
A détourner des rivières muettes.
La main sait tout
Le mouvement du pain.
Les poutres sur l’épaule.
Conduire les troupeaux.
Cueillir, toucher, ouvrir.
Quand trop de lumière aveugle, la main couvre, incline et l’espace se referme.
Est-ce la pierre qui a façonné la paume, la rivière, l’arbre?
Est-ce le ciel, la montagne ou la crevasse ?

La main a les odeurs du monde en son ventre, elle ruisselle, elle pleure de toutes ses eaux, et les pluies gémissent entre ses doigts.
Elle est une jeune fille sortie de l’eau du corps, du bleu liquide de la nuit.
Elle embrasse le soleil au plus haut de ses lèvres.
Et son rire gicle sur le dos des bêtes.
Elle est l’autre côté.
Elle connaît le début, la fin.
Et pire.

La main hurle debout, quitte le sol, ses nœuds et ses grilles s’enchevêtrent.
On entend encore son souffle dans le plus petit mot.
Son halètement, ses peurs.
Elle est le fruit d’un soupir.
Un geste de l’âme vers le corps pour marquer une entente.
Un rire sur le dos du monde qui se gratte.
Une fête de première fois.

Elle est cette vieille idée sur le visage de
Dieu pour raconter à l’homme comment lui-même s’est ouvert en deux.

La main nous console de tout ce sang séparé.
Elle s’accouple sans cesse et sa robe rouge couche dans ses coutures la grâce violente des retrouvailles.

Elle est la très vieille mémoire du quatre pattes, terre sous le sexe, ciel sur le dos.
Ce qui sans cesse nous bouscule entre le chien et le dieu.

Elle étrangle, elle arrache et dresse tous ses muscles à bâtir le corps qui n’est plus le corps.

Quand les mains frappent l’enfant, elles le tuent deux fois — une fois dans sa chair, une fois dans son âme.
Le nouveau venu est au pays des morts.
Il doit traverser sa vie avant de l’atteindre comme un voyageur aveugle. Égaré.

La main sèche les larmes quand sont venus les étour-neaux de nos douleurs et qu’ils nous crèvent les yeux jusqu’à les picorer.
La main ferme les plaies.
Comme
A-t-elle retrouvé en son sang les cris, les mots rentrés du corps dans la lumière?

Dominique Sampiero

Dominique Sampiero La poésie de l’évidence sauvage


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Dominique Sampiero

La poésie de l’évidence sauvage

 

Aujourd’hui je suis la route depuis mon regard d’Enfant. Elle garde les dunes de ma nudité innocente, senteurs de pins maritimes que les batailles d’Hommes n’ont pas déformées. Un exode actuel, vers le retour au métro-boulot pendant que j’ai les congés payés dans l’idée remis à jour gilets-jaunes.

Fais attention aux rats d’arts, Ma…

Niala-Loisobleu –  17 Août 2019

« Un visage d’enfant est comme un miroir. Tout brûle, la tristesse, la sagesse. Et de ces feux monte un éclat de rire. Une fraîcheur. L’enfance passe de l’orage à l’averse, de la face grimaçante au sourire de béatitude, comme si l’argile de son front était pétrie par l’eau, l’air, les doigts de la lumière. La pauvreté parfois y creuse des cernes.»

En la vacuité l’écriture est au carrefour des contraires, quelque chose se noue en l’âme de l’écrivain, son écrit lui survit dans les songes du lecteur. Étrange alchimie des mots en vérité qui vous transportent, qui, à la lecture, vous semblent des ports inabordables, et deviennent tout à coup, quand la plume s’agite à son tour sur la page, des havres où puiser l’essence de notre humanité. On se laisse alors bercer par ce rêve qui nous traverse des origines à nous-mêmes, chaque page tournée s’inscrit en lettres de feu dans nos aridités désertiques. Chaque livre devient de la sorte le livre à lire pour notre survie.

Dominique Sampiero (entretien avec Bernard Noël)

Source Esprits Nomades