Maurane – Des graines d’immortelles


Maurane – Des graines d’immortelles

 

Des Graines D’Immortelles
 
Ce n’est plus la peine
Même plus la haine
Il n’y a plus de flamme
Plus de larme
Tout est à l’usure
Devenu trop doux
Pour que les choses durent
Entre nous

J’ai plus la patience
T’as plus la violence
On manque d’impatience
D’envie
La passion, souvent
Fait passer le temps
Mais le temps
La fait passer aussi

Qu’est-ce qui nous retient
Qui nous abîme?
Des manies, des riens
De routine
Si l’amour revient
Cet assassin
J’suis plus la victime
De ces crimes

Mais si les problèmes
Ont coupé nos ailes
C’est toujours la fuite du temps
On sème quand même
Des graines d’immortelles
Qu’on laisse au gré du vent

Tous les courants d’air
Cachent les mystères
Qui changent la poussière
En lumière
Nous, c’est la même chose
Ce s’ra autre chose
Comme la pluie, le vent
Le printemps
Depuis des millénaires
Dans l’univers
Tout revient vraiment
Tout le temps… 
Tout revient vraiment
Tout le temps.

Pourtant, m’aime avant que tu viennes chanter Nougaro à Cognac, j’avais compris que quoi qu’il advienne…
Mais à quoi bon…
Maurane
Te voilà devenue immortelle
N-L – 11/05/18

 

 

 

JE CROIS


 

JE CROIS

Le corbeau croasse
Et l’herbe croit
Le crapaud coasse
Et moi je crois
J’ai pas d’apôtre
J’ai pas de croix
Je crois en l’autre
Je crois en moi

E didi é didi é didi-a
E didi é didi é didim
E didi é didi é didi-a
E didi é didi é didim

Le corbeau croasse
Et moi je crois
J’ai pas d’apôtre
J’ai pas de croix
Je crois en l’autre
Je crois en moi
J’ai eu des crises
Crises de foi
Dans les églises
Il fait très froid
Mais une vierge
Me réchauffa
Vierge du même
Signe que moi

E didi é didi é didi-a
E didi é didi é didim
E didi é didi é didi-a
E didi é didi é didim

Le corbeau croasse
Et moi je crois
J’ai pas d’apôtre
J’ai pas de croix
Je crois en l’autre
Je crois en moi
Las que mon âme
Ronge son frein
A Notre-Dame
J’ai pris le train
Si je m’égare
Fermez les yeux
Dans une gare
Je prierai Dieu

E didi é didi é didi-a
E didi é didi é didim
E didi é didi é didi-a
E didi é didi é didim

Le corbeau croasse
Et moi je crois
J’ai pas d’apôtre
J’ai pas de croix
Je crois en l’autre
Je crois en moi
Crois crois crois
E didi é didi é didi-a
E didi é didi é didim

Claude Nougaro

 

PLUME D’ANGE


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PLUME D’ANGE

Vous voyez cette plume ?
Eh bien, c’est une plume…d’ange.
Mais rassurez vous, je ne vous demande pas de me croire, je ne vous le demande plus.
Pourtant, écoutez encore une fois, une dernière fois, mon histoire.

Une nuit, je faisais un rêve désopilant quand je fus réveillé par un frisson de l’air.
J’ouvre les yeux, que vois-je ?
Dans l’obscurité de la chambre, des myriades d’étincelles…Elles s’en allaient rejoindre, par tourbillonnements magnétiques, un point situé devant mon lit.
Rapidement, de l’accumulation de ces flocons aimantés, phosphorescents, un corps se constituait.
Quand les derniers flocons eurent terminé leur course, un ange était là, devant moi, un ange réglementaire avec les grandes ailes de lait.
Comme une flèche d’un carquois, de son épaule il tire une plume, il me la tend et il me dit :
» C’est une plume d’ange. Je te la donne. Montre-la autour de toi.
Qu’un seul humain te croie et ce monde malheureux s’ouvrira au monde de la joie.
Qu’un seul humain te croie avec ta plume d’ange.
Adieu et souviens toi : la foi est plus belle que Dieu.  »

Et l’ange disparut laissant la plume entre mes doigts.
Dans le noir, je restai longtemps, illuminé, grelottant d’extase, lissant la plume, la respirant.
En ce temps là, je vivais pour les seins somptueux d’une passion néfaste.
J’allume, je la réveille :
 » Mon amour, mon amour, regarde cette plume…C’est une plume d’ange! Oui ! Un ange était là… Il vient de me la donner…Oh ma chérie, tu me sais incapable de mensonge, de plaisanterie scabreuse… Mon amour, mon amour, il faut que tu me croies, et tu vas voir… le monde !  »
La belle, le visage obscurci de cheveux, d’araignées de sommeil, me répondit:
 » Fous moi la paix… Je voudrais dormir…Et cesse de fumer ton satané Népal !  »
Elle me tourne le dos et merde !

Au petit matin, parmi les nègres des poubelles et les premiers pigeons, je filai chez mon ami le plus sûr.
Je montrai ma plume à l’Afrique, aux poubelles, et bien sûr, aux pigeons qui me firent des roues, des roucoulements de considération admirative.
Je sonne.
Voici mon ami André.
Posément, avec précision, je vidai mon sac biblique, mon oreiller céleste :
» Tu m’entends bien, André, qu’on me prenne au sérieux et l’humanité tout entière s’arrache de son orbite de malédiction guerroyante et funeste. À dégager ! Finies la souffrance, la sottise. La joie, la lumière débarquent !  »
André se massait pensivement la tempe, il me fit un sourire ému, m’entraîna dans la cuisine et devant un café, m’expliqua que moi, sensible, moi, enclin au mysticisme sauvage, moi devais reconsidérer cette apparition.
Le repos… L’air de la campagne… Avec les oiseaux précisément, les vrais !

Je me retrouvai dans la rue grondante, tenaillant la plume dans ma poche.
Que dire ? Que faire ?
» Monsieur l’agent, regardez, c’est une plume d’ange. »
Il me croit !
Aussitôt les tonitruants troupeaux de bagnoles déjà hargneuses s’aplatissent. Des hommes radieux en sortent, auréolés de leurs volants et s’embrassent en sanglotant.
Soyons sérieux !
Je marchais, je marchais, dévorant les visages. Celui ci ? La petite dame ?
Et soudain l’idée m’envahit, évidente, éclatante… Abandonnons les hommes ! Adressons-nous aux enfants ! Eux seuls savent que la foi est plus belle que Dieu.
Les enfants…Oui, mais lequel ?
Je marchais toujours, je marchais encore. Je ne regardais plus la gueule des passants hagards, mais, en moi, des guirlandes de visages d’enfants, mes chéris, mes féeriques, mes crédules me souriaient.
Je marchais, je volais… Le vent de mes pas feuilletait Paris…Pages de pierres, de bitume, de pavés maintenant.
Ceux de la rue Saint-Vincent… Les escaliers de Montmartre. Je monte, je descends et me fige devant une école, rue du Mont-Cenis.
Quelques femmes attendaient la sortie des gosses. Faussement paternel, j’attends, moi aussi.
Les voilà.
Ils débouchent de la maternelle par fraîches bouffées, par bouillonnements bariolés. Mon regard papillonne de frimousses en minois, quêtant une révélation.
Sur le seuil de l’école, une petite fille s’est arrêtée. Dans la vive lumière d’avril, elle cligne ses petits yeux de jais, un peu bridés, un peu chinois et se les frotte vigoureusement.
Puis elle reprend son cartable orange, tout rebondi de mathématiques modernes.
Alors j’ai suivi la boule brune et bouclée de sa tête, gravissant derrière elle les escaliers de la Butte.
À quelque cent mètres elle pénétra dans un immeuble.
Longtemps, je suis resté là, me caressant les dents avec le bec de ma plume.
Le lendemain je revins à la sortie de l’école et le surlendemain et les jours qui suivirent.


Elle s’appelait Fanny. Mais je ne me décidais pas à l’aborder. Et si je lui faisais peur avec ma bouche sèche, ma sueur sacrée, ma pâleur mortelle, vitale ?
Alors, qu’est-ce que je fais ? Je me tue ? Je l’avale, ma plume ? Je la plante dans le cul somptueux de ma passion néfaste ?
Et puis un jeudi, je me suis dit : je lui dis.
Les poumons du printemps exhalaient leur première haleine de peste paradisiaque.
J’ai précipité mon pas, j’ai tendu ma main vers la tête frisée… Au moment où j’allais l’atteindre, sur ma propre épaule, une pesante main s’est abattue.
Je me retourne, ils étaient deux, ils empestaient le barreau
» Suivez nous « .

Le commissariat.
Vous connaissez les commissariats ?
Les flics qui tapent le carton dans de la gauloise, du sandwich…
Une couche de tabac, une couche de passage à tabac.
Le commissaire était bon enfant, il ne roulait pas les mécaniques, il roulait les r :
» Asseyez vous. Il me semble déjà vous avoir vu quelque part, vous.
Alors comme ça, on suit les petites filles ?
Quitte à passer pour un détraqué, je vais vous expliquer, monsieur, la véritable raison qui m’a fait m’approcher de cette enfant.
Je sors ma plume et j’y vais de mon couplet nocturne et miraculeux.
– Fanny, j’en suis certain, m’aurait cru. Les assassins, les polices, notre séculaire tennis de coups durs, tout ça, c’était fini, envolé !
Voyons l’objet, me dit le commissaire.
D’entre mes doigts tremblants il saisit la plume sainte et la fait techniquement rouler devant un sourcil bonhomme.
– C’est de l’oie, ça… me dit il, je m’y connais, je suis du Périgord
Monsieur, ce n’est pas de l’oie, c’est de l’ange, vous dis je !
Calmez vous ! Calmez vous ! Mais vous avouerez tout de même qu’une telle affirmation exige d’être appuyée par un minimum d’enquête, à défaut de preuve.
Vous allez patienter un instant. On va s’occuper de vous. Gentiment, hein ? Gentiment.  »

On s’est occupé de moi, gentiment.
Entre deux électrochocs, je me balade dans le parc de la clinique psychiatrique où l’on m’héberge depuis un mois.
Parmi les divers siphonnés qui s’ébattent ou s’abattent sur les aimables gazons, il est un être qui me fascine. C’est un vieil homme, très beau, il se tient toujours immobile dans une allée du parc devant un cèdre du Liban. Parfois, il étend lentement les bras et semble psalmodier un texte secret, sacré.
J’ai fini par m’approcher de lui, par lui adresser la parole.
Aujourd’hui, nous sommes amis. C’est un type surprenant, un savant, un poète.
Vous dire qu’il sait tout, a tout appris, senti, perçu, percé, c’est peu dire.
De sa barbe massive, un peu verte, aux poils épais et tordus, le verbe sort, calme et fruité, abreuvant un récit où toutes les mystiques, les métaphysiques, les philosophies s’unissent, se rassemblent pour se ressembler dans le puits étoilé de sa mémoire.
Dans ce puits de jouvence intellectuelle, sot, je descends, seau débordant de l’eau fraîche et limpide de l’intelligence alliée à l’amour, je remonte.
Parfois il me contemple en souriant. Des plis de sa robe de bure, il sort des noix, de grosses noix qu’il brise d’un seul coup dans sa paume, crac ! pour me les offrir.

Un jour où il me parle d’ornithologie comparée entre Olivier Messiaen et Charlie Parker, je ne l’écoute plus.
Un grand silence se fait en moi.
Mais cet homme dont l’ange t’a parlé, cet homme introuvable qui peut croire à ta plume, eh bien, oui, c’est lui, il est là, devant toi !
Sans hésiter, je sors la plume.
Les yeux mordorés lancent une étincelle.
Il examine la plume avec une acuité qui me fait frémir de la tête aux pieds.
» Quel magnifique spécimen de plume d’ange vous avez là, mon ami.
Alors vous me croyez ? Vous le savez !
Bien sûr, je vous crois. Le tuyau légèrement cannelé, la nacrure des barbes, on ne peut s’y méprendre.
Je puis même ajouter qu’il s’agit d’une penne d’Angelus Maliciosus.
Mais alors ! Puisqu’il est dit qu’un homme me croyant, le monde est sauvé…
Je vous arrête, ami. Je ne suis pas un homme.
Vous n’êtes pas un homme ?
Nullement, je suis un noyer.
Vous vous êtes noyé ?
Non. Je suis un noyer. L’arbre. Je suis un arbre. « 

Il y eut un frisson de l’air.
Se détachant de la cime du grand cèdre, un oiseau est venu se poser sur l’épaule du vieillard et je crus reconnaître, miniaturisé, l’ange malicieux qui m’avait visité.
Tous les trois, l’oiseau, le vieil homme et moi, nous avons ri, nous avons ri longtemps, longtemps…
Le fou rire, quoi !

Claude Nougaro

L’atelier vacillait sur ses jambes.  Le tremblement soudain de la lumière arrivant du dehors semait des éclairages nouveaux. Ainsi c’est en perdant la vue que l’on se voit clair. Tel qu’on est pour tous les autres, pire qu’un con, un dangereux prophète. Semeur d’espoir grand disciple de l’illusion qu’une passion a contaminé.

Sur la toile blanche une plume vint se poser là où la signature se pose d’habitude et dans un dernier effort posa le maux fin.

Je rejoignis Claude, l’oiseau et la plume, le vieil homme que je suis ne voyant de l’ange qu’une illusion de plus, sans rire autrement que de l’imbécile que j’ai toujours été.

Niala-Loisobleu – 11 Juillet 2016

 

 

AUX PIRES QUI SAUCENT DE TOUT ET SE PLAIGNENT D’ÊTRE DES LAISSEES POUR CONTE


 AUX PIRES QUI SAUCENT DE TOUT

ET SE PLAIGNENT D’ÊTRE DES LAISSEES POUR CONTE

Un jour levé par une poussée d’aérosol

d’un printemps remis en partance

embaume

à te foutre la grand-voile

et le spi

dans la bonne marée

pour te dépêtrer des sorcières

de l’amer des sarcasmes

Où que pas une anguille sous-roche

aurait cru ne pas pouvoir te posséder

comme le premier ballot

dans une relation de traversée en commun

Noyée dans sa route du rom

mon humanité

s’est fait trop souvent brûler dans l’alambic d’une putain de ratafia

de licence IV à strophes

pour que je sois en carence d’antennes sonar-radar

La vie offre un panel d’adversités qui grouillent comme un nid ovipare

à tout un chacun

plus indénouable qu’un sac de noeuds à méfaits contre la dignité

La poisse de certaines toisons d’or peut coller davantage de morbacs

plus voraces qu’une nuée de sauterelles d’un centre d’abattage pour phallocrates

Amour où donc es-tu allé te faire fourvoyer ?

Nous voici dans le morbide de la tromperie la plus lâche

où le courage du traître tient dans la fausse-identité qu’il donne à sa personne

genre abbé pédophile qui enseigne la pureté aux enfants qu’il est chargé d’éduquer

Pauvre petit ange à l’arc bouté

comme tu t’es fait mettre

Le sentiment mis en boutiques d’accessoires de farces et attrapes

par l’éplorée ceinte nitouche  (à deux mains et +)

devient le con fondu  de la santé avec une politique de la prothèse

c’est contrat sceptique pour l’énergie solaire

vaste chantier de construction d’éco-logis pour poupées gonflables

L’oeil joint à la pierre du fronton d’un sommet de colonnes

jette ses cils au loin

de la vile rose

comme l’aurait chanté Claude sous le bal con

Le sable  ne peut retenir les dunes que les chameaux mettent sur la route de soi

pendant que les peaux tendues s’associent au bois de violes

sans que les cordes puissent faire autrement que libérer

les champs d’encre

au do des cotons du blues

je trépigne de peint comme un visionnaire qui refuse d’être pris pour un con

par de fausses vierges vraies catins

Niala-Loisobleu

21 Mars 2016

Omar Rayyan  1

Parfaitement parce que


Parfaitement parce que

« J’aime les grands brûlés. Eux seuls répandent cette poignante odeur des fraîcheurs primordiales. J’aime les grands acteurs, avec un seul rôle, celui de leur vie à tenir, à claquer, à brandir. J’aime les saints, leurs couronnes d’épines brillantes des rosées de l’âme. J’aime certains hommes, ceux qui savent que la seule liberté que nous possédons, c’est de choisir ses barreaux. J’aime les poètes, qui claudiquent sur les marelles du mystère d’être, et qui chantent des mots de moelle et de sang à travers tous les bâillons du monde. Je t’aime Philippe Léotard. »

Claude Nougaro