lA NUIT SE RANGE


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lA NUIT SE RANGE

 

A pas mesurés

Là au pied du lit défait une chaleur de chien reste endormie

Pendant qu’échappant au vent les derniers réverbères sortent de l’eau

La route apparaît par les brèches d’un ciel percé

Tu es à quai d’un départ en vacances. Théâtre où je t’attends fébrile côté cour dans une senteur construite de jardin d’ailleurs.

 

Niala-Loisobleu – 05/01/19

 

HYMNE A LA BEAUTÉ


HYMNE A LA BEAUTÉ

 

AmourCharles Baudelaire

 

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l’Horreur n’est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L’amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l’air d’un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?

Extrait de:

Les fleurs du mal (1857)

Charles Baudelaire

CHAMBRE D’ÉCHOS


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CHAMBRE D’ÉCHOS

 

Si j’étais poète selon mon cœur je chanterais les pierres le soleil et les fées.

D’un seul souffle sur les sables

je tiendrais embrassées

la migration des corps

et la vie adorable

et la vie éphémère

des sources de lumière

des sources indomptables.

« À mes yeux qui rêvent quand ils voient

cette absence brûlée,

je donne une aube blanche

et le goût du mystère,

ce goût de lèvres fendues

aux rives du désert

où l’ombre seule qui passe

est le linceul troué

que la mort a banni

par grand-peur de midi

par grand-peur de la buée trop sèche

qui renaît dans un cri. »

Si j’étais dans la vacance de l’infini selon mon cœur je chanterais les pierres le soleil et les fées.

Nous n’avons pour amie que la nuit.

Nous adorons le soleil

et l’alchimie de sa lumière

qui change voix en parole,

mais une lumière se lève aussi

des promesses nocturnes

dont le cœur seul sait la mesure.

L’haleine de la terre va du gouffre aux étoiles,

naufrage ascendant et qui porte

la barque d’ombre, le nautonnier,

le chant heurté des devins,

et qui porte à l’outre-peur

sur la rive d’un fleuve qui n’existe pas

tandis qu’il traverse notre nuit,

tandis qu’il bat contre nos dents.

Au fond de l’antre ravivant son tumulte

l’oracle n’est pas de tout repos.

Il est sans rien de trop

comme mot à mot
Apollon

éveille la raison sublime dans le noir :

«J’ordonne que l’on médite

et l’écoute du sourd

et la vue de l’aveugle. »

L’injonction résonne d’âge en âge.
On dirait que le mirage est incurable qui toujours monte aux paupières dans la note tenue du monde.
Qui entend la musique des sphères?
Qui découvre le bivouac de l’infini?
Nous avons éveillé nos yeux et nos oreilles au seul écho d’un pleur d’enfant.

La nuit dira nos solitudes.

La lune n’est pas femme mais tout juste pubère, entre fillette et fille.

Elle a le teint

en lame de couteau,

reflet d’un feu lointain

qui approche,

et fièvre qui n’est que l’aube

de la fièvre.

La lune se voile et se creuse, enfant qui joue de ses reins pour saisir l’envers de son corps ou pour séduire sa peur.
Elle a treize ans.

J’avance au-dedans de moi et me voilà très au-delà,

déjà largué plus loin que la mémoire, plus loin que ce que je vois

comme un amnésique aux yeux éblouis qui filerait droit en dansant

sur la ligne d’infini où la peau et les os s’accordent un vrai baiser de sable.

Ce n’est pas rien d’être ce mouvement violent aux lèvres du néant,

pas rien de changer le requiem de l’âme en murmure d’or et de poussière,

en facéties d’atomes, en feulement d’herbes, de flammes ou de pierres,

pas rien d’échapper au corps du grand repos.

(Tout est ici maintenant et dans la suite des âges intensité de cri naissant,

ferveur et étreinte, ciel et fusion, tension d’amant, partage secret de l’impossible…

Tout est cette mort qui s’efface

quand vient un amour face à face.)

Je suis dans l’éternelle errance avec ce qui restera toujours de lumière,

de source de feu toujours

et de fille cavalière.

Je suis dans l’éternel présent, dans l’offrande du sol, des nerfs, des caresses,

dans l’éloge des visages égarés, transparents,

dans le rire à pleines dents d’une vertu cannibale bien plus que cardinale,

dans la beauté du réel absolu qui fut soif des songes

et dans le midi du monde.

Je me trouve quand je me perds,

quand je vis sur le départ, l’arête vive du premier pas, l’envol de l’éphémère.

Je ne balance pas, je bascule,

je plonge dans le lait de l’aube, sous les braises du soir, avec la même impatience de jour ou de nuit.

(Tout m’est éclat et éclair, archipel et steppe immense, bris de clôtures, bris d’épaves, bris de brisures…

J’assemble ce qui me disperse, je sème ce qui ne donnera pas de fruit,

je veux jouir d’une eau aride, d’une terre sans freins ni frontières

jouer de la vitesse de mes visions

en connaissant l’extase douce

d’un cavalier qui ralentit l’allure

à mesure que monte le soleil face à face.)

Je suis dans le souffle du vent d’Est mêlé aux migrations des chants,

je suis dans le souffle du
Levant

et parle ma langue, et rêve mes rêves, mes désirs féroces, mes abattements,

et parle ce que ma bouche a éprouvé, les accents et les tempes, les sexes et la buée,

la saveur des voyelles comme des filles

de voyous bien balancés,

le goût des feuilles sèches

et les reins déclinés,

et parle ce qui s’inscrit avec les dents sur la chair pourrie de l’époque.

Je suis plus que celui qui nie.

Je n’ai pas signé le pacte que tous ont signé.

Je regarde mes mains sans prier

et voudrais qu’elles soient énormes.

(Toute la morale que l’on nous vend,

avec ses longs cils de bébé-phoque, avec son rot d’évêque analysé, avec sa camisole de farce télévisée,

toute la morale que l’on nous vend est un neuroleptique.

tisane du piètre, tison mourant, théine éventée et atone qui changent le sang en cendre, la passion en passoire et le jus des couilles en gomme pasteurisée.)

Je n’attends plus, ne reviens plus, je suis dans le décalage de l’éternel retour dans la spirale qui creuse le regard et le cœur qui creuse les tombeaux de l’espèce,
tombeaux de vieille agonie où je ne veux plus penser où je ne veux plus passer ni mourir ni entendre de mélopée indiciaire et molle, de profession de foi, d’engagement pour
l’avenir, de contrat de confiance, de charte inaliénable…

Car la loi est le leurre suprême,

le social châtiment à perpétuité au voisinage de la norme,

mitoyenneté entre persécutés, entre persécuteurs, mitoyenneté entre prisonniers et gardiens de prison.

Les hommes se reproduisent plus vite que leurs ombres

mais beaucoup moins que leur volonté d’impuissance, mais beaucoup moins que les chiens et les rats.

Les hommes adoptent un profil bas,

et le
Livre des livres n’existe pas.

Il n’est plus temps que de se jeter à jamais

à l’assaut de soi

et partout sur les routes.

J’avance au-dedans de moi et me voilà très au-delà,

déjà vivant plus loin que la mémoire, plus loin que ce que je vois

comme un archer aux yeux très clairs qui suivrait sa flèche en dansant

dans la lumière, dans la lumière.

Ô
Voyageur, ô mon ami qui va par le minuit du monde,

où est le sens qui nous anime, qui nous alarme et nous ouvre la route

et quel est le mystère de cet acharnement?

Tu as dit la ruine des cités, l’effondrement des hommes, le règne renaissant des tyrans,

tu as dit la douleur qui creuse sous les blessures, la souffrance de l’âme, le miroir du désert,

tu as dit l’errance d’une légende vraie,

parole de poussière et d’orage qui ne veut ni preuves ni traces

mais chute libre, oubli de soi, rire d’amant.

Secrètement tu avais le destin en horreur, le dieu unique te semblait injure à l’unité,

tu gardais ce goût mortel d’une lumière en désespoir de cause,

lumière si étroite, si obscure

qu’elle n’obéissait plus aux sillons du soleil.

(La vie, les étoiles, les sphères invisibles,

toutes choses créées

en chair, en os, en actes, en pensées

ne font pas sens,

non plus que ne saurait faire sens

la recherche d’un sens…)

Les prophètes se jettent sur l’avenir comme ces chiens couverts de bave qui aboient aux basques de l’aube,

rien que des fantômes à mordre, des outres de sel où se désaltérer,

rien que des gestes pieux vers de faux infinis, de blêmes transcendances, de lourdes paraboles,

rien que du sang dans les voiles, du sang semé et moissonné, de la haine en certitude.

On amuse les tapis de prière avec de grands soupirs,

les clés du paradis pendent au cou des enfants qui jouent à la guerre sainte,

il y a de sombres brutes près des guichets du ciel.

Celui qui va par le chaos du monde on dirait qu’il traverse les décombres de son cœur, on dirait qu’il affronte ce qu’il porte et torture tout au fond de lui-même

autant que le
Dragon de la ville asservie, autant que les ténèbres qui régissent le jour.

(Car l’ennemi est au plus proche comme une ombre cousue sur le dos, un reflet noir dessous la peau, un œil retaillé au couteau.)

Voyageur à la barque fragile, tu veux gravir les remous du torrent,

tu veux rejoindre la source dans les pierres, tu veux te défaire de toi,

effacer également victoire et défaite, privilège, infortune, gloire ou famine,

quitter ce héros toujours à l’attaque qui s’acharne à colporter ton nom…

Le sens est bien au-delà des combats, des conquêtes, il accompagne raison et folie réconciliées, raison et folie embrassées tout au bord de l’immense ébou-lement
des âges.

L’arpenteur s’est mis à danser, le soufi répare des transistors, et si le but est sans but

et si le soleil se lève encore plus à l’Est de la plus incessante marche,

il est un éblouissement simple, une intense ferveur de l’être allié à l’inconnu

qui se donne à l’amour et qui aime.

Tu as laissé tes équipages,

l’exil t’a fixé le rendez-vous que tu avais prévu,

tu as ouvert les deux battants de la porte.

Chaque corps est un soleil qui brûle les doigts, les lèvres, et assèche nos nuits.

J’aime ce passage où le feu ne laisse aucune cendre mais perdu sur la peau un baiser de lumière.

(Le désir n’est-il pas

l’ami intime des âmes insolées,

l’ami fatal?)

On ne sait jamais dans l’amour ce qui se brise de soif et d’ombre.
Tu as du sable plein les cheveux.

 

André Velter

(Peinture d’Odilon Redon)

 

UN CAILLOU DANS LA POCHE 8


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UN CAILLOU DANS LA POCHE 8

 

L’amour dans toutes les positions ne change que l’emplacement du lit dans la chambre allouée. L’ô riant express met en lévitation, sleeping tapis-volant ondulant au-dessus des cheminées de fées. Quelques secondes, passe la petite-mort dans son absence de maux. Puis arrêt illimité sur la voie. Les trains électriques n’empêchent pas les escarbilles qui piquent la belle image des paysages découverts à vélo, d’un couloir faisant tunnel sur le jour. Le remblai du quai tient l’embarcadère à l’amarre sous les visages alternatifs des estrans. La crevette et le coquillage accueillant toujours les grandes marées touristiques avec le m’aime mensonge au menu. Le terre-neuva passe et repasse le Cap de Bonne Espérance. Du cas billot. Ex-voto.

        L’Albatros 

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,

L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire  (Les Fleurs du Mal)

 

Il y des vils d’ô

on ne peut pas en avoir cure.

Maudit ne soit plus le poète. Paria, seul à croire. Si le lointain ne se rapproche pas de la ligne en tirant à tort le bouchon, l’hameçon-mitraillette n’abattra plus en salves les poissons-volants. Les amoureux garderont leurs bancs publics sous les arbres des places de Peynet. Qu’un air d’oyats fera salin par la voix de Brel. Tandis qu’au vent des baleines porteuses de Jonas, les sentiers conduiront les vélos, un caillou dans la poche, aux clairières du Bois d’Amour. Je hais les péris en mère.

Niala-Loisobleu – 5 Septembre 2017

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Un Caillou dans la Poche 8

2017 – Niala – Acrylique s/Canson marouflé, encadré s/verre 40×50

 

BRIS DE GLACE


IRELAND. 1962. Dublin.

BRIS DE GLACE

Dans une étouffante lourdeur la soirée de ce Samedi soir, buttait aux cadenas du manque d’humanité. Soudain une énorme poussée d’air fit sauter la mauvaise foi, d’un tonitruant: « Marre, j’en ai marre, d’être traité comme une bête ».

Les sept vieillards

A Victor Hugo

Fourmillante cité, cité pleine de rêves,
Où le spectre en plein jour raccroche le passant !
Les mystères partout coulent comme des sèves
Dans les canaux étroits du colosse puissant.

Un matin, cependant que dans la triste rue
Les maisons, dont la brume allongeait la hauteur,
Simulaient les deux quais d’une rivière accrue,
Et que, décor semblable à l’âme de l’acteur,

Un brouillard sale et jaune inondait tout l’espace,
Je suivais, roidissant mes nerfs comme un héros
Et discutant avec mon âme déjà lasse,
Le faubourg secoué par les lourds tombereaux.

Tout à coup, un vieillard dont les guenilles jaunes,
Imitaient la couleur de ce ciel pluvieux,
Et dont l’aspect aurait fait pleuvoir les aumônes,
Sans la méchanceté qui luisait dans ses yeux,

M’apparut. On eût dit sa prunelle trempée
Dans le fiel ; son regard aiguisait les frimas,
Et sa barbe à longs poils, roide comme une épée,
Se projetait, pareille à celle de Judas.

Il n’était pas voûté, mais cassé, son échine
Faisant avec sa jambe un parfait angle droit,
Si bien que son bâton, parachevant sa mine,
Lui donnait la tournure et le pas maladroit

D’un quadrupède infirme ou d’un juif à trois pattes.
Dans la neige et la boue il allait s’empêtrant,
Comme s’il écrasait des morts sous ses savates,
Hostile à l’univers plutôt qu’indifférent.

Son pareil le suivait : barbe, oeil, dos, bâton, loques,
Nul trait ne distinguait, du même enfer venu,
Ce jumeau centenaire, et ces spectres baroques
Marchaient du même pas vers un but inconnu.

A quel complot infâme étais-je donc en butte,
Ou quel méchant hasard ainsi m’humiliait ?
Car je comptai sept fois, de minute en minute,
Ce sinistre vieillard qui se multipliait !

Que celui-là qui rit de mon inquiétude,
Et qui n’est pas saisi d’un frisson fraternel,
Songe bien que malgré tant de décrépitude
Ces sept monstres hideux avaient l’air éternel !

Aurais-je, sans mourir, contemplé le huitième.
Sosie inexorable, ironique et fatal,
Dégoûtant Phénix, fils et père de lui-même ?
– Mais je tournai le dos au cortège infernal.

Exaspéré comme un ivrogne qui voit double,
Je rentrai, je fermai ma porte, épouvanté,
Malade et morfondu, l’esprit fiévreux et trouble,
Blessé par le mystère et par l’absurdité !

Vainement ma raison voulait prendre la barre ;
La tempête en jouant déroutait ses efforts,
Et mon âme dansait, dansait, vieille gabarre
Sans mâts, sur une mer monstrueuse et sans bords !

Charles Baudelaire

Où était donc passé le bon côté de la mer, celui qui transporte l’écume et sa baleine sous la main sûre de Jonas ? J’étouffais la gorge pleine, les yeux noyés, les deux mains avalées par le requin borgne. Le pot-au-feu de l’amer n’était plus qu’un tourbillon dans lequel se débattait les hauts-le-coeur. Non l’injuste vision ne peut donner seule son itinéraire pour le mépris. Debout sur le plat-bord, j’attrapais le filet pour lui mordre les mailles. Libération.Le maudit Dick capitaine doit se démordre lui-même de sa vision paranoïaque. On ne poursuit pas une fausse idée constructive à bord d’une grue de démolition. Marie, mon ange, en ce moment en Espagne, sentant le mauvais coup, m’envoya de Cadix, sa belle figure. de proue: « Papou je t’aime tiens le coup, me dit-elle. »

Nialka-Loisobleu – 26 Mars 2017

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BOHEMIENS EN VOYAGE


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BOHEMIENS EN VOYAGE

Dédicace à Idéelle

Au bois taillé des crayons de couleur tu fais ce qu’il te plaît au nom d’une liberté que tu as construite en tribu au coeur du racisme. Bohémien, tu ne te maquille pas d’aimer. Un trait noir épile côté face tes mouvements ascensionnels d’une haine  ancestrale qui te poursuit en deux parties inégales. Parti du désert du Thar dans le Rajasthan, il y a des millénaires, tu seras toujours un errant.

Pour dételer ton cheval tu dois franchir le gendarme

En rase campagne les pierres ont besoin de la barbe de l’herbe sous les caresses du soleil se levant à rosée. Prise au seuil de ta roulotte, la grosse pierre barre toujours le cadre de l’huis par où mettre le couvert. Les enfants avalent la poussière en gardant les dents blanches des chiens qui mordent la vie. Cette lumière qui monte au-dessus des plus fortes rampes, ces matins sans dates, soulève les longues jupes des femmes par les cordes des guitares.

Dormir la lune dans un oeil et le soleil dans l’autre

Un amour dans la bouche un bel oiseau dans les cheveux

Parée comme les champs les bois les routes et la mer

Belle et parée comme le tour du monde

Puis à travers le paysage

Parmi les branches de fumée et tous les fruits du vent

Jambes de pierre aux bas de sable

Prise à la taille à tous les muscles de rivière

Et le dernier souci sur un visage transformé.

Paul Eluard

Dressés un à un aux fondations du ciel, tu repousses  les murs  à se toucher des quatre éléments, réunis au sein des quatre saisons dans un roulement de vouloirs plus coriaces que la loi du plus fort.

Attelé à quatre chevaux ailés, tu as ignoré Pégase, les cordes de l’arc-en-ciel tendues d’humidité accouchant du sel. Aux vagues des Saintes rompant les amarres emprisonnant la voie. Cap du fond de ses cales, le désir d’être érige sa volonté dans l’envol d’un oiseau peignant bleu comme on embrasse de vie. Les feux de ta liberté, Bohémien, brûlent l’indécision des tons rabattus de ces malheureux nantis d’une humanité qui se plaint toujours de toi et de tout.

Niala-Loisobleu – 19 Janvier 2017