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POUR L’EN, BRILLONS…


POUR L’EN, BRILLONS…

De feu à la mèche de l’olivier sans s’égarer du noyau

l’ô live extra vierge de ceinture

remettre des doigts aux moignons des ormeaux

quand l’amer monte des tankers à faire un rail d’où et sans

à faim que l’arbre à la greffe engrosse le motif de vivre non-garroté

le galop du cheval dans la crinière

et sous le masque de faire ouvrir l’écluse de l’estuaire

à la décante de marie-salope pour le propre

sans devoir sortir couvert d’autorisation.

Niala-Loisobleu -2 Avril 2021

BRUNO RUIZ : LE MIROIR ET LA VITRE


Ruiz

Tu disposes d’une audience, d’un public, d’une écoute. Tu vis de ton art. Tu l’exerces dans une certaine liberté. Néanmoins, la reconnaissance de ton travail n’est pas à la hauteur attendue. Quelle est ta vision des choses autour de « la réussite », la médiatisation ?

Je crois que tout être,– artiste ou pas –, un jour ou l’autre, souffre d’un manque de reconnaissance. Qu’il soit dans une entreprise, une école, sur une scène ou dans un hôpital, il se sent blessé par l’indifférence ou le mépris. Chacun le prend sur soi avec plus ou moins de bonheur, mais on voit bien que c’est de plus en plus source de conflits, de violences. Il faut être efficace et rentable. Le profit déshumanise les rapports. Dire cela paraît évident. N’empêche que c’est bien là le cœur du malaise ! Aujourd’hui, le peuple n’a pas la place qu’il mérite dans la société. On l’a transformé en clientèle. C’est triste à dire mais les gens sont malheureux parce qu’ils ne peuvent pas dépenser l’argent qu’ils n’ont pas gagné. Quant au monde des Arts et Lettres, il est sous contrôle tacite de l’Université, de l’Édition et du Ministère de la Culture qui n’ont, quoiqu’ils s’en défendent, qu’un vague intérêt – quand ce n’est du mépris – pour la culture populaire, nous en avons déjà beaucoup parlé. Ils l’ont abandonnée aux puissances mercantiles au nom d’une liberté qu’ils appellent « libéralisme ». Aujourd’hui, c’est honteux d’être populaire ! Il y a des glissements sémantiques qui m’affligent. Quand je dis « chanson », par exemple, je ne dis pas « produit », ni « créneau », ni « tube », ni « marchandise » ! Se définir comme « poète » en France, c’est passer pour un pédant, un prétentieux. C’est un signe distinctif. Le conducteur conduit, le boulanger fait du pain, l’enseignant enseigne, mais celui qui écrit toute sa vie des poèmes et qui ne fait que ça, il a honte de se définir comme « poète ».

Tu parles de tous ces artistes non médiatisés, de ces chanteurs pleins de talents en manque de dates. Tu es pour une nouvelle poésie du catalogue ? Une liste de poètes chanteurs ?

Je peux effectivement t’en citer quelques-uns, en vrac, dont j’apprécie le talent ou l’amitié, souvent les deux : Allain Leprest tout d’abord, à tout seigneur tout honneur, avec ses chansons magnifiques, – sans doute le plus brillant d’entre nous – un des êtres aussi les plus adorables qu’il m’ait été donné de rencontrer ; Michèle Bernard et son talent d’orfèvre tous azimuts, l’une des plus grandes chanteuses de notre génération ; Gilbert Laffaille, si grave sous le pastel, si profond sous la dentelle, pudique et drôle, énorme et retenu, chanteur de première classe ; Bernard Joyet, éblouissant de talent, mélangeant l’allégresse, le rire, l’impertinence, l’émotion, la gravité ; Louis Arti, prince de l’art brut, écorché imprévisible, fascinant parfois, que je ne peux m’empêcher d’aimer en bloc ; Michel Arbatz, le fin technicien du vers, dandy de la langue et du poème, jubilatoire ; Gérard Morel, comédien, chanteur, humoriste, un être exceptionnel, un délice, un ami, rien à jeter ; Luis Llach, le catalan inoubliable à qui je dois la plus grande des émotions qu’il m’ait été donné de vivre, à la Halle aux Grains de Toulouse, en juin 1986 avec l’orchestre de Lille sous la direction de Jean-Claude Casadessus ; Môrice Benin, foisonnant, fidèle, prolixe, généreux, présent, engagé, mon vieux frère ; Richard Desjardins, le plus considérable des chanteurs québécois vivants – avec le grand doyen Gilles Vignault que je salue au passage –, à la langue admirable, un interprète et accompagnateur hors norme ; Bernardo Sandoval, mon frère animal qui chante avec ma langue interdite, notre langue intérieure ; les Chansons Plus, le rire absolu, voix de haute précision, trio d’exception, modestes comme ceux qui ont tous les talents ; Ariane Dubillard, la belle de tous les risques qui enchante à chaque présence ; Christian Camerlynk, interprète majeur, d’une grande finesse, tant sur ses choix que dans ses prestations ; Alain Nitchaeff, ou la tendresse violente du comédien écorché ; Philippe Forcioli, archange sifflotant entre les oiseaux et les chansons ; Jehan, interprète géant et rare de l’ivresse amoureuse ; Jofroi, le belge du midi, bel humaniste, enchanteur aussi des enfants ; Martine Caplanne, voix grave et prenante, la servante, – au sens noble –, des poètes ; Jean-Michel Piton, à la puissance fragile qui m’émeut sur le fil ténu de sa vie ; Rémo Gary, ciseleur infatigable à la voix aussi juste que ses mots, pour le meilleur de la chanson majeure ; Al, le nonchalant blessé qui s’excuse presque de rire pour mieux cacher les ébréchures de sa vie ; Romain Didier, virtuose mélodiste à la tendresse élégante, aux chansons légères et séduisantes qui taisent avec pudeur ses abîmes ; France Léa, chroniqueuse drôle et impitoyable de toutes les femmes qui sont en nous ; Pascal Mathieu, grand bretteur d’une langue qui fait souvent mouche ; Serge Utgé-Royo, l’homme debout et précis, le tendre militant, mon camarade ibérique ; Xavier Lacouture, grand duduche aux fêlures sublimes sous son esprit potache ; Évasion, femmes aux voix qui m’émerveillent, m’éblouissent, interprètes fabuleuses, puissantes, chaleureuses, engagées, dansantes aussi ; Christian Paccoud, l’anar qui, de sa voix tragique me touche à chaque fois là où il faut ; l’ogre Juliette, reine du jambon, que j’aime et qui me donne faim, de tous les talents, même celui de devenir célèbre – mais a-t-elle encore sa place dans cette liste ? – ; Yannick Jaulin, chanteur et conteur d’une grâce et d’une inventivité qui m’éblouissent ; Yves Russet, chanteur lunaire et secret que je sais, que je veux, que je sens fidèle sur nos routes cahotantes et solitaires ; Laurent Berger, silhouette magique dessinant un univers séduisant et si particulier ; Sarclo, délicat et grossier, jamais vulgaire, classieux et fouteur de bordel dont j’envie en secret depuis des années la plume légère, vitriolée, impertinente ; Hervé Suhubiette, chanteur impeccable qui suit sa belle route, avec modestie, talent, musicalité ; Michel Bühler, l’une des plus grandes et des plus généreuses voix de l’Helvétie ; Bea Tristan, qui, de sa voix et de son écriture originale et envoûtante s’insinue en nous comme on entre en paysage ; Loïc Lantoine, au verbe d’alcool, fils incontesté de Dimey et de la dive chanson parlée ; Véronique Pestel, belle de ses blessures, puissante et fragile, proche et inaccessible ; André Mainvielle, bidouilleur de génie qui occupe une place si particulière, si originale et si indispensable à la chanson d’aujourd’hui ; Claude Semal, le nouveau roi des Belges après Julos le Magnifique, noblesse du peuple, comédien et chanteur engagé qui me fait tant de bien d’exister ; Éric Lareine, fils du grand Tom Waits, la grâce au couteau, venu du rock expérimental pour fouler souvent avec bonheur et force les voies aventureuses et peu fréquentées de l’improvisation ; Yvan Cujious, nouveau prince toulousain de la chanson jazz et généreuse ; Michel Vivoux, sans doute le chanteur qui, sur scène et dans la vie, m’aura fait le plus rire ; Bacchus, militant des hommes à la fougue attachante, la blessure qui tâche ; Dick Annegarn, l’artisan solitaire et imprévisible, celui qui aura eu le courage de dire non, avec panache, au grand business ; L’immense Clémence Massard, à mon sens, la plus prodigieuse comédienne actuelle de la chanson ; le très regretté Bernard Haillant qui me manque tellement et dont j’envie la foi et cette discrète présence inoubliable ; Jean-Roger Caussimon et Boby Lapointe, pour leurs lampes maîtresses qui auront tenté d’éclairer mes premières chansons ; Jean Vasca, le vieil ami, le grand frère, dont je n’en finirai jamais de célébrer l’œuvre magistrale, admirable et qu’on n’a pas fini, croyez-moi, de découvrir ; Gilles Elbaz, l’oriental de Lorient au charme intense que je n’ai jamais oublié, que je n’oublierai jamais ; Ricet Barrié, l’artisan indispensable, incontournable, le plus beau sourire de la chanson franco-suisse ; Giani Esposito, parti trop tôt, à la présence incandescente, inimitable, inégalée, incarnation de l’élégance ; Jean-Max Brua, le cow-boy de Brive qui nous a laissé des trésors de chansons ; Christian Dente, parti lui aussi, qui nous enchante encore de ses petites histoires chantées ; Jacques Serizier, la cerise gourmande sur mon gâteau rieur, mon premier émerveillement de chanteur sur scène, à huit ans, avec celui de James Ollivier ; Anne Sylvestre, femme essentielle, référence de l’écriture rigoureuse, exacte ; Francesca Solleville, femme debout, belle, à la voix visitée, la simplicité hors norme, que j’aime d’une tendresse infinie ; Gérard Pierron, le cheminot du peuple magnifique qui chemine sur des chemins que je partage ; Claire, la si bien nommée lorsqu’elle chante, la trop rare aussi sur les scènes de France ; Jean Sommer, seigneur discret de Gennevilliers au bout du monde, bluesman des chiens et de Chez Henri ; Hélène Martin, la pionnière, l’éclaireuse, l’élégante, l’amie des grands poètes ; Colette Magny, ma mère symbolique en chant, sauvage et indispensable à mon salutaire déséquilibre et qui, pour moi, ne sera jamais tout à fait morte. Et puis encore et toujours, Jacques Bertin, le plus grand depuis Léo Ferré et Felix Leclerc, et puis toujours et encore Jacques Brel et Georges Brassens, mais là nous sommes sur des cimes. Sans oublier bien sûr l’un des derniers géants vivants de cette chanson qui a toujours accompagné ma vie, Jean Ferrat, maître absolu de la chanson populaire et engagée – à gauche –, sans qui, – je n’ai pas peur de le dire –, Louis Aragon ne serait sans doute pas totalement ce qu’il est dans notre mémoire collective. Et j’en passe et j’en oublie, évidemment, de ces jeunes et vieux chanteurs qui, tous ou presque, continuent de chanter parfois depuis de très nombreuses années, jamais ou presque sur les radios et télévisions nationales, jamais pour la plupart, signés par une major. Qu’ils me pardonnent enfin tous ceux que j’aime et que je ne cite pas ici, qui font un travail honnête et consciencieux, amateurs et professionnels, tous ceux qui se cherchent et qui méritent d’être entendus et aimés, tous ceux qu’il me restent encore à écouter, à voir, à découvrir. Tous ceux qui sont morts et dont on n’oubliera pas les chansons, souvenirs aussi de grands moments de spectacles. Tous ceux aussi qui se sont arrêtés un jour de chanter, par choix ou par nécessité, pour suivre d’autres chemins de création.

C’est tout ?

Non bien sûr. Comme le faisait remarquer Stendhal : « Plus on plaît généralement, moins on plaît profondément ». Tous ces artistes, de ce monde luxuriant, insolite, singulier, au parcours cahotant de trafiquants de mots chantés, scandés, proférés dans l’écrin de la chanson, art du peuple par excellence, ceux sont mes vrais compagnons de route. Dans une société qui abolirait la dictature commerciale, ils seraient autres. Il suffirait de donner plus de facilité à ceux qui veulent cultiver cette curiosité, arme absolue contre la bêtise. Voilà tout.

Bruno Ruiz, entretien avec François André
extrait de Le miroir et la vitre, pages 217/223, Editions Ithaque, 2008

ÊTRE FIDELE


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ÊTRE FIDELE

 

Avons-nous vieilli selon nos désirs ?
Sommes-nous plus beaux que notre jeunesse ?
Avons-nous choisi la vie que l’on mène ?
Dormons-nous le soir sur nos deux oreilles ?

Sommes-nous fidèles à nos utopies ?
Avons-nous gardé nos jardins secrets ?
Reconnaissons-nous nos vieilles erreurs ?
Chantons-nous les mêmes chansons qu’autrefois ?

Être fidèle, à son poids d’hirondelle
Être la sentinelle, à chaque nuit nouvelle

Rester sensible à ce monde terrible

Être encore accessible à des amours possibles

Avons-nous gagné nos châteaux d’Espagne ?
Pleurons-nous encore pleurons-nous souvent ?
Avons-nous gardé des doutes amers
Sur l’amour des autres des dieux incertains ?

Cherchons-nous encore le soleil des hommes ?
Avons-nous la haine de l’indifférence ?
Avons-nous le poids de nos idées folles ?
Sommes-nous encore debout dans la nuit ?

Être fidèle, à son poids d’hirondelle
Être la sentinelle, à chaque nuit nouvelle

Rester sensible à ce monde terrible

Être encore accessible à des amours possibles

 

Paroles & Musique:   Bruno Ruiz

 

LA SUEUR DU MONDE…


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LA SUEUR DU MONDE…

Mon pin quotidien. Ses aiguilles ont hissé au long des mois 24 années, sans trêve comme au lin des champs on sait le tendu de la toile sur un châssis en pin. Maritime appareillage, du mouillage de Moëze-Oléron passant le Pertuis d’Antioche vers  les anglo-normandes d’Iroise, traversées atlantiques. Autre peur, la grande celle-là, celle de surmonter sa peur pour trouver le courage. La rue tangue, mon esprit cherche ses jambes, l’amour en découverte je suis le marin du peint essuyant la tempête. Je graale au clavier tempéré pour un accord des on du pauvre, cachalot venu échouer  à la marée montante. Le soleil est jaune je me demande juste lequel ?

Niala-Loisobleu – 04/12/18

 

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Ça grince dans les mâts, le fracas des voiles, tout qui déchire l’horizon. Nous sommes au bout des lassitudes, à défaire des vieux cordages. Nous nous interrogeons sur ce poids de trop de solitude sur nos épaules. On prépare toujours quelque part des brasiers. Des lampes s’allument sur la grève endormie. Je marche parmi vous, distribuant le café chaud du poème. Seul, je sais que je n’avance pas ou si lentement. J’embrasse vos sentinelles dans l’ombre. On ne sourit plus autour des abattoirs. Sentez-vous la sueur du monde ? La joie sonore de l’appel qui nous unit ?

Bruno Ruiz (2018-LA SUEUR DU MONDE…)

 

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Les Blessures/Bruno Ruiz/ Mon quattrocento


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Dessin : Etude de Signorelli Luca (1450-1523)

Les Blessures/Bruno Ruiz/ Mon quattrocento

Les blessures font partie des vivants, elles habitent leur vie comme une ligne d’infra basse dans la soute des machines, elles nous accompagnent dans nos rires, s’accrochent aux branches de nos arbres les plus paisibles. Elles dansent sur les houles de l’incommensurable peine des hommes, rejoignent les fantômes innombrables de l’absence, de nos erreurs et de nos lâchetés. Et je les porte en moi comme un sac de larmes sur les épaules, cheminant vers des sources légères, dans la cicatrice des mémoires et la trêve de sanglots lancinants. Un jour, un jour sans doute, je serai aérien dans l’étreinte sereine de l’univers, et rien ne pèsera sur mes pas. Il n’y aura plus d’ombre sur la joie de vous savoir si semblables.

Bruno Ruiz, 2017

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Morsure d’amour-propre, buisson épineux poussant sans prévenir sur la pelouse venant d’être tondue. Deux oiseaux jouent au badminton. Le cerf-volant s’envole, la main sournoise du semeur d’embrouilles sort du brouillard où elle réside et perche l’accessoire sur l’inaccessible.

Air glacé, la gerçure se saisit des lèvres.Adios sourire.On devra attendre. La commissure rogatoire autorisant une perquisition saura-t-elle hein ma soeur Anne ?

Je saigne très bien qu’au fond de moi rien n’envenimera la cicatrice de nos poignets nuptiaux. D’aucuns n’y auraient vu que l’image ex-voto du péri en mer. La blessure- notre est une sorte de troisième oeil, veillant sur Nous. L’ange à Nous, ne quittant pas un seul de nos mouvements. L’oreille à nos mots malheureux, nos tons faux, dérapage, sans qui nous n’aurions pas vraiment pouvoir pu prétendre au savoir lire de l’Autre. Le froid rend la graine vivace pendant son sommeil. Oiseau du pouls, animant la pompe du m’aime sang.

Je reste l’Enfant qui apprend la minute présente mon Coeur, Toi, étant en quelque sorte mon éternel quattrocento.

Niala-Loisobleu – 8 Janvier 2017

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Que ça Chante à gargouille !


Que ça Chante à gargouille !

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Par paquets la vague balaie.Tout vole, oh non où est le devant du derrière. D’un papier qui accompagne les casseroles, je ma tâche d’encre sur l’oeil du cyclone, que je ressemble au chien de la voix d’son mètre. A court de mot.

Pourquoi l’amour ça peut faire mal à faire passer du sublime au vil ?

Les millions de baisers qui mordent dans l’hostile d’un monde lupanar, aides-moi à en savoir lire le bon regard. Ta langue suce un nectar, viens pas l’inciter en m’aime tant à arroser nos fleurs de nitrate au moment où tes seins m’en serre le petit haricot dans le  peau de terre.

J’ai la passion pour Toi, me demande pas pourquoi, regarde juste les dégâts quand tu me débranches, tu comprendras alors le déréglage des tiennes dans le rapport qu’elles ont aux miennes

Tout ça n’existerait pas si t’étais pas une femme et moi un homme. Peut-être la vraie merveille du monde, j’en suis sûr, que j’efface le doute, te connais trop bien, ô sublime bonheur du complémentaire qui sans, néantiserait la nature de nôtre vie.

Un homme et une femme r’heusement qu’c’est différent

Toi c’est ta tripe en mon intestin, le boyau par lequel on résonne, on vibre, on allume, par l’Y de notre branchement grâce auquel on casse la gueule à la scoumoune.

Que ça chante !

Niala-Loisobleu – 20 Novembre 2016

https://brunoruiz.wordpress.com/2016/10/31/hommage-a-janis-joplin/

LES SANS JOURS


LES SANS JOURS

Y a des moments t’as soif alors
tu bois et puis y a des moments où
t’as pas soif et tu bois quand même
et des moments aussi où t’as
soif et tu bois pas et puis d’autres
où t’as pas soif et tu bois pas

y a des moments t’as faim alors
tu manges et puis y a des moments où
t’as pas faim et tu manges quand même
et des moments aussi où t’as faim et
tu manges pas et puis d’autres où
t’as pas faim et tu manges pas

y a des moments t’as soif alors
tu manges et puis y a des moments où
t’as pas faim et tu manges quand
même et des moments aussi où t’as
soif et tu manges pas et puis d’autres
où t’as pas soif et tu manges pas

y a des moments t’as soif t’as faim
alors tu manges et tu bois et puis
y’a des moments où t’as pas soif et
t’as pas faim mais tu bois et tu
manges quand même et y a des
moments où t’as soif mais t’as
pas faim alors tu bois pas mais
tu manges et puis d’autres où tu
n’as ni soif ni faim alors tu
bois pas ni ne mange

mais y a des moments t’as soif et y a
rien à boire alors tu bois pas et y a
des moments t’as faim mais y a
rien à manger et des moments où t’as
pas soif mais tu peux boire et des
moments où t’as pas faim mais tu
peux manger

parce qu’y a des
endroits où tu peux boire et
manger quand tu veux et des
endroits où tu voudrais boire et
manger mais y a rien à boire ni à
manger parce qu’y a des endroits où
ceux qui mangent et ceux qui
boivent se foutent complètement de
ceux qui ont faim et de ceux qui ont soif

Bruno Ruiz, inédit 2016

Vachement pas facile de seins chroniser, le droit avec le gauche quand ils sont pas au pas, l’un et l’autre, faites vos je, impair, un perd et passe.

Passe à caille, puis passe à show, eh chérie t’as les ragnagnas, non trésor j’en ai une qui pend plus bas qu’l’autre.

Merdre…

J’vois pas d’autre solution que selle d’enfourcher

son p’tit veille ô

pour garder le cap en m’aime direction

Amour

en chantant que c’est le fond qui compte pas l’happe à rance !

Niala-Loisobleu – 19 Novembre 2016

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MONOLOGUE DE LA STATUE


MONOLOGUE DE LA STATUE

Agis, visiteur

Agis sur le monde et sur les vivants.
Pense.
Pense qu’il te faut vivre avec un bandeau sur l’œil de ta nuit.
L’univers n’est rien de plus qu’un désastre de l’ombre, un escalier d’étoiles, et tes métaphores seront toujours faibles dans la poussière.
Le temps te lie à ta peine, sans clarté.
Il neige sur ton revolver.
Sous la géométrie de l’infini, il y a la rigueur de tes filtres et ta rumeur peut bâtir des oasis inconnues.
Reste, visiteur.
Reste au chevet de ce monde, le tien, lent comme le rescapé aux portes de l’épouvante.
Entend, visiteur.
Entend jusqu’au bout le ressac des plaintes profondes de l’arbre, l’aboiement du mystère, la source sous la pierre.
Ecris, visiteur.
Ecris en attendant, pour celui qui te lira.
Même tes vieilles injures à la dérobée, si ta plume s’use trop.
Fonde ton théâtre d’ombres, donne des preuves de l’indicible.
Il n’y a pas de lieu pour mourir.
Dis-le, visiteur.
Dis le parfum de ce qui va renaître.
Insensible insensé, lis l’envers des livres.
Chante le fruit qui tombe sur les suaires, le bonheur sans masque, chante, sauvage ruisseau de clarté si souvent gémissant de l’étreinte première, la beauté du vent, aime l’adulte douleur.
Sur les plages, il y a le son des femmes, voix de gorge où les gardiennes, assises, égratignent les morts et les vivants.
Le sang aussi.
Les voix d’enfants.
Ecoute la plainte de ces anges enflés par le courroux des lionnes, brûle tes étendards, accepte le tournoiement de tes ailes.
Oh ! Langues de vie, qui donc s’écroule et sépare le chant dans la veine qui bat ?
Chevelure du cœur au front de la terre, couleur de toutes les consciences, cri de la brûlante nourriture, plonge dans l’abîme de miel de ta nuit mortelle.
Sonne l’heure pour l’étoile abandonnée, sans gouvernail, pour ta reine qui dort.
Dans les sèves rangées, dans les chairs bouleversantes, dans tes zéniths de bleuissure.
Vois, visiteur, les secrets du frisson de la pluie sur les joues qui dansent en ce monde, pour la folie des iris dans les fuites d’acanthes et le parfum des mousses, sur les pierres tombales où glissent, vers la rivière, tes racines.
Sous les toits, j’entends les loups.
Je n’ai aucune peur, aucune douleur.
Au loin l’irréversible bateau des heures me déserte.
Verdure de tes arbres, le voyage de tes lunes et du vent m’ignore dans les foudres.
Savon des mots, va-et-vient des mâchoires, douleur du temps, le désarroi de l’été ne trouble jamais mon allure.
Et ta ville, l’entends-tu ?
C’est une cargaison de rythmes où la magie du hasard se boucle à ton cheminement, dénouant les cordes du chaos, la migration joyeuse des rêves vers la maison familiale où s’ouvre ton jardin.
La danse des tumulus, pâtures de liesse et de musiques, abysses rayonnantes où rien de l’âme ni du cœur ne se résigne, un empire qui pleure sans yeux, des ventres baignés de vérité dans le souffle sans haine des orchestres, des cirques de guirlandes qui s’en vont plus loin, portés par l’énigme de la nuit suivante.
Ici est ta terre.
Un coin de ciel dans chaque marche qu’il te faudra poursuivre, vaille que vaille, dans les ferveurs du petit jour, malgré les cris et les peines de ceux qui restent, de ceux qui ne peuvent plus aller plus loin.
Oui.
Oui, comme un espoir incroyable, inespéré.
Oui pour que les hommes cessent de s’entre-tuer, simplement, pour que les hommes cessent de se battre.
Et là, au regard de ces images qui te touchent, dans la force de tes actes, lappant la vie jusqu’à l’ultime goutte de sang, comme une plaie à jamais refermée sur la tenace barbarie, sois la preuve animale.
Sois jamais, plus que demain, ce jour de terre et de pluie, parfum jeté sur la jeunesse, sois le mouvement de l’amour.
Que la lumière éclaire l’or de tes méthodes.
Que ton corps se réaccorde, dans la symphonie d’un nouveau monde qui t’arrime.
Spasme sans écho, absurde mesure de l’ombre, noie tes paroles vautrées, avec tes regrets de miroir, cette mort lancinante.
Etre, voilà ton aventure.
Comme un regard sur les vieux sourires, le souffle singulier de l’existence, l’illusion précieuse des bouées.
Vole aujourd’hui, visiteur.
Avec de grands gestes.
La première fois que je suis née, c’était la dernière.
Le sculpteur cherchait un corps, comme l’eau cherche le puits.
Il était alors si hésitant, si fragile.
Il est mort le jour de ma naissance, seul, un soir, avec ses mains.
Oiseau du silence, il a ouvert le ciel avec sa terre.
Il est fort désormais.
Reconnu.
Il t’aide si tu le veux.
Il est utile.
Il nous ressemble.
Il nous ressemble, visiteur.
Vole , à présent.
L’art est une réponse.
Relis-moi, aussi, sans cesse.
L’oiseau mort n’écoute pas les murs : il est lui même l’horizon.
Vole de ma provisoire immortalité, à hauteur de tes yeux, avec ta fatigue, tes muscles dans le cresson des ténèbres.
Déparalyse.
Aime cette eau fraîche, illusion d’étoiles.
Ne tue pas ton ennemi : la vie le fait pour toi.
Elle est ta naissance.
Tu n’as ici-bas qu’un rôle d’oubli et de mémoire.
Ne te prend plus au jeu des équivalences.
Pense demain, cet indiscret.
Souffre de ta vitrine, de l’horreur du mensonge.
Les héros sont sans valeur.
Le pouvoir est inutile.
Abolis tes boucheries de paroles.
Le devoir des hommes de marbre n’éclaire pas les départs.
La langue appartient à celui qui ose entrer dans l’œil de l’autre.
Edifie des lumières.
Met l’idée en danger.
Glisse sans bruit, captif de l’humanité.
Car tu seras toujours seul, visiteur.
Entre l’éther et la substance.
Et moi j’ai si froid d’être nue sur mon socle.
Aveugle.
Absente du sens.
Les temps nouveaux vont te mettrent à l’épreuve.
Aujourd’hui tu cherches le soleil.
Sois demain sa lumière.
Tu étais né pour être quitté.
Puisque tu le sais, désormais, sois plus fort que la séparation.
Car il existe en toi d’autres masses, la matière d’un autre univers.
Apprivoise l’ivresse, rassemble-toi hors de l’hystérie.
Dans la substance de tes vaisseaux, traverse les nouvelles logiques du néant, trouve d’autres mots pour les nommer, revendique le droit au doute.
Demain peut-être sera ta nouvelle existence, tes pensées sauterelles, tes pensées cahotantes, tes fictions déchaînées.
Regarde autour de toi comme déjà les destinées se rassemblent, dispersant leurs résidus d’ignorances.
Tu vas courir maintenant.
Dans les senteurs d’une nature nouvelle, le long des eaux caressantes.
Tu vas plonger dans l’or des aériens muséums, regarder tomber des tours les stèles agonisantes.
Tu vas blanchir tes pensées, tes rides, tes rébellions.
Etreindre l’avenir de leurs forces primitives.
Tu vas délasser les chalands des ondes trop collantes, saigner Sisyphe pour abreuver tes nouveaux enfants.
Toutes tes alarmes seront enfouies dans l’océan, avec les vieilles idées nouées aux corps des tyrans désormais ridicules.
Tu vas tracer des routes verticales au-dessus de ces plâtres immobiles, construire des ponts au-dessus des encriers enfin vides, parce que tout est ici-même, dans le goutte à goutte des flots bleus, les discontinuités enfin dissoutes, l’oubli dans la haine dépassée par la souveraine mémoire.
La souveraine mémoire.
Ecoute.
J’entends l’hymne d’une fraternité animale.
J’entends un nouveau verbe.
Regarde.
Je vois de nouveaux actes.
L’éblouissant exercice d’une autre vie.
C’est parce que tu es né, visiteur, que je suis vivante.

BRUNO RUIZ

 Extrait de Muséum (1998)

https://brunoruiz.wordpress.com/

Source EMILIA GITANA

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