EXCLUSIVITE


d1a108310bbbe06d9aaa749db2f6e8cb

EXCLUSIVITE

 

Ceci est à personne d’autre

alors un like peu sut faire

sinon je m’enrôle à Fesses de Book pour causer de fesses

-ça va

-bien

-et toi

-oh chouette

-super

-chez toi ?

-non chez moi

-ah si tu commences à 

Et ceci sous un texte de poids que bien sûr les commères ne se sont pas aperçues, aussi pour parler d’émoi, ce matin je m’ai trouvé un poil noir  qui avait du passer la nuit contre ma zigounette. Pourtant j’ai pas découché, alors comme j’ai fait le ménage, ça doit être un coup du balai, l’est blagueur, surtout le dimanche il aime jouer aux grands fétiches.

Niala-Loisobleu – 05/10/19

 

LES GRANDS FÉTICHES

I

Une gangue de bois dur
Deux bras d’embryon
L’homme déchire son ventre
Et adore son membre dressé

II

Qui menaces-tu
Toi qui t’en vas
Poings sur les hanches
A peine d’aplomb
Juste hors de grossir?

III

Noeud de bois

Tête en forme de gland

Dur et réfractaire

Visage dépouillé

Jeune dieu insexué et cyniquement hilare

IV

L’envie t’a rongé
Je menton

La convoitise te pipe

Tu te dresses

Ce qui te manque du visage

Te rend géométrique

Arborescent

Adolescent

v

Voici l’homme et la femme

Également laids également nus

Lui moins gras qu’elle mais plus fort

Les mains sur le ventre et la bouche en tire-lire

VI

Elle

Le pain de son sexe qu’elle fait cuire trois fois par jour

Et la pleine outre du ventre

Tirent

Sur le cou et les épaules

VII

Je suis laid!

Dans ma solitude à force de renifler l’odeur des filles

Ma tête enfle et mon nez va bientôt tomber

VIII

J’ai voulu fuir les femmes du chef

J’ai eu la tête fracassée par la pierre du soleil

Dans le sable

Il ne reste plus que ma bouche

Ouverte comme le vagin de ma mère

Et qui crie

IX

Lui

Chauve

N’a qu’une bouche

Un membre qui descend aux genoux

Et les pieds coupés

x

Voici la femme que j’aime le plus

Deux rides aiguës autour d’une bouche en entonnoir

Un front bleu

Du blanc sur les tempes

Et le regard astiqué comme un cuivre

British
Muséum,
Londres, février 1916.

 

Blaise Cendrars

C’EST A SAINT-PAUL DE VENCE…


33848245_p

C’EST A SAINT-PAUL DE VENCE…

Cest à
Saint-Paul de
Vence que j’ai connu
André

Verdet c’était un jour de fête

et
Dieu sait si les fêtes sont belles dans le
Midi

un jour de fête oui

et je crois même que c’était la canonisation de saint

Laurent du
Maroni enfin quelque chose dans ce genre-là avec de grands tournois de boules des championnats

de luttes religieuses et des petits chanteurs de la

Manécanterie

et des tambourinaires et des
Artésiens et des
Artésiennes

des montreurs de ruines des fermeurs de persiennes

et des
Saintes
Maries de la
Mer arrivées en wagon-citerne

un musée
Dupuytren ambulant

avec ses fœtus transparents ses césariennes de plâtre et ses bubons fondants

un grand concours de pyjamas de plage et de suspen-soirs en rubans

une exhibition d’exhibitionnistes spectacle interdit aux enfants

enfin la location des plantes vertes pour cérémonies officielles battait son plein

Et il y avait des messes de minuit et des vêpres siciliennes dans tous les coins

et un cosaque

un centenaire avait promis marquant ainsi sa confiance en l’avenir

de rendre son dernier soupir en présence de ses concitoyens

mais il reprit goût à la vie en écoutant le tambourin

on fut obligé de l’abattre pour que la fête batte son plein

à coups de canon dans la prostate

histoire de rigoler un brin

Et en avant la musique en arrière les enfants

et les garçons de café se trompant de terrasse couraient porter la bière au cimetière du coin

enfin
Nice était en folie

C’était le soir de
Carnaval et les femmes jolies au bras de leur galant se pressaient vers le bal

sans parler du combat naval

de beaux officiers de marine sur des canonnières de nougat

bombardaient les jeunes filles de la ville avec des branches de mimosas

et des tombolas des manèges de cochons

et beaucoup de reposoirs pour se reposer en regardant passer les processions

et des fontaines lumineuses des marchands de poil à

gratter une course d’écrevisses des charmeurs de serpents et des gens qui passaient tout doucement en se

promenant une boiteuse avec un hussard un laboureur et ses enfants un procureur avec tous ses mollusques un chien avec une horloge

un rescapé d’une grande catastrophe de chemin de fer un balayeur avec une lettre de faire-part un cochon avec un canif un amateur de léopards un petit garçon très triste un
singe avec ses employés un jardinier avec son sécateur un jésuite avec une phlébite et puis la guillotine et plus un condamné le bourreau avec une angine et une
compresse autour

du cou et ses aides avec un panier et des arroseurs arrosés des persécuteurs persécutés

et des empailleurs empaillés et des tambours des trompettes des pipeaux et des

cloches un grand orchestre de tireurs de sonnettes un quatuor à cordes de pendu une fanfare de pinceurs de mollets un maître de chapelle sixtine avec une chorale de coupeurs de
sifflet et une très célèbre cantatrice

hémiplégique aérophagique et reconnue d’utilité publique interprétant « in extremis » et « gratis pro
Deo » sous la direction d’un réputé chef de clinique la célèbre cantate en dents de si bémol majeur et en l’honneur du
Grand
Quémandeur de la
Légion d’honneur avec chœur de dames d’honneur des garçons d’honneur musique d’honneur et paroles d’honneur

un festival de chansonnettes grivoises

et régal pour les mélomanes

un solo de cigale dans un orchestre de fourmis

trente-deux milles exécutants s’il vous plaît

remarquable musique provençale d’une étonnante couleur locale

et pour terminer la cigale exécutée par ses exécutants qui disparaît sans laisser d’autre trace que la mémoire de son chant

une douzaine d’œuf s battus et contents entonnant la
Mayonnaise dans un mortier de velours noir sur la tête d’un vice-président

une grande reconstitution historique avec saint
Louis sous un chêne regardant tomber un gland
Napoléon à
Sainte-Hélène entouré d’os de tous côtés et
Charlotte
Corday brûlée vive à
Drieu le
Vésinet

et le
Masque de fer avec son gant de velours dans la culotte d’un zouave sous les eaux de la
Seine en mille neuf cent dix pendant la grande inondation

un remarquable tableau vivant où presque tous les morts de la guerre de
Cent ans formaient une pyramide humaine d’un effet tout à fait saisissant avec le plus petit des morts tout en haut et fier comme
Artaban agitant sans bouger d’un pouce un étendard taché de sang et des largesses pour les indigents un couvre-feu de la Saint-Jean des grandes eaux minérales une distribution
gratuite de pinces à linge de ramasse-miettes de poignées de main et de bons vœux de
Nouvel
An un mât de
Cocagne une course en sac un rallye-papier hygiénique un steeple chaise à porteurs

compétition publicitaire avec des
Rois
Soleil de derrière les fagots hurlant dans des haut-parleurs à chaque virage à chaque cahot
Ah ! si j’avais une
Peugeot !

Et sur une immense estrade de sapin blanc recouverte de tapis d’Orient des femmes du monde poussaient des cris perçants jetant sur les coureurs des pots de fleurs des petits bancs sur
cette estrade il y avait aussi un comité des fêtes un comité des forges deux ou trois syndicats d’initiative les toilettes les double
W.-C. le poste de secours aux noyés une exposition de frigidaires et de dessous de bras à musique une dégustation de
Bénédictine offerte par des
Bénédictins et de véritable
Phosphatine offerte par de véritables
Phosphatins

et la reconstitution exacte et grandeur nature du bazar de la
Charité entièrement construit en amiante à cause de la sécurité

et dans ce noble édifice provisoire et consacré à la troisième vertu théologale

de somptueuses douairières debout sur la brèche fières et infatigables

distribuaient bénévolement à leurs amis et connaissances des laits de poule aux œufs d’or des pots de vin d’honneur des sandwiches au jambon et des assiettes au beurre

et tout cela bien sûr y compris les hors-d’œuvre offerts gracieusement au profit des bonnes œuvres

la boussole des filles perdues

le rond de serviette du vieux serviteur

la dernière cigarette du condamné

l’œuf d’autruche de
Pâques pour les familles nombreuses

la bûche de
Noël pour les jockeys d’obstacle tombés dans la misère

et la bouche pleine et le jarret tendu des gens connus faisaient connaissance avec d’autres gens connus

Quand on pense qu’on ne s’était jamais vu disait l’un qui avait beaucoup de décorations

El n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas répondait un autre qui n’avait pas du tout de menton

Quelle belle fête n’est-ce pas mais quelle chaleur quelle foule et quelle promiscuité oh ! ne m’en parlez pas c’est vraiment déplorable que les gens comme il faut soient
obligés de côtoyer les gens comme il ne faut pas et ça donne de beaux résultats tenez vous me croirez si vous voulez eh bien pas plus tard qu’à l’instant même et
cela s’est passé devant le buffet excellent d’ailleurs le buffet des ballotines de foie gras absolument divines divines c’est le mot mais où en étais-je donc ah ! oui
figurez-vous disais-je que pas plus tard que tout à l’heure un de mes bons amis parmi les meilleurs excellent musicien par ailleurs a été odieusement piétiné par une
bande de mal élevés piétiné non vraiment comme je vous le dis piétiné devant le buffet et cela à l’instant même où il se baissait fort imprudemment
d’ailleurs pour ramasser son cure-dent ah! quelle foule quelle chaleur et quel malheur un ami de vingt ans évidemment nous étions un peu en froid mais qu’est-ce que ça peut faire
devant la mort est-ce que cela compte ces choses-là vraiment c’est peu de chose que l’homme ah ! oui peu de chose vous pouvez le dire peu de chose et nous traversons une vallée de
larmes une vallée de larmes c’est le mot enfin la fête est réussie c’est le principal enchanté d’avoir fait votre connaissance mais non je vous assure tout le plaisir est
pour moi j’espère que nous allons nous voir souvent mais bien sûr alors à très bientôt cher ami à très bientôt mon cher président

En somme pour résumer beaucoup de beau monde sur cette estrade

et beaucoup aussi tout autour

Et des baraques foraines avec avaleurs de sabre au clair

des jeteurs de mauvais sort des diseuses de bonne aventure

et des remonteurs de moral et des retardeurs de pendule

des dompteurs de puces à l’oreille des traîneurs de glaive des rallumeurs de flambeaux des imitateurs de
Jésus-Christ des jongleurs de
Notre-Dame de
Lourdes

des prétendants à la couronne d’épines et des rempailleurs de prie-Dieu

et des dames patronnesses et des messieurs patrons qui battaient la campagne et la grosse caisse d’épargne

devant l’édifiant carton-pâte d’un authentique décor de légendaire moulin à vent

où se pressait un certain nombre de
Grands
Meaul-nes de petits
Pas-Grand-chose et de polytechniciens savants

autour d’un petit vieillard dur d’oreille vêtu d’un exemplaire costume de chèvre de
Monsieur
Seguin qui leur lisait l’avenir de l’intelligence dans le poil de la main

Et il y avait aussi naturellement le bal des petits pis blancs où la jeunesse dorée faisait ses tours de vache à deux et à trois temps et des mater dolorosa des
beaux-pères fouettante des petits pères la colique des grand-mères mitoyennes des grands-pères putatifs des arrière-grands-pères
Dupanloup et des arrière-grand-mères
Caspienne regardaient avec attendrissement tout en posant négligemment pour la galerie d’ancêtres leurs petits enfants vachant gaiement la vache au bal des petits pis blancs leurs
enfants d’un même
Ut ou d’un lit d’à côté leurs filles du calvaire et leurs garçons manques et les belles-sœurs latines et les arrière-cousins germains et leurs fils à soldats
les beaux-fils à papa et les petites sœurs des pauvres et les grandes sœurs des riches les oncles à héritage et les frères de la cote
Desfossés
Un peu plus loin la jambe en l’air et les jupes retroussées des dames de la meilleure société à capital variable et responsabilité limitée exécutaient avec
une indéniable furia francese un impeccable bien qu’un tantinet osé véritable french cancan français cependant qu’au milieu de la réprobation générale un
escadron de petites orphelines sous la conduite d’une belle-mère supérieure qui l’avait conduit là par erreur traversant le bal les cheveux tirés le dos voûté les
yeux baissés et strictement vêtu de noir animal de la tête aux pieds disparaît en silence comme il était entré en silence sans rien dire et au pas cadencé
et

retourne se perdre dans la foule des pinceurs de mollets
Dans la foule des pinceurs de mollets des coureurs de guilledou des doreurs de pilules des bourreurs de mou des collectionneurs de dragées man-quées des récupérateurs de
dommages de guerre des receveurs de coups de pied au cul des amateurs de claques dans la gueule des embobi-neurs de fil de la
Vierge des cramponnes d’am-bassade des batteurs de tapis des détacheurs de coupons des pousseurs de verrou des porteurs de bonne parole des preneurs de paris des donneurs d’hommes des
buveurs d’eau des concas-seurs d’assiettes des mangeurs de morceau des retourneurs de veste des rêveurs de plaies et bosses des dresseurs de meute des tourmenteurs jurés des
prêteurs de main forte des metteurs de main au collet des chefs de bande molletière et des
Basques des
Basques oui beaucoup de
Basques un grand nombre de
Basques

une foule de
Basques car certainement ces gens qui défilaient sans aucun doute c’étaient sûrement des
Basques à en juger par leur béret des
Basques qui défilaient comme un seul homme un seul homme tout seul sous le même béret qui défilait comme un seul homme tout seul en train de s’ennuyer et qui ne rencontre
personne sans se croire obligé de saluer

des
Basques et des
Basques encore des
Basques toujours des
Basques et sur les trottoirs d’autres
Basques regardant les
Basques défiler et puis leur emboîtant le pas défilant soudain à leur tour défilant au son du tambour

de
Basque

Et
André
Verdet

qu’est-ce qu’il faisait dans tout cela rien

trois fois rien dix fois rien cent fois rien absolument rien

il n’avait rien à voir absolument rien à voir avec cette

fête-là et pourtant il était du pays comme on dit mais on dit tant de choses du pays dans tous les pays surtout du pays basque

et ces choses-là
André
Verdet les connaît dans les coins

dans les mauvais coins

et il en a sa claque comme on dit

car on dit cela aussi

il en a vu d’autres entendu d’autres

il connaît la musique

c’est un homme qui revient de loin
André
Verdet et qui y retourne souvent et c’est là que je l’ai rencontré précisément dormant couché dans la campagne ce fameux jour de fête au pied d’un olivier

comme un cornac dormant couché aux pieds d’un éléphant

et la comparaison est exacte

parce qu’un bois d’oliviers quand la nuit ne va pas tarder à tomber

c’est tout à fait un troupeau d’éléphants guettant le moindre bruit immobile dans le vent

et c’est vrai que l’olivier et l’éléphant se ressemblent

utiles tous deux

utiles anciens identiques graves et souriants

et tout nouveaux tout beaux malgré le mauvais temps

paisibles tous les deux et de la même couleur

ce gris vivant émouvant et mouvant

cette couleur d’arbre et d’éléphant qui n’a absolument aucune espèce de rapport avec aucune espèce de couleur qu’il est convenu d’appeler locale

cette couleur de tous les pays et d’ailleurs peut-être

aussi cette couleur vieille comme le jour et lumineuse aussi

comme lui cette couleur des vraies choses de la terre la couleur de l’hirondelle qui s’en va la couleur de l’âne qui reste là vous savez l’âne l’âne gris l’âne gris qui
refuse soudain d’avancer parce que

soudain il a décidé qu’il n’avancerait pas d’un

pas et qui vous regarde avec son extraordinaire regard

d’âne gris

Oh! âne gris mon ami mon semblable mon frère comme aurait dit peut-être
Baudelaire s’il avait

comme moi aimé les ânes gris je viens encore une fois de me servir de toi je t’ai couché là sur le papier et ce n’est pas pour que

tu te reposes non je t’ai couché là pour me servir pour me servir de comparaison pour que tu nous rendes service à
André
Verdet à

moi et à d’autres il ne faut pas m’en vouloir c’était nécessaire

et tu n’es pas arrivé dans cette histoire comme le

cheveu sur la soupe mais bien comme le sel ou la cuillère dans la soupe

tu es arrivé à ton heure et sans doute nous avions rendez-vous

alors je vais profiter de ta présence pour parler un

peu de toi en public
Regardez l’âne
Messieurs regardez l’âne gris regardez son regard hommes au grand savoir

coupeurs de chevaux en quatre pour savoir pourquoi

ils trottent et comment ils galopent regardez-le et tirez-lui le chapeau c’est un animal irraisonnable et vous ne pouvez pas le

raisonner

il n’est pas comme vous vous dites composé d’une

âme et d’un corps mais il est là tout de même il est là avec
André
Verdet avec beaucoup d’autres avec les

oliviers avec les éléphants avec ses grandes

oreilles et ses chardons ardents il est là inexplicable inexpliqué et d’une indéniable beauté surtout si on le compare à vous autres et à beaucoup

d’autres encore hommes à la tête d’épongé hommes aux petits corridors il est là

travailleur fainéant courageux et joyeux et marrant comme tout

et triste comme le monde qui rend les ânes tristes et d’une telle grandeur d’âne que jamais au grand

jamais vous entendez
Messieurs et même si vous vous levez la nuit pour l’épier jamais

au grand jamais aucun d’entre vous ne pourra

jamais se vanter de l’avoir vu ricanant menaçant

humiliant triomphant coiffer d’un bonnet

d’homme la tête de ses enfants lève-toi maintenant âne gris mon ami et au revoir et merci

et si tu rencontres le lion le roi des animaux oui si tu le rencontres au hasard de tes tristes et

dérisoires voyages domestiques n’oublie pas le coup de pied de la fable

le grand geste salutaire

c’est pour l’empêcher de se relever et de s’asseoir sur lui et sur ses frères qu’un âne bien né se doit de frapper le lion même quand il est à terre au revoir mon
ami mon semblable mon frère
Et l’âne gris s’en va gentiment comme il est venu et disparaît dans le bois d’éléphants où dort
André
Verdet
André
Verdet couché au pied de l’arbre qu’on appelle olivier et aussi quelquefois arbre de la paix et dont nous avons dit plus haut si nos souvenirs aont exacts qu’il était utile alors que
c’était indispensable qu’il aurait fallu dire
Enfin le mal est réparé indispensable l’olivier

indispensable avec ses olives et l’huile de ses olives comme la vigne avec son vin le rosier avec ses roses l’arbre à pain avec son pain le chêne-liège avec ses bouchons le
charme avec son charme le tremble avec son feuillage qui tremble dans la voix de ceux qui disent son nom indispensable comme tant d’autres arbres avec leurs

fruits leur ombre leurs allées leurs oiseaux indispensable comme le bûcheron avec sa hache le marchand de mouron avec son mouron indispensable alors qu’il y a d’autres arbres qu’on se
demande à

quoi ça sert vraiment l’arbre généalogique par exemple ou le saule pleureur qu’on appelle aussi paraît-il arbre de la science infuse du bien mal acquis ne profite jamais et
du mal de
Pott réunis amen

ou le laurier

parlons-en du laurier

quel arbre

à toutes les sauces le laurier et depuis des éternités à toutes les sauces et dans toutes les bonnes cuisines roulantes dignes de ce nom accommodant à merveille les
tripes au soleil et à la mode des camps

et dans la triste complainte des incurables infirmières pour calmer l’insomnie du pauvre trépané

chers petits lauriers doux et chauds sur ma tête

à toutes les sauces le laurier

vous n’irez plus au bois vos jambes sont coupées

mais laissons là le laurier avec ses vénérables et vénéneuses feuilles de contreplaqué ingénieusement liées entre elles par d’imperceptibles fils de fer
barbelés

laissons-le tomber le laurier

tressons-lui des lauriers au laurier

et qu’il se repose sur ses lauriers

le laurier

qu’il nous foute la paix

et qu’on n’en parle plus du laurier

parlons plutôt d’André
Verdet

André
Verdet toujours dormant dans la campagne couché dans son bois d’éléphants et se promenant à dos d’olivier un peu partout à toute vitesse sans se presser et dans le sens
contraire

des aiguilles d’une montre parmi les ruines des châteaux en
Espagne à
Barcelone sur la
Rambla place de la
Bastille à
Paris un beau soir de quatorze
Juillet quand les autobus s’arrêtent de rouler pour vous regarder danser se promenant les yeux grands ouverts sur le monde entier

le monde entier comme un cheval entier

un cheval entier tombé sur la terre et qui ne peut plus

se relever et le monde entier qui le regarde sans

pouvoir rien faire d’autre que de le regarder

le monde entier coupé en deux le monde entier

impuissant affamé ahuri résigné le monde

entier le mors aux dents et le feu au derrière

tortionnaire et torturé mutilé émasculé affolé

désespéré

et tout entier quand même accroché à l’espoir de voir

le grand cheval se relever et
André
Verdet écrit des poèmes des poèmes de sable et il les jette sous les pieds du cheval pour l’aider

des poèmes sous les pieds du cheval sur la terre

Pas des poèmes le doigt aux cieux les yeux pareils les deux mains sur le front et l’encre dans la bouteille

pas des poèmes orthopéguystee mea culpiens garin-baldiens

pas des poèmes qui déroulent comme sur
Déroulède leurs douze néo pieds bots salutaires réglementaires cinéraires exemplaires et apocalyptiques

pas de ces édifiantes et torturantes pièces montées

où le poète se drapant vertigineusement dans les lambeaux tardifs et étriqués de son complet de première communion

avec sur la tête un casque de tranchée juché sur les vestiges d’un béret d’étudiant

se place soi-même tout seul arbitrairement en première ligne de ses catacombes mentales

sur sa petite tour de
Saint
Supplice

au sommet de sa propre crème fouettée

donnant ainsi l’affligeant spectacle de l’homme affligé de l’affligeant et très banal complexe de supériorité

Non

André
Verdet et il n’est pas le seul écrit des poèmes de vive voix

de la main à la main de gaieté de cœur et parce que ça lui fait plaisir

et il se promène dans ses poèmes à la recherche de ce qu’il aime

et quand il trouve ce qu’il aime il dit bonjour et il salue

oui il salue ceux qu’il rencontre quand ils en valent la peine

ou le plaisir

ou la joie

et il salue le soleil des autres quand les autres ont un soleil

il salue le jour qui se lève ou qui se couche

il salue la porte qui s’ouvre la lumière qui s’allume le

feu qui s’éteint le taureau qui s’élance dans l’arène la mer qui se démonte qui se retire qui se calme il salue aussi la rivière qui se jette dans la mer l’enfant qui
s’éveille en riant la couturière qui se pique au doigt et qui porte à ses

lèvres la petite goutte de sang le lézard qui se chauffe au soleil sur le mur qui se

lézarde lui aussi au soleil l’homme libre qui s’enfuit qui se cache et qui se

défend l’eau qui court la nuit qui tombe les amoureux qui se caressent dans l’ombre qui se dévorent des yeux l’orage qui se prépare la femme qui se fait belle l’homme pauvre qui
se fait vieux et le vieillard qui se souvient d’avoir été heureux et la fille qui se déshabille devant le garçon qui lui plaît et dans la chambre leur désir qui
brille et qui brûle comme un incendie de forêt il n’est pas difficile
André
Verdet
A tous les coins de rue il rencontre les merveilles du

monde et il leur dit bonjour il dit bonjour à ceux qui aiment le monde mais les autres il ne leur dit pas bonjour absolument pas

les autres qui ce font souffrir qui se font des idées qui se rongent les ongles des pieds en se demandant comment ils vont finir leurs jours et où ils vont passer leur
soirée

les autres qui s’épient s’expliquent se justifient se légitiment qui se frappent la poitrine qui se vident le cendrier sur la tête qui se psychanalysent les urines qui se noient
dans la cuvette qui se donnent en exemple et qui ne se prennent pas avec des pincettes

les autres qui s’accusent qui se mettent plus bas que terre qui s’écrasent sur eux-mêmes et qui s’excusent de vivre

les autres qui simulent l’amour qui menacent la jeunesse qui pourchassent la liberté

les autres à tue et à toi avec leur pauvre petit moi et qui désignent la beauté du doigt.

 

Jacques Prévert

QUAND LA MER MONTE


 c476b32a7ecfbf88a793b0f3ca18c83c

QUAND LA MER MONTE

Poussières de cabane collées à la sueur du torse

j’ai les reins de docker

au déchargement d’un espace de transfert

canal de Panama

ohé Blaise aurais-tu un oncle à me prêter

Je voudrai aller danser

sur la plage pour entendre le coquillage me dire

« Viens on prend le large »

et me retrouver quelque part sous les plis

de sa robe en arbre de Judée…

N-L – 06/05/18

FANTOMAS


old abandoned staircase

FANTOMAS

Tu as étudié le grand-siècle dans
V’Histoire de la
Marine

française par
Eugène
Sue

Paris au
Dépôt de la
Librairie, 1835, 4 vol. in-16 jésus

Fine fleur des pois du catholicisme pur
Moraliste
Plutarque
Le simultanéisme est passéiste

Tu m’as mené au
Cap chez le père
Moche au
Mexique
Et tu m’as ramené à
Saint-Pétersbourg où j’avais déjà été
C’est bien par là

On tourne à droite pour aller prendre le tramway
Ton argot est vivant ainsi que la niaiserie sentimentale

de ton cœur qui beugle
Aima mater
Humanité
Vache
Mais tout ce qui est machinerie mise en scène changement

de décors etc. etc.
Est directement plagié de
Homère, ce
Châtelet

Il y a aussi une jolie page

«… vous vous imaginiez monsieur
Batzum, que j’allais « tranquillement vous permettre de ruiner mes projets, « de livrer ma fille à la justice, vous aviez pensé cela?… « allons! sous votre apparence
d’homme intelligent, vous « n’étiez qu’un imbécile… »
Et ce n’est pas mon moindre mérite que de citer le

roi des voleurs
Vol. 21, le
Train perdu, p. 367.

Nous avons encore beaucoup de traits communs

J’ai été en prison

J’ai dépensé des fortunes mal acquises

Je connais plus de 120.000 timbres-poste tous différents

et plus joyeux que les

N° du
Louvre
Et

Comme toi
Héraldiste industriel

J’ai étudié les marques de fabrique enregistrées à l’Office international des
Patentes internationales

Il y a encore de jolis coups à faire
Tous les matins de 9 à
II.

Blaise Cendrars

LE PANAMA OU LES AVENTURES DE MES SEPT ONCLES


tumblr_o5q1yk9IhI1ropkmco1_500

LE PANAMA OU LES AVENTURES DE MES SEPT ONCLES

 
Des livres

Il y a des livres qui parlent du
Canal de
Panama
Je ne sais pas ce que disent les catalogues des bibliothèques

Et je n’écoute pas les journaux financiers
Quoique les bulletins de la
Bourse soient notre prière quotidienne

Le
Canal de
Panama est intimement lié à mon enfance…

Je jouais sous la table

Je disséquais les mouches

Ma mère me racontait les aventures de ses sept frères

De mes sept oncles

Et quand elle recevait des lettres

Ëblouissement!

Ces lettres avec les beaux timbres exotiques qui portent

les vers de
Rimbaud en exergue
Elle ne me racontait rien ce jour-là
Et je restais triste sous ma table

Cest aussi vers cette époque que j’ai lu l’histoire du tremblement de terre de
Lisbonne

Mais je crois bien

Que le crach du
Panama est d’une importance plus universelle
Car il a bouleversé mon enfance.

J’avais un beau livre d’images

Et je voyais pour la première fois

La baleine

Le gros nuage

Le morse

Le soleil

Le grand morse

L’ours le lion le chimpanzé le serpent à sonnettes et la

mouche
La mouche
La terrible mouche


Maman, les mouches! les mouches! et les troncs d’arbres!


Dors, dors, mon enfant.
Ahasvérus est idiot

J’avais un beau livre d’images

Un grand lévrier qui s’appelait
Dourak

Une bonne anglaise

Banquier

Mon père perdit les 3/4 de sa fortune

Comme nombre d’honnêtes gens qui perdirent leur

argent dans ce crach,
Mon père
Moins bête

Perdait celui des autres,
Coups de revolver.

Ma mère pleurait

Et ce soir-la on m’envoya coucher avec la bonne anglaise

Puis au bout d’un nombre de jours bien long..

Nous avions dû déménager

Et les quelques chambres de notre petit appartement

étaient bourrées de meubles
Nous n’étions plus dans notre villa de la côte
J’étais seul des jours entiers
Parmi les meubles entassés
Je pouvais même casser de la vaisselle
Fendre les fauteuils
Démolir le piano-Puis au bout d’un nombre de jours bien long
Vint une lettre d’un de mes oncles

C’est le crach du
Panama qui fit de moi un poète!

C’est épatant

Tous ceux de ma génération sont ainsi

Jeunes gens

Qui ont subi des ricochets étranges

On ne joue plus avec des meubles

On ne joue plus avec des vieilleries

On casse toujours et partout la vaisselle

On s’embarque

On chasse les baleines

On tue les morses

On a toujours peur de la mouche tsé-tsé

Car nous n’aimons pas dormir.

L’ours le lion le chimpanzé le serpent à sonnettes m’avaient appris à lire..

Oh cette première lettre que je déchiffrai seul et plus

grouillante que toute la création
Mon oncle disait
Je suis boucher à
Galveston
Les abattoirs sont à 6 lieues de la ville
C’est moi qui ramène les bêtes saignantes, le soir, tout

le long de la mer
Et quand je passe les pieuvres se dressent en l’air
Soleil couchant..

Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Mon oncle, tu as disparu durant le cyclone de 1895

J’ai vu depuis la ville reconstruite et je me suis promené au bord de la mer où tu menais les bêtes saignantes

Il y avait une fanfare salutiste qui jouait dans un kiosque en treillage

On m’a offert une tasse de thé

On n’a jamais retrouvé ton cadavre

Et à ma vingtième année j’ai hérité de tes 400 dollars d’économie

Je possède aussi la boîte à biscuits qui te servait de reliquaire

Elle est en fer-blanc

Toute ta pauvre religion

Un bouton d’uniforme

Une pipe kabyle

Des graines de cacao

Une dizaine d’aquarelles de ta main

Et les photos des bêtes à prime, les taureaux géants que

tu tiens en laisse
Tu es en bras de chemise avec un tablier blanc

Moi aussi j’aime les animaux

Sous la table

Seul

Je joue déjà avec les chaises

Armoires portes

Fenêtres

Mobilier modern-style

Animaux préconçus

Qui trônent dans les maisons

Comme la reconstitution des bêtes antédiluviennes dans les musées

Le premier escabeau est un aurochs!

J’enfonce les vitrines

Et j’ai jeté tout cela

La ville, en pâture à mon chien

Les images

Les livres

La bonne

Les visites

Quels rires!

Comment voulez-vous que je prépare des examens?
Vous m’avez envoyé dans tous les pensionnats d’Europe
Lycées

Gymnases

Université

Comment voulez-vous que je prépare des examens

Quand une lettre est sous la porte

J’ai vu

La belle pédagogie!

J’ai vu au cinéma le voyage qu’elle a fait

Elle a mis soixante-huit jours pour venir jusqu’à moi

Chargée de fautes d’orthographe

Mon deuxième oncle :

J’ai marié la femme qui fait le meilleur pain du district

J’habite à trois journées de mon plus proche voisin

Je suis maintenant chercheur d’or à
Alaska

Je n’ai jamais trouvé plus de 500 francs d’or dans ma

pelle
La vie non plus ne se paye pas à sa valeur!
J’ai eu trois doigts gelés
Il fait froid…

Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Oh mon oncle, ma mère m’a tout dit

Tu as volé des chevaux pour t’enfuir avec tes frères

Tu t’es fait mousse à bord d’un cargo-boat

Tu t’es cassé la jambe en sautant d’un, train en marche

Et après l’hôpital, tu as été en prison pour avoir arrêté

une diligence
Et tu faisais des poésies inspirées de
Musset
San-Francisco
C’est là que tu lisais l’histoire du général
Suter qui a

conquis la
Californie aux États-Unis
Et qui, milliardaire, a été ruiné par la découverte des

mines d’or sur ses terres
Tu as longtemps chassé dans la vallée du
Sacramento

où j’ai travaillé au défrichement du sol
Mais qu’est-il arrivé

Je comprends ton orgueil

Manger le meilleur pain du district et la rivalité des

voisins 12 femmes par 1.000 kilomètres carrés
On t’a trouvé

La tête trouée d’un coup de carabine
Ta femme n’était pas là

Ta femme s’est remariée depuis avec un riche fabricant de confitures

J’ai soif

Nom de
Dieu

De nom de
Dieu

De nom de
Dieu

Je voudrais lire la
Feuille d’Avis de
Neuchâtel ou
Je

Courrier de
Pampelune
Au milieu de l’Atlantique on n’est pas plus à l’aise que

dans une salle de rédaction
Je tourne dans la cage des méridiens comme un écureuil

dans la sienne

Tiens voilà un
Russe qui a une tête sympathique
Où aller

Lui non plus ne sait où déposer son bagage

A
Léopoldville ou à la
Sedjérah près
Nazareth, chez

Mr
Junod ou chez mon vieil ami
Perl
Au
Congo en
Bessarabie à
Samoa
Je connais tous les horaires
Tous les trains et leurs correspondances
L’heure d’arrivée l’heure du départ
Tous les paquebots tous les tarifs et toutes les taxes Ça m’est égal
J’ai des adresses
Vivre de la tape

Je reviens d’Amérique à bord du
Voltumo, pour 35 francs de
New
York à
Rotterdam

C’est le baptême de la ligne

Les machines continues s’appliquent de bonnes claques

Boys

Platch

Les baquets d’eau

Un
Américain les doigts tachés d’encre bat la mesure

La télégraphie sans fil

On danse avec les genoux dans les pelures d’orange et

les boîtes de conserve vides
Une délégation est chez le capitaine
Le
Russe révolutionnaire expériences erotiques
Gaoupa

Le plus gros mot hongrois
J’accompagne une marquise napolitaine enceinte de

8 mois
C’est moi qui mène les émigrants de
Kichinef à
Hambourg
C’est en 1901 que j’ai vu la première automobile,
En panne,
Au coin d’une rue
Ce petit train que les
Soleurois appellent un fer à

repasser
Je téléphonerai à mon consul
Délivrez-moi immédiatement un billet de 3e classe
The
Uranium
Steamship

J’en veux pour mon argent
Le navire est à quai
Débraillé

Les sabords grand ouverts
Je quitte le bord comme on quitte une sale putain

En route

Je n’ai pas de papier pour me torcher

Et je sors

Comme le dieu
Tangaloa qui en péchant à la ligne tira

le monde hors des eaux
La dernière lettre de mon troisième oncle :
Papeete, le
Ier septembre 1887.
Ma sœur, ma très chère sœur
Je suis bouddhiste membre d’une secte politique
Je suis ici pour faire des achats de dynamite
On en vend chez les épiciers comme chez vous la chicorée
Par petits paquets

Puis je retournerai à
Bombay faire sauter les
Anglais Ça chauffe

Je ne te reverrai jamais plus…
Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Vagabondage

J’ai fait de la prison à
Marseille et l’on me ramène de

force à l’école
Toutes les voix crient ensemble
Les animaux et les pierres
C’est le muet qui a là plus belle parole
Pai été libertin et je me suis permis toutes les privautés

avec le monde

Vous qui aviez la foi pourquoi n’êtes-vous pas arrivé

à temps
A votre âge
Mon oncle

Tu étais joli garçon et tu jouais très bien du cornet à pistons

Cest ça qui t’a perdu comme on dit vulgairement

Tu aimais tant la musique que tu préféras le ronflement des bombes aux symphonies des habits noirs

Tu as travaillé avec des joyeux
Italiens à la construction d’une voie ferrée dans les environs de
Baghavapour

Boute en train

Tu étais le chef de file de tes compagnons

Ta belle humeur et ton joli talent d’orphéoniste

Tu es la coqueluche des femmes du baraquement

Comme
Moïse tu as assommé ton chef d’équipe

Tu t’es enfui

On est resté 12 ans sans aucune nouvelle de toi

Et comme
Luther un coup de foudre t’a fait croire à
Dieu

Dans ta solitude

Tu apprends le bengali et l’urlu pour apprendre à fabriquer les bombes

Tu as été en relation avec les comités secrets de
Londres

C’est à
White-Chapel que j’ai retrouvé ta trace

Tu es convict

Ta vie circoncise

Telle que

J’ai envie d’assassiner quelqu’un au boudin ou à la gaufre pour avoir l’occasion de te voir

Car je ne t’ai jamais vu

Tu dois avoir une longue cicatrice au front

Quant à mon quatrième oncle il était valet de chambre du général
Robertson qui a fait la guerre aux
Boërs
Il écrivait rarement des lettres ainsi conçues
Son
Excellence a daigné m’augmenter de 50 £
Ou
Son
Excellence emporte 48 paires de chaussures à la guerre

Ou

Je fais les ongles de
Son
Excellence tous les matins…

Mais je sais

Qu’il y avait encore quelque chose

La tristesse

Et le mal du pays.

Mon oncle
Jean, tu es le seul de mes sept oncles que j’aie

jamais vu
Tu étais rentré au pays car tu te sentais malade
Tu avais un grand coffre en cuir d’hippopotame qui était

toujours bouclé
Tu t’enfermais dans ta chambre pour te soigner
Quand je t’ai vu pour la première fois, tu dormais
Ton visage était terriblement souffrant
Une longue barbe
Tu dormais depuis 15 jours
Et comme je me penchais sur toi
Tu t’es réveillé
Tu étais fou

Tu as voulu tuer grand’mère
On t’a enfermé à l’hospice

Et c’est là que je t’ai vu pour la deuxième fois
Sanglé

Dans la camisole de force

On t’a empêché de débarquer

Tu faisais de pauvres mouvements avec tes mains

Comme si tu allais ramer

Transvaal

Vous étiez en quarantaine et les horse-guards avaient

braqué un canon sur votre navire
Pretoria

Un
Chinois faillit t’étrangler

Le
Tougéla

Lord
Robertson est mort

Retour à
Londres

La garde-robe de
Son
Excellence tombe à l’eau ce qui

te va droit au cœur
Tu es mort en
Suisse à l’asile d’aliénés de
Saint-Aubain
Ton entendement
Ton enterrement

Et c’est là que je t’ai vu pour la troisième fois
Il neigeait
Moi, derrière ton corbillard, je me disputais avec les

croque-morts à propos de leur pourboire
Tu n’as aimé que deux choses au monde
Un cacatoès
Et les ongles roses de
Son
Excellence

Il n’y a pas d’espérance

Et il faut travailler

Les vies encloses sont les plus denses

Tissus stéganiques

Remy de
Gourmont habite au 71 de la rue des
Saints-Pères

Filagore ou seizaine

«
Séparés un homme rencontre un homme mais une montagne ne rencontre jamais une autre montagne »

Dit un proverbe hébreu

Les précipices se croisent

Pétais à
Naples

1896

Quand j’ai reçu le
Petit
Journal
Illustré

Le capitaine
Dreyfus dégradé devant l’armée

Mon cinquième oncle :

Je suis chef au
Club-Hôtel de
Chicago

Pai 400 gâte-sauces sous mes ordres

Mais je n’aime pas la cuisine des
Yankees

Prenez bonne note de ma nouvelle adresse

Tunis etc.

Amitiés de la tante
Adèle

Prenez bonne note de ma nouvelle adresse

Biarritz etc.

Oh mon oncle, toi seul tu n’as jamais eu le mal du pays
Nice
Londres
Buda-Pest
Bennudes
Saint-Pétersbourg

Tokio
Memphis
Tous les grands hôtels se disputent tes services
Tu es le maître

Tu as inventé nombre de plats doux qui portent ton nom
Ton art

Tu te donnes tu te vends on te mange
On ne sait jamais où tu es
Tu n’aimes pas rester en place
Il paraît que tu possèdes une
Histoire de la
Cuisine à

travers tous les âges et chez tous les peuples
En 12 vol. in-8°

Avec les portraits des plus fameux cuisiniers de l’histoire
Tu connais tous les événements
Tu as toujours été partout où il se passait quelque chose
Tu es peut-être à
Paris.
Tes menus
Sont la poésie nouvelle

Pai quitté tout cela

J’attends

La guillotine est le chef-d’œuvre de l’art plastique

Son déclic

Mouvement perpétuel

Le sang des bandits

Les chants de la lumière ébranlent les tours

Les couleurs croulent sur la ville

Affiche plus grande que toi et moi

Bouche ouverte et qui crie

Dans laquelle nous brûlons

Les trois jeunes gens ardents

Hananie
Mizaël
Azarie

Adam’s
Express
Cr

Derrière l’Opéra

Il faut jouer à saute-mouton

A la brebis qui broute

Femme-tremplin

Le beau joujou de la réclame

En route!

Siméon,
Siméon

Paris-adieux

C’est rigolo

Il y a des heures qui sonnent

Quai-d’Orsay-Saint-Nazaire !

On passe sous la
Tour
Eiffel — boucler la boucle — pour

retomber de l’autre côté du monde
Puis on continue

Les catapultes du soleil assiègent les tropiques irascibles
Riche
Péruvien propriétaire de l’exploitation du guano

d’Angamos
On lance rAcaraguan
Bananan
A l’ombre
Les mulâtres hospitaliers

J’ai passé plus d’un hiver dans ces
Des fortunées

L’oiseau-secrétaire est un éblouissement

Belles dames plantureuses

On boit des boissons glacées sur la terrasse

Un torpilleur brûle comme un cigare

Une partie de polo dans le champ d’ananas

Et les palétuviers éventent les jeunes filles studieuses

My gun

Coup de feu

Un observatoire au flanc du volcan

De gros serpents dans la rivière desséchée

Haie de cactus

Un âne claironne la queue en l’air

La petite
Indienne qui louche veut se rendre à
Buenos-

Ayres
Le musicien allemand m’emprunte ma cravache à

pommeau d’argent et une paire de gants de
Suède
Ce gros
Hollandais est géographe
On joue aux cartes en attendant le train
C’est l’anniversaire de la
Malaise
Je reçois un paquet à mon nom, 200.000 pesetas et une

lettre de mon sixième oncle :
Attends-moi à la factorerie jusqu’au printemps prochain
Amuse-toi bien bois sec et n’épargne pas les femmes
Le meilleur électuaire
Mon neveu…

Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Oh mon oncle, je t’ai attendu un an et tu n’es pas venn

Tu étais parti avec une compagnie d’astronomes qui allait

inspecter le ciel sur la côte occidentale de la
Patagonie

Tu leur servais d’interprète et de guide
Tes conseils
Ton expérience

Il n’y en avait pas deux comme toi pour viser l’horizon au sextant

Les instruments en équilibre

Électro-magnétiques

Dans les fjords de la
Terre de
Feu

Aux confins du monde

Vous péchiez des mousses protozoaires en dérive entre deux eaux à la lueur des poissons électriques

Vous collectionniez des aérolithes de peroxyde de fer

Un dimanche matin :

Tu vis un évêque mitre sortir des eaux

Il avait une queue de poisson et t’aspergeait de signes de croix

Tu t’es enfui dans la montagne en hurlant comme un vari blessé

La nuit même

Un ouragan détruisit le campement

Tes compagnons durent renoncer à l’espoir de te retrouver vivant

Ils emportèrent soigneusement les documents scientifiques

Et au bout de trois mois,

Les pauvres intellectuels,

Us arrivèrent un soir à un feu de gauchos où l’on

causait justement de toi
Pétais venu à ta rencontre
Tupa

La belle nature
Les étalons s’enculent 200 taureaux noirs mugissent
Tango-argentin

Bien quoi

Il n’y a donc plus de belles histoires

La
Vie des
Saints

Dos
Nachîbuechleùi von
Schuman

Cymbàlum mundi

La
Tariffa délie
Puttane di
Venegia

Navigation de
Jean
Struys,
Amsterdam », 1528

Shalom
Aleïchem

Le
Crocodile de
Saint-Martin

Strindberg a démontré que la terre n’est pas ronde

Déjà
Gavarni avait aboli la géométrie

Pampas

Disque

Les iroquoises du vent

Saupiquets

L’hélice des gemmes

Maggi

Byrrh

Daily
Chronicle

La vague est une carrière où l’orage en sculpteur abat

des blocs de taille
Quadriges d’écume qui prennent le mors aux dents
Eternellement

Depuis le commencement du monde
Je siffle
Un frissoulis de bris

Mon septième oncle

On n’a jamais su ce qu’il est devenu

On dit que je te ressemble

Je vous dédie ce poème

Monsieur
Bertrand

Vous m’avez offert des liqueurs fortes pour me prémunir contre les fièvres du canal

Vous vous êtes abonné à l’Argus de la
Presse pour recevoir toutes les coupures qui me concernent.

Dernier
Français de
Panama (il n’y en a pas 20)

Je vous dédie ce poème

Barman du
Matachine

Des milliers de
Chinois sont morts où se dresse maintenant le
Bar flamboyant

Vous distillez

Vous vous êtes enrichi en enterrant les cholériques

Envoyez-moi la photographie de la forêt de chênes-lièges qui pousse sur les 400 locomotives abandonnées par l’entreprise fi-ançaise

Cadavres-vivants

Le palmier greffé dans la banne d’une grue chargée d’orchidées

Les canons d’Aspinwall rongés par les toucans

La drague aux tortues

Les pumas qui nichent dans le gazomètre défoncé

Les écluses perforées par les poissons-scie

La tuyauterie des pompes bouchée par une colonie d’iguanes

Les trains arrêtés par l’invasion des chenilles

Et l’ancre gigantesque aux armoiries de
Louis
XV dont vous n’avez su m’expliquer la présence dans la forêt

Tous les ans vous changez les portes de votre établissement incrustées de signatures

Tous ceux qui passèrent chez vous

Ces 32 portes quel témoignage

Langues vivantes de ce sacré canal que vous chérissez tant

Ce matin est le premier jour du monde

Isthme

D’où l’on voit simultanément tous les astres du ciel

et toutes les formes de la végétation

Préexcellence des montagnes équatoriales

Zone unique
Il y a encore le vapeur de l’Amidon
Paterson
Les initiales en couleurs de l’Adantic-Pacific
Tea-Trust
Le
Los
Angeles limited qui part à 10 h 02 pour arriver le troisième jour et qui est le seul train au monde avec wagon-coiffeur
Le
Trunk les éclipses et les petites voitures d’enfants
Pour vous apprendre à épeler l’A
B
C de la vie sous la

férule des sirènes en partance
Toyo
Kisen
Kaïsha
J’ai du pain et du fromage
Un col propre
La poésie date d’aujourd’hui

La voie lactée autour du cou
Les deux hémisphères sur les yeux
A toute vitesse
II n’y a plus de pannes
Si j’avais le temps de faire quelques économies je prendrais part au rallye aérien
J’ai réservé ma place dans le premier train qui passera

le tunnel sous la
Manche
Je suis le premier aviateur qui traverse l’Atlantique en

monocoque 900 millions

Terre
Terre
Eaux
Océans
Ciels
J’ai le mal du pays

Je suis tous les visages et j’ai peur des boîtes aux lettres
Les villes sont des ventres
Je ne suis plus les voies
Lignes

Câbles

Canaux

Ni les ponts suspendus !

Soleils lunes étoiles

Mondes apocalyptiques

Vous avez encore tous un beau rôle à jouer

Un siphon éternue

Les cancans littéraires vont leur train

Tout bas

A la
Rotonde

Comme tout au fond d’un verre

J’ATTENDS

Je voudrais être la cinquième roue du char

Orage

Midi i quatorze heures

Rien et partout

 

Blaise Cendrars

 

 

Tout ce qui canal peut se faire du Midi

du Nord

ou de l’ESt

et offrir ses tentes au feu de quand, je m’en bats l’oeil

Ouest si tu vis en hermaphrodite au fond de ta coquille…

 

N-L – 25/02/18

REFLETS D’ESTRANS 5 / Le Grand A d’Amour mis à flot /


2015-02-04 15.07.38

REFLETS D’ESTRANS 5 / Le Grand A d’Amour mis à flot /Sonia Delaunay et Blaise Cendrars / Formes chromatiques de la Poésie

« J’annonçais la ruine de la haute-couture

je disais que la seule chose intéressante

c’était le prêt-à-porter »

Sonia Delaunay

delaunay_sonia__prose__transsiberien1

Quel fil !

Sonia-Ariane mine au tord

ondule

arc-en-ciel

quelques sleepings plus loin

jusqu’au Blaise

J’en pêche au retiré de la mer

des trésors de la prose du Transsibérien

Niala-Loisobleu

2 Janvier 2016

————

REFLETS D’ESTRANS 5
2015
NIALA
Acrylique et collages s/toile 65×54

Adresse de mon site officiel : http://www.niala-galeries.com/