PORTE D’AUTOMNE


PORTE D’AUTOMNE

Porte d’automne, lente écluse entre les peupliers ;
Cataractes de paix dans le bleu guerrier de l’été ;
Souffle du haut vantail sur les gonds criants des forêts ;
Espace enfin, démarrage de tout l’espace à travers un

espace vrai,
Mais retour où criait le couvercle noir du plumier.
Et non,

Je ne cherche pas une enfance à tout jamais paralysée
Entre les figures indéchiffrables qui se retirent,
Mais le pays qui s’ouvrait librement au bord de la saison

seule et dure.
Oh j’aimais le tilleul dans la cour étroite du boucher juif.
Et cette lumière tranchée à coups de sabre entre le parc et

les casernes, mais
Ce qui s’élançait vers le ciel délivré de septembre
Déjà me rappelait.

(Et quoi encore ?
Ils ont tué
Pol
Israël dit
Salomon dans un wagon du camp

d’Écrouves.

Jacques Réda

TOUJOURS DE M’AIME


TOUJOURS DE M’AIME

De la main qui sans cesse recommence

le contact pileux est un peint saut dès le matin

les visages n’ont d’yeux que pour se croire

agenouillés l’un sur l’autre

pendant que les villages mettent leurs maisons en érection

Quand tu me tiens la barbe

comme le chien je saute

plus joyeux qu’un propos racoleur pourrait promettre

Comme si refaire le m’aime geste est un nouveau à chaque fois…

Niala-Loisobleu – 23 Septembre 2020

LES VAGUES DE LA MER


LES VAGUES DE LA MER

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Le tumulte du vent les vagues de la mer l’appel intermittent des sirènes du feu le grand vent et le froid les neiges de l’hiver tout me ramène à vous compagnons du grand
jeu

Les bottes de Poucet oublieuses des guerres tricotent leur chemin malgré les conquérants L’amour et l’amitié ont d’autres planisphères que les plaines de sang où crient
les loups errants

Je vous entends la nuit je vous attends le jour

mes amis qui parlez dans vos prisons de vent

je tends vers vous mes mains mes doigts tremblants et

gourds mes mains que trop de morts disputent aux vivants

Les cités englouties mènent au fond des eaux une lente et pesante et ténébreuse vie J’entends sonner pourtant dans la plainte des flots les cloches de Fingal encore
inasservies

Les lames sans répit déferleront sur nous qu’importe à celui-là dont le cœur est fidèle Laissons glisser les eaux laissons hurler les loups Liberté dans la
nuit les cloches parlent d’Elle.

Claude Roy

AU FAIT, L’EXISTENCE ?


AU FAIT, L’EXISTENCE ?

J’étale mes paumes sur la claie

je les ai cueillies aux branches de l’Arbre de sa Vérité

son jardin est si grand qu’on s’y perd d’où la necessité de planter des repaires

La menthe en voilà un de sûr

il sent toute l’année

on croise des fleurs en mouvement comme l’anémone marine et l’arôme terrestre en vitrine dans l’Atlantide

je crois dit Michael, l’illégitime y favorise

moi le mécréant je sais qui est mon père

mais exception faite je le crois son mystique à Lonsdale

il sent l’amour comme la femme qu’on traverse pour rester

sacrée Marguerite nom de Dieu autre

J’étale mes paumes sur la claie

elle sourit verte

la Vie Bleue en franchissant la mort.

Niala-Loisobleu – 22 Septembre 2020