ANNE SYLVESTRE – JUSTE UNE FEMME


JUSTE UNE FEMME

Petit monsieur, petit costard, petite bedaine
Petite saleté dans le regard, petite fredaine
Petite poussée dans les coins, sourire salace
Petites ventouses au bout des mains comme des limaces
Petite crasse

Il y peut rien si elles ont des seins
Quoi, il est pas un assassin
Il veut simplement apprécier c’que la nature met sous son nez

[Refrain]
Mais c’est pas grave, c’est juste une femme
C’est juste une femme à saloper
Juste une femme à dévaluer
J’pense pas qu’on doive s’en inquiéter
C’est pas un drame, c’est juste une femme

Petit ami, petit patron, petite pointure
Petit pouvoir, petit chefaillon, petite ordure
Petit voisin, petit professeur, mains baladeuses
Petit curé, petit docteur, paroles visqueuses
Entremetteuses

Il y peut rien si ça l’excite
Et qu’est-ce qu’elle a cette hypocrite ?
Elle devrait se sentir flattée qu’on s’intéresse à sa beauté

[Refrain]
Mais c’est pas grave, c’est juste une femme
C’est juste une femme à humilier
Juste une femme à dilapider
J’pense pas qu’on doive s’en offusquer
C’est pas un drame, c’est juste une femme

Petit mari, petit soupçon, petite incartade
Petite plaisanterie de salon, petite rigolade
Fermer les yeux, on n’a rien vu, petite souffrance
Et trembler qu’une fois de plus il recommence
Inconvenance

Quoi si on peut plus plaisanter
On n’a plus qu’à s’la faire couper
Non c’est vrai, il est pas un monstre
Et c’est l’épouse qui prend la honte

[Refrain]
Mais c’est pas grave, c’est juste une femme
C’est juste une femme à bafouer
Juste une femme à désespérer
J’pense pas qu’on doive s’en séparer
C’est pas un drame, c’est juste une femme

Mais dès qu’une femme, messieurs mesdames
Est traitée comme un paillasson
Et quelle que soit la façon
Quelle que soit la femme
Dites-vous qu’il y a mort d’âme
C’est pas un drame, juste des femmes.

Anne Sylvestre – La Marche Nuptiale


Anne Sylvestre – La Marche Nuptiale

Mariage d’amour, mariage d’argent
J’ai vu se marier toutes sortes de gens
Des gens de basse source et des grands de la terre
Des prétendus coiffeurs, des soi-disant notairesQuand même je vivrais jusqu’à la fin des temps
Je garderai toujours le souvenir content
Du jour de pauvre noce où mon père et ma mère
S’allèrent épouser devant Monsieur le MaireC’est dans un char à bœufs, s’il faut parler bien franc
Tirés par les amis, poussés par les parents
Que les vieux amoureux firent leurs épousailles
Après longtemps d’amour, longtemps de fiançaillesCortège nuptiale hors de l’ordre courant
La foule nous couvait d’un œil protubérant
Nous étions contemplés par le monde futile
Qui n’avait jamais vu de noce de ce styleVoici le vent qui souffle emportant, crève-cœur!
Le chapeau de mon père et les enfants de chœur
Voilà la pluie qui tombe en pesant bien ses gouttes
Comme pour empêcher la noce, coûte que coûteJe n’oublierai jamais la mariée en pleurs
Berçant comme une poupée son gros bouquet de fleurs
Moi, pour la consoler, moi de toute ma morgue
Sur mon harmonica jouant les grandes orguesTous les garçons d’honneur, montrant le poing aux nues
Criaient: « Par Jupiter, la noce continue! »
Par les hommes décriés, par les Dieux contrariés
La noce continue et vive la mariée!

AU BOUT QUE J’ESPERE


AU BOUT QUE J’ESPERE

Du beau naît

du bon naît

tu Nesles trop poli teint pour être honnête

je me souviens comment entre deux stations on apprenait à lire

DU BEAU DU BON DUBONNET

mais jusqu’à l’école qui se spécialise dans la fumisterie ça peut difficilement déboucher

Du pays que je suis, ailleurs depuis le départ, je continue la rame comme toujours on l’a fait ensemble Anne, bien que visionnaires ça change pas le lambda de sortir de l’embuscade. A croire que ça le fouette vu comme il y fonce. Ton côté féministe, le bon, celui que je défends sang pour sang, regarde jusqu’où ça dérape avec le génie lesbien. Alice ô merveille, le bébé dans le Coffin. Moi j’ai l’air de quoi avec mon côté Androgyne- In Temporalibus 1983 ?

Bof allez tire-moi la langue je te ferai mon pied de né faune, rires…

Ce que nous aurons vécu au départ de vraies souffrances aura valu autrement que ce qui attend la livraison des prochaines cigognes

Le Beau ça commence majuscule et ça décramponne pas

Les seins de marbre qui tombent sont de chair grouillante, ils se cavalent pas comme la gélatine du pâté de lapin d’élevage et puis l’épopée qu’il y a dans les rides a du pur-sang dans les curies

Restons jusqu’à la fin visionnaires

Tant pis pour eux…

Bon voyage Anne.

Niala-Loisobleu – 1er Décembre 2020

AH L’AMOUR, L’AMOUR !


AH L’AMOUR, L’AMOUR !

L’amour c’est sale, ça fait désordre
Quand ça nous donne envie de mordre
Dans les fruits sans les éplucher
Ça nous oblige à trébucher
Sur les beaux animaux qui passent
Un sourire idiot sur la face

T’es jeune, t’es belle, t’es pas méchante
Et en plus t’es intelligente
Mais faut qu’j’te dise
Que tu m’épuises
J’veux pas de gondole à Venise

[Refrain]
Ah l’amour, l’amour, l’amour, l’amour !
Toujours est de plus en plus court
Ah l’amour, l’amour, l’amour, l’amour !
Toujours est de plus en plus lourd

L’amour c’est gros et c’est pas propre
Ça s’exaspère et ça galope
Ça se mouche dans des billets doux
Ça patauge, ça fait des remous
Et ça promet, ça se parjure
Ça collectionne les bavures

T’es vieux, t’as un gros nez, du ventre
Tes cheveux suivent la mauvaise pente
Mais tu m’épates
Mais tu m’éclates
Avec toi je me fends la rate

[Refrain]
Ah l’amour, l’amour, l’amour, l’amour !
Toujours est de plus en plus court
Ah l’amour, l’amour, l’amour, l’amour !
Toujours est de plus en plus lourd

L’amour ça n’a rien de convenable
Ça met les coudes sur la table
Ça oublie tout, ça perd ses clés
Ça s’en va du mauvais côté
Ça couche, mais ça dit pas je t’aime
Les mots, ça lui pose un problème

T’es vieille, t’es grosse, et puis t’es moche
Mais des sous, t’en as plein les poches
Faut qu’on s’arrange
Qu’est-ce que ça change ?
Après tout on n’est pas des anges

[Refrain]
Ah l’amour, l’amour, l’amour, l’amour !
Toujours est de plus en plus court
Ah l’amour, l’amour, l’amour, l’amour !
Toujours est de plus en plus lourd

Mais l’amour c’est un mille-feuilles
Un pissenlit quand on le cueille
On peut bien l’envoyer promener
Avec du sucre sur le nez
Il revient couvert de paillettes
Un oranger dans sa braguette

T’es beau, t’es belle, tu m’entourloupes
Que j’sois damnée si je te loupe
Tu m’ensorcelles
C’est pas nickel
Mais on peut croire au Père Noël

[Refrain]
Ah l’amour, l’amour, l’amour, l’amour !
Toujours est de plus en plus court
Ah l’amour, l’amour, l’amour, l’amour !
Toujours est de plus en plus lourd.

Anne Sylvestre

Anne Sylvestre, figure visionnaire de la chanson, est morte


La mer fait des vagues à saute-mouton
La mer fait des blagues aux poissons
Quand elle se fracasse pour m’éclabousser
Moi je bois la tasse trop salée

La mer se fait douce quand elle veut jouer
Rien qu’un peu de mousse à mes pieds
Elle est si gentille que je peux nager
Et ses gouttes brillent sur mon nez

Quand la mer se fâche et fait le gros dos
Il faut qu’on attache les bateaux
Quand la mer se creuse, elle fait des bonds
Mais elle est heureuse pour de bon

La mer fait des vagues à saute-mouton
La mer fait des blagues aux poissons
Et s’il faut attendre qu’elle soit calmée
C’est qu’il faut la prendre comme elle est

C’est qu’il faut comprendre qu’elle fait ce qui lui plaît.

Anne Sylvestre, figure visionnaire de la chanson, est morte

Anne Sylvestre.
Anne Sylvestre.Olivier Metzger pour Télérama

Ses “Fabulettes” poétiques ont marqué des générations d’enfants. Mais Anne Sylvestre était aussi une autrice pionnière, dont les textes pour adultes, injustement méconnus, sont parmi les plus beaux du répertoire français. Nous l’avions rencontrée en août 2017, alors qu’elle se préparait à fêter soixante ans de carrière. La grande dame de la chanson française est morte lundi 30 novembre, à l’âge de 86 ans.

Une jeune femme vient de lui sourire. Sans rien dire. Mais avec dans les yeux une joyeuse reconnaissance. « Voilà ce qui arrive dans la rue : des gens m’offrent leur sourire. C’est joli. » Ceux-là, c’est sûr, ont écouté son œuvre. Pas seulement ses Fabulettes pour enfants mais aussi ses chansons pour adultes. Ils savent combien elles sont précieuses. Pour qui connaît le répertoire français, le nom d’Anne Sylvestre égale ceux de Brassens, Brel, ­Barbara, Ferré, Trenet. On ne le dit pas assez ? Si seulement les radios et les télés avaient daigné diffuser ses chansons, tout le monde saurait. Mais l’histoire s’est écrite autrement, et le trésor s’est partagé avec plus de discrétion, scène après scène, disque après disque.Mort d’Anne Sylvestre : “Les Gens qui doutent”,“Juste une femme”… ses dix plus grandes chansons MusiquesValérie Lehoux5 minutes à lire

Aujourd’hui, les amoureux ­d’Anne Sylvestre se retrouvent un peu partout et souvent se reconnaissent, heureux de leur connivence. Yann Moix parle d’elle comme d’une « chanteuse prodigieuse » (1). Pour rien au monde (pas même peut-être un concert de son fils), Philippe Delerm ne raterait ses passages sur scène. L’humoriste Vincent Dedienne s’enflamme pour « son langage infiniment soutenu, son incroyable capacité à faire rire et pleurer parfois dans une même phrase ». Jean-Louis ­Murat ne se lasse pas d’écouter Un mur pour pleurer. La Grande Sophie frissonne chaque fois qu’elle entend ­Carcasse, dialogue intime entre le corps et l’esprit. Anne Goscinny jure ne pas passer une journée sans qu’une de ses chansons résonne à ses oreilles – en exergue de son prochain livre, elle en ­citera même un extrait. La très branchée Fishbach se dit « profondément touchée par l’écriture de cette femme qui déteste dire qu’elle est engagée mais qui l’est complètement », et craque ­devant Ma chérie, duo entre une mère et sa fille à la résonance universelle. Sans parler des autres, connus ou pas.

Source Télérama

Les Gens Qui Doutent 


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Les Gens Qui Doutent 

J’aime Les Gens Qui Doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur coeur se balancer
J’aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncerJ’aime les gens qui tremblent
Que parfois ils ne semblent
Capables de juger
J’aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côtéJ’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas comme il faut,
Ceux qui, avec leurs chaînes,
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot

Ceux qui n’auront pas honte
De n’être au bout du compte
Que des ratés du coeur
Pour n’avoir pas su dire
« Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur »

J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime les gens qui n’osent
S’approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n’être
Qu’une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants

Ceux qui sans oriflamme,
Les daltoniens de l’âme,
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l’Histoire
Leur rende les honneurs

J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime Les Gens Qui Doutent
Et voudraient qu’on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu’on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps

Qu’on leur dise que l’âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu’on les remercie
Qu’on leur dise, on leur crie
« Merci d’avoir vécu

Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu’elles ont pu ».

Anne Sylvestre