FEMME A LA BLONDE AISSELLE COIFFANT SA CHEVELURE A LA LUEUR DES ÉTOILES – CONSTELLATION PAR ANDRÉ BRETON

FEMME A LA BLONDE AISSELLE COIFFANT SA CHEVELURE A LA LUEUR DES ÉTOILES – CONSTELLATION PAR ANDRÉ BRETON

Qu’y a-t-il entre cette cavité sans profondeur tant la pente en est douce à croire que c’est sur elle que s’est moulé le baiser, qu’y a-t-il entre elle et cette savane
déroulant imperturbablement au-dessus de nous ses sphères de lucioles?
Qui sait, peut-être le reflet des ramures du cerf dans l’eau troublée qu’il va boire parmi les tournoiements en nappes du pollen et l’amant luge tout doucement vers l’extase.
Que sous le pouvoir du peigne cette masse fluide, mûrement brassée de sarrasin et d’avoine, tout au long épinglée de décharges électriques, n’est pas plus
confondant dans sa chute le torrent qui bondit couleur de rouille à chaque détour du parc du château de
Fougères aux treize tours par la grâce du geste qui découvre et recouvre le nid sournoisement tramé des vrilles de la clématite.

André Breton

VERS L’ARC-EN-CIEL – CONSTELLATION PAR ANDRE BRETON


VERS L’ARC-EN-CIEL – CONSTELLATION PAR ANDRE BRETON

« 22, 23, 24… »
D’un froment plus fondant que la neige la rose monstre du saut à la corde s’évase dans la ehère cour grise quitte enfin de ses fenêtres piail-lantes.
D’entre les volutes de la fleur sableuse s’élance un cœur d’enfant toujours plus haut jusqu’à se détacher en diabolo vers le fuchsia de la mansarde. « 38, 39, 40…
»

Le leurre passe avec la muleta du sang qui bout et. dans l’éblouissant, la manche de vers luisants seule fuse de la garde insensible à force de prestesse.
Tandis que, du chaudron immémorial d’où sa chevelure se soulève par saccades à flots d’ailes de corbeau, s’exhale le haut fumet des esquives et des feintes,
Concha épelle jusques et y compris le mot défaillir l’alphabet de l’amour.

André Breton

QUELS APRES PAR ANDRE BRETON



QUELS APRES PAR ANDRE BRETON



Les armoires bombées de la campagne

Glissent silencieusement sur les rails de lait

C’est l’heure où les filles soulevées par le flot de la nuit

qui roule des carlines
Se raidissent contre la morsure de l’hermine
Dont le cri
Va mouler les pointes de leur gorge

Les événements d’un autre ordre sont

absolument dépourvus d’intérêt

Ne me parlez pas de ce papier mural à

décor de ronces
Qui n’a rien de plus pressé
Que de se lacérer lui-même

Les flammes noires luttent dans la grille avec des

langues d’herbe
Un galop lointain
C’est la charge souterraine sonnée dans le bois de

violette et dans le buis
Toute la chambre se renverse

Le splendide alignement des mesures d’étain s’épuise en une seule qui par surcroît est le vin gris

La cuisse toujours trop tôt dépêchée sur le tableau de craie dans la tourmente de jour

Les gisements d’hommes les lacs de

murmures

La pensée tirant sur son collier de vieilles

niches

Qu’on me laisse une fois pour toutes avec

cela

Les diables-mouches voient dans ces ongles
Les pépins du quartier de pomme de la rosée
Ramené du fond de la vie

Le corps tout en poissons surgit du filet ruisselant
Dans la brousse
De l’air autour du lit

L’argus de la dérive chère les yeux fixes mi-ouverts mi-clos


André Breton
Poitiers, 9 mai 1940.

LE PUITS ENCHANTE – ANDRE BRETON


LE PUITS ENCHANTE – ANDRE BRETON

Du dehors l’air est à se refroidir

Le feu éteint sous la bouillotte bleue des bois

La nature crache dans sa petite boite de nuit

Sa brosse sans épaisseur commence à

faire luire les arêtes des buissons et des navires



La ville aux longues aiguillées de fulgores

Monte jusqu’à se perdre

Le long d’une rampe de chansons qui tourne en vrille dans les rues désertes

Quand les marelles abandonnées se retournent l’une

après l’autre dans le ciel
Tout au fond de l’entonnoir

Dans les fougères foulées du regard
J’ai rendez-vous avec la dame du lac

Je sais qu’elle viendra

Comme si je m’étais endormi sous des fuchsias



C’est là

A la place de la suspension du dessous dans la maison des nuages

Une cage d’ascenseur aux parois de laquelle éclate par

touffes du linge de femme
De plus en plus vert

A moi

A moi la fleur du grisou

Le ludion humain la roussette blanche

La grande devinette sacrée

Mieux qu’au fil de l’eau
Ophélie au ballet des mouches

de mai
Voici au reflet du fil à plomb celle qui est dans le

secret des taupes

Je vois la semelle de poussière de diamant je vois le paon blanc qui fait la roue derrière l’écran de la cheminée

Les femmes qu’on dessine à l’envers sont les seules qu’on n’ait jamais vues

Son sourire est fait pour l’expiation des plongeurs de

perles
Aux poumons changés en coraux

C’est
Méduse casquée dont le buste pivote lentement

dans la vitrine
De profil je caresse ses seins aux pointes ailées



Ma voix ne lui parviendrait pas ce sont deux mondes
Et même

Rien ne servirait de jeter dans sa tour une lettre toute ouverte aux angles de glu

On m’a passé les menottes étincelantes de
Peter
Ibbetson

Je suis un couvreur devenu fou

Qui arrache par plaques et finirai bien par jeter bas

tout le toit de la maison
Pour mieux voir comme la trombe s’élève de la mer
Pour me mêler à la bataille de fleurs
Quand une cuisse déborde l’écrin et qu’entre en jeu la

pédale du danger

La belle invention

Pour remplacer le coucou l’horloge à escarpolette

Qui marque le temps suspendu

Pendeloque du lustre central de la terre

Mon sablier de roses

Toi qui ne remonteras pas à la surface

Toi qui me regardes sans me voir dans les jardins de

la provocation pure
Toi qui m’envoies un baiser de la portière d’un train

qui fuit

André Breton

IDENTITE


IDENTITE

à
André
Breton

Je suis je suis je suis ce que je ne sais pas

un ustensile de comparaisons

pour tamiser les vieux proverbes

à l’heure où l’aube blanche s’écroule en larmes

je suis un vieux péché de gloire morte

posé très délicatement

ainsi qu’une émeraude de naissance

sur la falaise des coïncidences

je suis un acrobate de fortune

qui termine son numéro

dans l’exacte nuance du dérisoire

une guitare qu’une vierge démantèle

dans une crise folle de chasteté

je suis ce qui n’a pas d’importance

qui se confond avec l’image en filigrane

d’une future vérité dès à présent défigurée

je suis un nœud de cette corde

qui traîne dans le champ

que demain vous pourriez découvrir

explorer sur les échasses de l’angoisse

je suis cet argument que l’on emploie

quand on veut se crucifier

la couverture que l’on cherche

pour se coucher frileusement

dans un ultime témoignage

le parfum d’un atome devenu vertueux

l’aile d’un caillou qui cherche son amant

je suis aval de votre damnation

et la source qui naît de l’âme d’un volcan.

Je suis à la rigueur aussi le visage voilé

un tout petit lambeau de
Christ

bien maladroit d’outre-mémoire

ainsi que vous voyez parfois

le cadavre d’un bel insecte

dans une toile d’araignée

dans l’aube violette

en la chapelle des quatre vents

tout au pied de la colline de votre enfance

Je suis un grand seigneur du domaine maudit

le magicien parfait de l’innocence noire

l’enfant déshérité qui n’aurait pas dû naître

l’homme vieux qui lutine une sévère mort

le magistrat secret des hautes hérésies

pour celte époque où
Dieu lissait ses plumes d

le souteneur désabusé qui se suicide

dans son bouge de vérité

la chaîne du forçat dans le mythe d’Antcc

la créance d’un saint sur le sein d’une fée

l’agenda d’un oiseau nourrissant ses petits

la perte blanche et pure d’un grand iconoclaste

l’indésirable perle en la neige perdue

je suis un grand seigneur du domaine des nues

Je suis le grand seigneur d’un orage latent

l’indicible souhait d’une orange d’amour

frappée de par l’éclair éblouissant

je suis le piétinement gris

d’une colonne de fourmis qui s’expatrient

l’argument de
Zenon dans les ruines d’Êlée

le linceul étoile des réincarnations

le souterrain secret fouillant le
Golgotha

le fabricant menu de sarcophages bleus

le croisé du silence en la gnose de feu

le pont-lcvis baissé sur la terre sans maître

le sténographe pur du murmure océan

je suis un grand seigneur au domaine du temps

Je suis un grand seigneur au domaine du rêve le beau cercle vicieux qui devient un cerceau pour l’enfant dépouillé au cartable d’azur le bagnard endormi qui charme les oiseaux
l’anachorète nu aiguisant des idées pour coudre le manteau de la femme damnée le critère parfait de l’indéterminé comme la plume au vent égratignant
l’été le coucher du soleil sur les seins de
Ninive le corsage échancré de la psychanalyse la côte du
Gabon par un torride été la chandelle de cire près du litre de lait le serment arraché aux lèvres de la fièvre je suis un grand seigneur au domaine du
rêve

Je suis un grand seigneur de l’osmose totale l’incombustible don de la source enchantée la fibre du bambou qui découvre le ciel la robe de silex abreuvé de patience le cil
purifié d’une pauvre
Marie le calligramme d’or de l’aveugle trahi l’échansin du futur pour la gourde du temps je suis le grand seigneur de l’ivresse d’antan

Je suis le grand seigneur d’une légende nue un gémeau allaité par la reine d’amour le truand de l’adieu sans esprit de retour

la clepsydre épuisée de mesurer

le temps la coupe de cristal et de hiérarchie par mon souci sur

le marbre brisée

la colonne d’Hercule en habit de clochard

la sentence d’un nain dans

le temple du soir

le crachat d’un apôtre en terre de
Judée

le testament d’un roi qui a donné ses terres

je suis un grand seigneur du sang de l’éphémère

20 janvier 1963

Achille Chavée

LA LANTERNE SOURDE


LA LANTERNE SOURDE

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A
Aimé
Césaire,
Georges
Grattant,
René
Ménil

Et les grandes orgues c’est la pluie comme elle tombe ici et se parfume : quelle gare pour l’arrivée en tous sens sur mille rails, pour la manœuvre sur autant de plaques tournantes de
ses express de verre !
A toute heure elle charge de ses lances blanches et noires, des cuirasses volant en éclats de midi à ces armures anciennes faites des étoiles que je n’avais pas encore
vues.
Le grand jour de préparatifs qui peut précéder la nuit de
Walpurgis au gouffre d’Absa-lon!
J’y suis!
Pour peu que la lumière se voile, toute l’eau du ciel pique aussitôt sa tente, d’où pendent les agrès de vertige et de l’eau encore s’égoutte à l’accorder des
hauts instruments de cuivre vert.
La pluie pose ses verres de lampe autour des bambous, aux bobèches de ces fleurs de vermeil agrippées aux branches par des suçoirs, autour desquelles il n’y a qu’une minute
toutes les figures de la danse enseignées par deux papillons de sang.
Alors tout se déploie au fond du bol à la façon des fleurs japonaises, puis une clairière s’entrouvre : l’héliotropisme y saute avec ses souliers à poulaine et ses
ongles vrillés.
Il prend tous les coeurs, relève d’une aigrette la sensitive et pâme la fougère dont la bouche ardente est la roue du temps.
Mon œil est une violette fermée au centre de l’ellipse, à la pointe du fouet.

André Breton

ÉCOUTE AU COQUILLAGE


ÉCOUTE AU COQUILLAGE

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Je n’avais pas commencé à te voir tu étais aube

Rien n’était dévoilé

Toutes les barques se berçaient sur le rivage
Dénouant les faveurs (tu sais) de ces boites de dragées
Roses et blanches entre lesquelles ambule une navette

d’argent
Et moi je t’ai nommée
Aube en tremblant

Dix ans après

Je te retrouve dans la fleur tropicale

Qui s’ouvre à minuit

Un seul cristal de neige qui déborderait la coupe de

tes deux mains
On l’appelle à la
Martinique la fleur du bal
Elle et toi vous vous partagez le mystère de l’existence
Le premier grain de rosée devançant de loin tous les

autres follement irisé contenant tout

Je vois ce qui m’est caché à tout jamais
Quand tu dors dans la clairière de ton bras sous les papillons de tes cheveux

Et quand tu renais du phénix de ta source

Dans la menthe de la mémoire

De la moire énigmatique de la ressemblance dans un

miroir sans fond
Tirant l’épingle de ce qu’on ne verra qu’une fois

Dans mon cœur toutes les ailes du milkweed
Frètent ce que tu me dis

Tu portes une robe d’été que tu ne te connais pas
Presque immatérielle elle est constellée en tous sens

d’aimants en fer à cheval d’un beau rouge minium

à pieds bleus

Sur mer, 1946.

André Breton

PERSONNAGE BLESSE – CONSTELLATION


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PERSONNAGE BLESSE – CONSTELLATION

 

L’homme tourne toute la vie autour d’un petit bois cadenassé dont il ne distingue que les fûts noirs d’où s’élève une vapeur rose.
Les souvenirs de l’enfance lui font à la dérobée croiser la vieille femme que la toute première fois il en a vu sortir avec un très mince fagot d’épines
incandescentes. (Il avait été fasciné en même temps qu’il s’était entendu crier, puis ses larmes par enchantement s’étaient taries au scintillement du bandeau de
lin qu’aujourd’hui il retrouve dénoué dans le ciel.)
Cette lointaine initiation le penche malgré lui sur le fil des poignards et lui fait obsessionnellemenl caresser celle balle d’argent que le comte
Potocki passe pour avoir polie des saisons durant à dessein de se la loger dans la tète.
Sans savoir comment il a bien pu y pénétrer, à tout moment l’homme peut s’éveiller à l’intérieur du bois en douce chute libre d’ascenseur au
Palais des
Mirages entre les arbres éclairés du dedans dont vainement il tentera d’écarter de lui une feuille cramoisie.

 

André Breton