C’EST PEUT-ÊTRE


C’EST PEUT-ÊTRE

 

C’est peut-être Mozart le gosse qui tambourine
Des deux poings sur le bazar des batteries de cuisine
Jamais on le saura, l’autocar du collège
Passe pas par Opéra, raté pour le solfège.
C’est peut-être Collette la gamine penchée
Qui recompte en cachette du fruit de ses péchés
Jamais on le saura, elle aura avant l’heure
Un torchon dans les bras pour se torcher le coeur
C’est peut-être Grand Jacques le petit au rire bête
Qui pousse dans la flaque sa boite d’allumette
Jamais on le saura, on le fera maçon
Raté Bora Bora, un mur sur l’horizon
C’est peut-être Van Gogh le p’tit qui grave des ailes
Sur la porte des gogues avec son opinel
Jamais on le saura, rapé les tubes de bleue
Il fera ses choux gras dans l’épicerie de ses vieux
C’est peut-être Cerdan le môme devant l’école
Qui recolle ses dents avec du Limpidol
Jamais on le saura, KO pour ses vingt piges
Dans le ring de ses draps en serrant son vertige
C’est peut-être Jésus le gosse de la tour neuf
Qu’a volé au Prisu un gros oeuf et un boeuf
On le saura jamais pauvre flocon de neige
Pour un bon dieu qui naît 100 millions font cortège
Allain Leprest

 

 

DEDICACE à BARBARA


Liegende-Mutter

DEDICACE à BARBARA

 Nu

Nu, j’ai vécu nu
Naufragé de naissance
Sur l’île de Malenfance
Dont nul n’est revenu
Nu, j’ai vécu nu
Dans des vignes sauvages
Nourri de vin d’orage 

Et de corsages émus
Nu, vieil ingénu
J’ai nagé dans tes cieux
Depuis les terres de feu
Jusqu’aux herbes ténues
Nu, j’ai pleuré nu
Dans la buée d’un miroir
Le coeur en gyrophare
Qu’est-ce qu’on s’aimait… Samu

Nu, j’ai vécu nu
Sur le fil de mes songes
Les tissus de mensonges
Mon destin biscornu
Mais nu, je continue
Mon chemin de tempête
En gueulant à tue-tête
La chanson des canuts
Nu, j’avance nu
Dépouillé de mon ombre
J’voulais pas être un nombre
Je le suis devenu
Nu, j’ai vécu nu
Aux quatre coins des gares
Clandestin d’une histoire
Qui n’a plus d’avenue

Nu, je suis venu
Visiter en passant
Un globule de sang
Un neutrone des nues
Nu, le torse nu
Je voudrais qu’on m’inhume
Dans mon plus beau posthume
« Pacifiste inconnu »

Allain Leprest

Francesca Solleville/Appelle-moi luciole


Je reviens d’ la pêche
Détruite
Je vis à l’affût
Comme on dit, pas vue
Pas priteJ’ vis entre deux eaux
Je bois des oiseaux
Pas sages
La montagne penche
L’été en revanche
SurnageAppelle-moi encore luciole
Chamois, parasol, Iroquois
Appelle-moi n’importe quoi
C’est qu’ tu m’appelles pas qui m’ désole {x2}

Je t’écris d’Ardèche
La plume un peu sèche
Plus d’ flotte
Un vieux mal aux dents
Et des sanglots dans
La glotte

Perdus les pétales
Ma carte postale
T’arrive
Je mange une liqueur
Je pense à ton cœur
Ta rive

Appelle-moi encore luciole
Soleil, tournesol, caïman
Appelle-moi n’importe comment
C’est qu’ tu m’appelles pas qui m’ désole {x2}

Je t’écris d’Ardèche
Je t’écris des flèches
Tout triste
Il pleut des touristes
L’église, l’artiste
S’enchriste

Il est vingt secondes
À l’horloge, il tombe
Des cordes
La Lune est en place
La fontaine en face
Déborde

Appelle-moi encore luciole
Cocktail, Malakoff ou whisky
Appelle-moi n’importe qui
C’est qu’ tu m’appelles pas qui m’ désole

Allain Leprest / Jean Ferrat

Où que je vive


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Où que je vive

 

Où que je vive, je te vois
Toi, ton toit de tuiles et ta voix
Je vois des flocons, des Afriques
Le surplace de la République

Le cadran de la gare du Nord
Des mâts de bateaux, plein le port
Beaux comme des jeux de Mikado
Et un poisson rouge dans ton dos

Je vois l’oreiller de tes bras
Où que je vive, je te vois
Il était un jour plein de foi
Où que je vive, je te vois

Où que je vive, je te vois
La maison bleue qui nous tutoie
Et Venise et la tour de Pise
Le sourire de la banlieue grise

J’ vous vois Vancouver et Dakar
La musique des autocars
Sur la route de Casamance
Et des ponts d’Avignon qui dansent

Je vois l’Ardèche et Courbevoie
Où que je vive, je te vois
Il était un jour, une fois
Où que je vive, je te vois

Où que je vive, je te vois
Des pas, des rails, des convois
Des saisons, le Nil et la Seine
Le sang transparent des baleines

Je vois des caresses qui chôment
Dans le ciel fatigué des paumes
Un canal, un champ de tulipes
Et les pommes bleues de Magritte

Je vous vois, le bout de tes doigts
Où que j’habite, je te vois
Il était un jour, tant de fois
Où que je vive, je te vois

Allain Leprest

2018 – Sire Président


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2018 – Sire Président

J’aurais aimé que chaque pensée trouve son partage, quand la couleur entre dans l’impasse
J’aurais aimé que tout reste si simple à l’écart du paraître avancé en toutes circonstances
J’aurais aimé ne jamais voir mourir l’arbre de sécheresse dans des crues artificielles
J’aurais aimé transcender la banalité par le désir de créer la propulsion de l’autre regard
J’aurais aimé être la goutte d’eau tenue à l’écart du supplice
J’aurais aimé face à l’horreur dite, édifier le secret de la beauté tue
J’aurais aimé abreuver la pureté du sentiment à la fontaine de mon innocence
J’aurais aimé que l’herbe ne jaunisse pas sous la foulée des appétances du profit
J’aurais aimé faute d’être ludique ne jamais déranger qui ne peut sortir de l’ennui
J’aurais aimé rester simple dans les méandres des petites lignes planquées du contrat
J’aurais aimé que mes pores transitent les frissons hors des labyrinthes de l’égo
J’aurais aimé ne pas brûler mes ailes au rayonnement de mon énergie naturelle
J’aurais aimé troquer sans payer plus que je n’ai jamais voulu posséder
J’aurais aimé ne pas avoir été remis à l’heure pour être venu en avance
J’aurai aimé demeurer fou sans être ramené à la raison castratrice
J’aurais aimé ne pas m’être trompé d’avoir cru sur parole

Vaines utopies

Cette Année en corps, je n’ai pas envie de décroîre aux secousses orgasmiques, essences mêmes de la vie , l’ébranlé de la motte à l’étiage, les galipettes des seins chiots, garderont le cru de ma profession de Foi, sans blablabla, en acte.
« Le soleil me parle en paroles sublimes »
Je n’ai donc pas de regrets de savoir que d’ici la fin de l’ânée vous n’aurez rien obtenu, ni changé de ce que je suis « Amoureux ».

Niala-Loisobleu
1er Janvier 2018

Illustration: Le viol – René Magritte

D’osaka à tokyo


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D’osaka à tokyo

Mon amour, je t’écris dans le Boeing en feu
Qui plonge vers la mer. Je ne reviendrai plus
D’Osaka à Tokyo, je suis devenu vieux
Ai-je fait sur la Terre ce qu’il aurait fallu?Je prie pour qu’on retrouve ce dernier mot de moi
Sous cent tonnes d’acier au fond de l’océan
Devant, c’est la montagne, mon coeur sur la paroi
Se brisera bientôt. Embrasse les enfants

Je te vois au hublot et les petits qui courent
Sur le flanc des nuages. Il ne faut pas qu’on pleure
Si j’avais su qu’hier était le dernier jour
Où je tenais vos mains, j’aurais été meilleur

Mon destin, ça n’était qu’une paire de ciseaux
Qui guettait mon envol pour me trancher les ailes
Ma vie va s’effacer des murmures de Tokyo
Je plonge vers la mer, le ciel me vienne en aide

Mon amour, je t’écris dans le Boeing en feu

Allain Leprest