DU SOLEIL DU SILENCE AU GALOP DES MOTS PAR MINOD ALAIN


DU SOLEIL DU SILENCE AU GALOP DES MOTS PAR MINOD ALAIN

Apprendre à fouetter les mots
Avec le soleil du silence
Pour leur lâcher la bride
Jusqu’à l’ombre
Du soi

Et…Dans la lumière de leurs galops
Tutoyer leurs éclats d’écume
Sans marchander l’amour
Qu’ils appellent
Du fond
D’un lointain habillé
Par nos songes

Au moindre tremblement des sens
A leur moindre dérive
Lancer la relève
Pour les abriter
Du battement
De l’oubli…

Là déroulés sur
Le tapis de l’accueil
Aucune trêve
Ne les abandonnera
Au chaos

Et pour les choses plaquées
Qui bruissent en notre
Cœur
Briquer notre langue
Avec la tendresse
En laissant
Soupirer
Nos pauvres nerfs

On les retrouve sans-cesse
Ces imbrications
Du sens
Avec
La trame
A chaque fois imprévue
Où se déploie
La chevauchée
Des mots

Ici : C’est à la fois
L’œil de l’astre royal
Appuyé sur le poids
De nos vies
A la fois l’écueil où se heurte
L’inconnue de nos résistances :
Le tumulte du travail :
Juste là dans
Les bris des plis
Doucement hésitants
Où s’aventure
L’avancée
Comme soufflée
Sur un chemin …

L’écueil ! Ne pas casser ses traces
Et enlacer en même temps
La plus vive des
Circulations…
Non pas celles qui courent
Dans la ville
Mais la plus fervente
Qui témoigne
A l’instant
Pour un futur
Sans-cesse inachevé…

Comme un soulèvement
Dans la marche zébrée
D’ombres pour
Des mots
Clairs
:
Celle où nous n’attendons
Que la voile quand elle
Se dresse sous
Le vent
:
La fin d’une époque transitoire
Où rugissait le futur
Sans autre brillant
Que la fuite
Du temps

Écueil ! Écueil ! C’est le temps
Qui passe dans la résistance
De l’instant
Pour
Une langue sans autre promesse
Que celle allant
Dans la grande allure
Des mots sortis de la gangue
De tout corps fixé
A des rapports
De forces
Pour
Entrer dans le jeu vif
Des chairs où vibre
La caresse du sens
Sur l’instant

Aucun galop des mots
Ne saurait usurper
La belle présence
Du silence
Rentré
Dans les veines
Et les artères
De l’humain :
Ce silence : témoin
De toutes les rumeurs
De l’amour

Alain Minod

LE TEMPS VOLE APRES LE CHANT DU MERLE – ALAIN MINOD


LE TEMPS VOLE APRES LE CHANT DU MERLE

ALAIN MINOD

A la montée de l’aube
Le merle déploie son chant
Avant ses ailes
Il se dérobe à notre vue
Mais égaye nos
Marches

Le temps vole comme lui
Dès l’horizon dégagé
De l’obscur

Nous allons ! Allons
N’ayant rien mis
Aux oubliettes
De nos désirs
Enfiévrés

L’unique étoile
Au-dessus des toits
A fait signe
A l’innocence
Et le merle l’a vue
S’évanouir entre
Chien et loup

La parole des princes
Gicle encore et encore
Dans nos têtes …
Elle n’est pas source
Mais joue au fleuve
Alors qu’il est pris
Entre les glaces
Du mépris qu’ils nous vouent
Et celles de la juste paix
Qui les ignore

La radio avait de nouveau chuinté
Sous l’ombre d’assassins
Tellement que l’amour
Semblait mort …

Combien d’assassins pour
Couvrir nos espoirs
De partage ?
Le merle enchanteur
Nous le serine :
Un monde : nous pouvons être !

Mais si l’inconnu a notre visage
Nous en ferons un paysage !
Quand serons-nous neufs
Pour l’envol ?

Mais nos quartiers
Sont – sol à sol
Rivés – comme au seul présent

Le poète a son dieu !
C’est à l’accueil
Qu’il se voue !
Ne lui faites pas dire – seul –
la vengeance et le glaive
De Gabriel

Il ignore – le poète –
Quel peut être
La tête avancée
De la mémoire à l’avenir !
Comme le merle –
Il voudrait
Égayer

Le silence perclus de misère
N’ouvrira à un bal
Que s’il plonge
Pleinement
Dans la paix et le soleil
Pour tous
Nul prince ne pourra usurper
Ce moment de danse et
De musique

Oui ! Le poète exilé au cœur
De ce royaume
Chante
Les paroles de
Tout exilé
Sans l’oubli de ce qui
Nous sépare tous
De la terre du
Futur !

Seuls les princes inventorient
L’histoire qui nous
Est promise …
Mais ils ne voient ni entendent
Quelque chose du chant
Et de l’envol
Qui – déjà nous sourient …

Le pays qui trempe dans leurs glaces
Pourrait rentrer dans
Des inondations
Insurmontables

Ne laissons donc pas prise
Aux charniers que
Veulent les
Assassins !
Couvrons-nous d’un même ciel
Et le soleil viendra
Sourire à
Nos espoirs comme à nos rêves
Avec d’autres marches
Tenant clairement
Notre paix qui –
De l’intérieur de nos pensées –
Deviendra générale et
Embrassera le futur
Dans la justice !

Alain Minod

L’AMANDAIE


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L’AMANDAIE

Chronos arrive au bord et sonne à larmes

du fond de la cour sans dédale

la terre cuite ocre l’aqueux taurin en falaises vient

tenir l’Epoque

en vie dans ses mains et pas sous-globe sur la cheminée

Je palpe hit

Oui la rousse automne au geai bleu

Je l’ai dit il y a très longtemps

L’AUTOMNE

fait bien pousser l’peint tant

Moire c’est moire

Jamais ne meurt

au patio le vaste champ de cette fontaine rose hibiscus grimpant par-dessus les murs

L’en faire en dragon consume le parasite du Mont

Seins, miches, ailes

Absolu

mon enfance rendue je n’aurais eu que l’âge d’aimer

Merci la Vie !

PENSER AUX BOURGEONS DE L’AMANDIER !…

Que deviennent les bourgeons de l’amandier ?

l
Poussent-ils encore dans les ruines ?
Si les surgeons de la haine
Les assassinent
Qui pourra
Les remettre sur pied
Sauvera leur scène

Et pourtant on en voit encore s’épanouir
Entre les gravats – la terre
Et la mélasse …
Si ce n’est dans les larmes qui les enlacent
Qui pourra encore leurs racines
Reconstruire ?

Une pluie de flammes – de bombes et de missiles
Ce n’est pas un drame pour les « aveugles »
Qui conspuent ces âmes
Et qui beuglent :
« Bravo ! Bravo ! » Du fond de leur île

Est-il interdit : l’amour pour cette terre ?
Qui dit qu’il faille recommencer ?
Comme si ce n’était pas assez :
Ce destin d’enfer
Qui les enterre !!

Va-t-on épuiser par le feu tout leur sol ?
Malgré le fer et le sang
Puissants ils résistent
Et viendront encore
En fleurs
Ils insistent comme les symboles
De ce qui – jamais – ne meurt …
Si donc ce n’est pas vol
C’est un viol

Or les bourgeons jouent entre eux sous la pierre
Où les édifices détruits nous laissent
Un cri qui blesse :
« Non ! Ils ne doivent payer le prix
D’un pays que l’on veut rayer
Ils sont encore sa lumière ! »

Ils sont dans l’ombre de leur étoile
Ceux qui coupent les arbres
De leur ciel
Ou leur jettent le feu et le fiel
Et ils restent de marbre
Dans leur toile
Qui s’étend
Sans que les temps ne murmurent
Contre les raides murs

Et des bourgeons on entendait souffler des femmes
Au milieu des balles qui sifflaient
Au hasard sanglant qui giflait
De sa mort les corps
Et les emportait
Sans un drame

Et maintenant où sont les mains qui implorent
Du fond de leur « Éden merveilleux »
De ne plus toucher
Aux beaux yeux
Des petits princes – de les laisser éclore ?
« Mais rentrez les armes
Rincez les larmes
Séchez-les
Et faites que les jeunes pousses
Ne se blessent plus
A leurs racines
Assassinées
Laissez ! Oui ! Laissez-les pousser
Dès qu’ils sont nés ! »

Alain Minod

DU SOLEIL DU SILENCE AU GALOP DES MOTS


DU SOLEIL DU SILENCE AU GALOP DES MOTS

Apprendre à fouetter les mots
Avec le soleil du silence
Pour leur lâcher la bride
Jusqu’à l’ombre
Du soi

Et…Dans la lumière de leurs galops
Tutoyer leurs éclats d’écume
Sans marchander l’amour
Qu’ils appellent
Du fond
D’un lointain habillé
Par nos songes

Au moindre tremblement des sens
A leur moindre dérive
Lancer la relève
Pour les abriter
Du battement
De l’oubli…

Là déroulés sur
Le tapis de l’accueil
Aucune trêve
Ne les abandonnera
Au chaos

Et pour les choses plaquées
Qui bruissent en notre
Cœur
Briquer notre langue
Avec la tendresse
En laissant
Soupirer
Nos pauvres nerfs

On les retrouve sans-cesse
Ces imbrications
Du sens
Avec
La trame
A chaque fois imprévue
Où se déploie
La chevauchée
Des mots

Ici : C’est à la fois
L’œil de l’astre royal
Appuyé sur le poids
De nos vies
A la fois l’écueil où se heurte
L’inconnue de nos résistances :
Le tumulte du travail :
Juste là dans
Les bris des plis
Doucement hésitants
Où s’aventure
L’avancée
Comme soufflée
Sur un chemin …

L’écueil ! Ne pas casser ses traces
Et enlacer en même temps
La plus vive des
Circulations…
Non pas celles qui courent
Dans la ville
Mais la plus fervente
Qui témoigne
A l’instant
Pour un futur
Sans-cesse inachevé…

Comme un soulèvement
Dans la marche zébrée
D’ombres pour
Des mots
Clairs
:
Celle où nous n’attendons
Que la voile quand elle
Se dresse sous
Le vent
:
La fin d’une époque transitoire
Où rugissait le futur
Sans autre brillant
Que la fuite
Du temps

Écueil ! Écueil ! C’est le temps
Qui passe dans la résistance
De l’instant
Pour
Une langue sans autre promesse
Que celle allant
Dans la grande allure
Des mots sortis de la gangue
De tout corps fixé
A des rapports
De forces
Pour
Entrer dans le jeu vif
Des chairs où vibre
La caresse du sens
Sur l’instant

Aucun galop des mots
Ne saurait usurper
La belle présence
Du silence
Rentré
Dans les veines
Et les artères
De l’humain :
Ce silence : témoin
De toutes les rumeurs
De l’amour.

Alain Minod

LE TEMPS A BATTU SON PLEIN … LA NUIT S’EN VA


LE TEMPS A BATTU SON PLEIN … LA NUIT S’EN VA

La tête prise par mille feux qui enrubannent le boulevard ,
On se laisse porter dans la ville qui se réveille avant le jour .
Quelques fenêtres diamantent dans des hauteurs obscures ;
Elles retiennent de l’errance du regard

L’horizon , rampe de la nuit serrée par les étoiles des lampadaires ,
Se soulève en couleur mauve .

Tout un théâtre de vie veillée par la Marianne noire , est encadré
Par les enseignes qui l’ensanglantent .

Une bise glacée sous l’auvent ; elle embrasse l’éveil …

Bleu plafond de la nuit qui décline …

Les liens de moins en moins lâches des silhouettes grises
Qui courent , courent ,
S’augmentent
Des files serrées de fauves aveuglants .

Tête rentrée dans la lèvre du boulevard ,
On est pris maintenant
Par l’accélération
Du rythme de
La circulation …

Les mots sont soufflés dans le gris du jour qui vient
Et la pierre pâle , hirsute , des immeubles
Ne nous laisse plus distinguer
Les lueurs des fenêtres .

L’horizon est aux filets noirs des arbres
Fondus dans un harnachement blanc
Du ciel …

Plus d’étoiles fixes … Plus de feux roulants … Plus de files serrées de fauves aveuglants .
Quelques passants se précipitent …

La première heure du jour est là , coïncidant avec la première affluence passée, appelée
Par le travail .

Alain Minod

QUAND LES VOIX DE COMPAGNIE ASPIRENT LES FENÊTRES


QUAND LES VOIX DE COMPAGNIE ASPIRENT LES FENÊTRES

Ces griffes de lumière sur la pierre sombre
Ces puits brillants – insondables dans les murs-tombes
Cet alignment discipliné des lampes or
Ce macadam aux couleurs des feux du décor

Et cette pluie qui suinte sur le boulevard
Mais du rire ici la compagnie n’est avare
Elle rend tous les éclats bariolés de la ville
Elle construit – la nuit – son port comme d’une île

J’attrape l’air de ses paroles comme il vient
C’est à chaque fois un printemps qui se retient
On aime bien les parcelles de l’inconnu
Quand il se moque du ciel et nous met à nu

Pas de noir chaos mais le hasard de l’écoute
Qui met notre mélancolie dans la déroute
Ici : l’architecture – là : le bel amour
Plus loin : les confidences pour le jour …

Tout en même temps : l’arsenal des différences
Qui passe outre la guerre contre l’errance
Autant de lumières pour faire un arc-en-ciel
Où les voix multiples instruisent du réel

Et tirer à soi la bohème du poème
Libère pour l’Humanité notre « Je t’aime ! »
Sans avoir rien à oublier de son passé…
C’est assez prévenir ce qui peut le casser

La pluie dans la nuit demeure sans incidence
Sauf pour Misère la supportant en silence
Ah ! Que les passeurs de la veille ne l’oublient
Ici – quand à toute souffrance elle se plie

Quelques fenêtres ont lancé la mélopée
Nous y avons puisé l’énigme d’une paix
Qui a chanté et enchanté par des discours
Ne ressemblant à rien au mauvais jeu de cour

Sous l’auvent la ville a fait briller tout le proche
Quelque musique en vers essayés le décoche
Hors des horizons qui font briller le lointain
Dans l’étincelant de leurs miroirs sans teint.

Alain Minod


LES GIBOULÉES ET LE HASARD QUI ÉCLAIRE

LES GIBOULÉES ET LE HASARD QUI ÉCLAIRE

A Paris Le 14-03-2021

LES GIBOULEES ET LE HASARD QUI ECLAIRE

Giboulées ! Vous tenez Mars en sauvage paix
Car lorsque Soleil perce dans les nuages
Vous nous entretenez de cet espoir épais
Que Dame Nature veille en Paris sans rage

Nous voudrions aller loin dans la liberté
En alliant dans nos corps les grains et leur puissance
Avec cette présence empreinte de beauté
D’éléments d’univers portant terre à l’essence

Alain Minod

L’ARBRE A RESONANCE


L’ARBRE A RÉSONANCE

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Qu’en disant : pâle émondé à falloir
Serait-il arbre à raser de savoir
Même sans nom à porter pour son deuil
Ne tenant aucun froid corps à son seuil

Au sang neuf
Pas tout veuf

De feuilles disparues
Tient quad-même à la rue

De maintes pluies
Renoue sans bruit

Tout à l’an maintenant
Plein allant mains tenant

En deux mille à l’an trois
Deux mille en plein tout droit

Non de nom ô Pardon
Noué même cloué même
Platane est aussi don
D’ombre pour tous qu’il aime

Au vrai n’est pas laid tant
Sème aux pas haletants
Tous ces sons qui résonnent
En pente qu’il arraisonne
Tous ces fils de lumière
Qui ont connu les guerres

Voyez ces cœurs marqués aussi tendre à son bord

A l’écorce craquée qu’il ne peut avoir tord

Même si fut tirée ça a vrillé en vain Tue la vue mais retisse
Cette foudre artifice La chair tenue au vin Les traits chantants – le bruit
d’une nuit étirée

Pour lui frais sans renom
Qui – au brillant – dit non

Du labyrinthe en murs Leur eau prise à la ronde Là dans sa halte est-ce
Tu demeures au futur Si ivre en airs du monde Est-ce en silence qu’il gobe
Cette lune à sa robe
Lui si haut en finesse
La sachant si cachée
Au paravent déhanché
Et ascète au bon nid
Et saint au nom honni
Platane platane

Veut – Se rêve Plus tout jeune
Être roi Pourtant jeûne
O sans toit Sans aumône
Ni relève Tient le trône
Explosant fixe
En croisées d’X

Lors il médite en plis
Et – encore – se déplie

D’ailleurs – si sonore et bruissant
Qu’il – ô Sans son vert port luisant
Se dépièce à sa lune
En bien peu de vraie tune

Lui
Tant-pis
Si
Deux pies lui volent son haut vol
Tout en proie
A sa croix
Sait l’étroit
Casser droit

Et les pierrots tous rêvassant
A lui – ô Depuis acquiesçant
Lui qui luit
Dans la nuit
Se haussant s’assurant
Tient tête
Aux tempêtes
Qui ravinent
Aux racines
Et s’affine
A une lime
Pare au sang des errants
Ici reste tout en geste

Lui le pâtre
Se met en quatre
Du droit passant
Evanescent
A la lumière
Contre la pierre

Et nul berger
Dans sa vraie toile
N’est bien âgé
Cœur à l’étoile

Platane platane
Ramifie en obliques
Comme tout en musique
Rissolant à la lune
Avec aucune tune
Sis à ses régiments
Alignés sous l’argent
Qui même ne dénoue
Ni même ne dément
Les pas heurté des gens
C’est lui qui reluit Et déroule
Là – les ombres Toutes en nombre
A son tronc Aussi rond
Qu’alors -saoules – S’en vont et s’enfuient

Et ceint qu’en ses lances
Scellées au silence
Il bouge – entre en transe
Quand l’éclair le tanse

Vrai – il le sait laid
Tout le faux parler

Tout épris à l’eau
Il la sent
S’en ressent
D’ailleurs
A l’heure
Quand se colle à sa peau
Le vrai homme d’hiver
Il le sait si Sisyphe
Qu’à son or incisif
Tempère au corps la pierre
Liée sans y paraître
Au bien de tout son être
Il le sait si bien d’ailleurs
Que laissé tout-à-l’heure
A son vif sang resserre
Sève aux maisons qu’il serre

Pourtant qu’à l’or mort – là – qui tremble aux liens
Lui – sans feuilles au corps – là – ça semble bien

Aux hauteurs – tant et tent
Fuit-il vraiment ces temps ?
Dans son tronc non caché
Pourtant si peu haché
Haut – n’est pas relâché
N’est pas si déhanché
Que livré aux fumées
Il n’essaye de humer
Rissolant les couleurs
Avalant les odeurs

Mais le sait-on jamais
Était-il désarmé
Quand – par le vent s’ôtaient
Tous ses moufles
De ses doigts tout aux toits :
Tout son souffle
On le sait pour l’instant :
Non scié – patientant

Sous l’élan de la bise
Soulevant son étai
Il se noue aux incises
Pour aller à l’été

Il sait – épris pour l’homme
Si dessous sa couronne
Les sons ne virent plus
Qu’alors il ne plaît plus

O lui sec – froid aux pluies
Et qui a mal relui
Depuis le gel du temps
Donc si peu enchantant
A l’œil et aux oreilles
Pour les seuils et pour les veilles
Là – ces gens qui s’entêtent
A l’oubli et aux fêtes
Frisent l’instant sans voir
Qu’après ils broient du noir

Hors blé sûr – lui moissonne
A ras l’eau – ne s’assome
Pas aux ultimes rixes
Des passants qui – eux – crient
Après a voir tant ri
A la lune il se fixe

Là – vieux soldat roué
Il roule tout noué
Les écorces du temps
Qu’il envoie patientant
A la lèvre de la rue
Pour qu’elles se diluent
Dans le sang des bohèmes
Que par sa peau il sème

Aux ombres sans soleil
Passe encore à la veille
Lui qui assise en terre
Le savait qu’il s’entaille
Tout à l’heure au travail
Hombre ! Vertus au vert !

Ici aux traces
De neuves eaux fortes
Au millénaire
Que lampa d’air
L’ambre des portes

Ciselant place

Et là même le bois neuf
Tout vidé de son stuff
Nage en stuc d’acajou
Figé aux joues qui jouent
Dans rue ivre en sueur
Qui passe à sa lueur
Au guet Si gai
Le souffle d’autres arbres
S’asphyxie dans le marbre

Et de la sorte
Non abaissé
Oui c’est béat
Mais sans céder
Tout le temps là
Qu’il a brassé
Tout l’art aux dés
Jetés aux portes

Quand bon an – mal an
Ceint quant au ligné
Si près en sa hotte
Platane se prend
Tout souligné
Là dans les bottes
Aux brefs cadrans
Tâche aux talents
De tout reprendre :

Nef – vagues au son
Nectar en cendres
Anse des vrilles
Piques d’éclair
Mouches de ville
Lucioles en l’air

Et le tout si saillant
Pris juste dans le vent
Quand soupe l’horizon
Au reflet naufragé
Aux rigoles encagées

L’ocre jaune des fêtes
Lui remonte à la tête

Mais n’est vraiment de marbre
Ce si beau gréement d’arbre
Brassant le jeu sérieux
Suspendu même aux yeux
Avec lui même mieux
Etre alors en son lieu

ça ne l’effeuille plus
Cent maux quand il a plu

C’est encore lui qui s’ensonge
De par son cœur qui le ronge
Si on a faim de savoir
Où et quand – en quel vouloir
Le monde roué lui mange
Si à ses trous ça s’arrange

De la ronde aux plein minuits
L’essentiel Est-ce qui luit
A l’émoi donc aussi
N’est plus vraiment rassis
Qu’allant tout dépassé
Les courants du passé
O dés-lors retrouvé
Au jeu sache rêver
Là en veille et autour
Souffler comme une tour
Allé roquer en roi
Ce qui ne tient qu’à toi
Arbre piquant au cœur vu
Mettre en échecs le su

Dame à la main
Danse en témoin
Pour lendemain
But main pour maints

Qu’encore la finesse
En sa halte renaisse :
Pour aimer bien les fleurs
Tout attendre vers l’heur

Sachez le à l’émoi
Allez avant le mois
Aux dés que tout raconte
Ça ira sans éponte
Le désir de tout art :
Arbre de part en part
Même si tout en vie
Haït la belle envie

Platane platane
Soustrait à l’horloge
Qu’il suit dans sa loge
Il tient au carrefour
A tendre au temps qui court

Mais n’est pas si sourd
En émois : vœux lourds
A plier la loi
Verrait bon aloi
Et – ô Pas en rien –
Saurait bien en corps
Soleil à ses feuilles
Froisser un peu l’or jusque sur les seuils

Mais bien tenus liens
Corps branchés branchés
Qui – noués penchés
Moins seuls – sans complainte
Déhancheraient crainte
Pour fraîcheur qui mord
Tendent ce qui tord

Allons donc au pas
Mettre tout au vert
Pour qu’en un grand tas
La chanson resserre
Le temps de l’arbre
Si noué au sabre
Du temps de tout homme
Sans qu’elle ne s’assomme

D’ailleurs il suffit
Qu’à lui on se fie
Aller à la fête
Qu’elle vienne en tête

Se met en quatre
Le bon vieux pâtre
Froissé au vent
Bien en avant
Et chuchote – il
Le cœur bien en ville
N’est pas dévot
Pour l’or du veau

Tout à toi cet émoi
Au silence d’hiver
Distanciés : toits divers
Vois bien : dans quelques mois
Ses branches bien vrillées
Connaissent l’ouvrier
Pas de culte pourtant
En cet occulte temps
Rivé neuf tout au temps
Veille pour le printemps

En ondées le suprême
C’est là don que l’on aime
Déliant bien son tout

Et passant tout à coup
Vois encore en envois
Verticale en sa voix
Une âme sans relique
Fait battre ondes en musique

Oui l’arbre assez tique à sa touche
Quand le vent hurle dans sa bouche

Forcé ainsi à l’art
Il le redonne à part
Passant tout en lumière
Passant tout fin aux pierres
Les sons et le silence
Patience et impatience
Les saisons et les guerres

Et là pose sa paix
Quelqu’un pour la happer
Un peu soustrait du monde
Comme éperdu – il sonde
S’accordant au désir
Ne joue pas le beau sire
Plante là le décor
Tout en corps et encore
En cent comme en deux mille
Toussant la pluie en ville
Il songe là tout pile
Son destin sur ses cils

Son air est sans raison
C’est son nerf la maison

Platane – si tu t’embêtes
On te rase la tête
Reste là toi – au vent
Reste là toi – si savant
Attention
Pour passion.

Alain Minod

LA LUMIÈRE ET LHEURE


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Andrée Lacelle

LA LUMIÈRE ET L’HEURE

Quand j’écris, quand je parle, où s’inscrit la limite ?
Inutile de chercher à séparer l’inséparable.

Entre vie et mort, de manière absolument tragique, j’exagère allègrement,
et cela me donne des ailes. Pour mieux tomber.

Comment naître de cette mort, cette inconnue qui détient le sens de ma vie ?
À chaque seconde, dans mon cœur, elle rebondit.

Je suis une parleuse et je déparle.
Simplement, je rythme ma chute.

….

Jour d’océan
Sur l’iris du temps
J’avance
Dans les parfums de l’enfance

Dans la perte fixe de mes racines
Dans l’invisible
De précipice en poussière
Je me cale sur le silence
Des mes contraires
Je respire le nu de mes cendres

Au futur simple
L’Ouvert

Andrée Lacelle

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RUISSEAU SONNANT DANS UN ARBRE


RUISSEAU SONNANT DANS UN ARBRE

Paris Le 10-01-2021

RUISSEAU SONNANT DANS UN ARBRE

Des pioupious au flanc de rue lancent gazouillis
C’est au flux et reflux des vagues de la ville
Qu’en sioux amadoué je cueille l’âme habile
Du p’tit brouillamini qui là leur est saillie

Ce doux et charmant chœur – ruisseau de liberté
En cet arbrisseau roux – tend à prendre racine –
Cette brassée des corps – ce sont brins de beauté
Où l’antre de l’âme doucement se ravine

Dans le gel du matin : ce murmure en fontaine :
Sel d’amour de mutins – défait murs qui enchaînent.

Alain Minod