RUISSEAU SONNANT DANS UN ARBRE


RUISSEAU SONNANT DANS UN ARBRE

Paris Le 10-01-2021

RUISSEAU SONNANT DANS UN ARBRE

Des pioupious au flanc de rue lancent gazouillis
C’est au flux et reflux des vagues de la ville
Qu’en sioux amadoué je cueille l’âme habile
Du p’tit brouillamini qui là leur est saillie

Ce doux et charmant chœur – ruisseau de liberté
En cet arbrisseau roux – tend à prendre racine –
Cette brassée des corps – ce sont brins de beauté
Où l’antre de l’âme doucement se ravine

Dans le gel du matin : ce murmure en fontaine :
Sel d’amour de mutins – défait murs qui enchaînent.

Alain Minod


L’ÊTRE A L’EPREUVE DE LA « TOTONOMIE »

L’ÊTRE A L’EPREUVE DE LA « TOTONOMIE »

Je rentre dans le ciel bleu
D’où chutent les circulations lentes
Du soleil
Que n’apprivoisent pas celles
Plombées mais galopantes
Des véhicules en proie
A de vertigineuses
Courses
Vers des horizons serrés
Par des ailleurs
Improbables
Pour un temps apparemment libéré
Du travail – mais
Qui convoie
A l’oubli de l’hier

Mais se retrouver hors des ombres
Conduit combien d’hommes
A ne rien voir
Des variations de la lumière
Qui pourraient rythmer
Pour eux
Une passe lente du temps

Serait-elle vraiment ailleurs
Et pour combien d’hommes fiers
De leur autonomie ?
Lignes de fuite pour échapper
Ne serait-ce qu’un jour de plus –
A la fixation par la vitesse aveugle
De l’intime et secrète vie
De leurs désirs

Non ! Prendre au calme soleil
Prendre à ce jeu d’ombres et de lumière
Glaner tranquillement sa durée
Ses formes en douces stries
Variables et musicales
Sur les murs
Secrets
Sur les fenêtres sorcières
Sur le macadam
Fiévreux
Sur les herses d’arbres dénudés

En saisir ainsi de l’inamovible
Règne courant immobile
Du travail :
L’univers des songes et laisser
Fluctuer le sauvage
Cours du monde

Ne pas tomber dans ce semblant imperturbable
Et obscur – d’une réalité dévolue
Au trafic
Mais l’oubli qui ne crie pas
Qui ne chante pas ? :
L’oubli de l’oubli
Fondu
Dans un soleil comateux de l’être
Il court vers les nids
Repus
Du laisser paraître

O Temps des vitesses qui ne s’accordent
Qu’avec la rotation à sens perdu
Fermé à tout horizon
De la ville !

O Temps de tous les paraîtres
Infirmes de leurs pensées oubliées
Vite – très vite !

Le trafic est là
Mais la totonomie se blesse
Dans les fractures
Insondables
Des cœurs
Ah ! Lancer son char comme en triomphe
Total de l’autonomie

Chaque course en vedette de soi-même
Chaque voyage charriant les nerfs
A bout de corps fendus
Dans l’enfer
Du mobile tendu
Par la soif
De la fuite
Sans rémission autre
Que l’infecte paradis
Du tout consommable

Et cela consume – paralyse
Pensée- Amour – Désir
Et cela tue le possible
Partir à jet continu
Éjaculer l’instant
Comme si c’était
A chaque fois
Le dernier soupir des dieux
Ne jamais entrevoir
Un ciel autre
Que dans la tempête intériorisée
De l’oubli de l’oubli
Pourtant … Ah ! Couper court à tout ce fictif
Devenu réalité et … :
Traverser l’instant
Jusque dans la fidélité
A l’éveil
Où demeure tout guetteur
De tout hasard
Constructif

Chercher cependant la chair des âmes
Comme si jamais elle ne devait
Scissionner
Et … Là – dans la présence au monde
Pourrait alors souffler
Aux lèvres
Le doux bruit
Du temps d’un baiser
Livré aux passades concrètes
Du désir demeuré
Désir

Mais trop attendre et juste vouloir
Sauter dans la jouissance
Dès que l’on vous
L’ouvre :
Cette porte – c’est se livrer
Aux promesses du trafic
Et courir tout droit
Vers la désespérance ! O Combien
Obsédante avec sa nostalgie
Des songes jamais
Réalisés que
Dans l’aboiement feutré
Du plaisir arraché
Au long désir
Pour décharner ce qui pèse :
Cette indépendance
Solaire
D’un corps demeuré corps
Dans la pensée.

Alain Minod

Au sujet de MinodAlain
Portrait de MinodAlain

A Propos

« La ville où le nulle part a lieu » Édition Librairie Galerie Racine
« La ville où le nulle part a lieu » – sous-titre : « Le proche et le lointain » Collections Poètes des Sans Continents
Éditions POLLYGLOTTEVoir la biographie et les textes de cet auteur

LE MOMENT ACTUEL DU POEME


Au gré du pinceau – Niala – 2020

LE MOMENT ACTUEL DU POÈME

Si nous enfumons l’instant
Avec une plume guerrière
Qui se satisfait de son empire
Et de la vitesse de ses armes…

Si nous tordons l’arc du futur
A l’image d’un présent obscur
Plein de tensions arque-boutées
Sur elles-mêmes et sur
Le prétendu destin
Des noms qu ‘elles
Trament tragiquement…

Verrons-nous la clarté
Qui ne dépend que de ses sources
Et de leur cheminement
Dans ce monde-chaos ?

Nous y buvons avec notre coupe :
Un poème à fleur d’eau
Se remplissant
D’avenir
Poussant vers l’océan…

Et pour l’Humanité-embouchure
Nous gardons la fraîcheur
Des hauteurs
Et démultiplions le sens
Du présent qui va
En cascades

Alors l’instant fleurit de tous
Ses passés conjoints…
Il offre la paix
Qui ne brûle pas
Dans le labyrinthe des temps actuels

Nous sommes des indiens
Pour l’éternité-nature
Où nous envoyons
Les flèches qui filent entre
Ses négateurs actuels
Qui la méprisent
Pour rejeter le passé
Et ses défenseurs
Qui s’y réfugient pour
Nier le présent

Toucher l’amour infini : ce coursier de l’univers
Côtoyé par nos rêves –
Revit dans l’instant
Où nous veillons
Pour y cheminer…

Toutes les cibles de son lointain
Nous les rendons vivantes
Avec l’écriture du cri
D’une enfance
Qui s’ouvre
Et s’épanouit à l’école du poème

Combien de certitudes guerrières
Devenues si froides
Et raidies
Qui se sont crispées
Dans la vitesse
Sans cibles
Autres que celles
Comprises par leur propre histoire
Qui court après sa fin :

Celles de l’advenue du nouveau
Sortant des miroirs de
La renommée
Qui renvoient à l’homogénéité
Des positions du
Face à face
Guerrier

Et là où tout se vaut
Nul nouveau
N’advient
Rien que du sur-place
Qui agrandit la vitrine des puissances
Où tout s’achète
Même les larmes
Même les éclats de rire
Jusqu’à la tragédie !

Mais l’indestructible poème
Creuse la terre de l’instant
Et le remonte comme
L’arbre et ses racines

Il creuse et tient les fulgurances
D’où sa langue se déploie
Et il vit jusqu’au
Chuchotement
Sur les lèvres
Des amoureux

Sans gloire – ni prophéties – ni promesses
Il relève l’histoire et la tend
Dans son arc
D’où fusent les voix
Comme dans le plus profond lancé
Sur un chemin où
Il s’aventure
Pour créer des clairières
Toujours nouvelles
Près des sources
Jaillissant de l’humaine condition

Alain Minod

LE POEME TRAVERSE L’INSTANT (N0 2)


Gaia

LE POEME TRAVERSE L’INSTANT (N0 2)

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Sous la rigueur de l’instant
Ne meurt pas le souvenir
Toujours rejaillissant
Dans la fontaine
Des mots

Et – ne pas avoir à répéter
En est le signe
Occulte

Un temps dans le vide
Comme dans la fournaise …
Et se lance une voix
Comme une soudaine respiration
De l’impossible réel …

Battue en corps
Elle lui soutire le possible
En le chevillant à la vitesse d’une fulguration
Que l’on veut capter
Comme éclair
Illuminant un quartier plongé
Dans l’obscur

C’est incessamment
Que l’amour monte à sa renverse
En ordonnant le délié
D’un sens
Aux sons prolixes de la pensée
Faite langue

Et le souvenir se plie au proche
Il le féconde à partir
Du lointain
Puis … :
Ce que l’on a toujours vu :
Il se raye et s’enraye
Sous la plume
Vorace de
Nouveautés

La musique alors s’empare du hasard
Dirait-on qu’elle lui tord le cou ?
Non ! Elle chemine comme
La pensée dans
Les mains d’un poème …
Et c’est assez prendre l’imprévu
Assez mordu au réel

Qui dit : « Non !  Je ne l’ai pas vécu
Cet instant où le « Je pense »
S’enflamme sous
Le court-circuit
De l’instant »
Qui le dit peut voir – écouter –
Dans la fontaine des mots
Danser les feux follets
Du Verbe …

D’où l’on tire un flux qui déroule
La soif d’un sens orienté
Vers un horizon
Affranchi
Des lignes épaisses
Où insisterait la courbe non-délimitée
Du déjà vu – du paraître plein
D’habitudes insignifiantes

Car c’est à chaque fois que se lance un poème
Que se relance l’horizon à chaque fois
Nouveau
Foin de l’idée qui s’use dans l’instant
Foin de l’oubli qui meurt
A l’instant

On aura toujours pensé le lointain
Au fil déroulé de l’infini réel
D’une mathématique bleue
Pour toucher
L’autre bout de la courbe
Celui de l’asymptote
Où tout toujours
Évolue

On s’en va si loin dans l’écriture
Quand la voix s’arme
Du phrasé d’un sens…
Jamais plus on ne tranchera
Au creux de la chair
De l’âme
On lui dit : « Viens !
Modèle mon désir
Module-le
En chant »

Alors l’horizon s’éclaircit
On touche à l’aurore
Et on la remue dans sa main …
Chaleureuse intensité
De qui vient
Et s’abstrait
De la morne répétition…

Des voix multiples qui se donnent
Rendez-vous en concert
On tire le silence
Du quant-à-soi
Et puise
Plus allègrement à la fontaine des mots

Vous voulez vous saisir de la clef
De cet impossible devenu
Possible réel ?
Armez-vous plutôt
De la présence
Au monde !

Sortez de la survie où vous convie
Tout destin de Pouvoir !
Réinventez le monde
A partir de ce monde
Et démultipliez les figures dansantes
Du désir demeuré désir !

Cela aura été ce manque à être
Qui vous aura donné
L’être-même de
La Lettre
Et vous aurez vous aussi
Dansé avec les ailes
De l’éternité
Faite chair et corps de l’instant

La beauté alors en mille fleurs
Viendra s’épanouir sur
Votre chemin
Même s’il est entravé
Par votre misère
Même s’il semble borné
Par votre solitude

Voilà donc que l’on peut boire à la source du temps
Et sortir en même temps de toute promesse
Passée – présente ou à venir
Comme si l’on pouvait
Arracher l’horizon
D’un poème
A la porte
Des songes
Comme s’il avait toujours été question
De l’ouvrir en s’exposant
Aux courants d’air
Avec cette fenêtre du cœur
Elle aussi ouverte

Oui ! Sait-on bien cibler l’errance
Sur les vagues insistantes
De la parole faite
Voix ?
C’est peut-être en se séparant
Du règne de l’habitude
Même si elle insiste
A convoquer
La libre évolution de la pensée
Même si elle semble
Porter sa sécurité
Son aisance !
Tout le temps cependant
Y meurt à l’instant

Vague après vague les mots courent
Et peuvent vous blesser
Avec l’intensité
De leurs galops
Blesser la chair de l’âme
Et vous faire rentrer
Dans l’oubli
De l’oubli …

Lentement pourtant : vous passez ce risque
En réamorçant la musique
Du partage
Car on n’écrit pas sans elle
On pense aussi loin
Que l’on donne
Sa voix
A tout anonyme qui la prendra au vol
Et la recréera pour son concert
Personnel

Ainsi sans perdre le mouvement qui l’anime
On donne à sentir ce pas
Dans la fulgurance
D’un éclair
Initial

 

Alain Minod

SOYONS LIBRES AVEC LE BEL OISEAU QUI PAVOISE


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SOYONS LIBRES AVEC LE BEL OISEAU QUI PAVOISE

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Le 7-04-2020

SOYONS LIBRES AVEC LE BEL OISEAU QUI PAVOISE

Que de nos révoltes et leurs raisons
Le bel oiseau enivré de silence
Fasse vivre au boisseau : toute distance
Au faisceau de toutes fausses chansons

Son arbre au savoir de sa liberté
Au bruissement avide de ses trilles
Nous renvoie à un beau rêve qui brille
Dont nous trouvons la sève en sa beauté

Nous arborons le drapeau du réel
Dans nos séparations qui nous saisissent
Là – flagellé par le vent – il attise
La nouveau que nous attelons au ciel

Où – comme en partance sillonne Oiseau
Celui du grand air des livres et lyres
Qui résonne en terre comme désir
D’arraisonner guerre avec les ciseaux

De la justice et de la vérité
Pour pactiser avec Savoir qui sonne
Dans tous les pavois de la liberté
Qui – à voir en lice – pour nous rayonne

 

Minod Alain

BATTEMENT VIF DU DESIR


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BATTEMENT VIF DU DESIR

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Qu’au siphon de toute présence
L’échancrage de la douleur
Repasse le temps du bonheur
Obnubilé par la distance

Alors coule ! Cours Sentiment
Mais clouée au vif battement
Du désir en grande tension :
Si lascive vient l’intention
De repartir à l’océan
Que j’en reste assis sur céans

Or sous le auvent – aux murs
Balayés de vide et de peine –
Je veux – O Ma si fière allure –
Tout détricoter de mes chaînes

Ce battement c’est ton plaisir
Qui fuse dans toutes les ondes
Valse dans l’écume du monde …
Vague à vague pour la saisir !

Pourtant loin déjà dans tes terres
Toi reine encore en tes galops
Sur ton cheval sans aucun fer
Dévales lande comme l’eau

Chevelure battant au vent
Oui ! Tu tranches l’air de la bruine
Infinies tes courses divines
Ouvrent tes écrits si savants
Où se défont les tragédies
Au cri des mots vrais que tu dis

Et – mon attente désarmée –
Je n’oublierai ces temps jamais
Où les grains que nous partageâmes
Innervés au train de nos âmes
Remontèrent joie en nos têtes
Pour les partager : ces tempêtes

Tant cette passion a ravi
Ce moment si fort de nos vies
Qu’à la peau de vagues tendres
La tension n’a collé de cendres

Renaissance ! Je dis poème
Pour ton corps si brûlant que j’aime
O L’Héroïne de mes songes
A te le dédier quand j’éponge
Sur mes yeux toute ta présence
Où j’efface toute distance !

Alain Minod

CE QUI TRACE TA VOIX


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CE QUI TRACE TA VOIX

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Ce qui trace ta voix

Dans ton silence désossé
C’est le chant de tant de voix
Qui animent ta bohème
Démultiplication
Avec le carré
De tes nerfs
Qui font la chair
De ton poème

Pendant que dort ton amour
Le clavier des lueurs
Joue dans le jour
Finissant
Comme pour tordre
Sa lumière

Ta vindicte aux étoiles invisibles
T’entraîne à toucher
Le lointain

Le hasard t’aspire

Et tu tends tes désirs
En offrande de veille
A l’innocente grâce
Qui te sourit
Aussitôt
Le soleil éteint

A la flamme de la bougie
Brûle ton long soupir …
Tu redresses ton souffle
Vers l’horizon feutré
Qui immole
Les ombres des humains
Et met à nu l’étranger
Assis sur la corde
De tes songes

Quelques embruns
De regards débordants
Viennent dépoussiérer
Ton propre ciel
Écumant

Et tu bâtis
Comme des insurrections
Aux yeux vifs d’amants
Où se souligne
L’attente
Comme un phare tendre
Qui plonge dans
Leurs paupières

Si la danse des voix
Cueille toutes les langues –
Elle accueille ta chance
D’éprouver l’art
Au pavois
De toutes couleurs

Un soupçon d’hiver
Rentre dans l’étreinte du hasard
Qui embrasse ta scène impromptue …
Tu les retrouve tes lunes
Au milieu des chemins
Où tu lances
Ta plume

Chaude est ta roche d’incertitudes
Où claquent et dansent
Les vagues immiscées
Dans ton cœur …
Elles sont
La pensée qui peuple tes songes
Elles sont cette dame
Qui roule ses pas
Contre tous
Les courants d’amertume

Et la terre – sous ce auvent –
Déploie un grand halo
Autour des désirs
Qui attendent …
Nous relevons même le ciel
Au-dessus des toits …
Nous lui avouons
Nos rêves
Et …
Il se teinte de tous les sourires

Le temps indistinct
En aura oublié son horloge …
Alors – gavé de présence –
Il nous renvoie aux
Feux des solitudes
Qui clament l’innocence
De plaisirs à atteindre
D’où se partagent
Les voix –
Malgré la distance
Qui les sépare –
Comme
En un seul silence
Interrompant le vide
De ta propre
Présence

 Alain Minod

 

 

LA PAROLE DU POÈTE N’EST PAS DANS LES COURS QUE L’ON IMITE


Giacometti, « forçat » de l'art

LA PAROLE DU POÈTE N’EST PAS DANS LES COURS QUE L’ON IMITE

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Longtemps – longtemps passe la nuit
Et les mots d’amour s’en enfuient
Ils cherchent à sauver l’instant
Qui fait battre le cœur du temps

Parcourir de grandes distances
Embrassant la juste errance
Qui nous amène avec hasard
A trouver d’un baiser sa part

Il sera moment de bohème
Lié au vent où l’on essaime
Ses vers pour une compagnie
Dont doucement l’on fait son lit

Mais la parole du poète
N’est pas aux cours que l’on répète
Elle partage en insoumission
Le libre jeu de la passion

Elle demeure ce qu’on dérobe
A la lumière de la belle aube
D’où déclinent quelques étoiles
Qui offrent leur dernière toile

Un chant déroule son moment
Hors de la piétaille qui ment –
Jusqu’au fond des cœurs qui s’amusent
Sans déployer de pauvres ruses

L’aède ne saurait rêver
Qu’à ce monde que vous savez
Sortir des rondes du profit …
Cela reste son grand défi

Il n’est nul Homme qui le réduise
Pour qu’il succombe dans la mouise
De viles et faux sentiments
En jouant aux pauvres amants

De l’aube jaillit la belle aurore
Celle qui n’attend rien du sort
En qui bien des malheureux croient
C’est ce qui les transforme en proies

Ce sont les mêmes qui festoient
Qui jouent l’amour et se fourvoient
En espérant des bénéfices
De ce dont ils font sacrifice :

La fraternité de la veille
Qui se renforce en bel éveil
Quand sortant de la nuit – le jour
Accompagne un nouveau séjour

Poète digne de ton nom
A ces indignes tu dis : « Non ! »
« Vous ne pourrez avoir ma voix ! »
« Le jour n’éclaire votre voie ! »

Ni servitude volontaire
Ni Capital délétère
Le poète demeure sans fric
Et il se fout de tout trafic

Il vole aux autres voix des mots
En les arrachant de leurs maux
Et les esclaves restent cois
On ne leur redonnera la joie

La voix – le sens – le son consonent
Passion – raison et sens résonnent
Comme d’un puits sortent les vers
Qui réinventent l’univers …

On y entend couler la source
Qui de la terre offre ressource
Quand le bon-sens vient à manquer
Que Pouvoir imité est remarqué

Non ! On ne vole pas l’aurore
Comme si elle était de l’or
Tous les artistes en sourient
Dansant la lumière en Paris

SORTIR DU MIROIR


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SORTIR DU MIROIR

Deux anophèles monstrueux

Tarissent de sang un puits
D’innocence …

Pandémie sur la toile de l’étoile obscurcie :
Des milliers de tarentules vont
Être crachées de la bouche
Guerrière sur un
Autre puits
D’innocence

Et les peaux de la mémoire
Seront empoisonnées
Et les plaies seront
Purulentes …
Un sang maladif
Renforcera le brouillage
De tout horizon

Ami ! Sépare-toi du chapelet infernal
Qui ligue les lèvres sur
La pensée emmurée …
Sors du hallier
Ligoté où
Se calfeutrent
Les orfraies …
Creuse d’autres sources
Pour les rossignols des murailles …

Que les comètes montrent
Au-delà de tout miroir
Le courant vif d’un
Passage ultime
A l’aurore
Et … Là …
Sur cette terre coupée …
Les amandiers refleuriront neufs
Avec leurs rhizomes
Qui élargiront
L’espace
Pour cet arbre d’un
Savoir ancestral

Ami ! Accompagne et accomplis
Le mouvement dans le vent
Des sarments blessés
Mais braisés de
L’olivier qui
Ne demande qu’à les relever
Ces flambeaux d’une
Seule paix

Alain Minod

ENTRER DANS LE LIEU ET L’INSTANT


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ENTRER DANS LE LIEU ET L’INSTANT

La chiquenaude de l’instant
Aux borborygmes dans ma voix
Me chahute pour
Leur ordonner
Le silence

Tenir la laisse du temps
Pour ne plus voir vriller
Au creux de mes sens
La vitesse impondérable
Des phares qui crissent
Autour de la place

Attraper donc la charrue
Qui pourra valser
Jusque sur
La table
En transportant l’herbe sauvage
Des lettres afin d’irriguer
Lentement
La terre boueuse
Des pas vers
Le vers

Joie rugueuse du passager
Au milieu des veines
Qui gravitent
Autour
De la chair enjôleuse
De mon verbe

Paroles qui roulent dans la mienne
Érodant la surface
Où se cramponne
Mon désir

Je suis un apache
Enrôlant les amours
Pour les regarder
Dresser le vent
Qu’ils accordent à leurs souffles
Pour embaucher l’instant
Jusqu’à le faire
Vibrer
Avec leurs doux violoncelles
Sur la scène sauvage où
Ils pompent la nuit

On entendra aussi la ruche
Des veilleurs qui
Épuisent
Les fleurs solitaires
Sans les toucher
Sans les héler
Juste en accord avec
L’émeraude de miel
Où – avec le vent –
Dansent les feuilles

Et l’on danse sur la peau
Des lèvres de
La ville
L’on danse de regard en regard
De bouche en bouche

Mes pensées volent vers Marianne
Devenue comme reine noire
De nos républiques
Qui respirent
Dans la nuit

Mais ici flambent tous
Les décors d’artifice
O Que s’esquisse
Le tableau
Avec
Toutes ses couleurs
A établir

Que jamais ne soient brûlés
Tous les oripeaux riches
De tous les accents
Sous les globes
Phosphorescents

On aura repiqué l’arbre au savoir
Avec le tranchant léger
D’une harpe
D’où
Toute une musique s’exhale
Avec le vent
Vers
Le lointain

Se déploie un bal immobile et pieux
Où les yeux se cherchent
Comme à mille lieues
Des incartades
Du temps
Devenu lui incalculable

Sous les derniers feux d’argent
Précipités dans les fleuves
De la Cité
Il faudra avoir vu
L’inconnu briller ici
Comme les braises incandescentes
De la nuit n’attendant
Rien

Rien ? Sauf la levée de l’impossible
Contre le dernier hurlement
D’une sirène
Rien n’aura été allumé
Que la braise des
Baisers
Accordée contre
Mon bégaiement humide
Lancé à une porte de
Paris

Alain Minod