DU SOLEIL DU SILENCE AU GALOP DES MOTS


DU SOLEIL DU SILENCE AU GALOP DES MOTS

Apprendre à fouetter les mots
Avec le soleil du silence
Pour leur lâcher la bride
Jusqu’à l’ombre
Du soi

Et…Dans la lumière de leurs galops
Tutoyer leurs éclats d’écume
Sans marchander l’amour
Qu’ils appellent
Du fond
D’un lointain habillé
Par nos songes

Au moindre tremblement des sens
A leur moindre dérive
Lancer la relève
Pour les abriter
Du battement
De l’oubli…

Là déroulés sur
Le tapis de l’accueil
Aucune trêve
Ne les abandonnera
Au chaos

Et pour les choses plaquées
Qui bruissent en notre
Cœur
Briquer notre langue
Avec la tendresse
En laissant
Soupirer
Nos pauvres nerfs

On les retrouve sans-cesse
Ces imbrications
Du sens
Avec
La trame
A chaque fois imprévue
Où se déploie
La chevauchée
Des mots

Ici : C’est à la fois
L’œil de l’astre royal
Appuyé sur le poids
De nos vies
A la fois l’écueil où se heurte
L’inconnue de nos résistances :
Le tumulte du travail :
Juste là dans
Les bris des plis
Doucement hésitants
Où s’aventure
L’avancée
Comme soufflée
Sur un chemin …

L’écueil ! Ne pas casser ses traces
Et enlacer en même temps
La plus vive des
Circulations…
Non pas celles qui courent
Dans la ville
Mais la plus fervente
Qui témoigne
A l’instant
Pour un futur
Sans-cesse inachevé…

Comme un soulèvement
Dans la marche zébrée
D’ombres pour
Des mots
Clairs
:
Celle où nous n’attendons
Que la voile quand elle
Se dresse sous
Le vent
:
La fin d’une époque transitoire
Où rugissait le futur
Sans autre brillant
Que la fuite
Du temps

Écueil ! Écueil ! C’est le temps
Qui passe dans la résistance
De l’instant
Pour
Une langue sans autre promesse
Que celle allant
Dans la grande allure
Des mots sortis de la gangue
De tout corps fixé
A des rapports
De forces
Pour
Entrer dans le jeu vif
Des chairs où vibre
La caresse du sens
Sur l’instant

Aucun galop des mots
Ne saurait usurper
La belle présence
Du silence
Rentré
Dans les veines
Et les artères
De l’humain :
Ce silence : témoin
De toutes les rumeurs
De l’amour.

Alain Minod

LE TEMPS A BATTU SON PLEIN … LA NUIT S’EN VA


LE TEMPS A BATTU SON PLEIN … LA NUIT S’EN VA

La tête prise par mille feux qui enrubannent le boulevard ,
On se laisse porter dans la ville qui se réveille avant le jour .
Quelques fenêtres diamantent dans des hauteurs obscures ;
Elles retiennent de l’errance du regard

L’horizon , rampe de la nuit serrée par les étoiles des lampadaires ,
Se soulève en couleur mauve .

Tout un théâtre de vie veillée par la Marianne noire , est encadré
Par les enseignes qui l’ensanglantent .

Une bise glacée sous l’auvent ; elle embrasse l’éveil …

Bleu plafond de la nuit qui décline …

Les liens de moins en moins lâches des silhouettes grises
Qui courent , courent ,
S’augmentent
Des files serrées de fauves aveuglants .

Tête rentrée dans la lèvre du boulevard ,
On est pris maintenant
Par l’accélération
Du rythme de
La circulation …

Les mots sont soufflés dans le gris du jour qui vient
Et la pierre pâle , hirsute , des immeubles
Ne nous laisse plus distinguer
Les lueurs des fenêtres .

L’horizon est aux filets noirs des arbres
Fondus dans un harnachement blanc
Du ciel …

Plus d’étoiles fixes … Plus de feux roulants … Plus de files serrées de fauves aveuglants .
Quelques passants se précipitent …

La première heure du jour est là , coïncidant avec la première affluence passée, appelée
Par le travail .

Alain Minod

QUAND LES VOIX DE COMPAGNIE ASPIRENT LES FENÊTRES


QUAND LES VOIX DE COMPAGNIE ASPIRENT LES FENÊTRES

Ces griffes de lumière sur la pierre sombre
Ces puits brillants – insondables dans les murs-tombes
Cet alignment discipliné des lampes or
Ce macadam aux couleurs des feux du décor

Et cette pluie qui suinte sur le boulevard
Mais du rire ici la compagnie n’est avare
Elle rend tous les éclats bariolés de la ville
Elle construit – la nuit – son port comme d’une île

J’attrape l’air de ses paroles comme il vient
C’est à chaque fois un printemps qui se retient
On aime bien les parcelles de l’inconnu
Quand il se moque du ciel et nous met à nu

Pas de noir chaos mais le hasard de l’écoute
Qui met notre mélancolie dans la déroute
Ici : l’architecture – là : le bel amour
Plus loin : les confidences pour le jour …

Tout en même temps : l’arsenal des différences
Qui passe outre la guerre contre l’errance
Autant de lumières pour faire un arc-en-ciel
Où les voix multiples instruisent du réel

Et tirer à soi la bohème du poème
Libère pour l’Humanité notre « Je t’aime ! »
Sans avoir rien à oublier de son passé…
C’est assez prévenir ce qui peut le casser

La pluie dans la nuit demeure sans incidence
Sauf pour Misère la supportant en silence
Ah ! Que les passeurs de la veille ne l’oublient
Ici – quand à toute souffrance elle se plie

Quelques fenêtres ont lancé la mélopée
Nous y avons puisé l’énigme d’une paix
Qui a chanté et enchanté par des discours
Ne ressemblant à rien au mauvais jeu de cour

Sous l’auvent la ville a fait briller tout le proche
Quelque musique en vers essayés le décoche
Hors des horizons qui font briller le lointain
Dans l’étincelant de leurs miroirs sans teint.

Alain Minod


LES GIBOULÉES ET LE HASARD QUI ÉCLAIRE

LES GIBOULÉES ET LE HASARD QUI ÉCLAIRE

A Paris Le 14-03-2021

LES GIBOULEES ET LE HASARD QUI ECLAIRE

Giboulées ! Vous tenez Mars en sauvage paix
Car lorsque Soleil perce dans les nuages
Vous nous entretenez de cet espoir épais
Que Dame Nature veille en Paris sans rage

Nous voudrions aller loin dans la liberté
En alliant dans nos corps les grains et leur puissance
Avec cette présence empreinte de beauté
D’éléments d’univers portant terre à l’essence

Alain Minod

L’ARBRE A RESONANCE


L’ARBRE A RÉSONANCE

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Qu’en disant : pâle émondé à falloir
Serait-il arbre à raser de savoir
Même sans nom à porter pour son deuil
Ne tenant aucun froid corps à son seuil

Au sang neuf
Pas tout veuf

De feuilles disparues
Tient quad-même à la rue

De maintes pluies
Renoue sans bruit

Tout à l’an maintenant
Plein allant mains tenant

En deux mille à l’an trois
Deux mille en plein tout droit

Non de nom ô Pardon
Noué même cloué même
Platane est aussi don
D’ombre pour tous qu’il aime

Au vrai n’est pas laid tant
Sème aux pas haletants
Tous ces sons qui résonnent
En pente qu’il arraisonne
Tous ces fils de lumière
Qui ont connu les guerres

Voyez ces cœurs marqués aussi tendre à son bord

A l’écorce craquée qu’il ne peut avoir tord

Même si fut tirée ça a vrillé en vain Tue la vue mais retisse
Cette foudre artifice La chair tenue au vin Les traits chantants – le bruit
d’une nuit étirée

Pour lui frais sans renom
Qui – au brillant – dit non

Du labyrinthe en murs Leur eau prise à la ronde Là dans sa halte est-ce
Tu demeures au futur Si ivre en airs du monde Est-ce en silence qu’il gobe
Cette lune à sa robe
Lui si haut en finesse
La sachant si cachée
Au paravent déhanché
Et ascète au bon nid
Et saint au nom honni
Platane platane

Veut – Se rêve Plus tout jeune
Être roi Pourtant jeûne
O sans toit Sans aumône
Ni relève Tient le trône
Explosant fixe
En croisées d’X

Lors il médite en plis
Et – encore – se déplie

D’ailleurs – si sonore et bruissant
Qu’il – ô Sans son vert port luisant
Se dépièce à sa lune
En bien peu de vraie tune

Lui
Tant-pis
Si
Deux pies lui volent son haut vol
Tout en proie
A sa croix
Sait l’étroit
Casser droit

Et les pierrots tous rêvassant
A lui – ô Depuis acquiesçant
Lui qui luit
Dans la nuit
Se haussant s’assurant
Tient tête
Aux tempêtes
Qui ravinent
Aux racines
Et s’affine
A une lime
Pare au sang des errants
Ici reste tout en geste

Lui le pâtre
Se met en quatre
Du droit passant
Evanescent
A la lumière
Contre la pierre

Et nul berger
Dans sa vraie toile
N’est bien âgé
Cœur à l’étoile

Platane platane
Ramifie en obliques
Comme tout en musique
Rissolant à la lune
Avec aucune tune
Sis à ses régiments
Alignés sous l’argent
Qui même ne dénoue
Ni même ne dément
Les pas heurté des gens
C’est lui qui reluit Et déroule
Là – les ombres Toutes en nombre
A son tronc Aussi rond
Qu’alors -saoules – S’en vont et s’enfuient

Et ceint qu’en ses lances
Scellées au silence
Il bouge – entre en transe
Quand l’éclair le tanse

Vrai – il le sait laid
Tout le faux parler

Tout épris à l’eau
Il la sent
S’en ressent
D’ailleurs
A l’heure
Quand se colle à sa peau
Le vrai homme d’hiver
Il le sait si Sisyphe
Qu’à son or incisif
Tempère au corps la pierre
Liée sans y paraître
Au bien de tout son être
Il le sait si bien d’ailleurs
Que laissé tout-à-l’heure
A son vif sang resserre
Sève aux maisons qu’il serre

Pourtant qu’à l’or mort – là – qui tremble aux liens
Lui – sans feuilles au corps – là – ça semble bien

Aux hauteurs – tant et tent
Fuit-il vraiment ces temps ?
Dans son tronc non caché
Pourtant si peu haché
Haut – n’est pas relâché
N’est pas si déhanché
Que livré aux fumées
Il n’essaye de humer
Rissolant les couleurs
Avalant les odeurs

Mais le sait-on jamais
Était-il désarmé
Quand – par le vent s’ôtaient
Tous ses moufles
De ses doigts tout aux toits :
Tout son souffle
On le sait pour l’instant :
Non scié – patientant

Sous l’élan de la bise
Soulevant son étai
Il se noue aux incises
Pour aller à l’été

Il sait – épris pour l’homme
Si dessous sa couronne
Les sons ne virent plus
Qu’alors il ne plaît plus

O lui sec – froid aux pluies
Et qui a mal relui
Depuis le gel du temps
Donc si peu enchantant
A l’œil et aux oreilles
Pour les seuils et pour les veilles
Là – ces gens qui s’entêtent
A l’oubli et aux fêtes
Frisent l’instant sans voir
Qu’après ils broient du noir

Hors blé sûr – lui moissonne
A ras l’eau – ne s’assome
Pas aux ultimes rixes
Des passants qui – eux – crient
Après a voir tant ri
A la lune il se fixe

Là – vieux soldat roué
Il roule tout noué
Les écorces du temps
Qu’il envoie patientant
A la lèvre de la rue
Pour qu’elles se diluent
Dans le sang des bohèmes
Que par sa peau il sème

Aux ombres sans soleil
Passe encore à la veille
Lui qui assise en terre
Le savait qu’il s’entaille
Tout à l’heure au travail
Hombre ! Vertus au vert !

Ici aux traces
De neuves eaux fortes
Au millénaire
Que lampa d’air
L’ambre des portes

Ciselant place

Et là même le bois neuf
Tout vidé de son stuff
Nage en stuc d’acajou
Figé aux joues qui jouent
Dans rue ivre en sueur
Qui passe à sa lueur
Au guet Si gai
Le souffle d’autres arbres
S’asphyxie dans le marbre

Et de la sorte
Non abaissé
Oui c’est béat
Mais sans céder
Tout le temps là
Qu’il a brassé
Tout l’art aux dés
Jetés aux portes

Quand bon an – mal an
Ceint quant au ligné
Si près en sa hotte
Platane se prend
Tout souligné
Là dans les bottes
Aux brefs cadrans
Tâche aux talents
De tout reprendre :

Nef – vagues au son
Nectar en cendres
Anse des vrilles
Piques d’éclair
Mouches de ville
Lucioles en l’air

Et le tout si saillant
Pris juste dans le vent
Quand soupe l’horizon
Au reflet naufragé
Aux rigoles encagées

L’ocre jaune des fêtes
Lui remonte à la tête

Mais n’est vraiment de marbre
Ce si beau gréement d’arbre
Brassant le jeu sérieux
Suspendu même aux yeux
Avec lui même mieux
Etre alors en son lieu

ça ne l’effeuille plus
Cent maux quand il a plu

C’est encore lui qui s’ensonge
De par son cœur qui le ronge
Si on a faim de savoir
Où et quand – en quel vouloir
Le monde roué lui mange
Si à ses trous ça s’arrange

De la ronde aux plein minuits
L’essentiel Est-ce qui luit
A l’émoi donc aussi
N’est plus vraiment rassis
Qu’allant tout dépassé
Les courants du passé
O dés-lors retrouvé
Au jeu sache rêver
Là en veille et autour
Souffler comme une tour
Allé roquer en roi
Ce qui ne tient qu’à toi
Arbre piquant au cœur vu
Mettre en échecs le su

Dame à la main
Danse en témoin
Pour lendemain
But main pour maints

Qu’encore la finesse
En sa halte renaisse :
Pour aimer bien les fleurs
Tout attendre vers l’heur

Sachez le à l’émoi
Allez avant le mois
Aux dés que tout raconte
Ça ira sans éponte
Le désir de tout art :
Arbre de part en part
Même si tout en vie
Haït la belle envie

Platane platane
Soustrait à l’horloge
Qu’il suit dans sa loge
Il tient au carrefour
A tendre au temps qui court

Mais n’est pas si sourd
En émois : vœux lourds
A plier la loi
Verrait bon aloi
Et – ô Pas en rien –
Saurait bien en corps
Soleil à ses feuilles
Froisser un peu l’or jusque sur les seuils

Mais bien tenus liens
Corps branchés branchés
Qui – noués penchés
Moins seuls – sans complainte
Déhancheraient crainte
Pour fraîcheur qui mord
Tendent ce qui tord

Allons donc au pas
Mettre tout au vert
Pour qu’en un grand tas
La chanson resserre
Le temps de l’arbre
Si noué au sabre
Du temps de tout homme
Sans qu’elle ne s’assomme

D’ailleurs il suffit
Qu’à lui on se fie
Aller à la fête
Qu’elle vienne en tête

Se met en quatre
Le bon vieux pâtre
Froissé au vent
Bien en avant
Et chuchote – il
Le cœur bien en ville
N’est pas dévot
Pour l’or du veau

Tout à toi cet émoi
Au silence d’hiver
Distanciés : toits divers
Vois bien : dans quelques mois
Ses branches bien vrillées
Connaissent l’ouvrier
Pas de culte pourtant
En cet occulte temps
Rivé neuf tout au temps
Veille pour le printemps

En ondées le suprême
C’est là don que l’on aime
Déliant bien son tout

Et passant tout à coup
Vois encore en envois
Verticale en sa voix
Une âme sans relique
Fait battre ondes en musique

Oui l’arbre assez tique à sa touche
Quand le vent hurle dans sa bouche

Forcé ainsi à l’art
Il le redonne à part
Passant tout en lumière
Passant tout fin aux pierres
Les sons et le silence
Patience et impatience
Les saisons et les guerres

Et là pose sa paix
Quelqu’un pour la happer
Un peu soustrait du monde
Comme éperdu – il sonde
S’accordant au désir
Ne joue pas le beau sire
Plante là le décor
Tout en corps et encore
En cent comme en deux mille
Toussant la pluie en ville
Il songe là tout pile
Son destin sur ses cils

Son air est sans raison
C’est son nerf la maison

Platane – si tu t’embêtes
On te rase la tête
Reste là toi – au vent
Reste là toi – si savant
Attention
Pour passion.

Alain Minod

LA LUMIÈRE ET LHEURE


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Andrée Lacelle

LA LUMIÈRE ET L’HEURE

Quand j’écris, quand je parle, où s’inscrit la limite ?
Inutile de chercher à séparer l’inséparable.

Entre vie et mort, de manière absolument tragique, j’exagère allègrement,
et cela me donne des ailes. Pour mieux tomber.

Comment naître de cette mort, cette inconnue qui détient le sens de ma vie ?
À chaque seconde, dans mon cœur, elle rebondit.

Je suis une parleuse et je déparle.
Simplement, je rythme ma chute.

….

Jour d’océan
Sur l’iris du temps
J’avance
Dans les parfums de l’enfance

Dans la perte fixe de mes racines
Dans l’invisible
De précipice en poussière
Je me cale sur le silence
Des mes contraires
Je respire le nu de mes cendres

Au futur simple
L’Ouvert

Andrée Lacelle

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RUISSEAU SONNANT DANS UN ARBRE


RUISSEAU SONNANT DANS UN ARBRE

Paris Le 10-01-2021

RUISSEAU SONNANT DANS UN ARBRE

Des pioupious au flanc de rue lancent gazouillis
C’est au flux et reflux des vagues de la ville
Qu’en sioux amadoué je cueille l’âme habile
Du p’tit brouillamini qui là leur est saillie

Ce doux et charmant chœur – ruisseau de liberté
En cet arbrisseau roux – tend à prendre racine –
Cette brassée des corps – ce sont brins de beauté
Où l’antre de l’âme doucement se ravine

Dans le gel du matin : ce murmure en fontaine :
Sel d’amour de mutins – défait murs qui enchaînent.

Alain Minod


L’ÊTRE A L’EPREUVE DE LA « TOTONOMIE »

L’ÊTRE A L’EPREUVE DE LA « TOTONOMIE »

Je rentre dans le ciel bleu
D’où chutent les circulations lentes
Du soleil
Que n’apprivoisent pas celles
Plombées mais galopantes
Des véhicules en proie
A de vertigineuses
Courses
Vers des horizons serrés
Par des ailleurs
Improbables
Pour un temps apparemment libéré
Du travail – mais
Qui convoie
A l’oubli de l’hier

Mais se retrouver hors des ombres
Conduit combien d’hommes
A ne rien voir
Des variations de la lumière
Qui pourraient rythmer
Pour eux
Une passe lente du temps

Serait-elle vraiment ailleurs
Et pour combien d’hommes fiers
De leur autonomie ?
Lignes de fuite pour échapper
Ne serait-ce qu’un jour de plus –
A la fixation par la vitesse aveugle
De l’intime et secrète vie
De leurs désirs

Non ! Prendre au calme soleil
Prendre à ce jeu d’ombres et de lumière
Glaner tranquillement sa durée
Ses formes en douces stries
Variables et musicales
Sur les murs
Secrets
Sur les fenêtres sorcières
Sur le macadam
Fiévreux
Sur les herses d’arbres dénudés

En saisir ainsi de l’inamovible
Règne courant immobile
Du travail :
L’univers des songes et laisser
Fluctuer le sauvage
Cours du monde

Ne pas tomber dans ce semblant imperturbable
Et obscur – d’une réalité dévolue
Au trafic
Mais l’oubli qui ne crie pas
Qui ne chante pas ? :
L’oubli de l’oubli
Fondu
Dans un soleil comateux de l’être
Il court vers les nids
Repus
Du laisser paraître

O Temps des vitesses qui ne s’accordent
Qu’avec la rotation à sens perdu
Fermé à tout horizon
De la ville !

O Temps de tous les paraîtres
Infirmes de leurs pensées oubliées
Vite – très vite !

Le trafic est là
Mais la totonomie se blesse
Dans les fractures
Insondables
Des cœurs
Ah ! Lancer son char comme en triomphe
Total de l’autonomie

Chaque course en vedette de soi-même
Chaque voyage charriant les nerfs
A bout de corps fendus
Dans l’enfer
Du mobile tendu
Par la soif
De la fuite
Sans rémission autre
Que l’infecte paradis
Du tout consommable

Et cela consume – paralyse
Pensée- Amour – Désir
Et cela tue le possible
Partir à jet continu
Éjaculer l’instant
Comme si c’était
A chaque fois
Le dernier soupir des dieux
Ne jamais entrevoir
Un ciel autre
Que dans la tempête intériorisée
De l’oubli de l’oubli
Pourtant … Ah ! Couper court à tout ce fictif
Devenu réalité et … :
Traverser l’instant
Jusque dans la fidélité
A l’éveil
Où demeure tout guetteur
De tout hasard
Constructif

Chercher cependant la chair des âmes
Comme si jamais elle ne devait
Scissionner
Et … Là – dans la présence au monde
Pourrait alors souffler
Aux lèvres
Le doux bruit
Du temps d’un baiser
Livré aux passades concrètes
Du désir demeuré
Désir

Mais trop attendre et juste vouloir
Sauter dans la jouissance
Dès que l’on vous
L’ouvre :
Cette porte – c’est se livrer
Aux promesses du trafic
Et courir tout droit
Vers la désespérance ! O Combien
Obsédante avec sa nostalgie
Des songes jamais
Réalisés que
Dans l’aboiement feutré
Du plaisir arraché
Au long désir
Pour décharner ce qui pèse :
Cette indépendance
Solaire
D’un corps demeuré corps
Dans la pensée.

Alain Minod

Au sujet de MinodAlain
Portrait de MinodAlain

A Propos

« La ville où le nulle part a lieu » Édition Librairie Galerie Racine
« La ville où le nulle part a lieu » – sous-titre : « Le proche et le lointain » Collections Poètes des Sans Continents
Éditions POLLYGLOTTEVoir la biographie et les textes de cet auteur

LE MOMENT ACTUEL DU POEME


Au gré du pinceau – Niala – 2020

LE MOMENT ACTUEL DU POÈME

Si nous enfumons l’instant
Avec une plume guerrière
Qui se satisfait de son empire
Et de la vitesse de ses armes…

Si nous tordons l’arc du futur
A l’image d’un présent obscur
Plein de tensions arque-boutées
Sur elles-mêmes et sur
Le prétendu destin
Des noms qu ‘elles
Trament tragiquement…

Verrons-nous la clarté
Qui ne dépend que de ses sources
Et de leur cheminement
Dans ce monde-chaos ?

Nous y buvons avec notre coupe :
Un poème à fleur d’eau
Se remplissant
D’avenir
Poussant vers l’océan…

Et pour l’Humanité-embouchure
Nous gardons la fraîcheur
Des hauteurs
Et démultiplions le sens
Du présent qui va
En cascades

Alors l’instant fleurit de tous
Ses passés conjoints…
Il offre la paix
Qui ne brûle pas
Dans le labyrinthe des temps actuels

Nous sommes des indiens
Pour l’éternité-nature
Où nous envoyons
Les flèches qui filent entre
Ses négateurs actuels
Qui la méprisent
Pour rejeter le passé
Et ses défenseurs
Qui s’y réfugient pour
Nier le présent

Toucher l’amour infini : ce coursier de l’univers
Côtoyé par nos rêves –
Revit dans l’instant
Où nous veillons
Pour y cheminer…

Toutes les cibles de son lointain
Nous les rendons vivantes
Avec l’écriture du cri
D’une enfance
Qui s’ouvre
Et s’épanouit à l’école du poème

Combien de certitudes guerrières
Devenues si froides
Et raidies
Qui se sont crispées
Dans la vitesse
Sans cibles
Autres que celles
Comprises par leur propre histoire
Qui court après sa fin :

Celles de l’advenue du nouveau
Sortant des miroirs de
La renommée
Qui renvoient à l’homogénéité
Des positions du
Face à face
Guerrier

Et là où tout se vaut
Nul nouveau
N’advient
Rien que du sur-place
Qui agrandit la vitrine des puissances
Où tout s’achète
Même les larmes
Même les éclats de rire
Jusqu’à la tragédie !

Mais l’indestructible poème
Creuse la terre de l’instant
Et le remonte comme
L’arbre et ses racines

Il creuse et tient les fulgurances
D’où sa langue se déploie
Et il vit jusqu’au
Chuchotement
Sur les lèvres
Des amoureux

Sans gloire – ni prophéties – ni promesses
Il relève l’histoire et la tend
Dans son arc
D’où fusent les voix
Comme dans le plus profond lancé
Sur un chemin où
Il s’aventure
Pour créer des clairières
Toujours nouvelles
Près des sources
Jaillissant de l’humaine condition

Alain Minod

LE POEME TRAVERSE L’INSTANT (N0 2)


Gaia

LE POEME TRAVERSE L’INSTANT (N0 2)

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Sous la rigueur de l’instant
Ne meurt pas le souvenir
Toujours rejaillissant
Dans la fontaine
Des mots

Et – ne pas avoir à répéter
En est le signe
Occulte

Un temps dans le vide
Comme dans la fournaise …
Et se lance une voix
Comme une soudaine respiration
De l’impossible réel …

Battue en corps
Elle lui soutire le possible
En le chevillant à la vitesse d’une fulguration
Que l’on veut capter
Comme éclair
Illuminant un quartier plongé
Dans l’obscur

C’est incessamment
Que l’amour monte à sa renverse
En ordonnant le délié
D’un sens
Aux sons prolixes de la pensée
Faite langue

Et le souvenir se plie au proche
Il le féconde à partir
Du lointain
Puis … :
Ce que l’on a toujours vu :
Il se raye et s’enraye
Sous la plume
Vorace de
Nouveautés

La musique alors s’empare du hasard
Dirait-on qu’elle lui tord le cou ?
Non ! Elle chemine comme
La pensée dans
Les mains d’un poème …
Et c’est assez prendre l’imprévu
Assez mordu au réel

Qui dit : « Non !  Je ne l’ai pas vécu
Cet instant où le « Je pense »
S’enflamme sous
Le court-circuit
De l’instant »
Qui le dit peut voir – écouter –
Dans la fontaine des mots
Danser les feux follets
Du Verbe …

D’où l’on tire un flux qui déroule
La soif d’un sens orienté
Vers un horizon
Affranchi
Des lignes épaisses
Où insisterait la courbe non-délimitée
Du déjà vu – du paraître plein
D’habitudes insignifiantes

Car c’est à chaque fois que se lance un poème
Que se relance l’horizon à chaque fois
Nouveau
Foin de l’idée qui s’use dans l’instant
Foin de l’oubli qui meurt
A l’instant

On aura toujours pensé le lointain
Au fil déroulé de l’infini réel
D’une mathématique bleue
Pour toucher
L’autre bout de la courbe
Celui de l’asymptote
Où tout toujours
Évolue

On s’en va si loin dans l’écriture
Quand la voix s’arme
Du phrasé d’un sens…
Jamais plus on ne tranchera
Au creux de la chair
De l’âme
On lui dit : « Viens !
Modèle mon désir
Module-le
En chant »

Alors l’horizon s’éclaircit
On touche à l’aurore
Et on la remue dans sa main …
Chaleureuse intensité
De qui vient
Et s’abstrait
De la morne répétition…

Des voix multiples qui se donnent
Rendez-vous en concert
On tire le silence
Du quant-à-soi
Et puise
Plus allègrement à la fontaine des mots

Vous voulez vous saisir de la clef
De cet impossible devenu
Possible réel ?
Armez-vous plutôt
De la présence
Au monde !

Sortez de la survie où vous convie
Tout destin de Pouvoir !
Réinventez le monde
A partir de ce monde
Et démultipliez les figures dansantes
Du désir demeuré désir !

Cela aura été ce manque à être
Qui vous aura donné
L’être-même de
La Lettre
Et vous aurez vous aussi
Dansé avec les ailes
De l’éternité
Faite chair et corps de l’instant

La beauté alors en mille fleurs
Viendra s’épanouir sur
Votre chemin
Même s’il est entravé
Par votre misère
Même s’il semble borné
Par votre solitude

Voilà donc que l’on peut boire à la source du temps
Et sortir en même temps de toute promesse
Passée – présente ou à venir
Comme si l’on pouvait
Arracher l’horizon
D’un poème
A la porte
Des songes
Comme s’il avait toujours été question
De l’ouvrir en s’exposant
Aux courants d’air
Avec cette fenêtre du cœur
Elle aussi ouverte

Oui ! Sait-on bien cibler l’errance
Sur les vagues insistantes
De la parole faite
Voix ?
C’est peut-être en se séparant
Du règne de l’habitude
Même si elle insiste
A convoquer
La libre évolution de la pensée
Même si elle semble
Porter sa sécurité
Son aisance !
Tout le temps cependant
Y meurt à l’instant

Vague après vague les mots courent
Et peuvent vous blesser
Avec l’intensité
De leurs galops
Blesser la chair de l’âme
Et vous faire rentrer
Dans l’oubli
De l’oubli …

Lentement pourtant : vous passez ce risque
En réamorçant la musique
Du partage
Car on n’écrit pas sans elle
On pense aussi loin
Que l’on donne
Sa voix
A tout anonyme qui la prendra au vol
Et la recréera pour son concert
Personnel

Ainsi sans perdre le mouvement qui l’anime
On donne à sentir ce pas
Dans la fulgurance
D’un éclair
Initial

 

Alain Minod