COMME UNE FORET DANS L’ÉTÉ


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COMME UNE FORET DANS L’ÉTÉ

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Ô signes comme sur la craie les daims de très anciens âges
Du dieu dans ses falaises peint par l’odeur forte et prophé

tique !
Car visible au sang pur l’or sur toute la face de la mer
Et pour l’oreille transparent comme la parole des îles.
Mais dans ses os le peuple appelé à lier et proférer
La
Terre et la conduire au sens comme une forêt dans l’été
La tient de tous ses rocs nocturnes si dure au lait fluvial
Et à l’huile qui lave et qui nourrit la laine interne et tiède.
Ah ! si rompue, si épaisse au langage et passée par la mort
Comme dans le feu les coqs noirs, — que n’y lit plus des eaux

du roi
La natale et profonde écriture sacrée ma ville d’homme!
Terrible est maintenant l’éclat des corps qui brûlent sur

la pierre
Et soudain la
Femme arrachée au mystère vivant des noces
Pareilles au pain mûr.
Toute la sève aiguë et patiente
Attend avec les pluies de faire l’arbre frais comme le cidre
Et le raisin neuf des soleils dans la grande vigne cosmique.
Mais le sang descendu des montagnes de
Dieu n’irrigue plus
Le sable et la lune d’août est mauvaise au milieu des

bœufs rouges.
Sont déjà tant de corps et d’os dans le dessèchement des sources
Vêtus comme d’un
Christ désert où le
Christ des corps glorieux
Ne reconnaîtra même plus la chair du
Christ crucifié,
Que le mouvement avec eux des germinations du monde
Est dans l’argile suspendu comme une mine abandonnée
Sur les collines de l’Afrique et comme un pré de coton mort! Ô jours d’avant les derniers jours dans le tremblement

des
Planètes
Et la prompte approche du dieu, — laissez venir les vents de soie.

Les vents de fenouil et de foudre ensemencer les champs

du sacre.
Car il n’est plus que peu de temps, de profondeur et de silence
Devant la haute éternité qui entre en crue comme le
Nil !
Mais que vive encore un amour qui couvre les pays du sel

Des fêtes vertes du café, du térebinthe et du muscat

Et de l’antique nuit du sang assume encor la solitude.

Et comme paissent les chevaux dans les pâturages princiers

Où l’autre enfance m’exorcise — où fonde et peuple l’âge

d’homme
L’Esprit qui m’a trempé de joie quand ce fut l’été sur

mes fleuves,
Toute la
Terre transmuée recevra encor d’être heureuse.

J

Jean-Claude Renard

DES NOUEMENTS


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DES NOUEMENTS

A tenir la flamme au moment où elle tremble, entre rouge et bleu jaune, pour voir dans le tamisé palpiter le poitrail de sa pensée, sur la table les larmes de la première rose, au fond de la guitare tenant le murmure, oui l’ocre et les autres de Braque plus vivants que nature, le fruit gonflé du sein tombé de l’aisselle et sur le green du ventre le trou du nombril au-dessus de la parcelle des meules, il se pourrait qu’un papillon écrive un vers à soie, rien quand fermant les yeux pour se laisser guider par les doigts, humide truffe canine qui siffle au loin, un châle plus long que le mollet lèche la pose du corps  face au chevalet comme au printemps d’une vie que le palais goûte, ému, innocent, prêt à s’imaginer encore pour battre le déboire et refaire vendanges, il n’y a pas d’odeur sans femme à bord, la mer anémone son langage et note en Epoque son passage, les estrans dans la marge, pour accrocher la maison d’oiseau dans la baie du bocage, faire qu’il reste au moins deux enfants pour continuer à en faire d’autres disent les marelles…

Puis quand il fait plus noir, que la pluie bouffe comme un chancre, poser son imperméable, au milieu des bougies solaires, une boite de jazz pour cache-misère ça vous habille un sans-abri de cotonnades respectueuses et de sourires à votre égard.

Niala-Loisobleu – 5 Juillet 2020

LES VÊPRES INTERROMPUES


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LES VÊPRES INTERROMPUES

Ce que je garde en moi je l’étouffé et le tue
Et quand je fermerai les yeux à la lumière
Nul ne saura de toi ce que j’en aurai tu
Douceur des choses coutumières

Je n’ai plus très longtemps devant moi désormais
Chaque vers que j’écris c’est mon sang que je donne
Si je fais le choix d’août sans doute est-il un mai
Que ne dira jamais personne

Tout soir élu n’a-t-il pour effet un matin
Au fond de ma mémoire à jamais qui demeure
C’est un triste marché qui me laisse incertain
Devant en moi tout ce qui meurt

Or notre cœur s’éteint peu à peu doucement
Avec ceux qui premiers dans l’ombre nous devancent
Depuis douze ans déjà tu n’es plus là
Maman
Pour te rappeler mes enfances

Chacun porte à sa lèvre une main dérobée
A ses propres baisers chacun se reconnaisse
Je n’aime pas marcher sur les roses tombées
Pourquoi parler de sa jeunesse

Nous avons tous cueilli dans nos jours et nos nuits
Ces trèfles que séchés si longtemps nous gardâmes
Et la fraîcheur d’une aube en mil neuf cent dix-huit
Me ramène au
Chemin des
Dames

Je pourrais en parler mais sauriez-vous pourquoi
Le silence soudain m’effraye et tout m’étonne
L’absence de canon
L’espace devant moi
Ce lent cavalier dans l’automne

La guerre abandonnait devant nous ses tranchées
On voyait au lointain des champs encore verts
C’est là que j’ai trouvé ce livre ayant marché
Sur un mort qui lisait des vers

Je l’ai comme un voleur pour le lire emporté
Dehmel
Liliencron
Wedekind votre lied
Cette dernière nuit lequel l’avait chanté

A ce pauvre enfant aux yeux vides

Klingling, bumbum und tschingdada
Zieht im
Triumph der
Perserschah?
Und um die
Ecke brausend brichts
Wie
Tubaton des
Weltgerichts,
Voran der
Schellentrager…

Passez mes souvenirs mes ombres mes idées
J’ai parlé quelque pari de ces faisans si lourds
Qui tombaient fascinés par le
Rhin débordé

Dans la plaine au nord de
Strasbourg

Terrasses de parfums ma ville d’épopée
Ronda d’Andalousie une nuit de chaleur
Que le tage profond coupe comme une épée
Ici j’ai connu ma douleur

J’en portais avec moi partout la symphonie
Londres dont les soleils dans la brume agonisent
Paris ses marronniers tout de suite jaunis
J’ai voulu mourir à
Venise

Passez mes souvenirs folie ô mes années
Et tu vins en novembre et sur quelques paroles
Ma vie a tout d’un coup tout autrement tourné
Un soir au bar de la
Coupole

Avant toi je n’étais qu’une ombre inassouvie
L’errement de moi-même aveugle aveugle et sourd
Tu m’auras tout appris lumière de ma vie
Jusqu’à voir la couleur du jour

Toi qui rouvris pour moi le ciel de la bonté
En moi qui réveillas les musiques profondes
Toi qui m’as fait moi-même et m’as dit de chanter
Comme un enfant devant le monde

Demeure mon amour heureux et malheureux
Demeure mon amour dans mes bras prisonnière
Soleil secret du cœur qui n’est que pour nous deux
Ma chère amour seule et dernière

Si de ce que j’écris ne restait que ton nom
Je saluerais la gloire éternelle des choses
Où ton nom chanterait comme fait le
Memnon
Au seuil brûlé des sables roses

Souviens-toi
Trente-six
Octobre nébuleux
Eisa c’était la nuit
La guerre et son silence
Pour la première fois prirent la couleur bleue
Pour nous dans la rue à
Valence

Trois ans
Ce fut
Paris à son tour qu’on vendit
Une fenêtre ouverte à
Nice sur la mer
Choisis le ciel de ton supplice avais-tu dit
Nous rendit l’hiver moins amer

La vie est ainsi faite et la beauté du chant
Fait oublier parfois que triste est le poème
Le bouquet d’Éluard comme il était touchant
A la gare du
P.
L.
M.

Les voilà réunis les frères séparés
Si longtemps si longtemps cela fut donc possible
Un jour viendra trop tôt nos deux mains desserrer
Soyons des amis invincibles

Non la nuit ne peut pas durer l’éternité
Paul et l’aube viendra du grand amour de
France
J’ai quitté pour le vrai ce faux nom emprunté
Dans l’été de la délivrance

Le plus beau jour toujours contient quelque regret
Dont on trouve le goût peu de temps après boire
Et que la vie est belle après tout le dirait
Simplement l’histoire d’un soir

Vêpres où l’hirondelle à longs coups de ciseaux
Rejoint l’ombre du nid je choisis l’instant calme
Où s’apaisent les cris de l’homme et de l’oiseau
Dans le crépuscule napalm

Avec quel mauvais goût s’achève la journée
Les nuages ont pris des teintes de folklore
Le couchant martyrise une terre vannée
De procédés technicolores

L’hiver tiède a l’odeur douce des machmallau
C’est l’heure où la lumière apparaît périssable
On attend pour rentrer que s’éteigne l’éclat
D’une mer mourant sur le sable

Une mer qui ressemble aux jardins suspendus
Une mer où la nuit en plein jour se devine
Et qui pour s’endormir comme un refrain perdu
Cherche l’épaule des collines

Le vent disperse une lessive de forains
Comme une barbe de deux jours bleuit la brume
Dans les bas-fonds tandis que les toits riverains
Tournent à des couleurs d’agrumes

Tendre camélia sur les neiges rosies
Le ciel se fane et l’ombre au fur et à mesure
Monte de la montagne aux confins de l’Asie
Jusqu’aux réserves de l’azur

Qu’est-ce que c’est mes yeux que cet égarement
Qui fait que vous cédez à ce libertinage
On m’accuse déjà je ne sais trop comment
De trop aimer les paysages

Est-ce un crime vraiment de dire ce qu’on voit
Partager son amour chanter chercher des rimes
Je ne sais pas vraiment ce que l’on veut de moi
Est-ce vraiment vraiment un crime

De rêver au bonheur dans la gueule du loup
Et de dire à minuit que l’alouette est proche
Mes amis mes amis que cela soit de vous
Pourtant qu’en vienne le reproche

Le paysage
Allez je sais ce que l’on dit
Il faut peindre l’histoire il faut peindre la lutte
Et que nous venez-vous en pleine tragédie
Jouer un petit air de flûte

C’est la charrue et l’homme ici que je veux voir
Connaître exactement la date de vos neiges
Qui tient la terre et qui la travaille et savoir
Ce que signifie ce manège

Le soir le soir Ça va
C’est lorsque les fumées
Font du charme en montant dans l’air avec lenteur
Mais dites-moi par qui le feu fut allumé

Pour quel maître est ce bleu menteur

Marines de
Jongkind et d’Aïvazovski
Nymphéas de
Monet
Ruines de
Piranèse
Exemples qui ne font que cacher les
Yankees
Et mettre la bombe à son aise

D’où nous revient cette débauche d’horizons
Ce retour offensif des vaches dans les mares
Ces avalanches de huiliers ce
Barbizon
Ce coryza de l’art pour l’art

Vous allez arrêter ceux que nous entraînons
Avec vos prés vos bois vos monts vos maisonnettes
Des paysages c’est toujours le
Trianon
De quelque
Marie-Antoinette

 

Louis Aragon

CHAMBRE ALLOUEE


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CHAMBRE ALLOUEE

Pourtant pas de rhum marin en trop après le cran de limite, raison qui fait que la tête dans le seau cherche à replacer les yeux dans l’axe du trou sans trouver d’autre souvenir qu’un cauchemar qui repartait à peine qu’il disait voilà c’est fini

La peinture partie de l’atelier pour aller je ne sais où

impossible de retrouver la jambe qui fait défaut

la vie est vraiment bancale

Ma barbe de thym me semble fade

faut gratter profond des ongles pour sortir le sourire du pus

L’oiseau titube dans le coucou comme au sortir d’une histoire sans amour où le né cherche un peu d’estragon pour se lever du côté qui a du goût…

Niala-Loisobleu – 5 Juillet 2020

L’EPOQUE 2020/25: LE CHANT DE LA MUE 1


 

L’EPOQUE 2020/25: LE CHANT DE LA MUE 1

 

Après les Époques 2018 et 2019, voici le vingt-cinquième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU : LE CHANT DE LA MUE 1 Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

             L’EPOQUE 2020/25″Chant de la Mue 1″NialaAcrylique s/toile 33×41

 

 

Ton matin limpide

Derrière ma fenêtre close

C’est ma voie militante

Mon parterre de roses

Tu donnes à voir et je vois

L’oiseau désencagé de ton jardin

Ses feuilles haletantes 

Trop longtemps touchées par la main du heurt

Et la tentation mystique que j’y bois

C’est le désir et la douleur qui pactisent en toi

L’humus premier d’un regard allongé

Qui questionne l’expérience juste

Pour une liberté vraie et pudique

Les torrents de l’été restent sans voix

Quand partout résonne le chant de leur mue

La raison est une peau morte à genoux 

Nue attentive dans les basilics

 

Barbara Auzou.

 

CŒUR DE DOCKER


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CŒUR DE DOCKER

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Cœur de docker

C’est le titre de ma chanson

Ça se passe à
Anvers ou à
Hambourg ou à
Dunkerque

Le docker est debout sur le quai sur sa poitrine à la place du cœur un autre cœur est tatoué
C’est le cœur de la fille sans cœur et dessous son histoire est marquée

Son père était cardiaque sa mère était patraque

Un beau jour c’est le jour de la
Saint-Cric-Crac la fille sans cœur est à l’hôpital et le docker arrêté devant la porte a des oranges dans les mains

Mais voilà la fille qui devient morte et le docker ouvre les mains

Roulez oranges roulez dans le ruisseau dans le port vous pourrirez avec les vieux morceaux de liège

Portrait de la fille sans cœur

dans un médaillon en forme de cœur

au fond d’un tiroir vous traînez

et le docker a mal à son cœur

dans un couloir il est tombé

et toutes les filles autour de lui se mettent à pleurer

Dehors

c’est la fête foraine

le nougat la musique

et les balançoires à vapeur

Et tout s’est mis à balancer

des souvenirs sont revenus

Souvenirs

vous grattez le cœur du pauvre docker

et vous le prenez par la main

et vous l’emmenez là où travaillait sa belle

Et devant le lit l’homme est tombé

Dehors

arrive la plainte du manège

Chevaux aux yeux bleus et mal peints

chevaux à la crinière de crin

vous tournez sans jamais être ivres

et jamais vous ne dites rien

Mais déchirante et déchirée

la musique tourne sans arrêt

Chansons de bois pour les chevaux de bois chansons de fer pour les chemins de fer la musique c’est toujours la musique tantôt bonne tantôt mauvaise

Le cœur fait le joli cœur à la recherche d’un autre cœur comme il est sentimental au printemps comme il bat en écoutant la romance

Cœur de docker

C’est le titre de ma chanson.

 

Jacques Prévert