L’ALLÉE DANS L’ÉVENT


L’ALLÉE DANS L’ÉVENT

Le vent force le soleil à se garder au chaud

La saison se tient sur ses gardes en voyant comme monte la verdure végétale dans un entre-deux hivernal

La clématite se distingue par l’absence d’incertitude

Les fleurs bleues qui escaladent le treillage sont déterminées par un émoi sans équivoque

La rousseur chauffe au pied du taire noir pris dans le rayon solaire.

Niala-Loisobleu -15 Avril 2021

DES PLOIEMENTS DE L’AMANDAIE


DES PLOIEMENTS DE L’AMANDAIE

Dès l’entrée le jasmin montre le dessous de sa pensée en grimpant par dessus le vent

la toilette du jardin l’a rajeuni et dans sa robe courte la pelouse fait ressortir la vigueur du cerisier

L’amandaie montre sa décision de retour participatif aux choses de la vie par le développement d’un harmonieux assemblage refusant de reconnaître les effets du gel

A l’intérieur des branches les décisions se prennent en fonction du mouvement des appels de la nature qui n’a rien à battre du report ou pas de la date des élections régionales

Quand on sera mort les regrets du vivant ne feront rien pour sauver la saveur du fruit du verger qui nous abrite

L’amandier trempe son noyau dans le fût de vieillissement

Mouvement géré par la lune et repris dans l’alambic du soleil à travers la spirale intestinale des sentiments, voilà le transit idéal sorti de l’imagination d’un Facteur Cheval qui émerveille un fond que d’aucuns attristent par bêtise

Aimer par-dessus tout, il en reste toujours quelque chose. Je m’inscris à ma part de culture par l’étoile à peindre.

Niala-Loisobleu – 14 Avril 2021

L’ECLUSE DU PASSAGE A NIVEAU


L’ECLUSE DU PASSAGE A NIVEAU

A gué le tunnel perce-oreille sort un son

de l’odeur d’herbe non-coupée qui ricoche entre rails et traverses

d’un retour aux mors du cheval aux haras

sans que l’apporte couine

elle avance dans sa robe sanguine en faisant sauter la couleur du chat peau

en menstrues laissées comme mue

Il attend devant la barrière la sortie de l’oiseau pour lever son drapeau

voie en corps tremblante à la fourche que le premier lance la pierre à fusil

Dans un frémissement matinal les pâquerettes sautent de la culotte de l’hiver plus que chiennes

après le rebondissement des balles

Slip in couche être

Entrain de nuit

roulant les airs en rotatifs moulinets de verge comme un hospodar ébranlant les fantasmes des tranchées de Guillaume à peaux non-linéaires.

Niala-Loisobleu – 14 Avril 2021

ANDRE TAVERNIER – AU PREMIER MOT LIMPIDE (Eluard/Tavernier)


ANDRE TAVERNIER – AU PREMIER MOT LIMPIDE (Eluard/Tavernier)

Au premier mot limpide au premier rire de ta chair
La route épaisse disparaît
Tout recommence

La fleur timide la fleur sans air du ciel nocturne
Des mains voilées de maladresse
Des mains d’enfant

Des yeux levés sur ton visage et c’est le jour sur terre
La première jeunesse close
Le seul plaisir

Foyer de terre foyer d’odeurs et de rosée
Sans âge sans raisons sans liens

L’oubli sans ombre.

Paul Eluard

Mon Ami Paul, qu’ont-ils fait de ta Virginie ?


Mon Ami Paul, qu’ont-ils fait de ta Virginie ?

L’amphithéâtre de la plaine offre ses gradins aux caresses du temps

plongées en rivières portées par le courant aux abords estuaires sur un large envol

Des hachures dans le script déposent l’interrompu d’un début d’histoire tombant sans bruits dans la boîte à chaussures

les paysages se disputent la primeur des personnes qu’ils y gardent

flou d’une netteté marquée au frontispice de ceux qui ont détaché leur édifice

Le parfum de femme tient à l’herbe qu’elle déplace en m’aime tant qu’elle, plus jeune rien n’en séparait, elles respectaient avec jalousie le gazon qui les distinguait

Maintenant la trace en courant en pointillé égare la truffe du chien la plus affûtée, d’autant plus que le synthétique de poitrine est comparable à l’élevage de la truite, une forme qui a perdu tout sauvage de pêche à la main

Depuis l’amorce de changement plus marquée par la pandémie, où chaque jour est une suite de mots – disant plus et se rattrapant en moins à peine ont-ils été prononcés – force est de se voir imposer une diète généralisée. Tout ferme au point d’être taxé d’amour qui rentre sans avoir de case où cocher dans une forme dérogatoire

Mon ami Paul qu’ont-ils fait de ta Virginie ?

Le printemps est là, je pousse de partout, et j’ai peur de glisser, le perron est tellement couvert de mousse, à voir la souffrance des petites marguerites

le chien manque d’entrain il boude la précipitation matinale en fuyant l’apporte du jardin.

Niala-Loisobleu – 14 Avril 2021

FEDERICO GARCIA LORCA: EL PASO DE LA SIGUIRIYA – (Jacob Gurevitsch à la guitare)


FEDERICO GARCIA LORCA: EL PASO DE LA SIGUIRIYA – (Jacob Gurevitsch à la guitare)

El paso de la siguiriya

Entre mariposas negras,
va una muchacha morena
junto a una blanca serpiente
de niebla.
Tierra de luz,
cielo de tierra.
Va encadenada al temblor

de un ritmo que nunca llega;
tiene el corazón de plata
y un puñal en la diestra
¿Adónde vas siguiriya,
con un ritmo sin cabeza?
¿Qué luna recogerá
Tu dolor de cal y adelfa?
Tierra de luz
cielo de tierra.

Le pas de la Séguirilla

Parmi les papillons noirs,
va une brunette moresque
à côté d’un blanc serpent
de brume.
Terre de lumière,
Ciel de terre
Elle va enchaînée au tremblement
d’un rythme qui jamais ne s’établit;
elle a un coeur en argent
et un poignard dans la main
Où vas-tu, siguiriya,
de ce rythme décervelé?
Quelle lune soulagera
ta douleur de citron et de bouton de rose?
Terre de lumière
Ciel de terre.

Milonga del Solitario – Atahualpa Yupanqui


Milonga del Solitario – Atahualpa Yupanqui

Milonga del solitari

Sans se vanter de chanter

Sin presumir de cantar

Parce que je ne me montre pas
Porque no soy presumindo

De mon silence je suis sorti pour préluder ma douleur
De mi silencio he salido pa preludiar mi dolor

Ma chanson n’est pas le son d’une pente de montagne
Mi canto no es el rumor de una vertiente serrana

Il n’a pas de soleil du matin, ni ne reflète les étoiles
No tiene sol de mañana, tampoco refleja estrellas

Mais ça va par la bonne empreinte à l’âme paysanne
Pero se va por la huella derecho al alma paisanaJe n’ai pas de gorgoritos ni n’en ai jamais eu besoin
Yo no tengo gorgoritos ni nunca los precisé

Toute ma vie chante comme si je tenais un cri
Toda la vida cante como acogotando un grito

Pour te voir, j’ai besoin d’une cour libre et d’attention
Pa versear yo necesito cancha libre y atencion

Je cours avec une seule montagne dans mes sentiments
Corro de un solo tiron montao en mis sentimientos

Ce que je manque de souffle l’emporte sur mon cœur
Lo que me falta de aliento me sobre de corazónJe viens te dire au revoir
Vengo a decirles mi adios

Mon sain inquiet m’attend
Mi saino inquieto me espera

Nous sortirons du terrain pour nous perdre tous les deux
Nos iremos campo afuera para perdernos los dos

Mon redomon a compris que mon chagrin résonne
Mi redomon comprendio que mi pena es resongona

Et sans sentir les femmes pleurer, il reste bien éveillé
Y sin sentir las lloronas se mantiene bien despierto

Il sait bien que même pas mort il ne me fera descendre de la carona
El sabe bien que ni muerto me baja de la caronaToute la nuit en chantant
Toda la noche cantando

Avec une âme ébranlée
Con el alma estremecida

Que la chanson est la plaie ouverte d’un sentiment sacré
Que el canto es la abierta herida de un sentimiento sagrado

Anaida j’ai à mes côtés car je ne cherche pas de pieda
Anaida tengo a mi lado porque no busco pieda

Je méprise la charité pour la honte qu’elle contient
Desprecio la caridad por la verguenza que encierra

Je suis comme le dieu des montagnes
Soy como el dios de las sierras

Je vis et meurs seul
Vivo y muero en soledad

Source : Musixmatch

Paroliers : Atahualpa Yupangui

LA LAMPE OBSCURE


LA LAMPE OBSCURE

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Parmi cet empire de nuits

et d’arbres maudits qu’habite pire que le pire, il n’est pas d’issue au dédale où l’être erre et délire.

Les silex n’y donnent pas de feu.
Les cris n’y ont pas d’échos.
Tout y reste étranger

— pareil à l’échec.

Quel commencement est coupable et quelle fin est pardonnée ?

Se multiplier autour de soi-même n’accomplit rien

sans la soif

de cette inépuisable eau pure

qui sourd du sacre.

Privée d’huile

la lampe du berger s’éteint après la veillée

et l’appel de l’ultime troupeau dans la neige.

Le lieu de la plus haute
Lumière est la
Ténèbre sainte

qui n’a pour preuve que la foudre.

Seules d’inconsolables larmes en ouvrent parfois le sens — l’offrande

à la ville inconnue dont nul n’approche la profondeur.

Apprendre à se nourrir des secrètes sèves de la vie est nécessaire

à toute métamorphose.

Elle mûrit l’amour

comme un sourire — comme une fête

sur chaque visage intérieur

ou la sérénité de la mer

autour des îles.

Fût-elle énigme

la félicité est patiente ainsi qu’une lionne à laquelle suffit la
Terre complice de ses chasses.

Ce qui l’annonce ne demande au sang

al louable à la bénédiction que de ne pas lui résister.

Les fenêtres où le front s’appuie se peupleront de désirs

que la mort, peut-être, épargnera — laissant indemnes les dieux blancs qui les animent.

Mais quand,

aussi forte que soit la parole

de paix et d’union,

elle demeure,

dans la terrible surdité du monde,

une voix vaine ou interdite,

comment opérer les noces

de l’or et du lait ?

Jean-Claude Renard

L’ETRANGE DOUCEUR : MARTINE CAPLANNE (René-Guy Cadou)


L’ETRANGE DOUCEUR : MARTINE CAPLANNE (René-Guy Cadou)

Comme un oiseau dans la tête
Le sang s’est mis à chanter
Des fleurs naissent, c’est peut-être
Que mon corps est enchanté

Que je suis lumière et feuilles
Le dormeur des porches bleus
L’églantine que l’on cueille
Les soirs de juin quand il pleut

Dans la chambre un ruisseau coule
Horloge au caillou d’argent
On entend le blé qui roule
Vers les meules du couchant

L’air est plein de pailles fraîches
De houblons et de sommeils
Dans le ciel un enfant pêche
Les ablettes du soleil

C’est le toit qui se soulève
Semant d’astres la maison
Je me penche sur tes lèvres
Premiers fruits de la saison.

(René-Guy CADOU, Hélène ou le règne végétal, Paris, Seghers 1952)