DU ZELE BLEU


 

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DU ZELE BLEU

 

Grouillant sur le pont de cet harmonium échappé d’une chapelle recommandable

les uns bleus, les autres jaunes, mais d’un seul vol de joie, ils vont comme une ouverture dans l’espace le plus clos qui puisse-être

Leur fragilité constitue un sens de force qui fait défaut à des monstres de la nature..

 

Niala-Loisobleu – 9 Juillet 2020

CHALEURS ESTIVALES


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CHALEURS ESTIVALES

On aperçoit la lisière du mur en pisée, pierres posées entre montée et repos, la boue a séché dans l’entrelacement du sentiment. La pente est douce, mousse sous les feuilles d’un billet confidentiel, des aiguilles de peint pour coudre la couleur au lin. Un vannier  tresse au confluent de la rivière. Les oiseaux-pêcheurs surveillent le trait d’écailles qui traverse dans le remous du torrent. Plus loin l’âne se mesure avec un cheval du haras, attelé pour la parade. Entre deux grosses pierres je vise ta présence en ricochets,. Rieuses, ces jeunes filles se dévergondant à coups de battoirs, remontent haut la jupe à l’arrosage, seins penchés sur la brouette. A l’ombre du figuier l’herbe est restée verte..

Niala-Loisobleu – 9 Juillet 2020

LE DROIT, LE DEVOIR DE VIVRE


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Paul Eluard

 

LE DROIT, LE DEVOIR DE VIVRE

 

 

Il n’y aurait rien

Pas un insecte bourdonnant

Pas une feuille frissonnante

Pas un animal léchant ou hurlant

Rien de chaud rien de fleuri

Rien de givré rien de brillant rien d’odorant
Pas une ombre léchée par la fleur de l’été
Pas un arbre portant des fourrures de neige
Pas une joue fardée par un baiser joyeux
Pas une aile prudente ou hardie dans le vent
Pas un coin de chair fine pas un bras chantant
Rien de libre ni de gagner ni de gâcher
Ni de s’éparpiller ni de se réunir
Pour le bien pour le mal
Pas une nuit armée d’amour ou de repos
Pas une voix d’aplomb pas une bouche émue
Pas un sein dévoilé pas une main ouverte
Pas de misère et pas de satiété
Rien d’opaque rien de visible
Rien de lourd rien de léger
Rien de mortel rien d’éternel

Il y aurait un homme
N’importe quel homme
Moi ou un autre
Sinon il n’y aurait rien.

 

Paul Eluard

POUR LUMIERE SEULE, MON AMOUR


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« POUR LUMIERE SEULE, MON AMOUR… »

 

Dans la torpeur d’un ciel en suée, le frais de l’âme vient réanimer ce qui brûle sous la pierre

En appui sur sa canne, elle avance solidement d’une démarche décidée

La première fois que nous nous sommes rencontrés c’était…ma foi il y a fort longtemps

et toujours accompagnée du fils et du sourire de la bru

Merveilleux instant qui vient de se renouveler

Toi le 30, te voilà en route pour rejoindre un grand nombre d’époques sur lesquelles leurs murs et surtout leur amour veillent

Dans un moment où le flou est élevé au plus haut rang, revoici la Lumière

J’ai juste envie de pleurer d’une joie particulière

Tout ce qui me caractérise

ce qui m’envole à grands coups d’Elle

est bien là

au coeur d’une fraîcheur évidente

qui régénère

Oui que la vie demeure !!!

Illustration : L’EPOQUE 2019/30 – « Pour Lumière seule, mon Amour… » – Niala

Acrylique s/toile 55X46 – Collection Privée

Niala-Loisobleu – 8 Juillet 2020

Sous Les Lilas par Bertrand Belin


Sous Les Lilas par Bertrand Belin

Devant ton visage
Mortel pour moi
Devant ton visage
Mortel pour moi
Quelle voix avoir
Quel mot dire
Au bout de tant de temps
Car le temps existe
Comment quoi faire quoi comment quoi
Devant toi
Au coin de cette ure
Sous les lilas
Je tombe sur toi
Sur nous
J’avale
Je respire

Comment te dire
Et comment te cacher
Ca doit se voir
Tu dois le sentir
Ta bouche aussi
Mortelle pour moi
Ta bouche aussi
Mortelle pour moi
Au goût de lait, de bois
De terre et de lys
Sous ces lilas
Comment te cacher ?
Comment me cacher ?
Comment nous cacher ?

De terre et de lys
Dans mon souvenir
Au goût de bois
Au bout de tant de temps
Car le temps existe
Comment quoi faire quoi comment quoi
Devant toi
Au coin de cette rue
Sous ces lilas
Je tombe sur toi
Sur nous
Car c’est bien toi
C’est ton rire
Sous ces lilas
Comment te cacher
Ca doit se voir
Tu dois le sentir

 

ENTRE TERRE ET CRIER


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ENTRE TERRE ET CRIER

Au front des arbres on voit la grosse veine de sève frémir, le grand chêne attire le taureau juste avec ses glands

La marque d’un certain ciel soulève l’écorce jusqu’à fendre au noeud de sanguine de la greffe

Nous garderons les doigts d’un bras de mer pour pailler la sécheresse des hostiles passages obligés

Niala-Loisobleu – 7 Juillet 2020

VOYAGE EN PERSE


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VOYAGE EN PERSE

Ce jour-là

la mort était déjà venue plusieurs fois

me demander

Mais je lui avais fait dire que je n’étais pas là

car j’avais autre chose à faire que de l’écouter

d’autres chats à fouetter

Et tout particulièrement le
Shah de
Perse

que j’avais capturé

avec un superbe morceau de viande verte

— les
Shahs de
Perse en sont très friands —

un jour qu’il s’en allait

avec ses gens

musique en tête

sur la route de
Téhéran

C’était un grand jour de
Fouette…

et il était très content

rien qu’à l’idée qu’on fouette

les pauvres paysans

Et je l’emmenai h dans une grande valise

et le montrais

gratuitement

aux paysans

et puis je le fouettais publiquement

à titre gracieux

et tous les paysans étaient très heureux

Le remettant dans la valise

je continuais un peu partout en
Perse

mon voyage d’agrément

Agrément pour les autres

pour les petits enfants et puis pour leurs parents

car pour moi je n’éprouvais aucun plaisir

en corrigeant le monarque

Simplement la même fatigue

qu’on a en battant les tapis

persans

C’est alors que se présenta

un animal londonien

et parfait gentleman de
Limehouse sur les toits

Il était de passage et se présenta

Je suis le chat à neuf queues

je connais le travail

et peux voue donner un coup de main

Voilà mon tarif

je veux des souris tous les jours

Parfait lui dis-je parfait

Et je veux aussi qu’on me laisse m’arrêter

sur la route à mon gré

s’il passe sur cette route

la chatte qui me plaît

D’accord lui dis-je d’accord

Et qu’on me laisse lui faire l’amour

précisa le chat

Et je veux des oiseaux

pour lui en faire cadeau

D’accord d’accord tout ce que vous voudrez

lui dis-je

J’étais si fatigué

Et tout s’arrangea pour le mieux

L’animal battait le
Shah de
Perse

fort correctement

Et moi je battais le tambour

et les paysans étaient de plus en plus contents

et ils apportaient au chat

des souris et des rats des champs

Et pour moi

c’était comme toujours

des boissons fraîches

et de jolies filles qui m’embrassaient sur la bouche

Enfin c’était merveilleux

et même un jour

des tisserands

nous offrirent au chat et à moi

un véritable tapis volant

Vous irez plus vite nous dirent-ils

pour faire votre tournée

comme ça tout le monde persan

pourra profiter du spectacle

qui est très réconfortant

Mais voilà qu’un jour

le
Shah

nous regarda douloureusement

Est-ce que ça va durer longtemps ce petit jeu-là

Je me rappelle exactement

la tête qu’il faisait et le temps qu’il faisait

ce jour-là en même temps

Un très beau temps

Nous arrivions sur le tapis

à deux ou trois mille mètres au-dessus de
Téhéran

Et le chat dit au
Shah

gentiment en souriant

Allez allez

Vous plaignez pas
Sa
Majesté

si on avait voulu

on aurait pu vous tuer

ou bien vous enfermer

dans un grand bocal transparent

avec des cornichons méchants

Et là vous seriez mort de soif

et la proie de mille et un tourments

Tout de même

dit le
Shah

c’est pas des choses à faire

et puis il poursuivit

Dans les débuts ça m’a surpris ça m’a étonné et je dirai même que ça m’a fait plaisir pour ne rien vous cacher c’était nouveau vous comprenez maia
maintenant je commence à en avoir assez

Ça fait très mal vous savez et puis c’est humiliant sans compter que j’ai l’air d’un zèbre maintenant un zèbre sur le trône de
Perse avouez que c’est pour le moins choquant et je pèse mes mots mais je vous avoue là vraiment que je ne suis pas content mais ça alors pas content pas content du tout

Du tout du tout du tout

du tout du tout

du tout

Et qu’est-ce que ça peut faire

dit le chat

puisqu’on est contents

nous

Et nous descendîmes dans la ville

où partout c’était la fête

Et partout la joie de vivre

se promenait nue dans les rues

Et partout des
Persans ivres

nous souhaitaient la bienvenue

Ça va

dit le chat

La vie est belle

le trône est vide

mais les tonneaux sont pleins

Hélas

je ne reconnais plus ma ville

dit le
Souverain

Et qu’est-ce que je vais devenir

Moi

dans tout cela

Tu vas te rendre utile lui répondit le chat
Et pour commencer tu nettoieras mon plat.

 

Jacques Prévert