LA NUIT ERRANTE (Extrait)


LA NUIT ERRANTE (Extrait)

Nous avons négligé le simple pour l’insignifiant, nous avons choisi l’o qui tache les mains au lieu de l’amour qui est sans prix. Nous avons choisi la haine, la rancœur, l’amertume et nous ne sommes plus que de maigres feux éteints dans la lande. Oui, je vois des incendies, des désastres partout et quelques pauvres gens qui osent encore, osent encore dire Non mais l’on n’entend même plus leurs voix perdues dans notre nuit commune. Ils viennent de très loin, éparpillés dans l’univers, ils viennent des massacres, des misères, des tortures, ils n’ont pas de nom, l’histoire les a broyés dans la grande meule de l’oubli mais ils croient encore au vent léger des mots, à cette brise de fraîcheur, à ce sursaut des reins, à cette marche pour que le soleil ne soit pas du sang sur les pierres, pour que la malédiction ne devienne une fatalité. Je les vois toutes ces silhouettes, elles viennent parfois dans ma maison, déposent la tristesse de leurs fusils dans l’âtre et je leur offre l’eau et le pain comme aux plus mauvaises heures de l’histoire quand il fallait glisser son nom dans l’ombre, cacher l’espérance dans les chambres clandestines, mordre aux ténèbres des forêts. Quand il fallait choisir l’éclair, la foudre plutôt que le séjour provisoire des mensonges, l’hilarité des bourreaux, la lâcheté des serpents. Oui, n’abandonnons pas nos sources. Ne laissons pas dévorer nos soleils

L’essentiel est très peu, vous n’imaginez pas. Moins épais que l’aile d’une libellule, que la lumière éclairant votre parole. Moins lourd qu’un murmure, la nuit, le long d’une rivière, murmure de l’eau entre les pierres. Murmure de la nuit dans la nuit. On a beau me raconter n’importe quoi, m’offrir en partage les idées les plus savantes, mon cœur ne croit qu’en une chose, invisible, impalpable, fuyante, insaisissable, qui nous laisse sans mot. Une chose dont je tairai le nom car il est trop grand, trop beau et, en cela, si naïf. Je tairai ce nom infini qui hurle à la folie dans mon sang. Il ressemble à ces êtres que l’on croise dans les vastes parcs des hôpitaux, assis ou déambulant, chantonnant ou silencieux comme des momies. Ils n’ont tracé aucune route pour leur vie. Ils recherchent un chemin à tâtons, dans les ténèbres. En cela, je leur ressemble. Je remonte à grand peine du fond d’un puits et seul me guide ce rond de lumière au-dessus de mon crâne, cette trappe d’azur, ce bleu grâce auquel j’espère et j’échappe.

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JOËL VERNET

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DEUX BARQUES


DEUX BARQUES

L’orage qui s’attarde, le lit défait,
La fenêtre qui bat dans la chaleur
Et le sang dans sa fièvre : je reprends
La main proche à son rêve, la cheville
A son anneau de barque retenue
Contre un appontement, dans une écume,
Puis le regard, puis la bouche à l’absence
Et tout le brusque éveil dans l’été nocturne
Pour y porter l’orage et le finir.
– Où que tu sois quand je te prends obscure,
S’étant accru en nous ce bruit de mer.
Accepte d’être l’indifférence, que j’étreigne
A l’exemple de Dieu l’aveugle la matière
La plus déserte encore dans la nuit.
Accueille-moi intensément mais distraitement,
Fais que je n’aie pas de visage, pas de nom
Pour qu’étant le voleur je te donne plus
Et l’étranger l’exil, en toi, en moi
Se fasse l’origine… – Oh, je veux bien.
Toutefois, l’oubliant, je suis avec toi,
Desserres-tu mes doigts.
Formes-tu de mes paumes une coupe,
Je bois, prés de ta soif.
Puis laisse l’eau couler sur tous nos membres.

Eau qui fait que nous sommes, n’étant pas,
Eau qui prend au travers des corps arides
Pour une joie éparse dans l’énigme,
Pressentiment pourtant ! Te souviens-tu,
Nous allions par ces champs barrés de pierre.
Et soudain la citerne, et ces deux présences
Dans quel autre pays de l’été désert ?
Regarde comme ils se penchent, eux comme nous,
Est-ce nous qu’ils écoutent, dont ils parlent,
Souriant sous les feuilles du premier arbre
Dans leur lumière heureuse un peu voilée ?
Et ne dirait-on pas qu’une lueur
Autre, bouge dans cet accord de leurs visages
Et, riante, les mêle ? Vois, l’eau se trouble
Mais les formes en sont plus pures, consumées.
Quel est le vrai de ces deux mondes, peu importe.
Invente-moi, redouble-moi peut-être
Sur ces confins de fable déchirée.

J’écoute, je consens.
Puis j’écarte le bras qui s’est replié,
Me dérobant la face lumineuse.
Je la touche à la bouche avec mes lèvres,
En désordre, brisée, toute une mer.
Comme Dieu le soleil levant je suis voûté
Sur cette eau où fleurit notre ressemblance.
Je murmure : C’est donc ce que tu veux,
Puissance errante insatisfaite par les mondes,
Te ramasser, une vie, dans le vase
De terre nue de notre identité ?

Et c’est vrai qu’un instant tout est silence.
On dirait que le temps va faire halte
Comme s’il hésitait sur le chemin,
Regardant par-dessus l’épaule terrestre
Ce que nous ne pouvons ou ne voulons voir.
Le tonnerre ne roule plus dans le ciel calme,
L’ondée ne passe plus sur notre toit,
Le volet, qui heurtait à notre rêve,
Se tait courbé sur son âme de fer.
J’écoute, je ne sais quel bruit, puis je me lève
Et je cherche, dans l’ombre encore, où je retrouve
Le verre d’hier soir, à demi plein.
Je le prends, qui respire à notre souffle,
Je te fais le toucher de ta soif obscure,
Et quand je bois l’eau tiède où furent tes lèvres,
C’est comme si le temps cessait sur les miennes
Et que mes yeux s’ouvraient, à enfin le jour.

***

Donne-moi ta main sans retour, eau incertaine
Que j’ai désempierrée jour après jour
Des rêves qui s’attardent dans la lumière
Et du mauvais désir de l’infini.
Que le bien de la source ne cesse pas
A l’instant où la source est retrouvée,
Que les lointains ne se séparent pas
Une nouvelle fois du proche, sous la faux
De l’eau non plus tarie mais sans saveur.
Donne-moi ta main et précède-moi dans l’été mortel
Avec ce bruit de lumière changée.
Dissipe-toi me dissipant dans la lumière.

Les images, les mondes, les impatiences.
Les désirs qui ne savent pas bien qu’ils dénouent,
La beauté mystérieuse au sein obscur.
Aux mains frangées pourtant d’une lumière,
Les rires, les rencontres sur des chemins,

El les appels, les dons, les consentements,
Les demandes sans fin, naître, insensé.
Les alliances éternelles et les hâtives,
Les promesses miraculeuses non tenues
Mais, tard, l’inespéré, soudain : que tout cela
La rose de l’eau qui passe le recueille
En se creusant ici, puis l’illumine
Au moyeu immobile de la roue.

***

Paix, sur l’eau éclairée. On dirait qu’une barque
Passe, chargée de fruits : et qu’une vague
De suffisance, ou d’immobilité.
Soulève notre lieu et cette vie
Comme une barque à peine autre, liée encore.
Aie confiance, et laisse-toi prendre, épaule nue ?
Par l’onde qui s’élargit de l’été sans fin ?
Dors, c’est le plein été ; et une nuit
Par excès de lumière : et va se déchirer
Notre éternelle nuit ; va se pencher
Souriante sur nous l’Égyptienne.
Paix, sur le flot qui va. Le temps scintille.
On dirait que la barque s’est arrêtée.
On n’entend plus que se jeter, se désunir,
Contre le liane désert l’eau infinie.

Le feu, ses joies de sève déchirée.
La pluie, ou rien qu’un vent peut-être sur les tuiles.
Tu cherches ton manteau de l’autre année.
Tu prends les clefs, tu sors, une étoile brille.

Éloigne-toi
Dans les vignes, vers la montagne de Vachères.
A l’aube
Le ciel sera plus rapide.

Un cercle
Où tonne l’indifférence.
De la lumière
A la place de Dieu.
Presque du feu, vois-tu,
Dans le baquet de l’eau de la pluie nocturne.

***

Dans le rêve, pourtant,
Dans l’autre feu obscur qui avait repris,
Une servante allait avec une lampe
Loin devant nous. La lumière était rouge
Et ruisselait
Dans les plis de la robe contre la jambe
Jusqu’à la neige.

Étoiles, répandues.
Le ciel, un lit défait, une naissance.
Et l’amandier, grossi
Après deux ans : le flot
Dans un bras plus obscur, du même fleuve.

***

O amandier en fleurs,
Ma nuit sans fin.
Aie confiance, appuie-toi enfant
A cette foudre.

Branche d’ici, brûlée d’absence, bois
De tes fleurs d’un instant au ciel qui change.

Je suis sorti
Dans un autre univers. C’était
Avant le jour.
J’ai jeté du sel sur la neige.

Extrait de:  1975, Dans le Leurre du Seuil, (Editions du Mercure de France)

Yves Bonnefoy

LA PLUIE EST TOUJOURS EN ATTENTE


LA PLUIE EST TOUJOURS EN ATTENTE

Un peu plus loin des personnes ont été emportées par les eaux, d’autres ont vu leur maison disparaître. Il a fallut lui en faire du mal pour la rendre aussi méchante la nature

Quand la mer était un élément et non un droit acquis par certains, le rivage dans sa toilette sauvage coupait les mots imbéciles tant il était beau

Aujourd’hui je te parle de la St-Mathieu comme une histoire d’hier vécue en tête-à-tête. Je lui ai fait une couronne d’herbes folles, son regard ne quitte pas l’émotion que ça lui apporte

Nouvelle semaine que je ferme aux bruits du pouvoir, la maladie progresse au rythme où il régresse à y faire face

Je me sens capable de réparer l’oiseau chanteur du jardin et de reporter la serinette chez le brocanteur…

Niala-Loisobleu – 21 Septembre 2020

A TRAVERS DES PLANCHES


A TRAVERS DES PLANCHES

A côté des pas restés d’un glissement, la lumière du plafond perd la boule

le tango resté au bas des reins fléchit l’ombre de l’étreinte autrement revenue

les musiciens ont tourné au coin du trpttoir

la fumée les suit à la sortie du cendrier plein

le moment est venu où du fond du verre

sortent lourds tes seins impatients

en renversant l’abstinence sur la table

le parquet revient gémissant

l’eau sort du puits plus claire

débarrassée d’aubier sous l’écorce…

Niala-Loisobleu – 20 Septembre 2020

A PROPOS DES VISIONS DE L’OEIL


A PROPOS DES VISIONS DE L’OEIL


La dioptrie en convergeant d’un bord du mirage à l’autre ajuste au né la position que j’appelle oasis…te disais-je un instant à peine où rien ne me
ne me pleurait les yeux

Je me corrige faute d’un manque incurable de correcteurs de vision

les ophtalmologues ma bête noire

m’ont bouffé le fond d’oeil à la fourchette à huître

la vie en a prie la noyade au point de mettre du naufrage partout alors que repeigneur de ciels je suis toujours en haut de l’échelle

Le cloisonnement doit être à l’origine de ça dans lla multiplicité de ses faons d’être

Quand je suis né il y avait 3 classes, la condition humaine les a réduite à deux, en augmentant la différence

Ubuesque

La classe comme disait La Fontaine selon que vous serez puissant

Alors comme la mer nous porte mieux que le macadam on se voit mieux en proue d’un Kon-TIki

C’est mieux qu’amphore au fond

mais galère royale entre deux zoos quand même

Mes yeux qui ne m’épargnent rien dans la vague la plus scélérate se font brassières pour l’enfant qui t’aime

C’est pas le choix que préfère la lumière et ses watts pour sortir d’ombre

mais dans la manche à traverser c’est autre chose que couler…

Je te dis ça comme un cheval roi-lion surnommé Ulysse…

Niala-Loisobleu – 20 Septembre 2020

SUIS TA DESTINÉE


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Fernando Pessoa

SUIS TA DESTINÉE

Suis ta destinée,
Arrose les plantes,
Aime les roses.
Le reste est l’ombre
D’arbres étrangers.

La réalité
Est toujours plus ou moins
Que ce que nous voulons.
Nous seuls sommes toujours
Égaux à nous-mêmes.

Vivre seul est doux,
Vivre simplement,
Toujours, est noble et grand,
Sur les autels, en ex-voto
Pour les dieux, laisse la douleur.

Regarde la vie de loin.
Ne l’interroge jamais.
Elle ne peut rien
Te dire. La réponse
Est au-delà des dieux.

Mais sereinement
Imite l’Olympe
Au fond de ton coeur.
Les dieux sont dieux
Parce qu’ils ne se pensent pas.

Fernando Pessoa

UNE PEINTURE A CÔTE DE LA TOILE


A me dire qu’à penser la couleur comme mes mots ça parle pas

devant la porte effacée de la venelle

les trémières m’ont retenu pour causer

Oh pas croire de rien

parce qu’elles m’ont dit toi ta nature morte transpose un vivant qui en a marre de la cheminée avec son cadre

Les pommes, une femme dedans c’est la fleur sauvage répudiant le vase, cette vie des paumes qui origine LA NAISSANCE DU MONDE en perçant la pierre

Pas une histoire sitcom

Une émotion vibrante, la parole donnée au silence

L’autre qui Soulages n’est qu’un marabout de galéristes plaçant son fric et celui des acquéreurs avant la notion de départ de l’ART

Mes trémières c’est une toile qui conduit à la peinture sans s’y écarter

et je pense qu’il faut se dire ce qu’on est

Il faut se comprendre soi …

Niala-Loisobleu – 19 Septembre 2020

L’EPOQUE 2020/43: LES TREMIERES


Après les Époques 2018 et 2019, voici le quarante-troisième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU : LES TREMIERES  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

L’EPOQUE 2020/43″Les Trémières » Niala Acrylique s/toile 61×50

 

Voici les contours de mon corps

Pour le plaisir de celui qui me nomme

J’étage des bonheurs presqu’étrangers

Je suis la gitane l’inavouée

L’absente de tous bouquets

Qui sème ses moineaux ailleurs

Que dans des draps d’effets

Et si j’ai noué un pacte avec le vent

C’est que je ne crains ni l’espace trop grand

Ni de l’acier obstiné l’oraison lente

Je suis baie ouverte sur mer vivante

Ma simplicité dans vos grands vases de confusion

gagne du champ sur la génèse droite de moi-même

 

Barbara Auzou.