NATURE MORTE


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NATURE MORTE

 

Un ton de gouache se répand dans l’eau d’un regard humide

dans l’angle de la fenêtre le laid refroidit sur la table à repasser

ce couloir ne mènera nulle part j’ai jeté la clef au fond de l’amer en débranchant le courant

Niala-Loisobleu – 12/11/19

ET COMME  TOUJOURS


ET COMME  TOUJOURS

 

Pendant qu’il pleut cette sécheresse dans une terre assoiffée, j’ai du tuteurer la couleur des tiges tant la fadeur des fleurs faisait les yeux tristes à la rue encombrée. Le chanteur de rue enroué jetait les miettes d’un poème pour ramener les oiseaux autour du bassin . En radoub, c’est plus gros qu’un mérou le ventre d’un bateau. Et puis ça met à quai les filles de chaque port en matière de grand pavois. Que ce soit ici, à Hambourg ou ailleurs, le loueur de cerceaux en costume marin propose différents parfums. Je préfère la boîte des moins de cinq ans. Dans la courbe des bananes la vanille gousse comme une île au soleil. C’est toujours en bleu que l’on pose le nom sur la coque pour sertir les lettres de l’écume des jours. Mon premier on le baptisa Boris d’un naturel sans tabou. Le quartier-maître tenait enseigne à l’ombre du clocher de St-Germain-des-Prés. Au carré des littéraires rescapés des deux grandes-guerres. Je frissonne à ta chair de poule au contact de L4épiderme, le chat vient de se glisser entre les jambes de la chatière

Ballade du passant

Tes dents sont froides comme la neige
Enfoncées dans ma langue blessée
En allant de Marseille en Norvège
Qu’aurai-je fait d’autre que passer?
Je laisse la fenêtre entrouverte
Pour le chat et pour tous tes amis
Il y a du lait dans l’armoire verte
Et quelques tranches de pain de mie

Le chant du train est toujours le même
Quand il m’emmenait ici ou là
La bonne était toujours la prochaine
Désert de sel ou chant de lilas
Je te laisse un peu de ma salive
Mes lèvres sur ton ventre tremblant
Et plongé dans un seau de chaux vive
Mon coeur noué dans un mouchoir blanc

Tu sais le monde est partout le même
Certains bronzent quand les autres suent
Les uns mâchent des choux à la crème
Les autres du pain sans rien dessus
Faut-il serrer les poings et se battre
Pour tous ceux qui meurent en mai
Ou regarder les bûches dans l’âtre
Et chanter la tristesse d’aimer

Et tes dents froides comme la neige
Fondent très doucement pas pressées
Notre histoire fut belle mais n’ai-je
jamais rien fait d’autre que passer?
Tu finiras la chanson toi-même
Tu sais bien que mon temps est pesé
Voici l’air: il faut dire que je t’aime
Mais que je n’aurai fait que passer

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Paroles : Claude Semal
Musique : Claude Semal
Année de création : 1974

Je cherche les Eaux-Neuves comme le bruit qu’elles faisaient au Bateau-Lavoir en se préparant à sortir en Parade. Vous faites du Chagall m’a dit un illustre ignare en décapant le vernis de sa guitare. Orsay n’était encore que la gare où j’allais patiner  sans les canards. Entre les traverses l’océan s’est rapproché, La Rochelle ne traversait pas dans l’Île à pieds. Et c’est du Bois-Plage que je suis parti la première fois faire le tour du monde en vélo. Une poignée de sable dans la poche en guise de caillou. De l’ambre au poignet l’enfant va les vents. Montparno lui Delambre c’est la rue des poètes qu’il m’a construit. Autour du Luxembourg  transpire l’herbe folle où la marguerite ne détarit pas quand elle commence à prédire l’amour. Ernesto pourvu qu’il tienne , je crois que je serais capable de mentir pour pas qu’il soit renvoyé à l’école. Passera l’odeur des manifs avant que reviennent les marrons chauds. Aux carreaux des salines pourvu que la pluie bouffe pas le sel, j’ai mis une craie dans le casier pour les marelles.

Niala-Loisobleu – 11/11/19

 

Serge Sautreau (1943-2010) présenté par Guy Goffette


Serge Sautreau (1943-2010) présenté par Guy Goffette

REAJUSTEMENT


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REAJUSTEMENT

 

L’écuelle en avant le jour tire sur sur sa chaîne

juste des lambeaux de brouillard  à la surface des fenêtres

l’image que je porte sur moi de ta poitrine me sauvera de la monotonie durant son bercement solaire.

 

Niala-Loisobleu – 11/11/19

RÉVÉLATION


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RÉVÉLATION

 

A l’éblouie.

Douceur sans bornes à l’éblouie.

Infinie, infinie félicité de l’infime, du presque rien, à l’éblouie.

Hauteur.

Gouffre d’en haut.
Sans plafond, sans parois.
Velours plein ciel.

Harmonie, tout d’un coup.
Communauté souriante, tout d’un coup.
Le sel de la terre accède.
Le sel de la terre voit le miel.
Le sel de la terre

enfin

goûte

le miel.
Enfin touche le ciel.
Enfin se sait ciel.

Plus personne, en félicité, personne.

Rien que le cœur,

le vaste cœur

qui voit plus ample,

qui bat plus souple,

qui brûle-pleure,

qui part en joie, joie, joie.

Rien que le cœur, rien qu’une aile qui va.

Et il s’en va,
Tchaboudouradj, il s’évapore

dans l’infime infini, dans l’inentrevu.

Son verbe, son épée à concepts — plus besoin, plus

besoin dans la hauteur, dans la hauteur hors plafond, la hauteur sans parois où erre librement, non cloué à la sensation, aux pseudo-socles, aux lubies de la faim, le sel de la
terre qui vient goûter au ciel.

Qu’a-t-il à faire,
Tchaboudouradj, dans cet envers,

dans ces coursives,

dans ce repli de soi où l’univers accomplit des féeries

qu’un dieu comme lui évite de regarder en face, histoire

de ne pas aller se distraire,

de ne pas aller s’abstraire de l’histoire?

La liberté, l’hannonie dénouant les extases, lui.
Tcha-boudour, n’en vient-il pas, n’en revient-il pas depuis sans cesse,

depuis toujours?

Il s’en va,
Tchabou,

il disparaît au revers de la transe,

sur l’autre versant,

dans le tunnel-histoire,

là où il faut chercher, chercher sans fin la iin,

la fin des temps plombés,

des temps qui ploient, qui chutent, qui creusent.

Au-delà, du côté du soleil, du côté d’avant le soleil,

où la lumière crée le soleil :

Plein velours de l’instant

Infinie, infinie félicité de l’infime.

Éclaircie hors mirage.

A jamais désormais, à jamais.

Jusqu ‘au sommet central de. l’intérieur d« tout »

Fluide ébène, cette cascade,

et le courant

et l’onde de choc :

tout est dedans, même le dedans, même le non-lieu —

dedans, même l’histoire qui tombe au dehors

comme la neige. »

Hauteur, hauteur sans socle.

Flèches de feu,
Météores. Étoiles filantes.

Comètes en ubiquité.

Spirales simultanées du cri et du lasso.

Criquets, grillons au bord des braises, grésillements.

Quelle beauté, chuchote-t-il,

que ces fusées dans les coulisses du son !

Quelle beauté, ces torpilles !

Et sel, sel à crier soleil, sel à se taire au pied de l’arbre.
Sel pour eden à ciel ouvert.

 

Serge Sautreau

Je pense à elle tous les jours – Michel Jonasz


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Je pense à elle tous les jours – Michel Jonasz

Elle me poursuit sans relâche
avec son odeur de gouache
et de neige que j’aimais tant
(bis)
Toujours à la même distance
je peux sentir sa présence
qu’est ce qu’elle veut qu’est ce qu’elle attend
Un faux pas une maladresse
un léger malaise une faiblesse
et que je l’appelle au secours
(bis)
Viens ma belle sors de ta planque
viens me voir viens tu me manques
et je pense à toi tous les jours
Quand on est môme on s’attache
tous les deux on joue à cache-cache
tous les deux on joue comme avant
(bis)
Avant le
Michel Jonasz
Pile au moment où elle se passe le doigt sur les lèvres
le chat file dans son couloir
on est un manège sauf en bois
les fleurs qui lui tiennent les hanches
rentrent plus loin dans mes ongles
pris de souffle
j’ai plongé dans la capsule de son scaphandre
L’outremer fait tache d’huile
Nous voici au coeur de l’île sous le beff
tous les deux on joue la bête à deux dos
Avant que les zoos aient bouffé la viande qui reste vivante
la rue de Siam nous rade en Brest
Barbara qu’elle s’appelle…
Niala-Loisobleu – 10/11/19