COQUE LICOL


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COQUE LICOL

La boîte desserre l’étranglement , la pendule cesse son harcèlement, la chaise repaille son Persée d’une botte de sept-lieues, ces eczémas qui médusent  de leurs blocages psychiques, pchittt par la fenêtre

A la volée de seins reconnus

le poids s’allège

Allège de fenêtre évidemment et en corps cette foi

Le poil blanc gris, fort épais et embaumé comme un caravansérail un jour de marché, alors se dressant comme la verticale humaine de la bête, éclate si fort de rire que la connerie vole en miettes

Ah ce rire non retenu

c’est un assaut, une ruée hors de la tranchée (artère), le délire oesophage impertinent comme un rot qui dégage

la bandaison d’instruments anciens qui se lâchent d’un saut à la corde enfantin

en roulements de cerceau

J’ai cinq ans, je suis pu ber à soutenir que la marée basse

Niala-Loisobleu – 25 Janvier 2020

NUIT PALPABLE


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NUIT PALPABLE

 

Au ras du cou ton haleine

Si je ne m’abuse, la ligne de peupliers est foutrement droite au ciel courbé

tandis que la croupe du toit ondule comme le cheval en marche

Derrière la sirène du bateau qui approche le port, la traversée s’achève

sans doute faut-il y trouver un rapport avec l’étincelle  qui te tient par les hanches

Le chien témoigne du rêve animal de la libido prise au sevrage d’une histoire tournée à la Trappe

dans l’oeil andalou renversé du taureau la dernière tempête est sur la Costa Brava

Trompettes du haut des gradins, un souffle de cuivre sort de la mise amor, les dessous trempés volent avec les escarpins dans l’arène où le toréador brandit son arme personnelle dans un tour d’honneur

La fleur de la belle de Cadix  dans une larme de sang verse l’extase d’une sueur rénale portée en estocade

Sur les Ramblas, beaucoup plus loin, on monte un étage de plus à la Sagrada Familia dans l’association famélique du génie de Gaudi chantant en duo avec Miro

Grindel ne traduit pas son mépris à Dali, la noblesse de son style ne se déguise pas avec des moustaches de gala, on s’allie ou on est propre de nature. La grandeur humble n’élève pas plus de paon pour Cadaques que de Lili Pute sur un trottoir même gargantuesque

Ma nuit surréaliste s’est couverte du poil de la Grande Ourse tirant ses chariots dans lesquels de corps nus alchimiques sortait la Pierre Philosophale

je survis aux bons soins de ma folie

 

Niala-Loisobleu – 25 Janvier 2020

L’ÉCHO DU CORPS


L’ÉCHO DU CORPS

Ghérasim Luca

 

 

prête-moi ta cervelle

cède-moi ton cerceau

ta cédille ta certitude

cette cerise

cède-moi cette cerise

ou à peu près une autre

cerne-moi de tes cernes

précipite-toi

dans le centre de mon être

sois le cercle de ce centre

le triangle de ce cercle

la quadrature de mes ongles

sois ceci ou cela ou à peu près

un autre

mais suis-moi précède-moi

séduction

entre la nuit de ton nu et le jour de tes joues entre la vie de ton visage et la pie de tes pieds entre le temps de tes tempes et l’espace de

ton esprit entre la fronde de ton front et les pierres de

tes paupières entre le bas de tes bras et le haut de tes os

entre le do de ton dos et le la de ta langue entre les raies de ta rétine et le riz de ton iris entre le thé de ta tête et les verres de tes

vertèbres entre le vent de ton ventre et les nuages de

ton nu entre le nu de ta nuque et la vue de ta vulve entre la scie de tes cils et le bois de tes doigts • entre le bout de tes doigts et le bout de ta

bouche entre le pois de tes poils et la poix de ta poitrine entre le point de tes poings et la ligne de tes

ligaments entre les pôles de tes épaules et le sud-est de

ta sueur entre le cou de tes coudes et le coucou de ton

cou entre le nez de tes nerfs et les fées de tes fesses entre l’air de ta chair et les lames de ton âme entre l’eau de ta peau et le seau de tes os entre la terre de tes artères
et le feu de ton

souffle entre le seing de tes seins et les seins de tes

mains entre les villes de ta cheville et la nacelle de

tes aisselles entre la source de tes sourcils et le but de ton

buste entre le musc de tes muscles et le nard de tes

narines

entre la muse de tes muscles et la méduse de

ton médius entre le manteau de ton menton et le tulle de

ta rotule entre le tain de ton talon et le ton de ton

menton entre l’œil de ta taille et les dents de ton sang entre la pulpe de ta pupille et la serre de tes

cernes entre les oreilles de tes orteils et le cervelet de

ton cerveau entre l’oreiller de tes oreilles et la taie de ta tête entre le lévrier de tes lèvres et le poids de tes

poignets entre les frontières de ton front et le visa de

ton visage entre le pouls de tes poumons et le pouls de

ton pouce entre le lait de tes mollets et le pot de ta

paume entre les pommes de tes pommettes et le plat

de tes omoplates entre les plantes de tes plantes et le palais de

ton palais entre les roues de tes joues et les lombes de tes

jambes entre le moi de ta voix et la soie de tes

doigts entre le han de tes hanches et le halo de ton

haleine

entre la haine de ton aine et les aines de tes

veines entre les cuisses de tes caresses et l’odeur de

ton cœur entre le génie de tes genoux et le nom du

nombre du nombril de ton ombre

 

Ghérasim Luca

VIVE L’AVIS


 

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VIVE L’AVIS

 

Le brouillard est d’une épaisseur à tenir la cuillère debout

Passe une roue à aube

Panique jamais vue

La muraille de Chine est forcée de réouvrir

on arrache les masques pour laisser la pneumonie fêter le Têt

Les  centres d’insémination humaine passent aux soldes à 100% et au Friday permanent

Faut destocker

Les forces de l’ordre  réquisitionnent les bus prévus pour remplacer train et métro

et lancent la rafle des femmes enceintes

On rétablit les octrois pour contrôle des capotes

Le sec hâteur est le nouveau jouet vanté chez les petits garçons, la Barbie se jette sur tous les manuels disponibles, de là à dire que ça relève l’espoir dans les zones sombres

 

Niala-Loisobleu – 24/01/20

 

Lettres – Poème


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Lettres – Poème

 

La scie nous scie le monstre nous saigne si gare à toi

rieur
L’asie nous suit la nuit nous baigne À quoi bon tes manières tes offres tes gaffes tes dettes

tes dates
Tu
Us ? eh quoi ! tu ne lis plus ! tu ne ris plus tu ne

pourris pas tu passes tu ris pour passer tu lasses
Ton passe-temps me passe la tempe m’obnubile m’alite

m’affole m’affuble m’agace
Et ton roquet de rouet ta pendule de ruelle ton

agamemnon de passe ta clytemnestre de case ton

petit fouet de rubis ta chandelle de clapotis ?

Parlons-en ! je veux bien crois-tu j’aurais à vous dire

mais plus tard quand il ne sera de mise que la miss

en plie supplie suffoque
Quelle affaire !
Et très tard il raffolait de l’air des ailes du givre du

plomb du lac du matin de la hutte du lutin du

lutteur du tonnerre du temps beau du bouton du

butin du vautour
Va pour les quenelles !
L’œuf fouettait le plateau englouti le gloussement

timide tempéré tiédi
Il était un soldat rageur un matelot culbuteur un

camélia calciné
Et s’il n’eût atteint l’âge il aurait été lessivé

24 aoûl 1949

Arbrisseau vaisseau de la nuit aussi

Octobre nacré répandu dans les flots tressés du sang

Veux-tu que je te dise l’île s’enlise entourée parsemée

d’iris
Le pavot n’a fait sa leçon n’a avoué son crime que tard

trop noir il bousculait l’intime le ruisselant

cauchemar

J’en souffre j’enrage mes gages s’envolent dans la turbulence hurlante vers la cime neigée où l’abri dissout se penche sur l’azur à bariolage restreint

À camouflage modéré érige la mode

À tueur tué à touffu taillis à tendre tendance

Que l’absence effleure le bois assailli défunt

Il aurait fallu faux luth lieu mal famé

J’ai failli lieu arborer ce drapeau ce trésor à l’eau

Ce vantard galop à m’y perdre

Qu’il tonne ou qu’il vente la nage est tirée l’infortune

étincelle découpe découple défaille
J’y vais

César Moro – 24 août 1949

COUP DE VANNE


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COUP DE VANNE

Un filet jeté sur la mer prend l’oiseau en vol

l’odeur des roses entre au confessionnal pour la faute artificielle

On suit la cruauté enfantine aux restes de pattes de mouches sur les zèles d’une machination infernale

Lumineuse journée que chaque seconde étouffe de son voile maniaco-dépressif

Les reins coulent le bronze d’un autre soleil lavé du volcan

D’une main ouvrière les dessous font l’objet de fouille à corps, je m’en file dans les seins de l’oeuvre monumentale de Niki en grande bouée nautilus

Signe de Zodiac en cornée

Niala-Loisobleu – 24/01/20

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DONNE A L’AMÉRIQUE


Max Jacob

 

DONNE A L’AMÉRIQUE

 

 

 

La description a ici une trop grande importance pour que je la néglige. Quelle importance, me direz-vous ? Je n’en sais rien, vous répondrai-je, mais certes de l’importance. Le lieu
où s’est passé ce petit drame est resté dans ma mémoire beaucoup plus que le petit drame lui-même. C’est en pleine campagne et pourtant l’escalier est éclairé
justement comme un entresol au Palais-Royal à Paris, de la lumière sur le plancher plus qu’au plafond. Cette lumière est encore tamisée par de grandes mousselines blanches.
L’escalier est entièrement recouvert d’un épais tapis crème imprimé de petites swastikas bleu foncé et de taches rouges. Près de la fenêtre, bien que ce soit
un escalier, il y avait une chaise de paille ronde en ébène. Me voilà soulagé ! J’ai décrit l’escalier, le seul intérêt de cette dramatique villégiature.
J’avoue maintenant qu’il ne se passe rien sur cet escalier. Une petite fille en deuil de son père que j’y croise souvent et qui se jette sur la gouvernante plutôt que de me saluer. Je
me délivre aussi de la petite fille, sa robe ou sarrau est en mousseline comme les rideaux de l’escalier avec des poches obliques ou franges noires. Quant à la gouvernante, je ne l’ai
pas vue ou pas regardée. J’ai dit qu’il ne se passe rien dans l’escalier et pourtant ce rien est quelque chose, puisque la petite ne veut pas me saluer et se jette sur sa
gouvernante.

Un jour j’ai réussi à arracher à la mystérieuse enfant cette mystérieuse parole : « Vous avez trahi maman par un sourire ! » Je ne puis me rappeler ce
sourire, je ne puis me rappeler ma trahison ; j’ignore ce que peut être cette trahison. La maman est une amie que je ne soupçonne de rien du tout, à qui je ne connais rien de
secret. J’ai d’abord vécu sur ce mot dans une anxiété compréhensible. Y a-t-il un secret dans cette maison attristée par la mort d’un père ? Quel est ce secret ?
Nous sommes trois à table : un Anglais, Mrjohns, homme gai qui s’efforce d’être mélancolique par politesse et moi. Certains jours la gouvernante paraît à table avec
l’enfant qui est boudeuse quand je suis devant elle. Un jour j’ai rapporté avec un sourire la mystérieuse parole comme on jette son sort sur un tapis de jeu ; la mère a
balancé la tête affirmativement ; elle a regardé son assiette. L’Anglais a regardé son assiette. Il n’y avait que nous trois. La mère, mon amie, était très
« esthétique ». C’était l’époque du modem style et des goûts florentins. Quelle surprise ! Affirmativement… oui affirmativement… Ici sont le drame et le
mystère, je ne pouvais pas rester n’est-ce pas, je ne le pouvais pas. Je me suis fait envoyer une dépêche pour me rappeler à Paris et j’ai attendu qu’on m’invitât dans
cette maison pour y reparaître. En somme ma conscience est en repos. J’ai perdu une amie ; on peut rarement fonder d’amitié désintéressée sur une femme ! Je n’y pense
plus. Je n’y penserai plus. Je n’y eusse plus jamais pensé, je n’eusse jamais revu, jamais senti l’escalier d’entresol de la maison de campagne et la fillette en deuil, si, il y a quelques
jours, je n’eusse rencontré une demoiselle très gaie dans un dancing qui vint à moi. Quelque voix intérieure ou extérieure me soufflait que je connaissais ce joli
visage pensif, vraiment pas fait pour fumer la cigarette dans un dancing : « Ah !… vous êtes mademoiselle Lallier ! — Vous vous trompez, monsieur, je suis mademoiselle
Johns… miss Johns… oui ! et voici mon père ». Ici, je m’interromps. Quelle banale histoire ! Se peut-il que je raconte une aussi banale histoire. Non vraiment, si l’escalier de la
maison de campagne n’était pas resté dans ma mémoire, si la petite fille boudeuse en blanc avec des franges noires obliques n’était pas restée dans ma mémoire, je
n’aurais pas pris la peine de raconter, moi, une millième histoire aussi banale, mais il y a comme cela des faits qui prennent de la poésie au souvenir des choses. J’allais saluer Mr
Johns qui était bien déchu : « Je vous présente mon père ! ». Il avait l’air maintenant d’un vieil ivrogne à binocles. Il portait jadis un joli binocle sans
autre monture qu’un peu d’or. Je le revoyais dans ce dancing presque peu convenable avec une horrible machine sur le nez en acier. Il ne me reconnut pas, alors la jeune fille lui parla à
l’oreille et il me tendit la main : « Mon femme est morte ! » La jeune fille me proposa un tango : « Monsieur Lallier n’était pas mon père ! Quand mon père apprit
sa mort, il vint chez ma mère lui proposer, comme on dit au tribunal, de reprendre la vie commune, mais ma mère ne l’acceptait chez elle que comme vous, comme un ami. Quoi ! Vous ne
saviez pas tout cela ! ». Pendant qu’elle parlait et que nous dansions, en nous appliquant, les pas du tango, je revoyais l’escalier et tout ce deuil de convenances. J’ai
répété ces mots comme malgré moi à voix basse. « Vous avez trahi maman par un sourire ! ». Ce fut à mon tour de sourire : « J’étais une petite
fille désagréable », me dit-elle. « Ma gouvernante, par méchanceté, m’avait appris l’histoire de ma mère et j’avais parfaitement compris !… J’avais
parfaitement compris pourquoi ma mère pleurait souvent. Je m’en souviens très bien. Un jour devant le curé du village qui déjeunait chez nous le dimanche, on a parlé
à table des situations fausses, que créent les mœurs et vous avez souri. Pourquoi avez-vous souri, c’était une trahison ! — Je ne connaissais pas l’histoire de votre
mère. Il se peut que j’aie souri ! Pourquoi votre mère ne m’a-t-elle jamais rappelé ? — Est-ce que je sais, moi ! Elle parlait souvent de vous avec amitié. -— Ah
! — Elle disait que vous étiez un imbécile, mais qu’elle ne vous détestait pas, parce que vous n’étiez pas un méchant homme ! » Oh ! Le tapis surtout,
l’escalier ! Cette lumière d’entresol, des moitiés fenêtres au plancher, cette mousseline sur l’enfant et sur les vitres, la chaise d’ébène !

Maintenant voici cette petite dans un dancing peu convenable ! Est-ce que le vieil anglais déchu croit aussi que je suis un imbécile ? Pas méchant ? Cette fois encore j’ai souri,
oh ! avec tant de compassion.

Esplanade de Fontainebleau : devant le château sur la route du jardin la noce s’avance et je reste en arrière avec deux enfants.

Esplanade de Fontainebleau : chaque convié a son arbuste fleuri face au château, moi seul n’en ai pas, pas plus que les domestiques.

 

Max Jacob