Ça m’donne les bleus par Diane Dufresne


 Ça m’donne les bleus par Diane Dufresne

Ça m’donne les bleus
De voir que tu m’aimes pus
Qu’tu m’aimes pu comme d’l’temps
T’en aperçois-tu ?
Ça m’donne les bleus
De voir que moé non plus
J’t’aime pus comme à vingt ans
Mais t’en souviens-tu ?Dire que c’tait toé
Dans c’temps là
Qui courrait après moé
Moé j’voulais rien savoir de toé
Pis à c’t’heure qu’tu m’as
Toute à toé
C’est toé qui veux pus d’moé

C’est toé qui veux pus d’moé
La vie est donc mal arrangée

Ça m’donne les bleus
De voir que tu m’aimes pus
Mais va t’en pas , attends…
Faut que j’m’habitue

Depuis qu’t’es là
Toute ma vie tourne autour de toé
Mais prends-toé pas pour c’que t’es pas
Si tu t’en vas
Fais toé-z’en pas
J’m’arrangerai ben sans toé
J’m’arrangerai ben sans toé
La vie est donc mal arrangée

Ça m’donne les bleus
De voir que tu m’aimes pus
Si j’m’en vas pas, va t’en…
Avant que j’te tue

Quand j’essaye de te r’garder
Les yeux dans les yeux
T’es là qu’tu m’fais ton air de beu
Ben moé, mon vieux
Quand t’es comme ça
Ça m’met tell’ment, ah! ça m’met tell’ment bleu
Qu’j’ai rien qu’le goût d’m’en aller…
Mais j’sais pas où m’en aller !

La vie est donc mal arrangée

DANS LES DRAPS DE BONCOMPAIN


DANS LES DRAPS DE BONCOMPAIN

Je voudrais être un passeur d’instants parfaits

Peindre c’est fabriquer du silence

Ce que je cherche ce n’est pas le mystère de l’ombre, cest le mystère de la pleine lumière.

Pierre Boncompain

Provençal ce peintre né à Valence peint le plus frais du solaire

des cigales dans la rosée des pierres sèches que les mas aux tuiles rondes hissent en oliveraies

le galop d’un cheval aux seins de l’arène

Les fleurs à peau brune aux crinières des bouches du Rhône

Occitane toujours la Femme pour luminosité

et la saveur du fruit d’été au demeuré.

Niala-Loisobleu – 23 Juillet 2021

TOMBEAU POUR L’ULTIME SURVIVANT PAR YVES MABIN CHENNEVIÈRE


TOMBEAU POUR L’ULTIME SURVIVANT PAR YVES MABIN CHENNEVIÈRE

Lasse de son exil volontaire, de sa mélancolie exclusive, la mémoire libère les mots, les silences et les réticences, les appels, les plaintes et les cris, les sourires et
les éclats de rire, les murmures, les indiscrets aveux, les promesses et les engagements, les secrets et les chuchotements, les oublis et les réminiscences, le dédain, les
distances gardées, l’oraison et la méditation, le doute et la confiance myope, l’inquiétude, l’angoisse amère, la compassion, l’appel du regard, le geste lent de l’aveugle
ému, les larmes muettes de l’enfant seul, l’humiliation du pauvre sans nom, le mutisme du prince exilé, la tristesse du maître éconduit, l’insolence de l’athlète
vainqueur, la défaite de l’idole à terre, la colère et les emportements, le refus, l’opposition armée, la vanité des luttes civiles, la déroute du fuyard honteux,
le déshonneur du lâche inhabile, l’émotion des éloges tremblants, l’admiration du disciple épris, l’impatience du survivant inquiet, l’adhésion du sceptique
assouvi, l’ordinaire expression du médiocre,

la hargne du perdant désigné,

l’ascension du stratège ambitieux,

les lèvres chaudes et les langues douces,

les sexes mâles, les sexes femelles,

les ventres, les épaules offertes,

la hâte, la fuite, la panique,

le message et le déguisement,

la trahison et la désertion,

la guerre, la trêve, la rançon,

le viol, l’oppression, la soumission,

la faiblesse du banal ordinaire,

les épaves et les cadavres nus,

la pitié, la commisération,

la bienveillance et le geste noble,

le deuil et les larmes partagées,

le doute, l’indétermination,

l’inquiétude, la peur, la terreur,

l’acquiescement, le consentement,

l’adoption, le parti pris conscient,

l’avarie et la dévastation,

le cachot, la prison, la torture,

le faux témoin, la preuve factice,

le calcul du juge débonnaire,

l’ambition du magistrat intègre,

le mensonge du prélat sincère,

le crime du retrait paisible,

le mutisme de l’enfant violé,

le dédain du prophète moqué,

l’indifférence du fils bafoué,

la distraction du sage ignoré,

la flétrissure et la perversion,

la négligence et le manquement,

l’aigreur et la fermentation,

la rouille et la décomposition,

le faisandé, le croupissement,

la purulence et la moisissure,

la charogne, le putride cadavre,

l’os décharné, les restes et les cendres,

l’impure pensée du pur exemple,

l’indécence des obscènes injures,

la voix reine du soliste élu,

le jeu vif du virtuose inspiré,

le concept du philosophe hilare,

l’amertume du poète errant,

l’émotion de l’auditeur transi,

la dévotion du disciple ami,

la colère de l’otage oublié,

l’oubli du confident corrompu,

la haine du dévot humilié,

l’intolérance de l’humaniste,

la mollesse de l’évidence aigre,

l’exposé falsifié des vérités premières,

le combat des ennemis fictifs,

le ballet ridicule des lutteurs dans l’ombre,

les héros déterreurs d’artifice,

les combattants anciens aux nostalgies amères,

les veuves aux déplorations codées,

les orphelins en deuil exigeant leurs pensions,

les victimes sevrées de protection,

les blessés survivant à l’opprobre,

les infirmes riant de leurs jambes coupées,

les fervents des idoles utiles,

les doux adorateurs des messages funestes,

les marchands de vaincs illusions,

les négociateurs nés d’armistices falsifiés,

les profiteurs des batailles perdues,

les nécrophiles acteurs des épopées défuntes,

les spectres des confidents de l’ombre,

le survivant ultime aux rêves effacés.

Yves Mabin Chennevière

El arbol que tu olvidaste par Atahualpa Yupanqui


El arbol que tu olvidaste par Atahualpa Yupanqui

Atahualpa Yupanqui

L’arbre que tu as oublié se souvient toujours de toi
El árbol que tú olvidaste siempre se acuerda de ti

Et demande la nuit
Y le pregunta a la noche

Que vous soyez heureux ou non
Si serás o no felizLe ruisseau m’a dit
El arroyo me ha contado

Que l’arbre dit habituellement
Que el árbol suele decir

Qui s’éloigne recueille des plaintes
Quien se aleja junta quejas

Au lieu de rester ici
En vez de quedarse aquíVers qui va le monde
Al que se va par el mundo

ça se passe généralement comme ça
Suele sucederle así

Que le coeur aille avec un
Que el corazón va con uno

Et il faut souffrir
Y uno tiene que sufrir

Et l’arbre que tu as oublié
Y el árbol que tú olvidaste

Se souvient toujours de toi
Siempre se acuerda de tiPetit arbre de ma terre
Arbolito de mi tierra

J’aimerais te dire
Yo te quisiera decir

Qu’arrive-t-il à beaucoup
Que lo que a muchos les pasa

ça m’est aussi arrivé
También me ha pasado a mije ne veux pas qu’on me le dise
No quiero que me lo digan

Mais je dois l’entendre
Pero lo tengo que oír

Qui s’éloigne recueille des plaintes
Quien se aleja junta quejas

Au lieu de rester ici
En vez de quedarse aquí

RÉCRÉATION PAR LÉO FERRÉ


RÉCRÉATION PAR LÉO FERRÉ

Moi je serai putain et moi marchand d’oiseaux
Moi je vendrai des chapelets d’oraisons doubles
Et moi du chinchilla et moi des haricots
Moi je ferai de la politique en eau trouble

Moi je serai bico à
Asnières comm’ ça
Et moi je serai flic comme le fut mon père
Donne-lui donc à boire à c’ bico-là,
Pourquoi?
Moi je serai le président des pissotières

Moi je serai hôtess’ de l’air moi monte-en-1’air
Moi je serai du chiffre aux
Affair’s indigènes
Moi je mettrai des points sur les « i » moi derrièr’
Les jeunesse(s) en pépées j’irai filer la laine

Moi j’irai à
New
York apprendre à être con
Et reviendrai pour fair’ des cours aux camarades
Moi je serai laveur chez
Renault et toi donc?
Moi je regarde ailleurs une étoile malade…

Léo Ferré