CANIVEAUX PARALLELES DEVIANTS


CANIVEAUX PARALLELES DEVIANTS

De la clef du cantonnier jaillit la joie du matin sous mes genoux

Dans cette partie de trottoir le soleil est encore aux jeux de bains des oiseaux

l’ombrelle fermée n’a pas ouvert son langage flatteur autour d’un rien échafaudé par une influenceuse

et le bruit du balai de bouleau qui pousse le vomi de la nuit vénale sent l’eau de toilette

Assis je vois mes camarades rire d’avance aux bouchons qu’ils vont me téléphoner avec les bateaux de papier

Nous décidons de n’avoir jamais l’âge de ceux qui nous entourent de leur éteignoir

Garder le sein sorti des mers pour boire le pré-salé des passages de tropiques

Le petit Jean et Nini embarqués dans le même rire sur la vague scélérate

ce bleu tunisien que Matisse engrange et cloud aux portes des façades blanches

à l’inverse des buses mises par les paysans vosgiens durant mon séjour en exode au cours de la 2ème mondiale

« La Femme » précise le contour de l’ascèse où crayonne ma sensibilité

une autre nudité abolissant l’esprit dominateur actuel

Au poing du combat pour vivre propre

l’idée a disparu

qu’on en arrive à sortir l’étoile jaune pour la mettre au crématoire de la vérité correspondante

Trafic d’enfants, troc d’acides, prostitution de la vertu

Ce ria des marées fait triste caniveau de la Côte Atlantique qui passe au noir sans transition du blanc

Le nautonier n’est pas loin je passe à gué ma foi dans les bottes

fildefériste sur une guitare insoumise au chant veule.

Niala-Loisobleu – 22 Juillet 2021

DEPOLI ACTUEL POUR LA CLARTE D’AUTRE SAISON


DEPOLI ACTUEL

POUR LA CLARTE D’AUTRE SAISON

Des pas restés posés en arrière

l’attente mûrit

souterrainement

à la naissance incitée

au sourd des vagues

la grande toile manifeste des signes de marche

précisant l’idée de fond que les limbes poussent à sortir

Conjointement le grand Fauve s’est tourné au vent

il flaire pour son départ en chasse

en laissant le temps au temps

en réunion des sphères

l’énergie crache des vapeurs du pouls du poignet gauche

amenant le sensible à s’accorder aux mouvements de l’oiseau

l’ouverture tend la peau des percussions en graissant le piston des cuivres dans l’assise

pour un un final ?

Si l’oeuvre peut-être sortie de sa ganse

il y aura ascèse du personnage de « La Femme ».

Niala-Loisobleu – 22 Juillet 2021

LA POESIE DE JACQUES PREVERT


LA POESIE DE JACQUES PREVERT

 
La pensée humaine dans Fleurs et couronnes           Après la Seconde Guerre mondiale beaucoup de personnes se sont demandées comment la destruction et la brutalité de la guerre étaient arrivées. Des pays entiers étaient détruits, des familles étaient désunies, et des millions de juifs étaient morts. Dans le poème Fleurs et couronnes, il s’agit de la réponse de Prévert à cette question. Il déclare que le problème principal dans notre monde est que l’homme n’a pas l’esprit critique. La description des fleurs et des hommes dans la boue sert à exprimer cette idée.           Dans les premiers trente vers du poème, Prévert utilise les fleurs pour décrire comment l’homme traite sa capacité de pensée. Il commence par s’adresser à « Homme », l’humanité. « Tu as regardé la plus triste la plus morne des fleurs de la terre… Tu l’as appelé Pensée. » continue Prévert. « Pensée » est écrit avec des lettres majuscules parce que le mot ne représente pas seulement une fleur mais aussi la capacité humaine de penser. C’est une qualité dont l’homme est très fier et il se félicite de pouvoir le faire : « Pensée / C’était comme on dit bien observé / Bien pensé. » Lorsque les vers sur les fleurs continuent, on voit les défauts de l’homme qui pense et comment il le fait. L’homme s’est presque inextricablement attaché aux idées dangereuses qui ne tiennent pas sous une analyse rigoureuse. Elles sont les « sales fleurs qui ne vivent ni se ne se fanent jamais. » Ces fleurs qui s’appellent « immortelles » sont les idées défectueuses qui existent toujours dans la société : par exemple, le racisme, la xénophobie, et la haine des personnes différentes. Elles ne vivent pas parce qu’elles manquent de validité mais elles ne se fanent pas parce qu’elles ne disparaissent jamais. Cette contradiction montre comment elles persistent pour toujours. Prévert déteste ce fait et répond avec un sarcasme amer : « C’était bien fait pour elles… ».            L’homme décrit par Prévert manque totalement d’esprit critique. Sa manière de penser est la même que sa manière de donner des noms aux fleurs : il se préoccupe de se « [faire] plaisir ». Quelques fois, ses pensées sont simplement superficielles et peu importantes, comme quand il s’occupe de nommer les fleurs : «Mais le lilas tu l’as appelé lilas / Lilas c’était tout à fait ça / Lilas…Lilas ».  Ces mécanismes de la pensée sont vraiment superficiels et quand on lit ces vers et les répétitions du mot « lilas » on se moque de l’homme – il est dépeint comme un bouffon. Pour l’homme, les idées sont comme les femmes : il en veut des belles. La plupart du temps l’idiotie de cette pensée est anodine, mais d’autres fois elle est dangereuse. L’homme peut ignorer la raison et accepter des idées attirantes et horribles, les « immortelles », sans vraiment examiner leur validité. A l’époque où Prévert a écrit ce poème il venait de connaître les idéologies populaires pendant les années trente et quarante comme l’antisémitisme. Blâmer les juifs pour la dépression économique et d’autres problèmes en Europe était facile et commode (une belle idée) mais ce n’était pas soutenu par l’évidence.            Pourquoi est-ce que l’homme n’a pas d’esprit critique ? Prévert donne la réponse dans les prochains vers : l’avoir est difficile et ne lui convient pas. Pour Prévert, l’esprit critique a la possibilité de sauver l’humanité des idées destructrices. C’est la fleur « la plus grande la plus belle / Celle qui pousse toute droite sur le fumier de la misère ». L’homme appelle cette fleur « soleil » et « les savants [l’]appellent Hélianthe ».  Ces noms expriment les deux aspects de cette fleur. Elle est jaune comme le soleil – une source de lumière et de l’espoir qui chasse le noir et le mal, une force « vivante » et « brillante ». Elle est quelque chose d’énormément bon qui surgit de quelque chose de très mauvais et de répugnant : le fumier de la misère. Le vers suivant a un double sens qui introduit l’autre aspect de cette fleur : « Celle qui se dresse à côté des vieux ressorts rouillés. » « Se dresser » peut signifier s’opposer contre quelque chose d’injuste et le mot « ressort » peut signifier la force morale. Alors, la fleur sert à représenter une bonne force humaine. Mais aussi, ce vers a une interprétation beaucoup moins favorable : approcher cette bonne force n’est pas agréable parce que les obstacles autour d’elle qu’on doit surmonter ne sont pas beaux. La force morale de l’homme est « rouillé[e] », dégradée. Dans ce vers et les prochains, Prévert transmet l’idée du caractère désagréable de l’esprit critique :  Celle qui se dresse à côté des vieux ressorts rouillésÀ côté des vieux chiens mouillésÀ côté des vieux matelas éventrésÀ côté des baraques de planches où vivent les sous-alimentés Dans ce passage, on écoute et voit une image de laideur qui fait que l’homme soit mal à l’aise. L’allitération d’une consonne discordante, le r, dans « ressort rouillés » donne une idée de dureté. La répétition de la phrase « à côté des » suivi par des choses laides et la rime à la fin de chaque vers renforcent comment atteindre l’idéal de l’analyse rigoureuse qui est très pénible pour l’homme. Et cela est le vrai problème de l’homme : pour avoir l’esprit critique et s’approcher de la vérité, l’homme doit faire un choix très difficile. Il doit se débarrasser de ces conceptions simplistes du monde et s’efforcer de penser pour lui-même aux questions plus importantes que comment on doit appeler une fleur.           Un petit groupe de personnes, « les savants », prend la décision difficile de s’efforcer d’achever cet idéal. Le fait qu’ils appellent la fleur jaune Hélianthe indique la distinction entre eux et l’homme. Pendant qu’ils poursuivent le raisonnement rigoureux, l’homme l’évite. Pour l’homme cette fleur s’appelle « soleil », une force puissante, une source de lumière qu’on ne regarde pas. C’est-à-dire que l’homme reconnaît les bénéfices de cette fleur, mais il la traite comme quelque chose de trop pénible à regarder. Prévert donne une critique puissante de cette attitude :  Toi tu l’as appelée soleil…Soleil…Hélas ! hélas ! hélas ! et beaucoup de fois hélas !Qui regarde le soleil hein ?Qui regarde le soleil ?Personne ne regarde plus le soleil  Dans ce passage, il commence par parler à l’homme comme on parlerait à un enfant qui a fait un acte vraiment imprudent sans penser. Il est fâché et découragé par les actions de l’homme. Dans le denier vers la colère finit et il existe un sentiment de résignation : Prévert répond à sa question de rhétorique. Il comprend que l’homme, comme un enfant obstiné, n’a aucune intention de changer son attitude.           L’homme, alors, continue de s’attacher aux mauvaises idées. En continuant, Prévert tourne son attention de l’homme à un groupe d’hommes, les « hommes intelligents ». Ce sont les personnes qui sont faites pour avoir de l’esprit critique mais, contrairement aux savants, ne l’ont pas. Au lieu d’utiliser leur intellect, ils portent des idées immortelles dans leurs têtes comme « une fleur cancéreuse tubéreuse et méticuleuse à leur boutonnière ». Ces adjectifs créent une image des immortelles qui attaquent et vainquent les têtes humaines comme un cancer le ferait – méthodiquement et entièrement. Les hommes intelligents se persuadent qu’ils ont l’esprit critique mais ils ne l’ont pas vraiment. : « Ils se promènent en regardant par terre / Et ils pensent au ciel ». Ils imaginent qu’ils prennent le bien du ciel mais ils prennent réellement les sales idées immortelles. Leur pensée est vide et Prévert écrit d’un ton dédaigneux : « Ils pensent…Ils pensent…ils n’arrêtent pas de penser… ».            Ces hommes se baignent dans le mal de leurs simples conceptions et des idées immortelles. Elles sont comme la boue qui s’accroche à eux et d’où ils ne peuvent pas s’échapper : « Et ils marchent dans la boue des souvenirs dans la boue des regrets. » Ils se sont enlisés « dans les marécages du passé » d’où viennent les idées comme blâmer les juifs pour les difficultés du monde. Quand ces hommes avancent, ils ne le font pas vite mais « à grande peine ». La poésie de Prévert décrit de façon très vivante cette avance : « Et ils se traînent…ils traînent leurs chaînes / Et ils traînent les pieds au pas cadencé… » La répétition du mot « traînent » et les rimes entre « traînent » et « chaînes » et « pieds » et « cadencé » donnent une impression de mouvement lent et méthodique. Les hommes ne bougent pas vite parce qu’ils sont encore enchaînés aux idées du passé.           Ils habitent leur propre ciel, « leurs champs-élysées », où ils croient aux idées immortelles. Ces idées sont « la chanson mortuaire … [qu’] ils chantent à tue-tête », comme les idéologies qui recommandent de tuer les juifs. Mais il existe une contradiction là : ces hommes croient au raisonnement qu’on doit tuer les juifs parce qu’ils sont la cause des difficultés, mais ils ne veulent pas se débarrasser de leurs propres idées mortes. Ils exaltent leur propre capacité de penser – c’est « la fleur sacrée…La pensée ». Cette fleur est vraiment en mauvaise condition : « La sale maigre petite fleur / La fleur malade / La fleur aigre / La fleur toujours fanée ». Ils adorent le fait qu’ils peuvent raisonner mais ils ne reconnaissent pas qu’ils n’ont pas vraiment l’esprit critique.            En conclusion, Prévert utilise la métaphore de la fleur pour donner un aperçu de la pensée humaine. Ce n’est pas une belle description : l’homme choisit la piste la plus facile dans la vie. Il ne soumet pas les idées qu’il écoute à une analyse rigoureuse. Au lieu de faire cela, presque tous, même les intelligents, choisissent les idées les plus attirantes sans vraiment considérer leurs mérites. Le seul rayon d’espoir est que les intelligents – les personnes qui peuvent peut-être convaincre les autres de changer d’avis – avancent peu à peu, « à grand-peine. » Avec de la chance, un jour ils arriveront à pouvoir finalement abandonner les immortelles.

JET D’ART PAR ANASTASIA CHOQUET-VEITH


JET D’ART PAR ANASTASIA CHOQUET-VEITH

Sylphide l’esquisse

Soluble la roche

Sur le chevalet de notre art embaumé

Nuance subtile

Ou parodique

Ou spasmodique

Ou versatile

Choeur d’irraison

De séduction

De confusion

D’altercation

Coeur d’effusion

Comme le chuintement du crin

Sur un voile de lin tendu

Les pigments explosent

Et saturent les fibres

Et le fracas effluve l’union

De seins glacés et de roses flétries

Une reine butine l’essaim d’épines

Et cueille le miel de ma nausée

Un flanc brisé déclame sa peine

Aux

Parois

Amollies

Et

Brûlantes

Comme

Des baies de genièvre

En plein coeur

de l’Hiver

Les puanteurs d’acrylique se jettent sur le sol

Et marquent mes os de lavis chromatiques

A coup de fusain et d’or rose

De torchons pales et crasseux

Et l’eau colorée coule

En rigoles

Le long du ventre ou des épaules

Veinés de bleu de brun et de pourpre

Jet d’amour ou jet de haine

Craché en braille sur la palette

L’immonde et le sacré ont poussé en moi comme l’orage

Laque et poudres s’infiltrent

Et posent leur patine

Sur ma toile livide

Anastasia Choquet-Veith