EMBARQUE A DER


EMBARQUE A DER

Sortir l’effeure coupé des vases et courir comme la loutre qui nage atout rire

par l’aiguille du peint s’allonge la douceur des pieds

en crique qui a l’encre des mots Estérel

et le bleu du doux accent d’oc

la tuile ronde pour garder la tomette au frais au virage d’humeur

Et comme à Brive va gaillard hisser la voile de ton bateau de nuit avec Jean Max.

Niala-Loisobleu – 21 Juillet 2021


FEMME A LA BLONDE AISSELLE COIFFANT SA CHEVELURE A LA LUEUR DES ÉTOILES – CONSTELLATION PAR ANDRÉ BRETON

FEMME A LA BLONDE AISSELLE COIFFANT SA CHEVELURE A LA LUEUR DES ÉTOILES – CONSTELLATION PAR ANDRÉ BRETON

Qu’y a-t-il entre cette cavité sans profondeur tant la pente en est douce à croire que c’est sur elle que s’est moulé le baiser, qu’y a-t-il entre elle et cette savane
déroulant imperturbablement au-dessus de nous ses sphères de lucioles?
Qui sait, peut-être le reflet des ramures du cerf dans l’eau troublée qu’il va boire parmi les tournoiements en nappes du pollen et l’amant luge tout doucement vers l’extase.
Que sous le pouvoir du peigne cette masse fluide, mûrement brassée de sarrasin et d’avoine, tout au long épinglée de décharges électriques, n’est pas plus
confondant dans sa chute le torrent qui bondit couleur de rouille à chaque détour du parc du château de
Fougères aux treize tours par la grâce du geste qui découvre et recouvre le nid sournoisement tramé des vrilles de la clématite.

André Breton

TAPIE ROUGE


TAPIE ROUGE

J’ai fait le marché ce matin

au banc de ma fruitière pour afficher des images estivales

Melons d’eau pour désaltérer la ligne de vie

Sous les arbres le fleuve tient à la rive

il y aura de belles figues

Un oiseau pique une tête

la branche s’est redressée

Voici l’abeille qui cale hisse

un petit faon a traversé l’allée sans s’arrêter

Le violon d’Henri connaît l’archet qui me donne la chair de poule

de ce rouge où elle lève la senteur de son bouquet je glisse la langue sur ses hanches

et vais faire un plein des sens

pompe à des seins.

Niala-Loisobleu – 21 Juillet 2021

CONQUÊTE DE L’AUBE PAR AIME CÉSAIRE


Aimé Césaire

CONQUÊTE DE L’AUBE PAR AIME CÉSAIRE

Nous mourons notre mort dans des forêts d’eucalyptus géants dorlotant des échouages de paquebots saugrenus,

dans le pays où croître

drosera irrespirable

pâturant aux embouchures des clartés somnambules

ivre

très ivre guirlande arrachant démonstrativement

nos pétales sonores

dans la pluie campanulaire de sang bleu,

Nous mourons

avec des regards croissant en amours extatiques dans des

salles vermoulues, sans parole de barrage dans nos poches, comme une île

qui sombre dans l’explosion brumeuse de ses polypes –

le soir,

Nous mourons

parmi les substances vivantes renflées anecdotiquement de préméditations

arborisées qui seulement jubilent, qui seulement s’insinuent au cœur même

de nos cris, qui seulement se feuillent de voix d’enfant,

qui seulement rampent au large des paupières dans la marche percée

des sacrés myriapodes des larmes silencieuses,

Nous mourons d’une mort blanche fleurissant de mosquées son poitrail d’absence splendide où l’araignée de perles salive son ardente mélancolie de monère
convul-sive

dans l’inénarrable conversion de la
Fin.

Merveilleuse mort de rien.

Une écluse alimentée aux sources les plus secrètes de

l’arbre du voyageur s’évase en croupe de gazelle inattentive

Merveilleuse mort de rien

Les sourires échappés au lasso des complaisances

écoulent sans prix les bijoux de leur enfance

au plus fort de la foire des sensitives en tablier d’ange

dans la saison liminaire de ma voix

sur la pente douce de ma voix

à tue-tête

pour s’endormir.

Merveilleuse mort de rien

Ah ! l’aigrette déposée des orgueils puérils les tendresses devinées

voici aux portes plus polies que les genoux de la prostitution-le château des rosées – mon rêve où j’adore du dessèchement des cœurs inutiles

(sauf du triangle orchidal qui saigne violent comme le

silence des basses terres) jaillir

dans une gloire de trompettes libres à l’écorce écarlate cœur non crémeux, dérobant à la voix large des précipices d’incendiaires et capiteux tumultes de
cavalcade.

Aimé Césaire