LE FEU – ARAGON/ MARC OGERET


LE FEU – ARAGON/ MARC OGERET

Mon Dieu, mon Dieu, cela ne s’éteint pas
Toute ma forêt, je suis là qui brûle
J’avais pris ce feu pour le crépuscule
Je croyais mon cœur à son dernier pas.
J’attendais toujours le jour d’être cendre
Je lisais vieillir où brise l’osier
Je guettais l’instant d’après le brasier
J’écoutais le chant des cendres, descendre.

J’étais du couteau, de l’âge égorgé
Je portais mes doigts où vivre me saigne
Mesurant ainsi la fin de mon règne
Le peu qu’il me reste et le rien que j’ai.
Mais puisqu’il faut bien que douleur s’achève
Parfois j’y prenais mon contentement
Pariant sur l’ombre et sur le moment
Où la porte ouvrant, déchire le rêve.

Mais j’ai beau vouloir en avoir fini
Chercher dans ce corps l’alarme et l’alerte
L’absence et la nuit, l’abîme et la perte
J’en porte dans moi le profond déni.
Il s’y lève un vent qui tient du prodige
L’approche de toi qui me fait printemps
Je n’ai jamais eu de ma vie autant
Même entre tes bras, aujourd’hui vertige.
Le souffrir d’aimer flamme perpétue
En moi l’incendie étend ses ravages
A rien n’a servi, ni le temps, ni l’âge
Mon âme, mon âme, où m’entraînes-tu ?
Où m’entraînes-tu ?

Louis Aragon

SOLEIL OUTRE MER


SOLEIL OUTRE MER

Entre bruit d’eau et vent debout le rocher sort la tête

pour s’offrir aux embruns plus loin que le nombril

Le repas tire à sa faim

le jeu des oiseaux-marins

Ma Mie

sortons un peu plus loin que le ballet du phare atteint

Ils suivront leur chemin d’un bord à l’autre de leurs rives

Laisse ta robe ici j’emporte pas mon chapeau, là où je tant vole on en aura pas besoin c’est pas malsain de dogme, l’ostensoir de tes seins dégage du brouillard, puis à la baie des anges marri na est absent

C’est Mon Echo et son rocher qui rallient

où l’aqua rit home marche sans palais dans la trace du Grand Fauve.

Niala-Loisobleu – 18 Juillet 2021

LA MAIN, EN ÉCRIVANT PAR DOMINIQUE SAMPIERO


LA MAIN, EN ÉCRIVANT PAR DOMINIQUE SAMPIERO

La main est le berger de l’ombre.
L’ombre des mots.
L’ombre de rien.
Elle rassemble.
Une île entre le visible et l’invisible.
C’est par là qu’elle touche les morts, qu’elle les caresse et leur parle.
Ils posent leur front glacé entre nos doigts.
C’est la mémoire des outils, des courbatures.
Des gestes vers la terre.
Et l’on se surprend à tracer dans l’air des arabesques de semailles, à abattre des arbres de verre.
A détourner des rivières muettes.
La main sait tout
Le mouvement du pain.
Les poutres sur l’épaule.
Conduire les troupeaux.
Cueillir, toucher, ouvrir.
Quand trop de lumière aveugle, la main couvre, incline et l’espace se referme.
Est-ce la pierre qui a façonné la paume, la rivière, l’arbre?
Est-ce le ciel, la montagne ou la crevasse ?

La main a les odeurs du monde en son ventre, elle ruisselle, elle pleure de toutes ses eaux, et les pluies gémissent entre ses doigts.
Elle est une jeune fille sortie de l’eau du corps, du bleu liquide de la nuit.
Elle embrasse le soleil au plus haut de ses lèvres.
Et son rire gicle sur le dos des bêtes.
Elle est l’autre côté.
Elle connaît le début, la fin.
Et pire.

La main hurle debout, quitte le sol, ses nœuds et ses grilles s’enchevêtrent.
On entend encore son souffle dans le plus petit mot.
Son halètement, ses peurs.
Elle est le fruit d’un soupir.
Un geste de l’âme vers le corps pour marquer une entente.
Un rire sur le dos du monde qui se gratte.
Une fête de première fois.

Elle est cette vieille idée sur le visage de
Dieu pour raconter à l’homme comment lui-même s’est ouvert en deux.

La main nous console de tout ce sang séparé.
Elle s’accouple sans cesse et sa robe rouge couche dans ses coutures la grâce violente des retrouvailles.

Elle est la très vieille mémoire du quatre pattes, terre sous le sexe, ciel sur le dos.
Ce qui sans cesse nous bouscule entre le chien et le dieu.

Elle étrangle, elle arrache et dresse tous ses muscles à bâtir le corps qui n’est plus le corps.

Quand les mains frappent l’enfant, elles le tuent deux fois — une fois dans sa chair, une fois dans son âme.
Le nouveau venu est au pays des morts.
Il doit traverser sa vie avant de l’atteindre comme un voyageur aveugle. Égaré.

La main sèche les larmes quand sont venus les étour-neaux de nos douleurs et qu’ils nous crèvent les yeux jusqu’à les picorer.
La main ferme les plaies.
Comme
A-t-elle retrouvé en son sang les cris, les mots rentrés du corps dans la lumière?

Dominique Sampiero

PAR LA ROUTE QUI VA SANS SE TROMPER D’ADRESSE


PAR LA ROUTE QUI VA SANS SE TROMPER D’ADRESSE

L’aile estivale sans suivre le Bison autrement qu’à la corne d’abondance, un rouge et la file des vacances quittés dès le départ.

J’ai sorti l’antenne de bout-sol pour arriver à bon pore sans me tromper d’adresse

Et chemin faisant l’Hélène d’un Cadou de mariage revenant

mon corps agite sa danse en mille bornes, à chaque étape la St-Jacques donnant le gîte en sa coquille

Je ne résiste pas à l’attire anse et mouille le doigt au bon vent en rebranchant la Cinquième Saison au G.P.S.

LA CINQUIEME SAISON – RENE GUY CADOU

‘il faut nommer le ciel je commence par toi 

Je reconnais tes mains à la forme du toit 

L’été je dors dans la grange de tes épaules 

Les hirondelles de ta poitrine me frôlent 

Dressées contre ma joue les tiges de ton sang 

Le rideau de ta chevelure qui descend 

Je te cache pour moi dans la ruche des flammes

Reine du feu parmi les frelons noirs des âmes 

Par l’automne épargné tes yeux sont toujours verts 

Les fleuves continuent de passer au travers

Ton souffle achève au loin le clapotis des plaines 

On ne sait plus si c’est le soir ou ton haleine 

En hiver tu secoues la neige de ton front 

Tu es la tache lumineuse du plafond 

Et je ferme au-delà des mers le paysage 

Avec les hautes falaises de ton visage 

L’étrave du printemps glisse entre tes genoux 

Lentement le soleil s’est approché de nous. 

Tu traverses la nuit plus douce que la lampe

Tes doigts frêles battant les vitres de ma tempe

Je partage avec toi la cinquième saison 

La fleur la branche et l’aile au bord de la maison 

Les grands espaces bleus qui cernent ma jeunesse

Sur le mur le dernier reflet d’une caresse. 

Et quand j’arrive tous ces mots qui descendent de ta chemise disent crument que le soleil qui brille là et sans ombre aucune.

Niala-Loisobleu – 18 Juillet 2021

LE PONT ET LE PARFUM REVENU


LE PONT ET LE PARFUM REVENU

Au lotus penché le chien greffe l’air neuf de sa joie matinale

et l’onde, éther n’aile, frissonne sous la robe de ta chambre

fenêtre ouverte sur le bistre d’un rose ancien qui conduit la rosée aurorale à abreuver l’herbe

Au loin des monts se penchent à la suite du vol que l’oiseau ouvre dans ces odeurs de boutons qui s’ouvrent

Allongée sur les jeunes nessains du banc, l’écaille nielle son conte à la lueur de tes yeux qui racontent d’une voix forte

Estampe japonaise qui vient érotiser ta peau détendue dans les soies de cet arbre qui ne te lâche pas.

Niala-Loisobleu – 18 Juillet 2021