Jacques Bertin : Les Biefs


Jacques Bertin : Les Biefs

Le soir
Quand vous basculez dans le ciel
Vers votre aventure nocturne
Je voudrais retenir qui j’aime
Il est trop tard
Les biefs sont fermés
Serai-je aussi seul avec le chant des peupliers
Quand il n’y aura plus personne sur la terre ?

Le soir
Quand vous basculez dans le ciel
– Espoir ourlé de ses chagrins –
Je vous dessine de la main
Les biefs du cœur
Ne sont qu’assoupis
Le chant des arbres, c’est la vie qui nous tient réunis
Je suis partout, veillant sur vous, sur cette terre

Le soir
Quand vous basculez dans le ciel
Le front brûlé au lendemain
Je suis l’air et le vent dormant
Les biefs du cœur
Tremblent jusqu’au matin
Il me suffit que vous me sachiez attentif dans l’ombre
Je ne suis jamais seul. Vous ne m’oubliez pas

LA CROIX DE LA ROSE ROUGE PAR LOYS MASSON (Extraits)


LA CROIX DE LA ROSE ROUGE PAR LOYS MASSON (Extraits)

Poitrine de l’olivier où l’arbre de patience est en son plus doux caressé par le temps d’aventure.
Je m’y suis taillé un pan d’écorce

À votre semblance autrefois quand dans votre front l’été se cherchait encore —je l’ai enflammé ;

Un brasier très pur comme d’un holocauste plein de signes et de chants morts, j’y ai promené l’ombre de mes mains

Longtemps pour qu’elles soient sauves de toute tache et puis j’ai écrit à destination des sereins épan-deurs de joie votre nom tel qu’il était avant le lever du vent
d’angoisse:

Avant moi.

Je n’ai jamais connu dans sa vérité ce qui m’était cher;

je brûlais d’absolu je m’inventais nécessaire

à son devenir.
C’était hier.

Je passais près de la source sans voir le rouge-gorge y boire

en silence, économe de sa chanson pour ses amours du soir ;

je n’écoutais que la rumeur là-bas de l’embouchure mariage en moi de l’onde et du divin de la mer.
Maintenant à ces jours morts qui tombent de mes épaules sans même rider l’eau je possède le dur savoir ;

Le pain des joies ne se fait que du levain de l’aléatoire : pour l’avoir ignoré je meurs de faim.
Temps enfui.

Chacun à l’heure d’aimer regarde le soleil en face tel l’aigle en sa légende

et puis ferme les yeux sur une étoile du tard, l’humble et l’habile

la tamisante qui fait durer l’espoir en son leurre, le tranquille.

J’ai regardé jusqu’au vertige.

Temps enfui, cristal rebondissant en son écho de cristal en cristal, aveugle désormais de ne mirer que le convexe et l’oblique.

De lourds loriots anciens, cendres de leur chant encore convoient le matin vers son nom d’été.

Le révolu vit de proies humbles endormies sous le sommeil des haies ; il n’est là que pour témoigner

d’un homme parti de lui-même depuis plusieurs années.

La cécité des larmes est la plus profonde ces yeux dans les yeux qui en calme tumulte ne fixent que l’amour et la mort.

Christ, nuit d’Orphée, syllabe arrêtée du chant d’adieu, hier y ressuscitait dans le remords
Eurydice ;

où maintenant est-il?
Je tourne et tourne en vain dans de rondes ténèbres.
Où sont sa croix, ailes clouées du
Verbe, et mon reniement

qui l’avait plantée ?
Je ne sais.

Déferlement d’eau longue : la mémoire ne s’oriente plus et s’aveugle.

Qu’ai-je été, qu’ai-je désiré, quelle est cette ombre

un matin venue avec l’aube m’aborder pour me rendre si seul ?

Déferlement, déferlement d’eau longue ; j’y ai perdu jusqu’au toucher, je ne peux même plus en suivre le contour.

Ni ombre peut-être ni personne : seulement un dessin de mon souffle

sur une vitre tachée, ma jeunesse.

Chacun du sel de ses larmes sécrète peu à peu lucidement sa tombe.

Où se dresse la mienne et quelle est-elle

au bout de quel sentier du vent?

Je me souviens à peine, comme au fond d’une autre vie, d’effluves tendres

qui me guidaient vers ma fin, me bâtissaient ma prison à la fois d’immobilité et d’audace

et de lendemain.

Comme au fond des sargasses d’une autre vie.
Comme aux marches d’une éternité que je ne gravirai qu’à reculons

condamné à ne jamais montrer mon visage aux étoiles de rémission.

La ronce dans midi se déchire à son ombre saigne petit christ d’interdit

humilié, loin des passions non permises

à qui ne pouvait accueillir la rosée d’aube

qu’en la blessant.

Mon regard malgré lui se fait lance

avide à raviver la poitrine

du rouge-gorge qui déjà mélancolie

chantait frileux sur notre jeunesse

fil à fil s’en allant.

Au poème tombeau d’Arimafhie

que n’avons-nous mis à dormir le temps d’étreinte

afin qu’il ressuscitât un matin,

de grand matin ?

Loys Masson

TE AMO – PABLO NERUDA


Pablo Neruda, Te AmoJe t’aime

Je t’aime d’une façon inexplicable.

Dans une façon inconfessable

D’une façon contradictoire.

Je t’aime

Avec mes états d’âme qui sont multiples et, changent l’humeur continuellement.

Pour ce que tu sais déjà ,

Le temps.

La vie.

La mort.

Je t’aime, avec le monde qui ne comprends pas.

Avec des gens qui ne comprennent pas.

Avec l’ambivalence de mon âme

Avec l’incohérence de mes actions,

Avec la fatalité du destin.

Avec la conspiration du désir.

Avec l’ambiguïté des faits.

Même quand je dis que je ne t’aime pas je t’aime.

Alors quand je te trompe, je ne te trompe pas.

Au fond de moi même je fais un plan, de t’aimer … mieux.

Eh bien, même si tu ne le crois pas, ma peau extrêmement étrange l’absence de votre peau.

Je t’aime.

Sans penser, inconsciemment, irresponsablement, spontanément involontairement instinctivement par impulsion , irrationnellement.

En fait je n’ai pas d’arguments logiques, ni même improvisés pour le soutien de cet amour que je ressens pour toi,qui a émergé mystérieusement,de nulle part , que , par magie, rien n’a guéri

et que miraculeusement, lentement, peu a peu avec peu et rien a amélioré le pire de moi.

Je t’aime.

Je t’aime avec un corps que ne pense pas ,avec un coeur qui ne raisonne pas,

avec une tête qui ne coordonne pas.

Je t’aime incompréhensiblement.

Sans me demander pourquoi je t’aime.Indépendamment des raisons je t’aime.

Sans remettre en question pourquoi je t’aime

.Je t’aime tout simplement parce que je t’aime.

Moi, je ne sais pas pourquoi t’aime.

Pablo Neruda,

GARE-CENTRALE


GARE-CENTRALE

Du triage l’aiguilleur assemble le départ du voyage

tampons en traverses

boogie-woogie en transes le long des hanches

Pas de marchandises que des wagons-couchettes à couloir de l’amor

Sur le porte-bagage les fesses aux pédales traversent les pas perdus

et frauduleuses consignes

pour redonner aux meuhs le mouvement du passage librement amoureux

pis allées et venues

Sur la locomotive l’oiseau siffle comme un merle perché aux cerises

du wagon-bar on amène le rafraîchissement d’un changement profilé malgré l’abstention marquée

Sur la plage désabusés les lâches du civisme jouent à qui perd gagne la claque méritée sur le pif

Nous debout, le cheval sort le petit corbillard de la condamnation royale

La France ne marchera jamais au pas du con finement en embuscade.

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021