LA JOURNÉE AU SOLEIL PAR CLAUDE ROY


LA JOURNÉE AU SOLEIL PAR CLAUDE ROY

La mer dès le matin avait tant à nous dire

Je n’écoutais que toi Elle avait beau fourrer son museau dans mes mains

rabâcher son histoire sauter à notre cou, nous mordre, nous lécher

pour elle j’étais sourd

Je n’écoutais que toi ton souffle ton odeur

ta façon d’être là ton corps qui se baignait dans l’écume du lit

tes seins de magnolia Je plongeais replongeais dans ta tiédeur salée

et je perdais haleine

La mer et le soleil à n’en jamais finir avaient beau chuchoter faufiler leurs chansons à travers la persienne je n’écoutais que toi

Avant de s’endormir les amants au long cours le soleil en allé

dans le noir en parlant font de leur alentour un jardin plein d’allées

Ils y marchent longtemps ayant doucement dit

au cœur opérateur de rejouer pour eux le film au ralenti

de leur ancien bonheur

Pellicule rayée et qui se décolore

jadis s’est transmué à l’envers du présent si parlant et sonore

en cinéma muet

Mais les amants voguant au fil de la nuit lente bras dessus bras dessous

aiment ce cinéma que la mémoire invente et le soleil dissout

J’étais plus que la mer entêté à te mordre toi plus nue dans mes bras

que la mer et le ciel et le vent et la mer toi qui n’étais que toi.

Claude Roy

Paradis terrestre – Gérard Manset


Paradis terrestre – Gérard Manset

Hier, en traversant la rue


Je me suis reconnu
Tête nue
Méconnu
J’ai changé de trottoir avec dix ans de plus

Je me suis rattrapé
Quelques instants plus tard
C’est bizarre
Je suis passé devant moi sans me voir

Le paradis terrestre
Voyez ce qu’il en reste
C’est une terre aride
Les yeux perdus au fond des rides
C’est un chemin plus difficile qu’on ne croit
C’est un chemin de croix

Je me suis rattrapé ce soir-là dans une impasse
Où l’on passe
Tête basse
Je me suis retourné pour bien me voir en face

Je me suis pris la gorge
J’ai serré
J’ai serré
J’essaierai
D’être meilleur ou pire à l’avenir
Mais qui sait ce qu’il va devenir

Le paradis terrestre
Voyez ce qu’il en reste
C’est une terre aride
Les yeux perdus au fond des rides
C’est un chemin plus difficile qu’on ne croit
C’est un chemin de croix

Hier, en traversant la rue
Je me suis souvenu
D’avoir vu
Tête nue,
Quelqu’un qui ne me semblait pas inconnu

Je ne me suis revu qu’une fois l’année dernière
J’avais l’air
D’être en l’air
A quelques centimètres au-dessus de la terre

C’est une terre aride
Les yeux perdus au fond des rides
C’est un chemin plus difficile qu’on ne croit
C’est un chemin de croix

C’est une terre aride
Les yeux perdus au fond des rides
C’est un chemin plus difficile qu’on ne croit
C’est un chemin de croix

DE L’ÂNE A L’ANALYSTE ET RETOUR par JOYCE MANSOUR


DE L’ÂNE A L’ANALYSTE ET RETOUR

par

JOYCE MANSOUR

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Il était une fois

Un roi nommé
Midas

Aux dix doigts coupables

Aux dix doigts capables

Et aurifères

Freud parlant du grand roi mythique dit

Tout ce que je touche devient

Immondices

Aux
Indes on dit que l’avarice

Niche dans l’anus

Or
Midas avait des oreilles d’âne

Ane anus anal

Dans «
Peau d’Ane » de
Perrault

Le héros anal

Le roi amoureux de sa fille

Le pénis fécal

Le sadique au sourire si doux

Possède l’âne qui vivant

Crache de l’or par l’anus

Et qui mort servira de bouclier contre

L’inceste

Jeux de miroirs

De verre et de vair

D’or et d’excréments

D’anneaux et d’anels

Anamorphoses

Dans le casino de l’inconscient

Le pénis paternel

Fait le guide

Voyez ô voyez

La peau de l’âne

La fortune du roi présente et future

Sur le dos de la princesse fait le mort

Ainsi l’or pur devient l’ordure

Tel le phallus scintillant enrobé de foutre gris

La princesse attend pour se dévêtir que le danger de

l’inceste
Passe

Bottom de
Shakespeare fut âne l’espace d’un songe
Ainsi va la nuit et ma petite chanson : âne

anus

anal

analyse

analyste

analogue

Joyce Mansour