LONG DE CÔTE


LONG DE CÔTE

Au penché du bruit des vagues

l’oreille au coquillage

l’horizon bombe sa poitrine

tandis que la maison s’arrime l’âme à la folle avoine

Bleu vers le retour du soleil

interrompu par une averse

qui dresse le fané

de son éternel sauvage espoir

les nuages ne sont pas à craindre

Niala-Loisobleu – 29 Mai 2021

MAGIE QUOTIDIENNE


MAGIE QUOTIDIENNE

Entre le jour et la nuit il y a l’épaisseur d’un carreau dans lequel la lumière se dresse comme autant de hautes fougères.

Au ras du sol, les feuilles les plus lisses se préparent à recevoir le soleil qui va passer de l’une à l’autre en allumant les fanaux de la rosée.

Les sources se contractent de tout leur ventre

à mesure que le matin marche sur elles

et les herbes fumantes d’aube se séparent

pour mieux sentir le poids de chaque éclat de clarté.

Soudain les oiseaux font une pause

parce que leur cœur bat plus fort que leur chant,

les trains sortent de la nuit

comme de la plus grande gare du monde.

Et c’est le jour porté de hauteur en hauteur, renversé dans les lits de la verdure.
Le monde est enfin clair comme une goutte où la lumière tombe, frappée de vertige.

La campagne s’abandonne au premier ruisseau venu.
C’est contre ses berges, c’est par-dessus son eau qu’elle arrondit sa pleine poitrine d’herbes, c’est en lui qu’elle se sent la plus nue.

On passerait sa vie à rester immobile

loin des villages caillés, loin des routes trop sûres,

avec la respiration du jour sur le visage,

avec le bleu du ciel dans la bouche entr’ouverte.

On voudrait mourir ici

avec le soleil soudé aux yeux comme une applique, avec la tête prise dans la grande maille de l’espace, avec au cou le collier des moissons.

Mais je reste tout entier dans la pierre que le silence a jetée du haut du monde, retenu seulement par le fil que mon cœur tend à mon poignet.

Lucien Becker

PAR LA LUNE CARNE


PAR LA LUNE CARNE

Cette foi

pleine pour de vrai

la pleine-lune lui fait tout sourire

Sur le bord de la mansarde

dans l’oeil-de-boeuf

du plus beau pâturage

l’oiseau

vît son plus beau rêve

Dans la clarté d’un soleil plein-phares tout y était, la pinède, les dunes, les cabines à rayures, le rire des enfants, la vigne à piquette et les hanches de la côte-sauvage lui tenant le corps à l’écume

Ah cheval de matinale

sacré french-cancan !

Niala-Loisobleu – 29 Mai 2021

LA CINQUIEME SAISON- RENE GUY CADOU


LA CINQUIEME SAISON – RENE GUY CADOU

‘il faut nommer le ciel je commence par toi 

Je reconnais tes mains à la forme du toit 

L’été je dors dans la grange de tes épaules 

Les hirondelles de ta poitrine me frôlent 

Dressées contre ma joue les tiges de ton sang 

Le rideau de ta chevelure qui descend 

Je te cache pour moi dans la ruche des flammes

Reine du feu parmi les frelons noirs des âmes 

Par l’automne épargné tes yeux sont toujours verts 

Les fleuves continuent de passer au travers

Ton souffle achève au loin le clapotis des plaines 

On ne sait plus si c’est le soir ou ton haleine 

En hiver tu secoues la neige de ton front 

Tu es la tache lumineuse du plafond 

Et je ferme au-delà des mers le paysage 

Avec les hautes falaises de ton visage 

L’étrave du printemps glisse entre tes genoux 

Lentement le soleil s’est approché de nous. 

Tu traverses la nuit plus douce que la lampe

Tes doigts frêles battant les vitres de ma tempe

Je partage avec toi la cinquième saison 

La fleur la branche et l’aile au bord de la maison 

Les grands espaces bleus qui cernent ma jeunesse

Sur le mur le dernier reflet d’une caresse. 

VENUES DE LA CHANSON DE CADOU


VENUES DE LA CHANSON DE CADOU

A l’angle gardant l’endroit bien clos, l’abondante Barbara, ma clématite saute gaillarde et touffarde de son bleu qui a du croiser un jour de poésie, en traversant un pré de lavande

J’avais du rouge de Cadou à la boutonnière

le soleil qui se faisait rare en a eu quelque jalousie

au point de s’asseoir au premier rang pour se faire voir

Alors j’ai ri comme une Pâques de gamin courant l’herbe pour trouver l’oeuf, avec l’idée de nettoyer les pieds de la terrasse

Karcher, jeu d’ô joue Vivaldi

Pile ou face ?

Les fesses resteront debout le temps de descendre jusqu’à la grille après être passé entre tous les pots

Quand il est descendu le store, il en revenait pas

Confiné depuis des couvre-feu et autorisation à produire depuis un temps si long qu’il en avait perdu la vision du jardin

Chacun sa fête

La mienne fut telle qu’il en reste à vouloir la raconter

Un rapport physique associé au plaisir de mon âme, voilà j’appelle ça, dans mon vocabulaire, faire l’amour et en jouir de tout ce qui s’appelle vivre bien

Niala-Loisobleu – 28 Mai 2021

HAUTE-COUR


HAUTE-COUR

Une colline, quelques poules et mon peint saut

j’ai fermé les yeux

Des fleurs partout

ah l’odeur de peau qui refuse de céder à la fatigue

Dans l’arbre mes reins relèvent la crête

pour emmener le fond du jardin plus loin à vol d’oiseau

Ailleurs où le foisonnant d’herbe

parle le chien sans que l’écume du jour s’en étonne.

Niala-Loisobleu – 27 Mai 2021

LETTRE A MARIE – JACQUES REDA


   
  
  

LETTRE A MARIE – JACQUES REDA

Vous m’écrivez qu’on vient de supprimer le petit train d’intérêt local qui, les jours de marché, passait couvert de poudre et les roues fleuries de luzerne.
Devant le portail des casernes et des couvents.
Nous n’avions jamais vu la mer.
Mais de simples champs d’herbe
Couraient à hauteur de nos yeux ouverts dans les
jonquilles.
Et nos effrois c’étaient les têtes de cire du musée,
Le parc profond, les clairons des soldats,
Ou bien ce cheval mort pareil à un buisson de roses.
Des processions de folle avoine nous guidaient
Vers les petites gares aux vitres maintenant crevées,
Abandonnées sans rails à l’indécision de l’espace
Et à la justice du temps qui relègue et oublie
Tant de bonheurs désaffectés sous la ronce et la rouille.
Depuis, nous avons vu la mer surgir à la fenêtre des
rapides
Et d’autres voix nous ont nommés, perdus en des jardins.
Mais votre verger a gardé dans l’eau de sa fontaine
Le passé transparent d’où vous nous souriez toujours


Les bras chargés d’enfants et de cerises.

Je pense aux jours d’été où vous n’osez ouvrir un livre

À cause de ce désarroi de cloches sur les toits.

N’oubliez pas.

Dites comme nos mains furent fragiles dans la vôtre —

Et qu’ont-ils fait de la vieille locomotive ?

Jacques Réda