PAR LE RATELIER DU FENIL


PAR LE RATELIER DU FENIL

Cette odeur d’herbe râtelée

au tiroir plein de Juin tiré à soi

le cheval qui piaffe aux bas-flans d’un été proche

l’armoire du grenier pleine de bras épincés au seoir allume ses feux de position

Le fruit rouge dégoupille

au verger naturiste prêt à exploser à la vague la plus haute

ce mutin papillon en déployant ses lèvres pour voler par-dessus les sables-mouvants

Mélusine jardine

du grand-bassin qui irrigue l’océan par l’estuaire

et la felouque sur le front penche sa mèche en relevant l’épaule

de cet appétit à tomber le sein en même tant que les jarretelles des légumes verts.

Les moutons ont désertés la foule pour s’engager dans la marine.

Niala-Loisobleu – 31 Mai 2021

LA SOLITUDE – RENE GUY CADOU


LA SOLITUDE – RENE GUY CADOU

Avec une feuille tombée
Avec le trop plein d’un seau
Avec cette lampe aux œufs d’or
Sur la desserte de la neige
Quand il a bien fait froid dehors
Avec une route où s’avance
Un cheval qui n’est pas d’ici
Avec l’enfant glacé tout seul
Dans un autocar de rêve
Avec des villes consumées
Dans le désert de ma mémoire
Un ciel d’épines et de craie
Où le soleil ne vient plus boire
Avec l’idiot désemparé
Devant ses mains qui le prolongent
Et dont le cœur comme une oronge
Suscite un désir de forêt
Avec toi qui me dissimules
Sous les tentures de ta chair
Je recommence le monde.

(René-Guy CADOU, Les sept péchés capitaux, 1949)

DU BOUTON


DU BOUTON

Col ouvert , la poitrine sortie du coin sombre, le bouton relève le nez, il a vu les rares hirondelles qui s’en sont échappées. Elles sont trois à discuter sur le fil du temps où elles venaient en bande à cet endroit. Un chat se glisse sous la haie, sans bruit mais à dessein. Je suis là, tu es juste en face, le linge propre étendu claque au vent. Une meule déchire le silence, sale môme. Mais le bavardage s’écarte, tu viens de défaire un troisième bouton. L’oiseau pique une tête, hum il a soif. Les derniers iris penchent comme une couleur franche d’un passage d’ocre, Vincent a l’oreille entre les barreaux , sa main serre le haut de la robe de l’asile qui le retient au fond des gros ormeaux, fou allié à une espèce de bonheur qui n’a toujours pas trouvé de mots d’explication. On enferme les innocents plus naturellement que les psychopathes collectionneurs de crimes en tous genres. Le marchand de glaces crie aux vies triées. Le dernier bouton me coupe un instant le souffle. Ce que tu éclos n’a pas de nom tellement c’est beau. Comme ça nu tout simple, sans truc d’emballage. Le reste en accordéon me jette à l’eau dans la joie de la nage.

Niala-Loisobleu – 31 Mai 2021

LES MAINS D’OR PAR JULIETTE GRECO (LAVILLIERS)


LES MAINS D’OR PAR JULIETTE GRECO (LAVILLIERS)

Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminée muettes – portails verrouillés
Wagons immobiles – tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé

On dirait – la nuit – de vieux châteaux forts
Bouffés par les ronces – le gel et la mort
Un grand vent glacial fait grincer les dents
Monstre de métal qui va dérivant

J’voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or
Travailler encore – travailler encore
Acier rouge et mains d’or

J’ai passé ma vie là – dans ce laminoir
Mes poumons – mon sang et mes colères noires
Horizons barrés là – les soleils très rares
Comme une tranchée rouge saignée rouge saignée sur l’espoir

On dirait – le soir – des navires de guerre
Battus par les vagues – rongés par la mer
Tombés sur le flan – giflés des marées
Vaincus par l’argent – les monstres d’acier

J’voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or
Travailler encore – travailler encore
Acier rouge et mains d’or

J’peux plus exister là
J’peux plus habiter là
Je sers plus à rien – moi
Y a plus rien à faire
Quand je fais plus rien – moi
Je coûte moins cher – moi
Que quand je travaillais – moi
D’après les experts

J’me tuais à produire
Pour gagner des clous
C’est moi qui délire
Ou qui devient fou
J’peux plus exister là
J’peux plus habiter là
Je sers plus à rien – moi
Y a plus rien à faire

Je voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or
Travailler encore – travailler encore
Acier rouge et mains d’or…

L’ARCHE DE NOE


L’ARCHE DE NOE

Beaucoup de bicyclettes plus loin et nombre de chevaux en sus

apparaissent les progénitures parties après leur crachat dans la soupe

La baraque foraine du jeu de massacre bée face au large

qui aurait dit que du bon peut sortir de l’aigre

personne à moins de remonter plusieurs générations

Bah mais l’amer a pas résisté à la lune d’hier

l’innocent ne doit pas se croire coupable

la marée-basse fait du lundi le jour de lessive

Pendant qu’il reste du soleil faut hisser l’arc autour du phare pour lui nettoyer l’oeil chassieux

un chat noir ne fait pas ombrage sur le ventre de la plage

ça apaise le mal de do

L’occasion de tirer les voiles de la baraque d’hivernage du tendre

pour fêter la mer sans réserve reste la réalité où s’appuyer

Marie je passe par l’huis de ton bouton en arcade pour rejoindre le loin et je t’en brasse.

Niala-Loisobleu – 31 Mai 2021

MAUVAISE MÉMOIRE


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Paul Eluard

MAUVAISE MÉMOIRE

Les cimes dispersées les oiseaux du soir
Au chevet de la rue
Les échos féminins des baisers
Et dans les abris du désir

La grande obscurité éblouissante des rebelles qui s’embrassent.

A pleines mains la pluie

Sous les feuilles sous les lanternes

A plein silence les plâtras des heures

Dans les brouettes du trottoir

Le temps n’est pas le maître

Il s’affaisse

Comme un rire étudié

Qui dans l’ennui ne germe pas.

L’eau l’ignorante la nuit l’étourdie vont se perdre
La solitude falsifie toute présence
Un baiser encore un baiser un seul
Pour ne plus penser au désert.

Paul Eluard