JACQUES BERTIN – AMBASSADE DU CHILI


JACQUES BERTIN – AMBASSADE DU CHILI

L’Ambassade est une bouche fermée désormais pour longtemps
On y a mis pour faire respecter les lois de l’hospitalité des gendarmes français
Toujours les mêmes pour faire circuler le cœur des gens
Cela sera un peu plus dur de vivre avec
Le souvenir de ce crime au coin de la rue et tout ce sang
Il y a eu un crime, on a tué un peuple, on fait circuler les passants
Je circule donc. La vie me pousse sans ménagements
Je m’en vais me construire avec le mortier des reculs, des renoncements
Une maison où je place chacun à sa place, mon enfant
Mes amis et cent mille générations de pauvres gens
Sur la toiture je mettrai cet arbuste fait de grands mots
La dignité ou la justice – Tout ça fait un peu théâtral.
Dessinateur prudent, je bâtis une maison pour dix mille ans
Dix mille ans de lutte contre dix mille ans de mensonges, je suis patient
Je me bats quelquefois le dos au mur avec le bonheur fou que je protège sous ma veste
Comme un message ou une bombe destinés à quelques clandestins
A cause de ce bonheur-là je dis que je suis invincible
A cause du fil qui dans les siècles se tend je ne faiblis jamais
A cause de ce bonheur je suis partout chez moi et je ne suis jamais
Déraisonnable. Tous ceux que je méprise sont nus. Je les soupèse. Je les dévisage
Craignez le regard qui écrit votre vrai nom sur vos visages
Comme une gifle cinglante ou comme une balafre. L’insolence
Est à la jeunesse du monde, à la passion
Je suis partout dans ma maison

Je n’oublie rien, jamais. Je ne faiblis jamais
J’écris, j’écris sur des papiers pour les saboteurs
Courez la nuit le long des voies, j’écris sur le bonheur
Et sur la joie. J’écris pour le Chili, pour le temps qui va
Qui ne donne sa force qu’à ceux qui ont un monde à gagner
J’écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu’il faut nier
J’écris à cause de
Tant d’amour et tant de douleur

POR UNA CABEZA – CARLOS GARDEL


POR UNA CABEZA – CARLOS GARDEL

Pour une tête, d’un noble poulain
Por una cabeza, de un noble potrillo

Ce droit sur la ligne, se détend en arrivant
Que justo en la raya, afloja al llegar

Et que quand il revient, il semble dire
Y que al regresar, parece decir

N’oublie pas mon frère
No olvides, hermano

Tu sais, tu n’as pas à jouer
Vos sabes, no hay que jugarPour une tête, un désordre d’une journée
Por una cabeza, metejón de un día

De cette femme coquette et souriante
De aquella coqueta y risueña mujer

Que quand je jure en souriant l’amour qui ment
Que al jurar sonriendo el amor que está mintiendo

Brûler dans un feu de joie
Quema en una hoguera

Tout mon amour
Todo mi quererPar une tête, toute la folie
Por una cabeza, todas las locuras

Sa bouche qui embrasse
Su boca que besa

Efface la tristesse
Borra la tristeza

Calme l’amertume
Calma la amarguraPour une tête
Por una cabeza

Si elle m’oublie
Si ella me olvida

Qu’importe de me perdre
Qué importa perderme

Mille fois la vie
Mil veces la vida

Pour quoi vivre
Para qué vivirCombien de déceptions, pour une tête
Cuántos desengaños, por una cabeza

J’ai juré mille fois que je n’insisterai plus
Yo juré mil veces no vuelvo a insistir

Mais si un regard me fait mal au passage
Pero si un mirar me hiere al pasar

Sa bouche de feu
Su boca de fuego

Je veux m’embrasser à nouveau
Otra vez quiero besarAssez de course, timba fini
Basta de carreras, se acabo la timba

Une fin féroce que je ne reverrai jamais
Un final reñido ya no vuelvo a ver

Mais si un pingo se fixe le dimanche
Pero si algún pingo llega a ser fija el domingo

Je me joue tout entier
Yo me juego entero

Qu’est ce que je vais faire
Qué le voy a hacerPar une tête, toute la folie
Por una cabeza, todas las locuras

Sa bouche qui embrasse
Su boca que besa

Efface la tristesse
Borra la tristeza

Calme l’amertume
Calma la amarguraPour une tête
Por una cabeza

Si elle m’oublie
Si ella me olvida

Qu’importe de me perdre
Qué importa perderme

Mille fois la vie
Mil veces la vida

Pour quoi vivre
Para qué vivir

LA MAISON ROSE


LA MAISON ROSE

En frémissant en corps

les rideaux glissent doucement dans le jour

Ta maison rose me tient dans un mi-sommeil d’où le poids est parti je ne sais où

je retiens ta couverture battante comme champ-opératoire

rendors-moi de ton éther

C’est virevoltant de plume poétique d’un bout à l’autre de la rivière

Quel bon jour en perspective

à voir l’aiguille des iris que la pluie a baissé l’heur commence à grimper.

Niala-Loisobleu – 19 Mai 2021