A LA MESSE DU SOIR – JACQUES BERTIN


A LA MESSE DU SOIR – JACQUES BERTIN

À la messe du soir le prêtre aussi sans douteS’ennuie parmi les couche-***, les divorcésLes traînards de l’armée perdus dans leur dérouteHésitant à jeter leurs armes au fosséUn frisson te parcourt malgré la canadienneTu ne t’es pas changé. La tenue de maçonSent le chantier. Tu crains que quelqu’un te surprenneLa barque des beaux jours racle un peu les haut-fondsTu es un arbre vif où un clapot vient battreDe Kyrie, de Sanctus et d’Agneau de DieuBaisse la tête, on voit tes mains pleines de plâtreDans la lueur affreuse où stagnent des vœux pieuxDans le gréement est égarée une hirondelleAux appels sans écho, aux effrois sans réponseLa nef oblique au vent, sa cloche unique appelleSur la houle des quartiers neufs et le bétonSur le parvis, tu partages ta foi en loquesPlus une cigarette et la quinte de touxAvec un inconnu qui s’enfuit. Tu te moquesDe sa hâte risible et son dégoût de toutTu rentres sans traîner, les poings morts dans les pochesComme un fil-de-fériste sur le fil des ruesOn entend un ricanement fou sous un porcheEt c’est le Christ, cette ombre montant vers les nues

EQUINOXE SAISONNIERE


EQUINOXE SAISONNIERE

La pleine-lune qui doucement s’approche hésite sur le choix de trémaille pour la pêche

ce qui passe les couleurs aurait l’anémie du grand-teint

comme qui baille à der la constellation

Nouvelle-vague fit un autre cinéma de libération, reste qu’avant de changer le fond la surface fait la mode

Comme j’aime le sel du rire des billes que l’enfant roule à la poignée du semeur pour ne pas attendre le souvenir d’un Festival d’Agathes dans son rêve

Prendre les hanches de la lune et lui bomber le ventre, tous quartiers habités, la plume en cerne sous les yeux qui rit-mel dans l’herbeux des secousses zygomatiques copieusement arrosées de trinquées.

Niala-Loisobleu – 25 Mars 2021

QUAND LES VOIX DE COMPAGNIE ASPIRENT LES FENÊTRES


QUAND LES VOIX DE COMPAGNIE ASPIRENT LES FENÊTRES

Ces griffes de lumière sur la pierre sombre
Ces puits brillants – insondables dans les murs-tombes
Cet alignment discipliné des lampes or
Ce macadam aux couleurs des feux du décor

Et cette pluie qui suinte sur le boulevard
Mais du rire ici la compagnie n’est avare
Elle rend tous les éclats bariolés de la ville
Elle construit – la nuit – son port comme d’une île

J’attrape l’air de ses paroles comme il vient
C’est à chaque fois un printemps qui se retient
On aime bien les parcelles de l’inconnu
Quand il se moque du ciel et nous met à nu

Pas de noir chaos mais le hasard de l’écoute
Qui met notre mélancolie dans la déroute
Ici : l’architecture – là : le bel amour
Plus loin : les confidences pour le jour …

Tout en même temps : l’arsenal des différences
Qui passe outre la guerre contre l’errance
Autant de lumières pour faire un arc-en-ciel
Où les voix multiples instruisent du réel

Et tirer à soi la bohème du poème
Libère pour l’Humanité notre « Je t’aime ! »
Sans avoir rien à oublier de son passé…
C’est assez prévenir ce qui peut le casser

La pluie dans la nuit demeure sans incidence
Sauf pour Misère la supportant en silence
Ah ! Que les passeurs de la veille ne l’oublient
Ici – quand à toute souffrance elle se plie

Quelques fenêtres ont lancé la mélopée
Nous y avons puisé l’énigme d’une paix
Qui a chanté et enchanté par des discours
Ne ressemblant à rien au mauvais jeu de cour

Sous l’auvent la ville a fait briller tout le proche
Quelque musique en vers essayés le décoche
Hors des horizons qui font briller le lointain
Dans l’étincelant de leurs miroirs sans teint.

Alain Minod