À celle que je ne reverrai plus – Jacques Bertin


À celle que je ne reverrai plus – Jacques Bertin

Et de très loin je vous souhaite
Une maison sans rideau
Un angélus de dentelles
À la robe de vos amours
La rivière comme une traîne
Comme dans ses jardins, la Seine
Et restez comme vous étiez
 
Et puis
Les genêts couchés du soleil
Où dévalent des routes bleues
Et sur vos yeux cette chaleur
Je vous offre ceci. Qu’importe
Si je ne vous revois jamais
Pensez à moi dans chaque chose
 
Un ami pour la rime riche

Dans le feu d’herbes de l’été
Un enfant pour la rime ouverte
Et restez comme vous étiez
Votre amour dans ses bras vous prenne
Et votre vie il la retienne
Comme au vent un chapeau de papier
 
Et moi
Dans mes amours je vous emporte
Comme une photo qu’on regarde
Quand on est seul dans les cafés
Rappelez-vous. Je me rappelle
Quand vous étiez sous le toit d’ombre
La rue ouverte de l’été

JARRE D’UN ESTRAN 7


JARRE D’UN ESTRAN 7

Les mots s’emmêlent poussés par un vent de sorcière allant en tous sens

A qui vont-ils en blanc et noir

au passé du présent qui nostalgise ou à l’à venir qui se taire ?

Zèle rond dans l’amer ou nageoires d’ouïes en stase ?

Aujourd’hui l’un dit ce que l’autre s’empresse d’ô poser pareilles les initiales écrites à l’extérieur du coeur

J’ai vu le Nil nourrir de ses alluvions encerclé par le désert

parce que le point solaire est immuable en son point d’ancrage

Fondre la glace aujourd’hui sépare plus que rapprocher

Mais le double-sens n’est que ce Minotaure qui encorne pour bloquer dans son labyrinthe

Je viens de redonner vie à ma main pour ne pas succomber à la lâcheté

ce tableau ne pouvait parler d’autre chose que de ma main

alors je l’ai intitulé

« Et main tenant ? »

Je le posterai de main.

Niala-Loisobleu – 22 Mars 2021

SPELLBOUND – GHOSTLY KISSES


Dorothéa Tanning & Max Ernst


SPELLBOUND – GHOSTLY KISSES

Quand tu bouges
When you move

Sous la lune
Under the moon

je peux vous sentir
I can feel you

Glisser à travers pour séduire
Slipping through to tantalizeQuand tu chantes
When you sing

Tes mots doux et sincères
Your words soft and sincere

Oh je te veux
Oh I want you

Plus que je n’ai jamais souhaité
More than I ever desiredIl y a des choses que je ne comprends pas
There are things I don’t understand

Au fond de mon puits
Deep within my well

Alors je souhaite me dévoiler
Then I wish to unveil myself

Quand je danse sous ta prière de minuit
When I dance under your midnight prayerJe danse autour, autour, autour, en cercles
I dance around, around, around, in circles

Et je danse autour, autour, autour, en cercles
And I dance around, around, around, in circlesDans un rêve
In a dream

Calme, surréaliste
Calm, surreal

Je peux te goûter
I can taste you

Se sentir complètement hypnotisé
Feel completely hypnotizedQuand tu parles
When you speak

Les mots que j’ai envie d’entendre
The words I long to hear

Oh je te veux
Oh I want you

Plus que je n’ai jamais souhaité
More than I ever desiredIl y a des choses que je ne comprends pas
There are things I don’t understand

Au fond de mon puits
Deep within my well

Alors je souhaite me dévoiler
Then I wish to unveil myself

Quand je danse sous ta prière de minuit
When I dance under your midnight prayerJe danse autour, autour, autour, en cercles
I dance around, around, around, in circles

Et je danse autour, autour, autour, en cercles
And I dance around, around, around, in circles

LES ARCHIVES DU PRIEURÉ


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LES ARCHIVES DU PRIEURÉ

On n’aime pas ce que j’écris, tout ce que je fais est d’un anodin pignocheur de colifichets.

Mes amis me voudraient autre que je ne suis et voudraient faire d’un troène un cognassier.

Les plus aimables d’entre eux me quittent sur cette invite:
Tu es rasoir, grand-père, puisses-tu claquer au plus vite.

Le fait est que ça me paraît de moins en moins étrange d’être un mort au-dessus duquel les arbres mêleront leurs branches

car j’aurai beau ne plus être, l’être sera toujours et comme un paysan qui rentre des labours

je préfère interroger le vol des étourneaux

ou bien regarder le feu fixement sans dire un mot.

Mourir, c’est s’attendre à tout, franchir les frontières de l

peur, voir le rideau qui subrepticement se lève à l’intérieur.

c’est descendre dans l’humide touffeur de l’humus, naître à la vaporeuse émanation de quelque chose de plus.

car la vie ne serait qu’une immense duperie

sans une existence supérieure à celle du corps et de

l’esprit.

Merveilleux est un mot très chrétien; ce qui compte c’est cette petite parcelle de réalité profonde.

C’est pourquoi pas de deuil dans la maison du poète mais un léger sourire:
Adieu, c’est chose faite.

Paul Neuhys

LE TEMPS D’UN ÉCLAIR


Paul Eluard

LE TEMPS D’UN ÉCLAIR

Elle n’est pas là.

La femme au tablier guette
Ia pluie aux vitres

En spectacle tous les nuages jouent au plus fin

Une fillette de peu de poids

Passée au bleu
Joue sur un canapé crevé
Le silence a des remords.

J’ai suivi les murs d’une rue très longue
Des pierres des pavés des verdures
De la terre de la neige du sable
Des ombres du soleil de l’eau
Vie apparente

Sans oublier qu’elle était là

A promener un grand jardin

A becqueter un mûrier blanc

La neige de ses rires stérilisait la boue

Sa démarche était vierge.

Paul Eluard