CLAIR DE LUNE

Guillaume Apollinaire

CLAIR DE LUNE

Lune mellifluente aux lèvres des déments

Les vergers et les bourgs cette nuit sont gourmands

Les astres assez bien figurent les abeilles

De ce miel lumineux qui dégoutte des treilles

Car voici que tout doux et leur tombant du ciel

Chaque rayon de lune est un rayon de miel

Or caché je conçois la très douce aventure

J’ai peur du dard de feu de cette abeille
Arcture

Qui posa dans mes mains des rayons décevants

Et prit son miel lunaire à la rose des vents.

Guillaume Apollinaire

COMME A VAUGIRARD


COMME A VAUGIRARD

Paroles écrites au centre du projecteur

une chanson me traverse à tout à l’heure dans l’enseigne du point d’ars, manège de chevaux de bois

l’absence d’images tourne les notes à l’aveugle de l’histoire passée là sans se retenir. Du faire à cheval l’inconnu laisse sa croix de bois ici où là loin de chez lui

La ballade du passant

Tes dents sont froides comme la neige

Enfoncées dans ma langue blessée

En allant de Marseille en Norvège

Qu’aurai-je fait d’autre que passer?

Je laisse la fenêtre entrouverte

Pour le chat et pour tous tes amis

Il y a du lait dans l’armoire verte

Et quelques tranches de pain de mie

Le bruit des trains est toujours le même

Quand il m’emmenait ici ou là

La bonne était toujours la prochaine

Désert de sel ou champ de lilas

Je te laisse un peu de ma salive

Mes lèvres sur ton ventre tremblant

Et plongé dans un seau de chaux vive

Mon coeur noué dans un mouchoir blanc

Tu sais le monde est partout le même

Certains bronzent quand les autres suent

Les uns mâchent des choux à la crème

Les autres du pain sans rien dessus

Faut-il serrer les poings et se battr

Pour tous ceux qui meurent en mai

Ou regarder les bûches dans l’âtre

Et chanter la tristesse d’aimer

Et tes dents froides comme la neige

Fondent très doucement pas pressées

Notre histoire fut belle mais n’ai-je jamais rien fait d’autre que passer?

Tu finiras la chanson toi-même

Tu sais bien que mon temps est pesé

Voici l’air: il faut dire que je t’aime

Mais que je n’aurai fait que passer

Claude Semal

L’éditeur raconte n’importe quoi, dans sa mémoire il y a pas la présence du sentiment très fort. Seul le brouillon est une absence de maux. Mon vieux Jacques garde ta guitare et la coulure des chandelles d nos soirées à la bougie. On étaient riches de cette pauvreté matérielle tellement on y mettait du coeur sans forcer. On y a cru. Ma foi c’était le moins dur moment à passer. La beauté n’a de grandeur qu’en présence de nudité.

Le tant passe pas sur Jacques Bertin.

Niala-Loisobleu – 14 Mars 2021

PRIERE A L’OCEAN


PRIERE A L’OCEAN

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Océan

Divinité de houles et de houles sur des gouffres et des gouffres,

Monstre glauque, semblable à quelque énorme gueule de baudroie suivie d’une incommensurable queue de congre,

Masse mouvante avec, pour âme, cette lame sourde jaillissant en lave d’un puits abyssal,

Époux de la tempête aux griffes de noroît et cheveux de suroît,

Génie double qui souques ta victime entre vent, arrière-vent et vent-debout,

Démon de verre cassant des vaisseaux comme on casse des noix,

Ogre aux dents de récif qui croque des tas d’hommes comme sur la terre nous croquons des pommes,

Nappe d’orgie sur quoi les flottilles sont les friandises, les escadres les gigots,

Insondable estomac où se digèrent les naufrages dont les épaves rares sur les flots figurent les os,

Diaphragme innombrable au muscle soulevé depuis les tréfonds inconnus jusqu’à l’éclair des nues,

Jungle liquide des sautes-de-vent accouplées aux brisants,

Harpagonie de trésors engloutis,

Joute des aventures d’or et des squales d’acier,

Cimetière dansant où les péris se heurtent, l’alliance au doigt,

Farouche pêle-mêle où tout se trouve – sauf un cœur,
Océan…

Océan :

Ciel à l’envers,

Hublot de l’enfer,

Quelqu’un de formidable parmi tous les êtres,

Chose la plus grande parmi tant de choses,

Geste le plus vaste d’entre tous les gestes,

Majesté la première au rang des majestés,

Océan,

Catastrophe constante,

Agrégat de tourmentes,

Tragédie sans fin,

Oh fais taire tes orgues barbares du large !

Haut sur sa dune aux immortelles d’or

Un poète te parle !

Abaisse donc tes monts sabaothiques
De l’Iroise et des loins atlantiques,
Calme tes nerfs noués en pieuvres,
Scelle tes chiens-de-mer aux creux du
Toulinguet,
Aspire ma présence de tes branchies toutes,
Puis, posant les pieds blancs de ton flux sur la grève,
Accueille en cette oreille qu’est ce coquillage
Les mots qui te descendent sur la brise tendre
Arrivée des vallons de l’Aulne et de l’Élorn !
Dis, mon grand

Si grand qu’il me semble sombrer dans ta barbe d’écume ;

Dis, mon grand si grand que me voici néant,

Vaine fourmi près d’un géant,

Dis, mon grand,

J’ose, moi le veilleur à la proue du vieux monde,

T’implorer pour ceux qui labourent ton onde.

saint-Pol-Roux

CE PETIT-CHEMIN


CE PETIT-CHEMIN

Les marques montent en tête, avides de squatter la liste de commissions du gâchis

Ce petit chemin que me montra Mireille au départ de mon approche aux extérieurs et que Jean Sablon serina comme n’ayant pu réussir à en trouver un autre, je ne pourrai en dire du mal. Fidèle à sa parole il n’a jamais changé d’opinion en m’entraînant dans une embuscade. Seulement Mireille elle formait à chanter. Aujourd’hui on forme à gagner seulement de la renommée par tous les moyens, chanter faux importe peu.

Il y a un pur soleil sur le clavier, dans cinq minutes, le temps va se mettre à pisser comme un nouveau-né qui n’a pas appris le contrôle

Je chante sans m’écarter de la sente protégée par une broussaille naturelle qui est inscrite au fonds de l’écho-système

Niala-Loisobleu – 14 Mars 2021