DANS LE MARRONNIER DU PONT


DANS LE MARRONNIER DU PONT

St-Trojan-les-Bains, le cheval bride au peint, m’asseoir sur une vague prise de sel avec de quoi dans les fontes, sentant à défaut d’odeur la dynamique du mimosa cerner la plage sans idée de piège. Les horloges dans le journal de bord avec des hanches pleines à la vie pour se tenir. Puis mon cul-nul d’enfant de six-ans demeuré dans les dunes , souviens-toi comme on lance à l’eau le bateau sans qu’il coule. Le vent porte, l’immobilité emporte, Nous hûmes , il faut s’aimer pour en remplir le sac et le mener au moulin. Tourne le sureau au fil de l’eau. Un hérisson brosse la ligne jaune pour unir le contre-sens hors du fossé. Sur les bornes l’ânée défile. La crevette grise au point de rosir l’horizon de mes lunettes quand Côtinière tu me dis que ta grandeur n’a jamais eu d’âge à cause du bénéfice de l’âme . A Chassiron entre noir-et-blanc se découpe l’Atlantique sur fond d’ô séant. Toujours une place pour nager sans bouée ailleurs qu’en baïne.

Niala-Loisoobleu – 27 Février 2021

UNE RESPIRATION PROFONDE

Je change ici de mètre pour dissiper en moi l’amertume
Les choses sont comme elles sont le détail n’est pas l’important
L’homme apprendra c’est sûr à faire à jamais régner le beau temps

Mais ne suis-je pas le maître de mes mots
Qu’est-ce que j’attends
Pour en chasser ce qui n’est pas cet immense bonheur posthume

Il fait un soleil si grand que de tous les côtés aujourd’hui
Le lavis semble tout déteint dans les vents parlés d’un mah-jong
Et la route n’est qu’un bourdon le ciel l’ébranlement d’un gong
Il me plaît que mon vers se mette à la taille des chaises longues
Et le cheval prenne ce pas où son cavalier le réduit

Il me plaît d’entendre un bras d’homme frapper sur le bois ou la pierre

Qui fabrique des pieux peut-être ou c’est quelque chose qu’il cloue

Il me plaît que le chien dans la colline aboie et que la roue
Au fond du chemin bas grince et que les toits soient roux
Que les serres sur les coteaux fassent poudroyer la lumière

Il y a des jarres de couleur au pied des hauts bouquets de joncs
Des palissades que le jour rend aussi roses que le sol

Des demeures négligemment qui tiennent leur pin parasol
Et sur la musique des murs étages do ré mi fa sol
Dans le désordre végétal l’envol gris perle des pigeons

La mer la mer au loin dans les vallons où le regard s’enfonce
Par les sentes là-bas vers des romans qu’on n’aura jamais lus
L’automne a jalonné l’effacement des pas dans les talus
Passants légers amants furtifs que rien ne dénoncera plus
Une fois l’escalier de la maison recouvert par les ronces

Puis par les brumes des monts bleus que perce un regard d’éper-vier

On voit dans le feu blanc se soulever une épaule de glaces
Tout au fond du paysage où la nue et la terre s’enlacent
Et d’ici je contemple l’Alpc et sur mes cheveux ma main passe
Car c’est la saison qu’à l’envers montre ses feuilles l’olivier

Et les platanes avec qui dans les feuilles jouent-ils aux cartes
Est-ce avec vous beaux amoureux sur les bancs assis les premiers
Le froid vers cinq heures qui vient fait-il moins que vous vous aimiez

De quoi peuvent bien vous parler dans l’ombre tout bas les palmiers

Et quels chiffres nous dit la vigne avec ses doigts nus qu’elle écarte

J’ai vu ce couple au déclin du jour je ne sais dans quel quartier
Nous avions fait un détour au-dessus de
Nice avec la voiture
La ville mauve en bas allumait peu à peu ses devantures
Ces enfants se tenaient par la main comme sur une peinture
Histoire de les regarder je me serais arrêté volontiers

Il n’y avait dans ce spectacle rien que de très ordinaire

Ils étaient seuls ils ne se parlaient pas ne bougeaient pas rêvant

Ils écoutaient leur cœur à distance et n’allaient point au-devant

La place était vide autour d’eux il n’y remuait que le vent
Et l’auto n’a pas ralenti
Les phares sur les murs tournèrent

Tout le pêle-mêle de la
Côte et les femmes qui parlent haut
Les motos dans la rue étroite et les œillets chez les fleuristes
Les postes blancs d’essence au bord des routes remplaçant les
Christs

L’agence immobilière avec son triste assortiment lettriste
Dans le va-et-vient le tohu-bohu le boucan le chaos

Les fruits confits et les tea-rooms les autocars les antiquaires

Des gens d’ici des gens d’ailleurs qu’escomptent-ils qu’est-ce qu’ils croient

Ces trop beaux garçons des trottoirs ont l’œil rond des oiseaux de proie

Qu’a fui ce gros homme blafard qu’il ait toujours l’air d’avoir froid

Ô modernes
Robert
Macaire entre
Rotterdam et
Le
Caire

Miramars et
Bellavistas ce langage au goût des putains
Palais
Louis
Quinze
Immeubles peints
Balcons d’azur à colon-nettes

Beau monde où si tout est à vendre à des conditions honnêtes
C’est toujours service compris pour cet univers à sonnettes
Il suffit de deux enfants rencontrés et tout cela s’éteint

S’éteint s’efface et perd avec la nuit son semblant d’insolence
Il ne reste à mes yeux que ce lieu banal que cette avenue
Ce banc près des maisons blanches au soir tombant
Deux inconnus

Il ne reste à mon cœur que l’entrelacs de ces mains ingénues

Ces deux mains nues
II ne reste à ma lèvre enfin que ce silence

Comme une promesse tenue.

Louis Aragon

DES VOIES QUI SIFFLENT


DES VOIES QUI SIFFLENT

Revenant chez moi par le chemin de la Charente , j’ai regardé l’Arbre à la Corde en pensant que ses pendus ne sont que rires et cris joyeux d’enfants sautant au bain d’été. Cet endroit est simplement ravissant. Voilà bien un fleuve de douceur et d’amours sereins qui garde l’humeur renaissance de son roi. Pas d’électricité dans l’air, tout est calme, très lumineux. La belle plisse sa robe dans un soleil matinal avec langueur autour de l’Île Robinson. Je te montre cette traversée que les biches au matin font sans manières dans les déchirures du brouillard pour que tu saches comme la confiance d’être en existant dans son environnement donne d’assurance à poursuivre. Suffit de si peu de choses pour se sentir bien que tu peux arriver à rassurer les oiseaux de t’accompagner sans danger. Là, il y en a qui pêchent au lancé de leur tête en piqué. D’autres amoureux au levé poursuivent la parade du rêve qu’ils ont animé. C’est le moment que choisissent les poissons-voyeurs pour se rincer l’oeil en sautant s’en prendre une goulée. D’autres revenant des vignes sont restés trop longtemps du côté des alambics , ils titubent. Au poignet la montre s’est impatientée en guettant ta première manifestation. Belle couleur. Ronde comme du fruit de poitrine au départ d’un saut d’aisselle à l’élastique. Liberté du jeu de chiots qui roule la pente sans besoin de tenir sur leurs jambes. Et puis le chat pas eu besoin de le chercher, il était aux coussins de ce vieux fauteuil. Les traverses se déplient de la mousse, toutes en jambes.

Niala-Loisobleu – 27 Février 2021


PAYS

PAYS

Seul trou dans le tissu
De silence et d’eau lente
Où rien n’osait bouger,

Au bord d’un bras de mer,
La mouette aux yeux frêles
Déchiquetait sa proie.

II

Un seul cri, mais, soleil, Évite-nous les tiens.

Un seul cri, c’est assez
Pour casser l’équilibre.

Tant d’amour a manqué
Qu’on ne s’y connaît plus.

III

L’eau a rêvé de toi,
Soleil, en ton absence.

Elle a rêvé de toi :
Tu viendrais sans crier.

Elle a rêvé de toi
Qui serais apaisé

D’avoir longtemps dormi
Près de l’ombre apparente.

IV

Sable et vase, en travail
Pour devenir de terre,

N’avoir plus cette soif
De mer et de marée

N’avoir plus la mouette
Comme éterneUe sur sa proie.

V

Il y a sacrifice,

On ne sait pas de qui,

A moins que ce ne soit
De celui qui régarde.

Eugène Guillevic