HOMME ANNÉE ZÉRO


HOMME ANNÉE ZÉRO

Année
Zéro

Hurlant sur une banquise encore saignante, l’homme cherche sa couronne de soleil.

Tandis que le grès tiédit

l’enfer prend la forme du premier cercle.

Au-delà des paupières de lave, sécher les flèches cathédrales.
Rêver la peur.

Hélices d’une étrave immobile, les frondes poussent le cheval

vers un palimpseste de tibias éclatés, d’ivoires sans bouches.

Sous roche, les mains deviennent

ces parois magiques où chaque silhouette

gomme un lambeau de nuit.

Inventés, les dieux mangeurs de gui.
Adorées les étoiles que le sang désaltère.

Contre l’inconnu de l’éclipsé,

voici qu’une future prison

surgit sous les doigts du tam-tam.

Puis l’éclair, puis le buffle, rythment ce buisson d’instincts.

Aux lames nées d’un cataclysme l’homme, héritier des arbres, affûte la terre langage,

hésite devant les signes croisés qui transpercent le temps, et déchiffre, ébloui, l’énigme sur ses lèvres.

Maintenant la vision grandit mais vers quel pôle: cytoplasme ou planète larme ou pluie d’aérolithes?

Mécanique céleste en route pour l’opacité dans une orchestration de couleurs vénéneuses.

Tracés de villes pétries dans l’ocre.
Pyramides — boussoles de la mémoire.

Horlogère,

une civilisation ajuste sa puissance,

étalonne la magie de l’or,

et meurt empoisonnée par le plomb de ses aqueducs autant que par ses lances étouffées sous l’écaillé.

Longtemps, déluge polychrome.
Séchés, les temples d’os payent tribut aux astres.

A soutenir un ciel vide leurs colonnes ont tari.
Quand l’hémorragie marine investit le désert des socles, les dieux sombrent moutons.

Et le fer avale d’un coup les fleurs sans mâchoires: alliage pour mouvoir un monde qui doit remodeler ses masques,

de nouveaux démons voulant se glisser entre le visage et le masque.

Toccata nucléaire en mémoire de l’eau, montée chromatique essoufflant le cœur des anges.
Nous baignons dans leur sexe inexistant peut-être, voué aux explosions en chaîne ou déjà durci noyau.

Élucider, afin de la combattre,

toute explosion moins précieuse à la nuit.

Fête pour cerveaux-carton

craquelés dans les bals dominateurs d’empires,

dont la cire, au matin, oxyde le flambeau.

Les grands porteurs de germes consacrent une église nouvelle

où le plomb des vitraux devient cet or qui coule entre cuisses d’autoroutes, vers un musée aux précieuses menstrues.
A l’intérieur, les circuits intégrés pullulent sur chaque neurone où se titille le bonheur.

Enfin, la vie sait programmer la mort.
L’homme, plus assuré, divague entre les éveils
Microbe à des années-lumière de lui-même,

il immunise l’espace-temps mieux que toute existence.
Mais revienne l’année zéro pourra-t-il rajeunir l’oubli?

Jean Orizet

PENELOPE’S SONG


PENELOPE’S SONG

Un jour que l’écume sort des calendes et que le sablier abandonne la plage

Le seau est plus que périlleux sans la pelle

Pénélope au placard des confitures tire l’haleine

Pendant qu’Ulysse à fort à faire pour raisonner le foutu dieu plus têtu qu’une rancune

Le cheval de Troyes passe pas dans le sillon

Les Gorgones en bord de route tout le long font du stop

Jupe fendue et décolleté abyssal

A l’abri dans le coquillage me reste en corps de l’iode sans oursin

C’est bon pour faire entrer du bleu à chaque prise d’air dans le tuba de l’arc-en-ciel

Entre deux véroniques la muleta rentre ses cornes pour donner le sein à l’enfant qui reste.

Niala-Loisobleu – 17 Février 2021

FRAGMENTS POUR ACCOMPAGNER LE VIVANT


FRAGMENTS POUR ACCOMPAGNER LE VIVANT

La cascade des plantes se déversant sur les murailles
C’est l’unique eau libre qui gronde dans le silenc

Puis la terre aussi

tire à elle le ciel et s’en couvre

pour chasser la solitude

Je connais une seule main

capable de dessiner les arbres avec leur bruissement

Mais regardez-les donc

C’est un vent particulier

qui remue chaque arbre

Désignez les planches

Désignez-les en brandissant vos entraves

dans la lumière qui ne trahit pas

Un oiseau traversera devant vous

que les arbres seuls ont prévu

Plantes qui s’étendent et couvrent tout comme l’oubli s’abattant sur la mémoire

Je crois toujours le lierre

n’a d’autre souci que le labyrinthe

Ne t’appuie pas sur l’air

ni sur moi. ô nénuphar

mais sur ce qui fera de toi le feu de l’eau

L’eau n’est-elle pas ton trône ?

Main jouant le vide et la couleur
Main jouée par le vide et la couleur suivant le penchant des plantes
Main blessant et cicatrisant apportant la preuve du paradis

Ah la terre

l’astre menteur !

Elle nous amuse avec la prodigalité de l’ivrogne

alors qu’elle prémédite les volcans.

Idris Issa